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lundi 22 octobre 2012

deuils et funérailles


On ne porte plus aujourd’hui comme jadis le grand deuil et le demi-deuil suivant une codification précise et mesurée dans le temps. C’est fort regrettable, cela permettait à la fois de vivre son chagrin et de ne pas commettre d’impair. La délicatesse et l’élégance nous impose malgré tout retenue, mesure et manifestation extérieure. Pour un parent ou allié au premier degré, l’affection, ou la simple décence, nous oblige à ne porter aucun parfum entre l’annonce du décès et les funérailles : le temps du deuil est celui du chagrin et non de la coquetterie.

Les funérailles passée, on veillera à revenir à la vie normale en respectant une certaine gradation. Pour les premiers parfumages, je conseille l’austérité de la Gentiane Blanche d’Hermès, ou des soliflores modestes et point trop joyeux (et encore moins sensuels !) : Bluebell, la jacinthe de Penhaligon’s ou l’Infusion d’Iris de Prada qui joue si bien les présentes en toute discrétion.

En ce qui concerne les veuves, il serait bon de ne pas donner l’impression d’être à la chasse au mari en arborant des parfums de vamps ou de vouloir jouer les ingénues en portant des fruités girly. De même que les divorcées, il faut assumer son passé, qu’il soit ou non agréable. Je trouve personnellement que l’élégance d’un chypre classique peut convenir mais que l’austérité altière d’un boisé sera d’un plus bel effet. Féminité du Bois ou sa variante Bois et Violettes (Serge Lutens) me semblent des choix très sûrs, affirmés, faussement sévères tout en étant extrêmement séduisants et élégant. (Vous êtes veuves, pas nonnes !)

Illustration: portrait de Diane de Poitier qui incarna, veuve, l'élégance et la séduction à la cour de France.

mardi 2 octobre 2012

Scènes de ménage: quel parfums porter?


Parce que la vie du couple n’est, hélas, pas un long fleuve tranquille mais se révèle être souvent pleine de remous, il me faut, dans un sincère désir de bien vous conseiller, aborder le douloureux chapitre de la dispute avec l’envie, bien entendu, que tout cela se termine au mieux ! Voyons les différentes situations au cas par cas.

J’ai tort et tout le monde le sais. 

(Mais jamais je ne l’avouerai !)

Honnêtement, dans ce genre de situation un peu désespérée, je pencherais volontiers pour un parfum innocent et modeste qui permettent de jouer les évaporées, de ne rien admettre sans trop nier les évidences. Une violette me parait un choix judicieux, particulièrement une violette timide dans un contexte vert. Dans son sous-bois, essayez la violette de Fahrenheit de Dior qui fut quand même novateur en son temps en reprenant une note devenue typiquement féminine. Plus aqueuse, le Verte Violette de l’Artisan Parfumeur est à essayer aussi. Si votre âge vous l’autorise vous pouvez aussi tenter la violette Lolita d’Insolence entre bonbon et tradition Guerlain, elle est charmeuse et faussement innocente. Cela se voit, mais plait tellement si vous savez vous y prendre, qu’on vous pardonnera.

J’ai raison. (Et je ne céderai pas !)

Misez sur du vert, une bonne dose de galbanum, un peu de jacinthe, un iris un peu froid, voilà qui peut faire se traîner à vos pied l’amant repentant, l’amoureuse humiliée. Le N°19 de Chanel, inflexible et intellectuel ou, plus radical, le Bas de Soie de Lutens sont sans concession. Si vous ne vous sentez pas d’envie de cruauté, voyez plutôt du côté de Balenciaga Essence, iris élégamment froid, ou de la Bluebell de Penhaligon’s, jacinthe terreuse et feuillue.

Et si tout ça dans le fond n’était que plaisants préliminaires ?

Oui, il y a des couples comme ça, ou les disputes ne sont qu’un piment, un ingrédient nécessaire à l’amour ou les cris de rage ne sont que préludes aux morsures de la passion et aux râles du plaisir frénétique… Alors, il faut oser les épices : Bang de Marc Jacobs qui nous sert le poivre ou le Noir Epice de frédéric Malle, muscade, cannelle, girofle et poivre. Ça s’enflamme, ça brûle et c’est tellement bon…

Illustrations: Katherine Heburn et Spencer Tracy dans Adam's Rib de G Cukor

mardi 3 avril 2012

Sérénité


Silences est né à la fin des années '70 et a connu un joli succès dans les années '80.  Floral vert, c'est un proche parent du N°19 qui aurait aussi un cousinage avec Rive Gauche. Il affiche tout d'abord un galbanum vert petit pois, croquant, presque crissant, soutenu par des fleurs -la jacinthe est très présente-  avant de se révéler un iris soyeux et froid qui ne se poudre et reste du côté austère de la force. Par-dessous monte peu à peu une note blanche et métallique, celle-là même qui me fait penser à Rive Gauche) qui soutient l'iris sans le faire tomber dans le cosmétique ou le savonneux. L'évolution est lente, très fluide, il coule et découle sans ces transitions brutale qu'on souvent les parfums actuels.

