mardi 31 mai 2011

Polar victorien en toute facilité

Je ne sais si c’est l’été approchant qui me donne de la langueur, la fatigue ou autre, mais je ne suis guère en veine de lecture bien sérieuses, ni d’inspiration. J’ai donc été au plus facile prenant sur le présentoir un policier signé Anne Perry, auteur de deux séries de romans policiers ayant pour cadre l’époque victorienne.

Ici, la série est celle de Monk, un ancien inspecteur amnésique au passé probablement trouble aidé par Hester, ancienne infirmière ayant été sur les champs de bataille de Crimée, prompte à refuser de se laisser à nouveau enfermée dans le rôle de la femme victorienne type. Le plus souvent, les intrigues ont pour ressort la sexualité et ses nombreuses déviances, nombreuse en cette prude ère victorienne hautement corsetée et répressive. Dans le volume d’aujourd’hui « la fin justifie les moyens », il est question du pire : prostitution et pornographie enfantine. Il est vrai que la barre doit toujours être mise plus haut pour retenir l’intérêt. Mais cela reste « gentillet » comme lecture de vacances, policier de bord de piscine. N’est pas Mo Hayder, la terrifiante, qui veut.

On prend plaisir néanmoins à suivre des intrigues bien ficelées et à retrouver des personnages attachants dont on peut suivre l’évolution de livre en livre. Rien de révolutionnaire, mais agréable pour ces moments ou tout ce qu'on souhaite est un peu d'évasion, de dépaysement.

Le coté morale corsetée s’éclaire peut-être quand on lit la biographie de l’auteur, impliquée dans une affaire en Nouvelle-Zélande : la jeune fille a été impliquée dans le meurtre de la mère de sa meilleure amie. Les deux jeunes filles étaient très proches, trop aux dire des familles qui voulaient les éloigner. Cet épisode, dans les années ’50, a directement inspiré le film Créatures Célestes. (Havenly Creatures) Il est fort tentant d’y voir l’origine d’une dénonciation quasi systématique de la morale étriquée dans nos sociétés, porte ouverte aux crimes et aux excès…

NB : il vaut mieux lire les séries dans l’ordre de parution. Commencer par un volume au hasard est un mauvais plan.

Anne Perry, La fin justifie les moyens, dans la collection Grands détectives, 10/18, 2010

vendredi 27 mai 2011

Exotismes

Noire et blanche, Kiki de Montparnasse par Man Ray
Alors que la pluie se déchaîne au dehors, moi qui m'étais déjà habitué à la chaleur et à la douceur, je me cloître dans mon appartement et refuse de voir ce monde ou tout est gris. Alangui sur mon canapé beige, je prends le thé, feuillette un livre et écoute mon parfum me parler d'ailleurs...

Ce sont d'abord quelque notes très parisienne, échappée directement du N°5, beaucoup d'aldéhydes et un bouquet de fleurs dont le jasmin, un parfum d'élégantes modernes, aux jours beiges et aux nuits noires. C'est un Paris Art Déco que je vois, le Paris de l'Exposition Coloniale, qui voit venir des quatre coin de l'empire l'exotique, le rare et le précieux. Un paris qui rêve d'Afrique et d'Indochine. Un Paris qui applaudit Joséphine Baker dans la Revue Nègre...

Cet envie d'exotisme est aussi la mienne et je savoure ces notes qui s’égrènent, se mêlent et s'entremêlent: l'ilang, la pêche et ensuite le santal, le santal traité comme je l'aime, et je me fiche bien de savoir à quel point cette façon de le montrer est la plus juste ou la plus belle: le santal traité en parfum de peau, une peau bronzée, dorée, une peau qui à pris le soleil et s'est épicée. Tout se bouscule: suis-je toujours bien à Paris ou l'univers vient déposer ses merveilles à mes pieds ou ai-je embarqué avec de charmantes parisiennes pour une croisières dans les îles sur un de ces bateaux dessinés par Cassandre?

Je me réveille. Hélas!

Bois des Îles, Ernest Beaux pour Chanel, 1926


mercredi 25 mai 2011

Still like a virgin

1984, Like a Virgin consacre Madonna phénomène pop. Elle n'est plus simplement une chanteuse, elle devient une icône, le modèle à suivre, la réponse de la rue à la haute couture et à l'ennuyeux prêt-à-porter de luxe méchamment BCBG. Jean-Paul Gaultier la découvre, émerveillé, en robe de mariée perchée sur un gâteau aux MTV music awards. Elle choque, elle amuse. Tout le monde la copie.

Madonna impose son glamour cheap, ses fringues de récup, lingerie, T-shirts découpés, accumulation de bijoux en strass ou caoutchouc, les cheveux emmêles,  teinture maison et racines, trop de maquillage, ostensiblement provocante et sexy, décrétant que tout est bon pour réussir et que c'est encore mieux si on s'amuse.

25 ans plus tard, on se désole de voir que les anciens réflexes sont revenus, que le bling règne, que la marque compte parfois encore plus que tout, que les jeune filles rêvent de panoplies et de conformisme. Et qu'on s'ennuie, qu'on se la pète à nouveau et que c'est bien triste.

Voeu personnel: encore un peu de glamour cheap, s'il vous plait!



