mardi 17 mai 2011

L’art d’en faire trop...


Joan Collins Dynasty
Rose et patchouli. L’accord se sent beaucoup ces temps-ci, faussement moderne et neuf pou des jeunes filles ayant été élevée dans des accords proprets de type CKone ou Aqua di Gio. Pourtant, c’est assez vieux et l’un des meilleurs représentants de la famille est probablement l’ancêtre Knowing de la tribu Lauder. Il date des années ’80, époque où Madonna déguisée en Marilyn chantait qu’elle était une Material Girl aimant l’argent. Tout est là. Knowing semble avoir été conçu pour envelopper Joan Collins jouant Alexis Carrington, la super garce du soap Dynasty : C’est riche et ça se sent, ça s’exhibe même, complexe, sophistiqué, et très autoritaire, invoquant le spectre de l’ancien glamour Hollywoodien et le mixant à la tenue carrée de la femme d'affaire impitoyable.


Joan Collins Dynasty
 Knowing installe une rose fluorescente, absolument incandescente et brûlante sur un lit de patchouli et de chypre. Le volume est réglé au maximum, méfiez-vous avant de vaporiser : voila un parfum qui a été conçu pour être trop, définitivement. Il est à peine adouci par des notes gourmandes de prune et un jasmin capiteux mêlé de fleur d’oranger. Il semble avoir empilé les codes de la sensualité glam comme ça se faisait à cette époque : paillette + voilette + jarretelle + … Mais le parfum donne une sensation de modernité impitoyable : la femme qui le porte n’est pas une femme objet ou une potiche : elle aime le pouvoir sans en avoir honte. Elle peut éventuellement charmer les serpents mais n’avalera pas de couleuvres.

Donnez lui une chance et ce parfum pourrait bien vous plaire dans un océan de nouveautés sans saveur, son coté roboratif fait du bien. Et on a toujours besoin d'un parfum qui nous aide à nous sentir fort. Cette Rose a été beaucoup utilisée, mais traitée de cette façon, elle reste parfaitement agréable alors que d'autre nous font dire:"mais qu'est-ce qui m'a pris?" Il faut assumer son aura eighties, mais si vous aimez le bleu international Klein et les épaules carrées: foncez!

Knowing, Estée Lauder, 1988.

11 commentaires:

  1. JulienFromDijon20 mai 2011 à 06:52

    Knowing garde encore ses mystères vis-à-vis de moi, j'ai du mal à sentir la rose, je sens surtout une forte odeur de sève, synthétique, et un peu de cette mousse monochrome qui a remplacé notre regrété evernia prunasti.

    Mais je commente pour dire que dans la vidéo de Madonna, à la 40ème seconde on peut voir derrière le téléphone un flacon Guerlain (!), et peut-être tiens justement Knowing.

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  2. La rose est une version très fluo '80 qui a beaucoup servi mais plus depuis (heureusement) notamment dans le parfums de peau de Montanna. Effectivement, tout cela a un coté terriblement synthétique au premier abord. C'était un peu ça la modernité à l'époque.

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  3. JulienFromDijon21 mai 2011 à 22:55

    Est-ce qu'il s'agit d'un de ces accords "rose" boosté aux damascenones? Il se pourrait alors, puisque ces molécules sont desormais restreintes, que Knowing ne sentent plus le même, comme bien des roses de cette époque.

    J'avais lu des descriptions de Knowing comme une über-rose et un chypre, quand je l'ai découvert j'ai été retourné à 180°, jusque dans l'odeur de pop corn et de cire pour nettoyer le sol. Aromatic elixir correspond mieux à cette description.

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  4. l'effet pop corn a toujours été présent: sans ça, le parfums serait trop "criant" et vulgaire. Ces accords de rose hyper puissants, c'était fréquent à l'époque et assez violent: il fallait le maîtriser mais l'aspect prune confite était aussi une réponse à la tarte au fruits rouges qui se baladait dans la tubéreuse Poison.
    effectivement, ça ne correspondait pas du tout à l'aspect chypre classique, bien plus à ce qu'on entend aujourd'hui par chypre et qui est beaucoup moins difficile d'accès.