Silences semble avoir été fait d'après la formule de Diana Vreeland "l'élégance est un refus" tant il oppose aux tapageuses années '80 sa coupe impeccable, son refus des fioriture  pour une sérénité qui semble issue des arts martiaux : un mouvement juste, absolument parfait, exécuté calmement, sobrement sans agitation ou efforts inutiles.  Pour moi, Silences est un parfum intensément serein dont je comprends enfin qu'il était pour moi, comme pour beaucoup d'autres probablement, un refuge contre les orientalisants brûlants, les fleuris migraineux, les powerhouses un peu vulgaires…



 Assez facile à trouver en vintage, puisque la formule actuelle est parait-il désastreuse, il est toujours un rempart contre la facilité, toujours aussi beau, un peu hautain, dans son élégance sport qui regarde vers Suzanne Lenglen ou René Lacoste, toisant les fruitchoulis en jogging lamé et autres gourmandises cheaps et faciles. Silences, comme avant lui le N°19, comme après lui Bas de Soie, est un intellectuel. S'il ne discute pas, c'est parce qu'il sait qu'il a raison. Il ne dit rien, contemple, médite, et hausse parfois les yeux au ciel. De nos jours, bien peu de parfums ont autant de caractère.


 

Silences, Jacomo, 1978

lundi 21 novembre 2011

I’m a free bitch


(dixit Lady Gaga)

Il arrive que de temps en temps, je fasse ma bitch. Oui, je sais, c'est mal, c'est condamné par la morale chrétienne, cette éternelle empêcheuse de tourner en rond, mais mon psy est très pour, c'est un acte libératoire. (Et jouissif)

Mais quel parfum pour bitcher ? J'avoue un gros faible pour Bas de Soie de Serge Lutens : un galbanum qui vous gifle, une jacinthe qui grince, suivis d'un iris soyeux, certes, mais à peu près aussi chaleureux et amical que l'iceberg qui a coulé le Titanic. Plus récent, je sens bien que Mon parfum chéri par Camille, Annick Goutal, pourrait être un bon challenger : un patchouli moisi, ranci comme une vieille rancune longtemps ressassée, assaisonné d'un alcool de prune qui fait sauter les inhibitions, avec en prime un très bel iris. Mon parfum chéri a peut-être la boisson mauvaise, mais il est toujours très élégant. Après tout, la vacherie doit toujours s'énoncer avec esprit.

Autre possibilité, plus puérile, Poison de Dior fait claquer les portes avec son départ d'épices, tape du pied avec sa tubéreuse chieuse et tente de se faire pardonner avec son fond de fruits rouges un peu puéril. La diva n'est qu'une sale gamine, mais à l'occasion…



mercredi 9 novembre 2011

Minimalisme accentué…

Je trouvais que descendre en dessous de 10 flacons de parfums, c’était bien et ça allait être dur. Le truc, c’est que, lancé dans la démarche, je me rends compte que je peux élaguer encore un peu plus et assez facilement. Maintenant, je me dis que je tournerais bien avec 4. Que mes envies d’autres ne sont pas de vrais besoins, juste des envies passagères. (Je sais que le terme besoin est choquant pour certain, mais bon, d’accord, c’est la crise, et gna gna gna, mais le parfum est une addiction comme une autre, encore que moins toxique que beaucoup)

C’est intéressant que l’épure devienne une obsession aussi forte que la collection et que la privation donne de vraies joies. En gros, je tourne avec trois Iris : Iris Silver Mist, Bas de Soie et l’Heure Exquise et une eau chyprée : l’Eau du Sud. Hier je me posais des questions sur Bas de Soie, remarquez. Le rachèterai-je à nouveau lorsque le flacon sera vide ? J’aime beaucoup cette jacinthe-iris, tendue, austère et cérébrale, sa cruauté et je la trouve très confortable à porter mais…