Photos Steven Meisel

mardi 24 mai 2011

les nuits de la princesse Jasmin

En visite chez vos amis les ***, vous ne pouvez manquer de la remarquer : elle trône, petite déesse asiatique, sur le plus beau, le plus soyeux des coussins de la maison, offrant à contempler sont pelage beige orné de ses gantelets et de son petit masque de velours brun, impériale petite chatte venue du Siam, aristocrate mince et jeune,  princesse précieuse et choyée tant pour sa beauté que pour ses dédains. On vous la présentera mais vous aurez beau appeler son nom "Jasmin ! Jasmin !" vous n’aurez pas l’aumône d’un regard. Que du contraire son altesse Jasmin va ostensiblement tourner sa tête et couler son regard bleuté par-dessus son épaule pour fixer le point de la pièce qui est le plus opposé à votre direction, méprisante petite créature dont la maîtresse dira que c’est probablement du à votre vêture car "jamais on n’a vu Jasmin sur du jeans, la pauvre est si délicate, elle n’aime que la soie. Elle est si délicate…"


Musidora

Pourtant, il faut la voir à la nuit tombée cette petite créature raffinée, distinguée, il faut la voir échapper à ses maître pour parcourir les routes et les sentiers, courir parmi les verdures, son petit masque déformé par la plus intense convoitise. Voyez Son Altesse en chasse, à la recherche du mâle, prête à tout, avec tous pour assouvir son désir. Jasmin court sous la lumière de la lune en feulant, en modulant son appel, petite enragée prête à parcourir des kilomètres, souple et mince, brûlante de fièvre, voyez sa prunelle démesurément agrandie, assombrie, pleine de la passion effrénée des bacchantes. Quand enfin apparaît le mêle, peut importe qu’il soit jeune et beau, vieux et gros, elle s’en fiche, un frisson parcours son corps comme une décharge électrique, d’ailleurs, ne vous avisez pas de l’approcher à ce moment, il pourrait vous en cuire, dissimulée dans ses gants de velours, ses griffes n’en son pas moins acérées, prêtes à jaillir et à lacérer quiconque s’interposerait entre Jasmin et son désir. Jasmin, se glisse, subitement devenue ombre claire, derrière les buissons et écoutez-là se donner sans vergogne, se rouler dans la boue, petite traînée toute entière livrée aux plaisirs de la débauche, fauve déchaîné, hurlant son plaisir à la nuit…

N’ayez crainte, au petit matin, elle rentrera sagement à la maison, reprendra ses mines de divinité mystérieuse et lointaine, jouera les gracieuses inaccessibles, les princesses au petit pois, vous toisant, vous méprisant de toute sa hauteur de Princesse Jasmin…

à la nuit, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 2000

dimanche 22 mai 2011

Annick, raconte moi une histoire...

Burn Jones, L'adoration des rois

Lorsqu'elle revisitent l'orient, Camille Goutal et Isabelle Doyen ne marchent pas sur les pas de Lutens, elles semblent plutôt se plonger dans les pages d'une Bible ancienne et s'émerveiller devant les illustrations: le roi  David, Salomé et ses sept voiles, Joseph et ses frères... Mais surtout, l'adoration des rois. l'or, remplacé par l'ambre, l'encens et la myrrhe.

Les trois senteurs sont fumées, douces. elles semblent toutes jouer avec l'encens. La Myrrhe Ardente est la senteur le plus ronde, celle qui se fond dans la peau lorsque l'effet fumé du départ s'estompe, résineuse, avant que l'encens ne monte. L'Ambre fétiche est plus épicé, un peu plus dur, plus sec, un rien cuiré jouant à cache-cache avec la fumée d'encens tout au long du parfum. L'Encens Flamboyant est sec au départ, surprenant, avant que les volutes ne se déploient évoquant la messe de minuit dans une petite église de campagne, petit église que l'on rejoint après une ballade dans une foret de pins. 

Ils ont été conçu pour être portés ensemble, mariés, mélangés et créent une ambiance chaleureuse, sombre et enfumée peut-être mais douce. Cet orient-là, c'est celui d'une histoire tirée de la Légende Dorée racontée à un enfant le soir pour l'endormir; la lanterne magique du petit Marcel dans la Recherche, des ombres colorées comme des joyaux qui réconfortent et appaisent. Je les aime dans l'air chaud d'un soir d'été, dans la douceur d'un appartement douillet au coeur de l'hiver. Je les aime pour m'y blottir, y méditer, y rêver.

Ambre Fétiche, Myrrhe Ardente, Encens Flamboyant, Camille Goutal et Isabelle Doyen pour Annick Goutal, 2007

Nivéa a 100 ans

Je pense qu'on a tous des souvenir de Niveé, la crème allemande dans sa boite bleue (qui fut jaune à ses débuts), celle qui fait tout bien. qui n'en a pas eu un pot à la maison? On n'y pense pas, mais on aurait tous des histoire de Nivéa à raconter, de maman qui nous en met sur les joues en hiver ou de grande soeur qui soigne ses long cheveux avec. Nivéa, c'est madeleine de Proust et Chanel N°5 réunis: le mythique et l'intime.  











Le gant de Séverine

En sortant de ce train de banlieue vous trouvez un gant et instinctivement le ramassez. Un gant de femme, en cuir noir. La femme doit avoir de longues mains, fines. Vous remarquez, un peu déçu, curieusement, à l'un des doigts la marque d'une bague qui déforme le gant. La marque d'un anneau. Probablement une alliance. Et sans raison, sans savoir pourquoi, cela vous désole un peu.


Vous approcher le gant de votre visage comme pour un baisemain. Lentement. Il y a l'odeur du cuir qui vous arrive. Un relent de fumée aussi. Et un parfum qui monte, celui de l'inconnue qui à perdu son gant. Elle doit parfumer ses poignets avant de sortir et d'enfiler ses gants... Un parfum très doux, fleuri. De la fleur d'oranger? Doucement ambré... Un Guerlain? L'Heure Bleue?


"Monsieur, vous avez trouvez mon gant? Merci!"