    Avis perso, mais je trouve que les chypres "à l'ancienne" il était nécessaire de les apprivoiser, de prendre le temps de les comprendre: ils n'était pas du tout dans la fast-parfumerie, plutôt dans une tradition de la révélation et du coté culinaire du fromage qui sent pas bon, mais est divinement bon: on devait subir une phase un peu déplaisante et pas sexy avant d'atteindre le ravissement. Dans les années '80, on a commencé à faire des parfums nettement moins évolutifs et les notes de tête ont du être accrocheuses elles aussi: la fin des chypres classiques. C'est aussi ça l'effet de Poison le monolithique... (référence incontournable du parfum de l'époque)

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  5. JulienFromDijon23 mai 2011 à 12:48

    :) la métaphore du fromage qui pue est intéressante.
    Je ne pense pas que les chypres anciens ont (ou avaient) des ouvertures désagréables. Souvent fait d'ingrédients de qualité, leur ouverture pouvait être dépaysante, curieuse, mais pas déplaisante, comme on l'entendrait aujourd'hui d'un parfum dont on attend que l'odeur de vernis à ongle se dissipe.
    Je fais plutôt peser la faute sur la complexité, on ne trouve pas le message du parfum. Une complexité qui met en bute le plaisir, qui ne trouve pas de repère dans l'abstraction de la composition.
    Et j'ai besoin d'aimer un parfum, pour le comprendre un peu, et m'en faire un avis valable.

    J'ai mieux compris Mitsouko le jour où j'ai senti l'ancien "parfum de toilette". Le parfum n'est jamais aigrelet, il est goudronneux : chaud et voluptueux. Et le coeur est étonnamment fleuri : de la confiture de rose de mai, une touche sucré de jasmin, et la lumière de l'ylang-ylang.
    Celà fait l'effet du tableau "Ophélie" de Millet : on distingue une beauté sensuelle au milieu de la forêt, et de la corruption du marais.
    Et un goût salin dans la bouche, comme à l'image du sel qu'on met dans la bouche du nouveau nez au baptême, un exhausteur de goût.

    Jusqu'alors Mitsouko m'était aigrelet, il ne sentais pas la pêche, plutôt le noyau de pêche. Il semble que les formulations tardives ai garder la structure de l'EDT du passé, qui était plus centré sur le vétiver (que je n'aime pas ici). Et ils l'ont appliqué à toutes les concentrations.
    J'accuse la perte de vision artistique, la cupidité, et les restrictions de l'ifra, pour expliquer ce qui s'est passé.
    Mitsouko était un vrai travail d'équilibriste, et je pense que les chypre ne tolère pas qu'on mégote sur la qualité.

    Il y a aussi eu des chypre accessibles, je pense à "femme" de Rochas, on est seulement au lendemain de la seconde guerre mondiale. C'est un parfum qu'on peut tout de suite aimer, un jasmin qui sent la pêche, un fond ambré, chaud de cannelle et d'iris.

    Il n'y a pas que certains parfums actuels que je trouve monolithique, je trouve que les anciens classiques le deviennent aussi. Au lieu de 3 panneaux nous n'avons plus qu'un accord. Je me demande si celà n'a pas été une façon de faire passer imperceptiblement les reformulations : on rapproche l'accord de coeur de plus en plus vers l'avant, on supprime peut à peut les coûteuses notes de têtes euphorisantes qui de toute façon ne duraient pas longtemps, on les remplace par des synthétiques pour maintenir la structure, et on escamote aussi le fond (parce que trop boisé, trop animal, trop cuiré, pour mettre "au goût du jour").

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  6. Pour moi, beaucoup d'anciens chypres étaient surprenant parce que le départ et le fond semblaient en désaccord total. Effectivement, c'était surprenant et pas très lisible. Perso, je passait pas mal de temps à guetter le moment de transition. (en vain) à l'heure actuel, la meilleure illustration, c'est le Parfum de Thérèse. Avant, tout n'était certes pas évolutif, il y avait déjà des monolithes, mais c'était des parfums parmi d'autres alors que ça semble devenu une règle. En même temps, ça peut faire de très beaux parfum aussi, je ne regrette pas nécessairement le passé, mais c'est moins surprenant et amusant. (si le mot convient)Et ça explique peut-être qu'on se lasse aussi plus vite d'un parfum.

    Pour en revenir aux chypres, je trouve que les anciens avait un départ souvent assez froid et antipathique sur un fond charnel... Agréable et beau, comme départ parce que j'aime ce genre, mais si on s’arrête à ça, on passe facilement à coté de la famille. C'est là que je place le fromage: faut essayer, oser le porter sur peau toute une journée parce que un pschitt sur carton et on attend deux minute pour voir, c'est comme le fromage: on dit ça pue et on ne vas pas plus loin. il faut que quelqu'un dise "essaye, je t'assure"

    Je ne me souviens plus trop du départ de Mitsouko en fait, c'est étrange. Juste que femme semblait s'en inspirer en zappant toute idée de départ justement. Mitsouko, je crois que je pensais à autre chose pendant les 20 premières minutes. (j'avais le parfum de toilette justement)Souvent, je crois que l'effet Frais sur Chaud paraissait aigrelet. Je m'en souviens bien dans l'ancien Miss Dior qui ne ressemblait pas du tout à la version actuelle....