A ce rythme-là, il y a peut-être un jour ou je n’aurai plus qu’un parfum ? Peut-être même ne me parfumerai-je plus ? Ah, non, je ne crois pas, ce serai comme perdre une partie de mon identité. Et ce côté élagage de la collection, finalement, ça renforce mon identité olfactive. J’avais peur que ce ne soit monotone mais il faut croire que ça  correspond à ma personnalité obsessionnelle…

vendredi 14 octobre 2011

Parfum d’automne



Iris Silver Mist sort du placard avec l'automne et le froid qui reviennent. Je ne pratique pas le cloisonnement frais en été/capiteux en hiver, mais certain parfums rendent différemment selon le climat. Iris Silver Mist est écrasé par la chaleur qui semble le mettre à plat. C'est en automne/hiver qu'il semble déployer toute ses facettes scintillantes: terreux, poudré, gras, velouté…

mardi 27 septembre 2011

The final cut


Je me suis mis à la tâche un soir de cette semaine, triant les flacons dans mon armoire, assez vite, me surprenant à arriver assez facilement sous les 10, laissant même de la place pour des parfums à intégrer, finalement. C'est assez simple de savoir ce que j'aime, ce dont j'ai besoin, envie. Il suffisait de s'y mettre, de ne pas être paresseux. J'ai atteint une short list de 5 Parfums (oui, seulement 5 vous avez bien lu) dont je ne peux pas me passer, absolument, sous aucun prétexte, et puis c'est tout, et ça ne se discute pas.

Iris Silver Mist, L'Heure Exquise, Bas de Soie, L'eau du Sud et le Néroli.
Trois Iris, Trois Goutal et deux Lutens. Objectivement, des parfums plutôt froids, pas très sympathiques.

Iris Silver Mist parce que c'est le plus bel iris, que même sans le porter, il faut l'avoir à portée de la main, il pourrait remplacer tous les autres mais il n'est pas très portable en été, c'est là son seul défaut. Son capital sympathie est au plus bas, c'est, par excellence, la monomatière qui se sait sublime et s'abime dans son narcissisme à la limite de l'autisme en niant totalement le reste du monde.

Bas de Soie aurait pu être hors liste, remplacé par le N°19 mais… Coté friendly attitude, on a vu mieux que cet intellectuel austère qui discoure en imposant le silence autour de lui. (« Et baisse les yeux quand tu m'écoute ! »)

L'Heure Exquise est la facette sentimentale de l'Iris, proustienne, gracieuse, maternelle, réconfortante. Faussement rétro : si tous les codes du parfum à l'ancienne semblent y être, sa légèreté, sa transparence qui donne à ses notes poudrées des transparences de mousselines l'inscrivent dans la modernité. Par rapport à sa date de création, il peut sembler rétro ou précurseur suivant que l'on s'attarde sur l'un ou l'autre aspect. Point commun entre l'Heure Exquise et le Bas de Soie à part l'iris, le galbanum. Et ça, c'est vraiment mon désespoir, je n'ai pas trouvé un seul beau vert, un seul galbanum qui me plaise. A Scent de Miyake n'est pas mal, le parfum de Margiela est bien, mais non, ils ne collent pas parfaitement à ce que je cherche. Et je préfère passer et attendre d'avoir trouver celui que je cherche. Se limiter, c'est n'avoir que ce qui correspond entièrement à nos attente. Et ça, c'est bien.

Le Néroli de Goutal, c'est vraiment l'une des toutes belles réussites d'une maison douée pour les soliflores qui n'en sont pas vraiment. Le départ est crissant, plus que frais, et l'évocation de la fleur d'oranger est vraiment réussie : épicée, un peu miellée, mais pas « alimentaire » pour deux sous. Le départ le fait plutôt classer dans les pas sympas. Coté tenue : pas exceptionnelle sur peau mais vraiment longue durée sur tissus. Étrange  Indispensable.

L'Eau du Sud est avec le Néroli le parfum le plus simple à porter. Un peu vert, un peu hespéridé, un peu chypré, il tient des heures, presque des jours sur tissus et succède naturellement à de grands classiques : Pour Monsieur de Chanel, horriblement défiguré par une reformulation qui l'a défiguré, l'Eau Sauvage de Dior qui semble plus monolithique et plus artificielle. Vraiment beau. Je le préfère à l'Eau d'Hadrien car plus complexe. D'autant qu'aussi belle qu'elle soit, l'Eau d'Hadrien n'a aucune tenue. Un internaute très avisé, (oui, Thierry, c'est de vous que je parle) m'a d'ailleurs dit avec sagesse : « quand on a aimé pour Monsieur, Eau sauvage et Hadrien, c'est une évidence ! » Oui, pour moi, ce parfum est une évidence, quelque chose de facile, léger, rieur et terriblement élégant dans sa nonchalance. (Et je précise que la crème pour le corps assortie est plus que réussie : on peut pratiquement passer de la version eau de toilette.)

Je rajoute trois parfums qui sont peut-être susceptibles de changer, d'être remplacés mais qui sont à peu près ce que j'ai trouvés de mieux dans leur genre : à La Nuit, Fracas et Baghari. Tiens, deux Piguet, des anciens, et un Lutens, à nouveau, comme pour équilibrer avec le Goutal de la short list.