Une voix rapide, au timbre net et pressé. L'inconnue s'est emparée de son gant, vite, a fait demi-tour, encore plus vite, et avance, court presque, silhouette élégante de jeune fille sage, terriblement Saint Laurent, trop sage pour son gant, ne laissant derrière elle que l'écho de ses talons qui claquent sur le pavé. Mais vous l'avez reconnue: c'est Belle de Jour. Son parfum? Cuir Mauresque.


Catherine Deneuve dans Belle de jour de Luis Buñuel
Cuir Mauresque, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salon de Palais Royal Shiseido, 1996

Journal d'un parfumeur

Lorsque Jean-Claude Ellena publie un livre intitulé "journal d'un parfumeur" les toqués du parfum s'affolent, il le leur faut... Pourtant, ce n'est pas en obsédé du sent-bon que j'ai envie de commenter, parce que le livre n'est pas que cela, il peut intéresser tout le monde.

Première bonne nouvelle: JCE sait écrire: simplement et de façon fluide, sans effets prétentieux et déplorable: juste une belle langue, claire, limpide. Seconde bonne nouvelle: JCE est intéressant: il nous parle du quotidien, de la création et de ce qu'elle implique de réflexion, d'angoisse, du marketing, etc. Il y a des remise en cause, de l'humilité, une vraie honnêteté.  On est bien au-delà de l'auto-promotion, on est dans le partage. La forme littéraire du journal peut être ennuyeuse mais il n'en est rien dans ce cas: les notes sont concises, les instants choisis, sans volonté de s'épancher ou de se répandre. (Ellena écrirait-il comme il conçoit les parfums?) Cela n'empêche ni la poésie, ni l'émotion, simplement, cela passe par l'allusion, l'évocation.

"Parce que les idées, les réflexions naissent librement et que je doute de ma mémoire, j'écris."

Et le parfum? Forcément il en est question. Et voila quelqu'un qui sait en parler clairement et justement. Intelligemment aussi, devenant passionnant même pour le profane, le néophyte. Pour dire vrai, j'eus aimé lire ce livre sans m'être jamais intéressé au parfum pour avoir le plaisir de découvrir l'un de mes sens en compagnie d'un si bon guide. J'ai vraiment aimé le livre en tant que tel, alors que le "Que sais-je?" du même auteur ne m'avait pas emballé, je l'avait trouvé, non pas prétentieux, mais hors-sujet. Avec le journal, il semble que JCE, qui se décrit d'ailleurs comme un écrivain d'odeurs, a vraiment trouvé une forme d'expression qui lui convient et publié un bon livre.

J-C Ellena, Journal d'un parfumeur, Sabine Wespieser éditeur,2011

samedi 21 mai 2011

Jézabel

Au tribunal, une femme est reconnue coupable du meurtre de son jeune amant. Après cette scène d'ouverture, Irène Némirovsky nous brosse le portait de cette femme, son histoire... Gladys n'a pas été très heureuse jusqu'au jour ou elle découvrit, lors de son premier bal, que sa beauté lui valait l'admiration des hommes. Depuis, Gladys n'a vécu que pour cela, être admirée, désirée, adorée. Mais le temps fait son ouvrage, essaye de saper sa beauté, alors Gladys lutte, tente de préserver la seule forme de bonheur qu'elle connaisse.

"Ce désir de plaire, d'être aimée, cette jouissance banale, commune à toutes les femmes, cela devenait pour elle une passion, semblable à celle du pouvoir ou de l'or dans un coeur d'homme, une soif que les année augmentaient et que rien, jamais, n'avait pu étancher complètement."

Némirovsky nous peint les illusions de son personnage sans complaisance, nous laissant entre mépris, un certain dégoût et de la compassion. Ce genre de mélodrame aurait fait le bonheur d'une Bette Davis qui s'est souvent frotté sur écran au drame que peut être la perte de la séduction. On pense à all about Eve, What happens to Baby Jane, et plus encore à l'impitoyable Mr Skeffington. Les choses ont fort peut changé depuis. Regardez le premier magazine people venu et vous en serez convaincu. 

Némirovsky, c'est cette écrivain française qui périt dans les camps parce que juive et que nous avons pu redécouvrir grâce à Suite française. En la lisant, je suis frappé de voir qu'elle a su être juste, souvent, échappant à son époque pour montrer à travers ses petits drames ancrés dans leur temps des réalités universelles assez douloureuse. Le roman n'a l'air de rien, mondain, cosmopolite, mais finalement, il a réussi à me toucher d'assez près. C'est une chance pour le monde des lettres que sa place dans nos bibliothèques lui soit enfin rendue.

Jézabel, Irène Némirovsky, disponible au livre de poche.


mardi 17 mai 2011

Thriller

J'avoue, il m'arrive de lire avec passion des thrillers que je n'arrive à lâcher, voulant savoir la fin, ce qui n'arrange pas mon insomnie. Les aventures de l'inspecteur Pendergast me passionnent: le style est policier mais intègre des éléments fantastiques pour des suspens haletants et macabres ou le gore est souvent au rendez vous dans des atmosphère urbaines et passablement gothiques. 

Valse macabre recourt, comme c'est souvent le cas, aux croyances exotiques (le vaudou) même si l'action est purement New Yorkaise et nous balade dans des bois obscures, des cryptes inquiétantes, d'étranges églises, des quartiers désertés et mal famés etc. Preston et Child excellent dans les ambiances sombres qui font penser que New York n'est pas une ville moderne mais une métropole gothique et inquiétante digne des gravures du Piranèse.