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  7. JulienFromDijon25 mai 2011 à 08:37

    Oui, le fromage est une bonne métaphore.
    Les formes actuelles des anciens classiques offrent moins de chance de séduire les gens patients, c'est un peu triste ou révoltant (mais je devrais arrêter ce réflexe qui consiste à ressasser les mauvais côtés actuels (il y en a des bons)).

    L'évolution, c'est important pour entrer dans le parfum. Comme se laisser porter en barque sur 3 tableaux différents. Pour l'immersion, plus que pour la recherche du spectaculaire d'une métamorphose.
    Peut-être parce que le caractère transcendantal du parfum demande une forme d'humilité, d'écoute. Que c'est bien d'avoir des parfums qui vous submergent, qui vous dépassent, pour mieux les contempler et ainsi mieux les vivre. Tant qu'on n'a pas percer le mystère d'un parfum, on ne peut pas le prendre de haut.

    Les parfums actuels, on en lit plus vite l'alpha et l'oméga, on les a rendu plus lisibles. Et c'est peut-être bien dommage, si les gens en reste à la surface du medium, si on fait du parfum une œuvre d'art "fermé".
    Voilà les gens confortés dans cette attitudes blasée, où on se plait à être cynique, à dire rapidement "c'est de la merde" "suivant". Ce cynisme à la mode. "Le cynique connaît le prix de tout et la valeur de rien". Savoir apprécier un parfum prend du temps, cette patience est une qualité.
    Si on prend le parfum de haut, on ne rentre jamais dedans, on ne le vit jamais.

    Pour les parfums anciens, et même pour tous les parfums/marques/auteur, je cherche à savoir si tel parfum semble avoir été conçu pour le tissu ou la peau.
    Le tissus maintient les notes de tête plus longtemps, ainsi que ses équilibres. La peau mélange déséquilibre, et le résultat varie en des personnes, mais a l'avantage de dégager le parfum lentement de la peau (par ex les Lutens appliquer au bouchon), comme on libère une colombe d'une cage. Le désavantage du tissus c'est que le parfum évolue moins radicalement.
    Pour les chypres, je n'ai pas encore eu assez d'expérience pour savoir s'ils étaient désigné pour un contact avec la peau. (Les Guerlains classique m'ont toujours semblé mieux s'accommoder du tissus). Vouz avez une idée?

    Miss Dior? Les chypres de Roudnitska de chez Dior m'offrent un ressenti à part, alors j'en ferais presque une catégorie de chypre à part. On est rarement dans le chaudron de sorcière qui sent la fumée ou le sous-bois, et les aspects hespéridées sont toujours radieux mais jamais crissant ou "tarte au citron", ils m'évoquent souvent une ballade dans les hautes herbes d'une clairière par une intense journée d'été, il fait chaud, le soleil tape fort, le vent rafraîchit, et la forêt balaye des tâches d'ombre et de lumière sous nos pas.
    J'ai un extrait de Miss Dior choppé quand j'étais en Allemagne (pas de restriction géographique d'ebay), il sent très bon une gradation du galbanum-ylang-jasmin.

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  8. Le débat peau ou étoffe est un faux débat car d'une peau à l'autre déjà... Sur Tissu, le résultat est plus neutre mais parfois bien plus plat. Pour ma part, les Guerlain sont vite insupportables sur ma peau qui les fait tourner assez vite à la confiserie. Hélas, un Shalimar sur les tissus est assez pénible: il semble durer indéfiniment, résiste au lavage avec pour résultat une surcharge des notes de fond sur certains vêtements qui peut le rendre invivable, par exemple.

    Je suis généralement partisan de la peau quand même. Mais j'aime le geste flacon plus que le geste vapo, ça laisse plus de temps pour apprécier l'évolution. C'est surtout vrai pour moi dans le cas d'Iris Silver Mist de Lutens qui bouge très vite et présente une multitude de facettes qui valent toutes la peine. La vaporisation les écrase un peu, me semble t'il, mais je me fait peut être des idées?

    Détail amusant: Les Orientalistes d'Annick Goutal sont évolutifs, surtout l'encens, et la maison a pris soin de préciser sur le carton accompagnant l'échantillon que c'était le cas, que le test sur peau était nécessaire et qu'il était nécessaire de laisser le temps au parfum de s'épanouir. La bonne formule est peut-être là: des maisons qui accompagnent, expliquent, éduquent. Bien sûr, c'est plus faciles dans de "petites" boutiques ou il y a moins de choix, sans doute, mais ou les vendeurs savent être attentifs et sont eux-même formés, que dans un supermarché du parfum ou on embauche des étudiants pour l'été...

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