À la Nuit est pour moi l'un des plus beaux jasmins actuels. Avec le N°5 que je me refuse désormais à porter, sur lequel il a l'avantage d'être beaucoup plus explicitement sexuel, passé les premier instants un peu verts, il se fait terriblement animal, indolique, semblant très directement dire « ce soir, je baise » en vous regardant droit dans les yeux. Ce n'est pas exactement mon style de jouer les bombasses, mais il peut m'arriver occasionnellement d'être hot. On devrait toujours avoir un parfum torride sous la main. L'avantage du Lutens, c'est qu'avec son coté floral, il réussit à être élégant et à parler de cul avec un minimum de subtilité et de bonnes manières. (Et, oui, j'ai dit un gros mot parce qu'il fout appeler un chat un chat)

Fracas rentre volontiers selon certain dans la catégorie chaudasse, mais pas pour moi, son coté enveloppé, travaillé, le place dans une catégorie élégante assez contenue. En outre, la tubéreuse ne m'a jamais semblé particulièrement sexuelle. Narcotique, hypnotique, fascinante à l'occasion, comme la Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens, mais pas si sensuelle même si c'est une bombe qui attend d'exploser. En fait, la tubéreuse pour moi signifie chieuse depuis que je l'ai rencontrée avec Poison en 1985. La tubéreuse se contient parfois, c'est le cas de Fracas, mais avec peine, on sent très bien qu'elle tapote du pied de façon charmante quoi qu'un peu impatiente, mais qu'elle est au bord de l'éclat. La tubéreuse, pas sympathique non plus, est le parfum qu'il faut lorsqu'on veut claquer les portes et hausser le ton. Je dois dire que la capacité de Fracas à diffuser me fascine : voilà un parfum capable de remplir une pièce sans être lourd. Et son intensité ne semble pas varier suivant la distance. Exemplaire là ou beaucoup sont écœurants lorsqu'on approche du porteur, son sillage n'a pas besoin d'en faire trop. Mais à l'avenir, je pourrais tout à fait le remplacer par une autre tubéreuse ou un autre bouquet. La très pure Tubéreuse de Goutal, ou le bouquet distingué du Fleurissimo de Creed par exemple.

Baghari. Je l'avoue, je ne sais trop si me passer de Chanel et continuer un aldéhyde fait sens. C'est Bois des Îles qui me manque le plus chez Chanel finalement. Mais Baghari est assez beau pour me consoler partiellement et assez distinct des variations Chanel pour ne pas entretenir la nostalgie. Ses incontestables cotés aristocratiques, son orange légèrement amère joint à ses fleurs blanches lui donne ce je ne sais quoi de propre mais pas nécessairement pur qui fait l'intérêt de la famille. Voilà un parfum qui sait être hautain mais dont on devine qu'il peut à l'occasion s'abandonner. À peu près aussi sympathique et chaleureux que les bourgeoises très élégantes de Newton qui se font prendre par le premier inconnu qui passe sans défaire leurs brushings.



Je me suis rendu compte en triant que je préférais certains parfums en bougies ou parfums d'ambiance plutôt qu'en parfum pour moi. L'encens d'Eglise par exemple : rien ne vaut la bougie Spiritus Sancti de Trudon. De même, je préfère la bougie Trianon de la même marque et son évocation des jacinthes au Jardin Clos de Diptyque. Et je pourrais multiplier les exemples à l'infini.

Illustations: Helmut Newton


mercredi 7 septembre 2011

épuration (ceci n'est pas un article politique)

L'élégance est un refus
Diana Vreeland



Je suis du genre à accumuler, entasser, emmagasiner, essayer toujours plus, autre, plus neuf, plus beau… Et régulièrement, je me fais une petite cure d’épuration comme d’autres font carême. Une subite envie de moins, pour mieux, de nouvelles bases sur lesquelles repartir. En réalité, il s’agit plus de revenir à mes fondamentaux, ce qui est moi, me correspond. Ne me demander pas pourquoi il n’en va pas ainsi tous les jours de toute l’année… Curieusement, le plaisir pris à m’alléger est aussi grand que celui de ces mois, de ces années, consacrés à accumuler. Je jette, je donne avec un réel plaisir.








Rayon chiffons, moins de "déguisements", plus de simplicité de coupe, de matières solides. Sobre, casual, peu élégant mais facile à vivre et durable. Mais en fait, ce sont souvent les plus vieux qu’on aime le plus, qui nous vont le mieux. Les fringues neuves qui ne sont pas exactement mon genre, je finis toujours pas leur trouver un défaut, même minuscule, alors que quand j’aime vraiment, que je me sens bien, je peux accepter l’usure et les réparations sans problème. En fait, le côté usé, authentique des choses qui ont vécu, c’est un plus. Et j’adore l’idée qu’un vêtement traverse les époques. De même que j’adore qu’un vêtement possède une histoire. Le caban de marin, je trouve ça beaucoup plus intéressant que la pure création de styliste. (Mais que Saint Laurent se soit pencher dessus est un plus, nous sommes bien d’accord) Vive le basique ! L’utilitaire !