Je suis complètement accro au aventure du mystérieux inspecteur et de son petit monde. Les personnages récurrents (qui se renouvellent régulièrement, car on meurt beaucoup et atrocement dans ces livres) sont plus intéressant qu'attachant mais le suspens est toujours mené de main de maître et même  si l'inspecteur s'en sort toujours (une des base du genre) on ne sait jamais comment et on ne sait jamais qui va y rester et surtout comment, car les meurtres sont toujours particulièrement atroces. L'élément mystérieux et fantastique est toujours présent: ici, il est question de Zombies, de rituels affreux impliquant des sacrifices, etc. C'est toujours un peu limite, proche des films de séries B (D'ailleurs, Relic, le premier tome de la série a été adapté comme film d'horreur. Pas vu!) Mais c'est relativement bien écrit et absolument pas idiot ou grandguignolesque. On n'est pas dans Proust, évidement, mais il m'est arriver d'en relire et ça tenait le choc de la deuxième lecture, ce qui est rare quand un livre repose sur le suspens.

Preston & Child, Valse macabre, disponible au Livre de Poche

Piranèse

Déclaration, Ellena et moi. Ou plutôt et pas moi.


Claude le Lorrain

J’a ai passé la journée d’hier en Déclaration (Jean-Claude Ellena pour Cartier, 1998) et assez vite, je me suis senti assez mal, déguisé dans ce parfum que j’aime pourtant tellement et depuis si longtemps qu’il ne peut plus vraiment me surprendre. Cela m’a rendu presque triste, mais en dépit de sa grande beauté, Déclaration n’est pas pour moi, ne me correspond pas. Déclaration est classique, magnifiquement, comme une toile de Claude le Lorrain, équilibré et beau, comme souvent le travail de Jean-Claude Ellena. Oui, je sais qu’il est plus souvent question d’aquarelles que de grands paysages à l’huile pour commenter son travail, mais j’aurais aussi bien pu le comparer à l’acropole d’Athènes, je ne veux pas dire que les deux choses sont équivalentes en termes de format, je parle de mon ressenti et de l’esprit de la chose. Je ne veux pas dire, en usant du mot classique, traditionnel car ce parfum est beaucoup plus moderne que moi.

Fragonard

Moi, comme on me l’a dit une fois d’un ton chargé du plus grand mépris, je suis Pompadour. Je peux aussi bien le revendiquer, comme la marquise n’avait pas honte d’être née Poisson : oui, je suis bourgeois et conventionnel, sous des dehors de fantaisie qui peuvent sembler modernes : Ne me conviennent que les choses à l’ancienne, un peu mignardes. Pas les grands drames baroques, plutôt le Rococo dans sa recherche de grâce, le légèrement déséquilibré. Le chic with a twist ? Pour reprendre une expression de modeuse. Voila, autant pour mon "genre", mais ça me désole et secrètement, je rêverai sans doute toujours de cette beauté classique et moderne à la fois. 

(C'était la minute narcissique: trouver son style)

L’art d’en faire trop...


Joan Collins Dynasty
Rose et patchouli. L’accord se sent beaucoup ces temps-ci, faussement moderne et neuf pou des jeunes filles ayant été élevée dans des accords proprets de type CKone ou Aqua di Gio. Pourtant, c’est assez vieux et l’un des meilleurs représentants de la famille est probablement l’ancêtre Knowing de la tribu Lauder. Il date des années ’80, époque où Madonna déguisée en Marilyn chantait qu’elle était une Material Girl aimant l’argent. Tout est là. Knowing semble avoir été conçu pour envelopper Joan Collins jouant Alexis Carrington, la super garce du soap Dynasty : C’est riche et ça se sent, ça s’exhibe même, complexe, sophistiqué, et très autoritaire, invoquant le spectre de l’ancien glamour Hollywoodien et le mixant à la tenue carrée de la femme d'affaire impitoyable.


Joan Collins Dynasty
 Knowing installe une rose fluorescente, absolument incandescente et brûlante sur un lit de patchouli et de chypre. Le volume est réglé au maximum, méfiez-vous avant de vaporiser : voila un parfum qui a été conçu pour être trop, définitivement. Il est à peine adouci par des notes gourmandes de prune et un jasmin capiteux mêlé de fleur d’oranger. Il semble avoir empilé les codes de la sensualité glam comme ça se faisait à cette époque : paillette + voilette + jarretelle + … Mais le parfum donne une sensation de modernité impitoyable : la femme qui le porte n’est pas une femme objet ou une potiche : elle aime le pouvoir sans en avoir honte. Elle peut éventuellement charmer les serpents mais n’avalera pas de couleuvres.

Donnez lui une chance et ce parfum pourrait bien vous plaire dans un océan de nouveautés sans saveur, son coté roboratif fait du bien. Et on a toujours besoin d'un parfum qui nous aide à nous sentir fort. Cette Rose a été beaucoup utilisée, mais traitée de cette façon, elle reste parfaitement agréable alors que d'autre nous font dire:"mais qu'est-ce qui m'a pris?" Il faut assumer son aura eighties, mais si vous aimez le bleu international Klein et les épaules carrées: foncez!

Knowing, Estée Lauder, 1988.

dimanche 15 mai 2011

Savoir-vivre et parfums: les moments ou il faut s'abstenir...

"Tout change avec le temps,
mais bien plus en apparence qu'en réalité,
par les formes plus que par le fond."
Baronne Staffe, usages du mondes, 1889.

Le flambeau du savoir vivre semble tombé bien bas depuis qu'il est passé entre les petites mains avides et pataudes de la Baronne de Rothschild (Nadine Tallier n'étant définitivement point une Odette de Crécy) qui distribue charitablement, et surtout contre espèces sonnantes et trébuchantes, ses avis a des jeunes filles innocentes pour les aider à devenir des dames du monde. L'époque évolue, change et la politesse s'adapte mais ne meurt pas, bien au contraire, elle continue de dire qu'en tout lieu et à tout moment, le bon ton est celui de la simplicité, de l'attention bienveillant portée aux autres. La politesse est la seule élégance véritable.