Côté parfum, je suis pire. Parce que j’ai plus de mal à me dire que ça ne me va pas, que je ne me sens pas à l’aise. Plus de mal à accepter qu’un chef d’œuvre n’est pas pour moi. Alors, je me berce de l’illusion qu’il suffira que le bon moment se présente. Pourtant, il y a des choses évidentes à comprendre : je ne serai jamais une bombasse en musc, je ne sais pas flirter en violette… Et surtout personne n’a besoin de 215 parfums différents. (Je vous rassure, ce chiffre ne correspond pas à une réalité)  Quelques-uns suffisent pour faire face à toutes les occasions de la vie. Et un parfum un peu cool, facile, discret peut faire toutes les circonstances même si on s’ennuie beaucoup ! L’idée de n’en avoir qu’un ne me traverserait pas l’esprit ! Mais moins et plus adaptés, oui !

J’aime et je me sens bien : dans des frais, des eaux chyprées, aromatiques, bourrées d’hespérides. Souvenir : l’Eau Sauvage a été mon premier parfum, celui qui m’a suivi pendant 15 ans. Vent Vert a été mon compagnon jusqu’à sa reformulation désastreuse. Pour Monsieur, Chanel, l’Eau de Campagne de Sisley, L’Eau d’Hadrien d’Annick Goutal, m’ont suivi un peu moins longtemps, mais c’est évident qu’il m’en faut ! En ce moment, craquage sans scrupule pour l’Eau du Sud de Goutal : tout ce que j’aime. Un internaute très avisé m’a dit qu’après ce que j’avais déjà aimé, c’était évident, un aboutissement. Il avait entièrement raison. On devrait plus souvent écouter les sages avis.

Indispensable aussi, mes éternels et merveilleux iris. Je ne peux pas m’en passer. Un seul pourrait faire l’affaire mais le plus beau, le plus WAW, Iris Silver Mist de Lutens, n’est vraiment beau qu’en hiver. Bas de Soie est gracieux par toutes les températures et possède ce galbanum que j’aime temps et cette affirmation catégorique, ici un peu hystérique, qui me plait tant. Mais l’Heure Exquise, tellement proustienne, gracieuse, tendre a aussi ce départ en galbanum. Et Hiris d’Hermès est si facile à porter… Mais L’Eau du Sud est aussi très facile à porter. Bon, s’il ne devait y en avoir qu’un, ce serait probablement Bas de Soie. (Mais il ne doit pas y en avoir qu’un !)

Des floraux, ça, bien sûr qu’il en faut ! On a toujours besoin d’un floral ou deux. Un capiteux : le jasmin d’à la Nuit, très animal après un départ presque vert, qui pour moi remplace les orientaux. Un bouquet aldéhydé parce que c’est toujours élégant et qu’on a toujours besoin d’un truc un peu complexe et sophistiqué dans sa garde-robe. Baghari pour le printemps-été, Arpèges pour l’automne hiver. Une tubéreuse, c’est bien aussi à avoir pour une très mauvaise raison : c’est LE truc qu’il faut avoir quand on veut faire la gueule : dans la tubéreuse, il y a de l’orage, de la colère, du pied qui tape, des doigts qui pianotent et d’infinie réserve de mauvaise foi.  Et moi je dis qu’on a toujours besoin d’un peu de mauvaise foi ! Et d’une très bonne excuse pour s’offrir un parfum de plus. THE tubéreuse, pour moi, ce sera Fracas et son coté « grande dame qui se contient » parce que les cris, les grands gestes, ce n’est pas mon genre. 

MMMM on n’est pas vraiment dans le minimalisme n’est-ce pas. Pourtant je vous jure que ça réduirait considérablement ma garde-robe de me limiter à ça: 5 parfums ! (On peut quand même ajouter le Néroli? Et...)





samedi 20 août 2011

La goutte qui fait déborder le flacon ?

Dans un couple, il y a des moments où on se rend compte que ça ne va plus très fort. Qu’on a changé. Ou que l’autre a changé. Et qu’il est peut-être temps d’en finir. J’en suis à ce stade de ma relation avec Chanel. Je suis toujours autant en amour avec les anciens mais les  modernes me déroutent de plus en plus et je ne parviens plus à me dire que je n’achète que ceux qui ont été conçus du vivant de Mademoiselle parce que bon.

Tout a commencé avec l’eau de parfum N°5 qui d’après moi était un sacré ratage, un lifting totalement raté. Ensuite, il y a eu les flankers inutiles : une eau de toilette concentrée pour Monsieur, un Egoïste Platinum d’autant plus ridicule qu’on ne massacre pas un nom aussi génialement trouvé que celui-là. Il y eu le cas Allure et ses multiples incarnations toutes d’après moi plus dispensables les unes que les autres. Bien faites, mais j’attendais plus de Chanel qu’un simple bien. Un parfum Chanel, pour moi, c’était autre chose, une affirmation catégorique, de mauvaise foi même, pas juste une odeur agréable qui dit je suis propre, je sens bon… Coco Mademoiselle : LE flanker minable qui défigurait la seule vraie réussite de Polge chez Chanel et qui en plus lançait l’une des plus infâmes modes du XXIème siècle : les néo-chypres. Les exclusifs : un vrai scandale : Les classiques déjà existants vendu plus cher sans raison et des nouveautés bien faites inaccessibles pour beaucoup alors que la moindre parfumerie de province est encombrée de flankers à la pelle. (Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à suivre l’état des déclinaisons de la version masculine d’Allure) Bleu : le parfum aux jolies matières pour un résultat au-delà du déjà-vu: THE parfum générique par excellence, l’absence totale de signature… Et maintenant, le N°19 Poudré. L’erreur de trop. Une révision du N°19 à pleurer puisqu’on en retire tout ce qui en fait l’intérêt, certes, c’est plus facile à porter, avec une absence complète de sillage et même pas l’argument parfum de peau puisqu’il n’y a pas la moindre tenue.

Et là, je me demande s’il ne faut pas rompre définitivement et se tourner vers d’autres cieux, implorer d’autres divinités. En même temps, je n’ai pas envie de tomber dans le travers du tout à la niche, je crois encore aux jolies surprises de la grande diffusion. Après tout, Prada, sans prétendre innover complètement a réussi à faire de jolis parfums, de bonne qualité, terriblement élégant, avec une vraie personnalité même si elle ne prétend pas à une originalité qui ne correspondrait pas au personnage néo-classique de la Pradette. Il y a aussi Mugler par exemple qui innove avec qualité. Léger détail mais qui a son importance, j’ai beau trouver bien fait et réussi tous les lancements de Mugler, il n’y en a aucun que j’aime et que je juge portable.

Et puis bon, il y a Lutens. Je n’aime pas tout, loin de là, moi qui boude l’Orient et ne supporte l’alimentaire. Mais Bas de Soie et l’un des plus beau dérivé du N°19. Quelques floraux sont magnifiques, les boisés sublimes et il y a Iris Silver Mist, l’iris en majesté, celui qui mérite qu’on se mette à genoux, celui dont on ne devrait prononcer le nom sans se signer…

Et Goutal. Goutal dont j’aime à peu près tout le catalogue. Goutal et sa version bouleversante du N°19 : l’Heure Exquise. Goutal qui fait des parfums avec un vrai caractère, tellement qu’on identifie un soliflore signé Goutal parmi ses semblables. Goutal qui souffre d’un léger handicap : pas un seul parfum vraiment bitchy… Des tubéreuses passionnées, une Petite Chérie qui est un peu peste, mais pas de garce attitude. Peut-être bien mon parfum chéri, mais je ne l’aime guère celui-là. Comme me l’a fait remarquer très intelligemment Mr Phoebus, il y a le Néroli qui est assez crissant, à la limite du cassant qui peut faire office de. Le coté fruité juteux-craquant est presqu’acide. La faute au petit grain qui lance le parfum de façon presque verte ? Mais voilà bien la plus fraîche des fleurs d’oranger dont la tenue se révèle étonnante pour un parfum aussi frais. (Il remplace très bien Cristalle de Chanel par exemple, bien qu’il soit assez diffèrent…)
Bien sûr, il n’y a pas vraiment d’abstraction chez Annick Goutal, on est dans le figuratif, le poétique. La maison aurait presque l’air nunuche et mièvre pourtant, elle possède derrière ses comptoirs girly, un peu trop Marie-Antoinette, des petits bijoux intenses, même lorsqu’ils sont sans ombres. C’est peut-être logique qu’il n’y ai pas de parfum spécial garce frigide attitude. Mais en même temps, décréter que la vie est belle, poétique, ça n’a rien d’effrayant.

Voilà, j’ai un peu l’impression d’être un apostat. En même temps, on ne peut dire non plus que je vende mon âme au diable. (Bien que Lutens sente parfois le souffre !) En fait pour l’instant, j’ai des réserves à terminer, alors, c’est assez facile de dire « Moi, Chanel, plus jamais… » Mais quand ma dernière goutte de N°5 sera partie ? Quand il n’y aura plus de bois des Îles ? Plus de 19 ? 

Illustrations: mes propres flacons à moi.

samedi 16 juillet 2011

Pas ce soir! (ou "je ne baise pas, j'ai mis de l'iris!")