En termes de vêture, tout parait par dessus tête, chacun allant dans le même vêtement du premier au dernier jour de l'an et de la première à la dernière heure du jour. Il est loin le temps ou chacun portait tenue de visite, de déjeuner, d'après-midi... Pourtant, on voit que subsiste quelques distinctions: on ne porte généralement pas la même tenue au travail qu'en famille, on continue de "s'habiller" pour un mariage, etc. Et du coté des parfums, qu'en est-il? Il faut bien hélas constater que faute d'éducation, le relâchement le plus horrible se produit; la "démocratisation du luxe" ne s'étant pas accompagné d'une éducation. Il est donc utile que quelqu'un se penche sur le sujet et à la recherche... envisage de s'attaquer à l'ouvrage en comptant sur l'indulgence du lecteur averti. Certains s'y sont déjà en partie attacher avec un talent qui n'est pas le mien et je me contenterai de renvoyer à leur travaux, je pense par exemple à la thématique des "parfums pour le bureau qui a déjà été magistralement traitée par le Dr Phoebus dans son excellent blog partager avec Mr Jicky, on consultera cet article fort plaisant en plus d'être particulièrement utile : ICI

La règle la plus importante en parfums comme en mode est qu'il vaut toujours mieux pêcher par excès de simplicité. La simplicité est toujours élégante. Rien n'est plus ridicule que de trop s'habiller. Dans le doute, choisissez donc de faire profil bas, c'est assurément l'option la plus sûre, celle qui vaudra des louange à votre modestie.

Mais il me faut aborder le vif du sujet "savoir-vivre et parfums" et je commencerai par évoquer les cas ou sous aucun prétexte, il ne faut se parfumer. tout d'abord, la visite aux malades ainsi qu'aux dames en attente d'un heureux évènement. La raison en est évidentes, ces deux catégories de personnes sont sensibles aux odeurs et il ne faut en aucun cas aggraver leurs malaises, qu'il s'agisse d'étouffements ou de nausées. Si vous devez être quotidiennement dans le voisinage d'une dame qui porte la vie, vous pourrez discrètement vous renseigner auprès d'elle et éventuellement, si aucune objection n'a été formulée, vous pourrez discrètement vous parfumer d'une senteur légère.

Le deuil bannit le parfum. Certaines traditions voilent les miroirs parce que le deuil n'est pas le temps de la vanité et de la coquetterie et on serait bien avisé de s'en inspirer et de ne porter aucun parfum par respect pour ceux qui ont perdu un être cher lorsqu'on rend visite au défunt ou lorsqu'on assiste aux funérailles, exactement comme on revêtira un vêtement sombre et sobre puisque, en dehors de cercle familial restreint, le grand deuil ne se porte plus. En signe de respect, vous veillerez dans les semaines qui suivent les funérailles à soigneusement éviter de porter des parfums trop opulents en présence de gens encore dans l'affliction et par dessus tous vous vous interdirez absolument de porter en leur présence un parfum qui leur rappellerait le défunt.

En ces circonstances, la seule chose parfumée autorisée sera un mouchoir de baptiste ou un carré Hermès imprégné d'un soupçon d'eau de Cologne, enfermé dans un réticule hermétique, que vous pourrez aller respirer "at the powder room" si vraiment vous ne pouvez vous en passer.

samedi 14 mai 2011

et si je m'offrais de l'art contemporain?

M/Mink a pour moi tout de la mauvaise idée. Depuis que je l'ai senti, et plus je le sens, il me fait envie, je le veux. Pourtant, je sais bien que ce n'est pas mon genre, que je ne le porterai pas, ou si peu.Je sais tout cela. Je me dis que si je ne porte pas les quelques ml que je possède, c'est parce que c'est plus un parfum d'hiver et en me disant cela, je sais aussi que j'ai eu ces ml alors qu'il faisait frais et qu'en plus je me suis dit en le portant au creux de coude quand la température montait que la belle saison lui allait bien, révélait des faces nouvelles, l'adoucissait un peu plus... Bref, je me disais bel et bien que j'étais de mauvaise foi!

L'objet de la tentation est indescriptible autrement que par des sensations très physique, plus qu'olfactive. Il y a d'abord l'impression du vent froid qui vient du nord en hiver, quelque chose de piquant, entre ozone et métal, et en même temps, il y a autre chose qui va se dégager peu à peu pour me faire comprendre qu'il fait peut-être froid mais que je suis bien protégé quelque chose de doux, un peu fumée,un peu animal. M/Mink surprend mais il est très rassurant. Il semble moderne, infiniment, mais a un fond très classique, tel qu'on en fait plus ai-je envie de dire. M/Mink prend son temps pour faire voir toute sa beauté à la façon des anciens chypres.

Son univers semble à la croisée de plusieurs chemins: entre l'avant garde de Comme des garçons et une parfumerie classique de très bonne qualité. Il a aussi un petit quelque chose d'Etat Libre d'Orange et fait penser à Sécrétions Magnifiques. Mais là ou l'avant-garde est importable, pose question, mais ne touche pas, là ou ELO a eu une bonne idée mais n'a pas su la faire aboutir, là ou des maisons traditionnelles s'ennuient un peu et nous lassent en refaisant très bien la même chose encore et encore, Byredo réussi à surprendre et à séduire. Alors oui, je le veux, je le veux, je le veux! Sauf que je sais très bien que je ne le porterai pas. Je le laisserai enfermé dans une armoire, le sentant de temps en temps et c'est tout, j'ai beau l'adorer, je ne me sens bien qua dans de vieille choses ou des nouveauté faussement vintage. L'offrir? Peut-être une bonne idée. Ou lancer une petite annonce sur site de rencontres: Recherche porteur/euse de M/Mink pour rencontre et plus si affinité? NOOON. Je vais résister, c'est tout.