A l'heure ou triomphe ce que l'une de nos internautes préférées appelle la "putasserie putassière", ou le moindre communiqué de presse fait forcément appel à des mots comme "révéler la sensualité" et autre niaiseries du même acabit qui semble limiter notre univers à l'exploration de la sexualité, j'ai envie de protester! Ce n'est pas une crise de puritanisme, non, pas du tout! Je n'ai rien contre le sexe, je ne suis pas hostile à la sensualité. Simplement, mon univers personnel ne se résume pas à cela et je suis un peu plus complexe que l'imagerie traditionnelle qui ne va pas au-delà du simple "je veux plaire" dans l'espoir de consommer. Et que ça me rapporte le jack pot dans certains cas. (Dernières campagnes Paco Rabanne qui touche vraiment le fond en terme de racolage, en plus de faire des parfums médiocre dans d'ignobles flacons.) Oui, dans ma vie, il y a de l'art, des idées, des convictions, etc... Et pour protester, je me repenche sur la famille la moins en chaleur de toute: celle de l'iris, fleur complexe, qui peut être toute douceur et sensualité, mais pas que... (Et que je ne prise guère dans les versions guerlinisées, en fait.)

"J'ai raison!"
Le N°19, c'est un peu le parfum originel du genre. Certes, il y en eu d'autres mais disparus ou méconnus, alors que celui-là est toujours présent. C'est le plus Mademoiselle des parfum Chanel, celui d'une vieille fille redevenue vierge qui aimait à discuter pendant des heures et ne souffrait pas de ne pas avoir le dernier mot. Il tire sa salve de galbanum et vous descend en flèche, impose son iris soyeux sans vous en laisser placer une et se réchauffe doucement. Autoritaire, chicaneur, il a pourtant un bon fond, c'est juste qu'il a toujours raison, toujours le dernier mot! Pensez à Katharine Hepburn face à Spencer Tracy dans Adam's rib. (Madame porte la culotte dans sa version française...) D'ailleurs, quand on a voulu monter la vie de Coco Chanel à Broadway, c'est à Hepburn que le rôle fut confié...
Le N°19 n'a rien contre la bagatelle, c'est juste qu'il passe beaucoup plus de temps à défendre ses opinions! N'hésitez pas à l'affronter de face, c'est comme ça qu'il vous respectera; Sans ça, il vous méprisera impitoyablement et vous n'arriverez à rien.

Dialogue intérieur ou "je t'ignore"
Iris Silver Mist de Serge Lutens est l'iris en majesté, celui qui se suffit à lui-même. Sa superbe vous ignore, sa complexité propre lui suffit, il explore sa richesse intérieur avec orgueil sans voir le reste du monde. Celui-là, c'est Elizabeth (incarnée par Cate Blanchett), indomptable dans sa blanche Albion, laissant l'univers se déchirer mais décidant pour elle-seule, réunissant tout le pouvoir dans ses blanche main, refusant le roi d'Espagne, regardant couler son Invincible Armada, laissant le pape trépigner...
Elle sait, nourrie de l'adoration de ses sujets, royale, unique, glorieuse dans son splendide isolement. Seule, si seule, mais si belle.
Porter Iris Silver Mist, c'est être soi-même, pêcher par orgueil. N'espérez rien de lui, adorez-le à genoux et il vous emmènera peut-être dans son voyage intérieur profondément nostalgique.

"Si vous aimez souffrir, vous allez être servis!"
Bas de soie, toujours Serge Lutens, est à la limite du sadisme. Si vous aimez vous prendre pour la cabotine Bette Davis, vous allez adorer. Comme elle, Bas de Soie gifle, à coup de galbanum, comme elle, il serre les lèvres avec la jacinthe, comme elle, son iris soyeux, même dans ses pires moments est d'une très grande classe! Voila un parfum qui adore distiller son venin, sait vous assassiner en trois phrase mais prendra plaisir à vous en asséner 15, histoire que vous ne vous releviez jamais, tout comme Bette!  Mais comme elle dans Little Foxes (la Vipère), il sait aussi se taire, rester silencieux, raide, incroyablement froid et dur, pour vous regarder vous débattre dans les affres de l'agonie. Attention, il tire sur tout ce qui passe à sa portée, aime contrôler les choses et, pour cela, dissèque, tranche dans le vif.

"Je ne suis pas celle que vous croyez"
Prada avec son Infusion d'Iris a frappé un grand coup: créer un parfum mainstream qualitatif digne des plus exigeantes niches! (Beaucoup de parfums soit-disant rares et exclusifs ne lui arrivent pas à la cheville!) Résultat, un grand parfum accessible partout dans le monde mais hautement qualitatif que ce soit en version originale ou en version homme. Il nous la joue charme discret de la bourgeoisie very hitchcockien. Élégant, racé, aimable mais certain de sa supériorité, il semble ne pas tenir le choc face aux hurleurs et aux vamps ravageuse. Pourtant à l'instar de Grace Kelly, son chic bourgeois, conventionnel et un peu hautain, se révèle troublant et obsédant. On pense l'avoir oublié, mais il revient au moment ou on ne l'attendait plus, alors qu'on s'est déjà lassé des bombasses... Sa perfection, sa retenue, sa façon de ne rien vous laisser espérer, sous ses airs bien comme il faut, sont finalement irrésistibles. Et souvenez-vous d'Hitchcock parlant de ses actrices et disant qu'il aimait "les dames, les vraies, celle qui se transforment en putains une fois passée la porte de la chambre à coucher..."
Méfiez-vous donc de son badinage mondain, de son apparente simplicité: il cache une vraie complexité sous son apparence lisse. Pensez Marnie la voleuse et ses refoulements, Vertigo et ses jeux sur l'identité, ou Grace Kelly aventureuse dans to catch a thief