M/Mink, Jerôme Epinette pour Byredo, 2010

mercredi 11 mai 2011

Os


Pour ce bracelet manchette cultissime, Elsa s'est inspirée d'un fémur. Rien de macabre, ni de morbide, mais un bel objet aux lignes courbes et douces qui est devenu intemporel. Simple, élégant, plus qu'un simple bijou, une pièce d'art à porter autour de son poignet.
Bone, Elsa Peretti pour Tiffany

lundi 9 mai 2011

Vita Sacville-West: Ambiance sombre et plume acide.

Gervase Godavary revient à la demeure familiale à la mort de son oncle et retrouve dans les montagnes écossaises, au bord d'un lac sombre, une famille qu'il n'apprécie guère. Poids du passé, secrets, rancœurs, adultères, etc, tout est là. Tout et surtout Paola, la fille de son oncle, née d'un second mariage, Paola l'étrangère -elle est à moitié italienne- est différente, indifférente, femme fatale égarée à la campagne.

"...elle était de ces âmes hautaines qui ne trouvent jamais de maître, de ces personnalités insaisisables et perverses qui ne connaissent pas la compassion. Il était donc vain de lui en vouloir ..."



Paola, Victoria Sackville-West, 1932, disponible au Livre de Poche

Trois jours d'action, d'observations et une ambiance à la "sœurs Brontë" sombre, intense et mystérieuse. Et puis surtout l'écriture de Vita Sackville-West: précise, fine, incisive, presqu'acide qui fait merveille dans ce qui est plus une longue nouvelle qu'un roman. J'aime quand ça grince dans les réunions familiales.

Rétrospective Yves Saint Laurent: Rive Gauche

Il y a un an, c’était la haute couture, cette année, c’est le prêt-à-porter Rive Gauche qui s’expose. Une volonté YSL de se démocratiser, de rendre la rue plus belle et une vraie allure donnée aux femmes. Les manteaux et les cabans sont sublimes, toujours portables par une jeune fille actuelle ainsi que les quelques pièces qui semblent d'inspiration "belle de jour". Mais les autres vêtements semblent curieusement vieillis, bien plus que ceux de la haute couture. Sont en cause, les tissus  plutôt que les coupes : débauche d’imprimés dans des matières mois jolies, etc. Que tout cela semble passé, rétro malgré leurs lignes superbes. Oui, c’est beau, oui, c’est un moment important de l’histoire de la mode, mais c’est aussi une leçon de style : vive la pureté, la simplicité. S’amuser, c’est bien. Mais ce n’est pas forcément dans ces vêtements là qu’on voudrait que les autres se souviennent de nous. Reste à trouver les moyens de s'habiller en haute couture, de s'offrir cette perfection que Saint Laurent avait su donner à sa mode haute couture qui avait fini par sortir de la mode pour devenir éternelle.

"SAINT LAURENT rive gauche - La révolution de la mode" à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent. 5 avenue Marceau 75116 Paris. Jusqu'au 17 juillet


Photos: Luc Castel pour la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent

 

La salope de la bande à Piguet

Germaine Cellier avait incontestablement une signature: une matière à haute dose, bien entourée, pour un effet étourdissant et assez brutal. Fracas est une tubéreuse adoucie de fleur d'oranger et de jacinthe, ensuite on perçoit du jasmin. Puis vient le solo de tubéreuse et là...

Avez-vous vu la chatte sur un toit brûlant?  Fracas est exactement le parfum de Maggie, the cat. Une femme qui dit à son homme qu'elle est sa femme, qu'elle est vivante, et qu'elle est sexuelle. Qui le dit en se pavanant en combinaison, et qui le dit assez fort pour que tout le monde l'entende. Elizabeth Taylor est belle, c'est un euphémisme, et légèrement hystérique. Exactement comme fracas.

Fracas, comme Maggie, est une bombe. Ce n'est pas sa faute: il a été conçu comme ça: il entre dans une pièce et explose aussitôt, irradiant, répandant ses ondes dans l'espace en faisant tourner les tête et en enflammant les coeurs.  Étonnez-vous que les maîtresse de maison respectable dans leurs jolis bouquets bien sages l'appellent "la salope de la bande à Piguet"...  Fracas s'en fout royalement. Plutôt bonne fille, ça pourrait lui faire de la peine, mais encore faudrait-il qu'elle le remarque: pas si facile avec tout ces hommes autour d'elle d'entendre les cancans des belles-soeurs jalouses...

Elizabeth Taylor
La chatte sur un toit brûlant

Portez le intensément et n'essayez pas de tricher avec lui, car ce parfum n'est pas fait pour les demi-mesures. Il ne sert à rien de vouloir le museler; il n'est pas joli, décent, social, et ne le sera jamais. Si vous voulez juste quelque chose de mignon et discret, passez votre chemin, Fracas n'est pas pour vous. Tenece, sur la fin, on remarque la filiation avec ses descendants Poison et Carnal Flower. Mais la fin est longue avec Fracas, il refuse de mourir, s'accroche aux vêtement, traîne et hante les garde-robes.

Fracas, Germaine Cellier pour Robert Piguet, 1948

vendredi 6 mai 2011

Inspiration: le maçon par August Sander


J'aime vraiment beaucoup le travail d'August Sander à la fois reportage et portrait d'art. J'adore le fait qu'il montre de vrais gens avec une beauté à couper le souffle. Cette photo de 1928 est à incroyable, je trouve: la composition, la lumière et le modèle, tout est parfait. 

Les looks des ouvriers et des paysans sont ceux qui ont le moins vieilli. Le gilet, l’écharpe, la casquette, on pourrait encore, c'est toujours sublime alors que certains effets "mode" beaucoup plus proche dans le temps sont abominablement datés. Une leçon à retenir? En tous cas, l'élégance est souvent proche de la simplicité et du minimalisme.

mercredi 4 mai 2011

Never Be The Same Again

"It's just the beginning it's not the end.
Things will never be the same again.
It's not a secret anymore.
Now we've opened up the door.
Starting tonight and from now on.
We'll never, never be the same again."
Mel C

Je lisais la critique d’Azzaro sur le blog (excellent) Poivre Bleu et je réfléchissais à ce qui faisait la modernité en parfum. Quels étaient les éléments qui avaient changés depuis ma jeunesse. Ma jeunesse est une époque pas si lointaine (fin ’70–’80) mais ou les anciens n’étaient pas encore reformulés à tout va.

Il me semble qu’à l’époque, les parfums étaient plus opaques. Dans le sens : sombre, lourds, saturées. J’évoque ici une idée de matière, de richesse qui n’est pas sans s’accompagné d’une certaine lourdeur. Je pense aussi à quelque chose de complexe, d’abstrait, quelque chose d’indéchiffrable qui se traduit en sensations, en impressions, parce qu’on ne sait pas comment en parler, comment l’aborder. Forcément, je pense un peu à Chanel, et à son N°5, qui réclamait quelque chose d'artificiel, de construit, "parce qu'une femme n'a pas envie de sentir le parterre de rose!"

Les parfums actuels me semblent plus transparents, plus légers. Nettement plus portable de la première à la dernière heure du jour contrairement à leurs aînés. Dans certain cas, cette transparence diffuse remarquablement bien mais dans le pire des cas, on peu avoir de l’inconsistance complété. Même les plus collants des sirops de fruit me semblent avoir la texture du vitrail (de la gelée serait plus correct ?) plutôt que le réalisme du fruit. Mais surtout, les petits nouveaux me semblent particulièrement lisibles. Et pas seulement les mono-matières. Les parfums plus composés me semblent comme le remarquait Nez Bavard pour le nouvel Azzaro, semblent détachées les unes des autres, égrenées, passant chacune à leur tour, se faisant bien voir, saluant, avant de regagner la coulisse pour laisser place au suivantes. C’est à la fois excitant car il nous est permis de lire le parfum, de pouvoir le décrire ; l’analyser, mais il me semble y perdre un peu en poétique par comparaison avec ces monuments anciens qu’on ne savait aborder que par métaphore, comparaisons descriptives de nos sensations et émotions. Si la maison Chanel a retravaillé le N°5 pour en donner une version actuelle avec l'Eau Première, je pense que sans le mythe N°5, un tel parfum aurait eu du mal à voir le jour. Trop abstrait, trop peu évocateur d'autre chose que lui même. Pourtant, sa transparence le place bien dans l'air du temps, le lifting est une réussite. (Mais heureusement qu'on conserver l'original!)

En écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que je suis un vieux nostalgique (enfin, pas vieux, non, vintage !) qui lit Proust et recherche le temps perdu. Pourtant, je trouve que de vraies beautés naissent de nos jours, dans tous les styles. Je pense par exemple à la maison Goutal, que j’apprécie de plus en plus, qui uni si bien les deux tendances en faisant des parfums encore complexes, qui donnent de vraies émotions, sans se rattacher à des matières trop précises, des parfums complexes, désuets par certains cotés, mais incroyablement transparents et légers.J'ai particulièrement en tête le Matin d'Orage, qui réussi si bien à nous transporter sans trop se laisser disséquer, mais avec une vraie modernité dans le traitement.

Oui, la parfumerie a encore de beaux jours devant elle, il nous reste quantités d'émotions à découvrir.

mardi 3 mai 2011

Freaks?



Beth Ditto, cover de Love

Regardez bien la nouvelle campagne de pub A Men de Mugler. Ça ne se remarque pas au premier abord mais le mannequin (Oscar Pistorius) est handicapé. Ses prothèses ne choquent pas du tout, on les remarque à peine. Coup de pub ou véritable intégration de la différence ? Il y a quelques années, McQueen avait fait défiler des handicapés et l’effet était assez désagréable, entre voyeurisme, exhibition de monstres, assez proche de la provocation gratuite. Pourtant, je ne pense pas que la démarche de McQueen était volontairement malsaine. L’époque n’avait pas été préparée. Dans le cas Mugler, il y a un univers qui se prète, la prothèse semble « naturelle » dans ce visuel. Et l’époque à (un peu, très peu, trop peu) changé. Beth Ditto s’est exhibée nue dans les magasine avec ses kilos en trop, imposant son physique hors norme. Des images dérangeantes, mais belles, qui nous ont appris que la beauté n’était pas dans les standards imposés.

Pour l’instant, la démarche reste isolée et excentrique. Coté couleur, ce n’est pas gagné non plus. Je pense à Naomi Campbell qui expliquait il n’y a pas si longtemps que certes, elle était devenue une star mais qu’elle avait beaucoup ramé parce que s’il n’y avait pas de problème pour les défilés, pour avoir de grandes campagnes, ce n’étais pas évident au début. Et elle précisait qu’elle savait que jamais elle n’aurait une campagne parfum parce que vous savez ce qu’on dit : les noirs, ça pue. Effectivement, on reste au standard de la belle blanche… Quand on pense qu’une maison comme Guerlain à fait de l’exotisme son fond de commerce avec Mitsouko, la japonaise, Shalimar, l’histoire d’amour en inde etc, on se demade pourquoi on ne voit pas des campagnes mettant en scène des indiens et une japonaise. Les mots de Jean-Paul Guerlain nous éclairent un peu sur la mentalité de ces vénérables maisons. On me dira que Guerlain, c’est Paris et la parisienne. Ok, mais Hillary Swank et Natalia Vodianova, elles sont vraiment parisiennes ? On reste dans un stéréotype et une norme…


Serge Lutens pour Shiseido

Je pense que c’est que j’ai toujours aimé les visuels de Serge Lutens époque Shiseido parce qu’ils n’étaient pas normatifs. C’était des visions, des sources d’inspiration, mais absolument pas des modèles auxquels il fallait se conformer. Le travail réalisé était évident et n’essayais pas de passer pour réaliste. On ne savait pas à quoi ressemblait la fille en dessous. Il y a vait juste l’excès de beauté, quelque chose d’incompatible avec la vie quotidienne.  A chacun de s’approprier l’image. La beauté selon Lutens était extrême mais pas culpabilisante, libératrice…

J’ai repensé en voyant tout cela au film Freaks, la monstrueuse parade, 1932, qui dépeint un petit monde ou chacun est un monstre. Dans cette foire aux monstres, seule l’écuyère est normale et belle selon les critères hollywoodiens. Evidement, c’est une garce, mais passons. Ce qui est frappant, c’est que dans ce film, tout le monde étant diffèrent, tout le monde étant un freak, tout le monde est finalement normal. Peut-être que nous devrions libérer le freak en nous. Pour un monde plus beau et meilleur. Peut-être que nous devrions aller jusqu’au bout de nos délires à la façon des images de Lutens, comme Beth. Excessifs, mais inspirés. Parce que la beauté, elle est dans le regard, celui de l’autre peut-être, mais aussi celui que nous posons sur nous même.


Et si on faisait tous comme Brigitte Fontaine?
"je suis vieille et je vous encule avec mon look de libellule"
(Prohibition, 2009)


lundi 2 mai 2011

Quand la mode ennuie, vive le dévergondage

Vivienne Westwood
époque sex
Il y a quelques temps,  à une question de H&M qui demandait "quelle tendance pour la prochaine saison?" j'ai répondu par une boutade qu'une collection fétichiste glamour serait une bonne idée et qu'il n'avait qu'à demander à Dita Von Teese. C'était une boutade parce que la mode m'ennuyait, et m'ennuie toujours, de haut en bas et de bas en haut. et à la réflexion, ça ne me semble pas une si mauvaise idée pour casser le coté bling prétentieux mêlé de puritanisme religieux qui s'est imposé. Je ne pense pas nécessairement à quelque chose d'extrême et de punk comme ce que faisait Vivienne Westwood, grande dame ultra créative que je respecte et admire, dans sa boutique Sex.

J'avais plutôt en tête le style de Thierry Mugler, dont la maison est d'ailleurs relancée avec à la création Nicola Formichetti, qui à crée beaucoup de tenues pour Lady Gaga... Effectivement, la relance d'une tendance bondage SM porno est peut-être en bonne voie. Hélas, je crains que la pointe de vulgarité nécessaire ne soit bien trop prononcée... J'avais en tête des touches de fétichisme, pas un déguisement de pute. (Avec tout le respect du à Lady Gaga, je n'ai JAMAIS considéré qu'un string en cuir et des bas résille troués suffisaient à faire une tenue)

Je pensais à des choses comme: des bottes lacées haut, une ceinture-guêpière en cuir façon bondage, mais le tout porté avec une longue jupe crayon sous le genoux et un pull col roulé en cachemire beige. Ou, pour les garçon un trench coupé à la taille réalisé en popeline noire pour un effet exhibitionniste nu en dessous, alors que basiquement, vu le tissu, c'est quand même une chemise... Façon bourgeoisie dévergondée. Et de longs gants noirs, parce que c'est toujours sublime. 

En image: 

Thierry Mugler par Helmut Newton 1998
Bettie Page


Dita Von Teese

Madonna par Steven Meisel, Sex

Glenn Hughes

Etat Libre d'Orange: Tom of Finland

I am big. It's the pictures that got small...

Joe Gillis: You're Norma Desmond. You used to be in silent pictures. You used to be big.
 
Norma Desmond: I am big. It's the pictures that got small.



dans Sunset Boulevard, Norma Desmond / Gloria Swanson porte Narcisse Noir de Caron. Joe Gillis-William Holden n'est pas fan de tubéreuse. Leur dialogue pourrait concerner nombre de parfums anciens qui végètent dans les rayonnages du bas des parfumeries, cachés derrière des nouveauté "petit format" qui ne leur arrivent pas à la chevilles. 

Norma refuse son époque et bascule dans la folie. Gloria Swanson dit là une réplique qui pourrait la concerner autant que son personnage. Devant elle et von Stroheim, tout les autres acteurs semblent ramper. Veux-on un cinéma réaliste ou un cinéma plus grand que la vie?


dimanche 1 mai 2011

Inspiration: Même pas vintage...

Aujourd'hui, c'est mon anniversaire et j'ai envie de me faire un petit plaisir en pensant à toute ces choses qui comme moi on tellement bien vieilli qu'elles ne sont même pas vintage, mais toujours terriblement jeunes!

 la marinière

Françoise Sagan
le polo
Clint Eastwood
Marlon Brando
Le jeans
Marilyn Monroe

James Dean (et Nathalie Wood)
La chemise Blanche

Marlene Dietrich

Lauren Bacall


le col roulé

Audrey Hepburn
Clark Gable
la veste en jeans
Montgomery Cliff
les parfums numérotés Chanel