Immaculé
S'il en est un qui est innocent, c'est bien l'Hiris d'Hermès: vierge de toute faute, il est l'iris d'avant la chute, une nymphe sortie du bois, vue et sans pudeur, parce qu'elle ignore le vice. Tout y est, la tige et la fleur pour un effet de nature terriblement aimable. L'homme ne l'a pas pervertie et elle vous contemple avec de grand yeux de biches effarouchée, sans comprendre le vice. Diane la protège. C'est Lilian Gish, l'une des premières superstars du cinéma, tout droit sortie d'un tableau préraphaélite qui régna sur le muet en éternelle vierge de conte de fée.

Tendresse
L'iris selon Goutal, l'Heure Exquise, si bien nommé est infiniment gracieux: son départ de galbanum est joliment vert, comme un jardin proustien, son bouquet complexe se fait léger et transparent, une rose jolie, bien élevée, rosissante, et l'iris est particulièrement soyeux, avec un soupçon de poudre, pas le maquillage des cocotte, non, la voilette des femmes pudique qui voilent leurs émotions à fleur de peau. Celui-là est complexe et sublimé: élégant, tout en tendresse, et maternel. Une maternité qui ne va pas sans douceur et sans une forme de sensualité, celle des caresses à l'enfant, des caresses au père. Complexe et romantique, il est sentiment par excellence, avec ce que cela peut comporter de force et d'intensité, avec un bon goût imparable et de l'esprit en prime. Penser à Norma Shearer dans Women de Cukor: fidèle, aimante, prête à se sacrifier, bonne au point qu'on pourrait la croire naïve mais sachant sortir ses griffes peinte de Jungle Red quand il le faut. Encore une fois, les Vamps n'ont qu'à bien se tenir, car il leur en coûtera toujours de se mesurer à l'iris!


mardi 5 avril 2011

Printemps

Botticelli Primavera

L’année pour moi se divise en deux périodes: chaude et froide avec des parfums adaptés chaud quand il fait chaud et froid quand il fait froid. Mais pendant un mois, c’est pour moi le printemps, une période de transition, un période à part ou je me mue en blonde. Pendant un mois par an, j’aime les couleurs pastelles et les chiffons de mousseline. Pour célébrer les beaux jours, voici ma sélection de petites fleurs délicates et légères… Autre caractéristique de cette petite sélection : j’ai choisi des parfums extrêmement figuratifs moi qui d’habitude préfère les abstractions.

Une Violette : celle de Penhaligon’s est absolument parfaite : poudrée avec des nuances de feuillage un peu vertes, un petit fond terreux mais zéro sirop de sucre. Pour moi, c’est l’une des plus réussie des violettes, qui nous épargne le coté trop bonbon au profit de la violette timide en son sous-bois. Jolie, élégante et très facile à porter. Elle date des années ’70 mais est vraiment intemporelle, pas du tout old fashioned. Plutôt Timeless.
Violetta, Penhaligon’s, 1976.

Un iris, quand même, ma fleur fétiche, mais version fraîche et facile. Hiris d’Hermès démarre sur du vert, à un bref scintillement métallique, et calme très vite le jeu en s’arrondissant, mettant en avant la facette douce, moelleuse de l’iris. (la face carotte, très exactement) Il se poudre à peine à la fin. Un Iris tige et fleur dans un décor un peu aqueux, une jolie chose, délicate, transparente et tendre, totalement différente de la froideur habituelle de l’iris en mode soyeux. Subtilement élégant à sa façon discrète.
Hiris, Olivia Giacobetti pour Hermès, 1999

Et le lilas? En passant, chez Frédéric Malle, on peut sentir celui d’Olivia Giacobetti, parfaitement réussi. Moi qui n’aime pas cette senteur trop associée au spray désodorisant des années ’70 et à leurs infâmes publicités, je l’ai redécouvert dans un parc. Je me demandais ce qui pouvait bien sentir si bon autour de moi avant de reconnaître en passant et de chercher enfin après ces lilas qui se cachaient dans une allée de traverse. La nature imite parfois l’art.
En Passant, Olivia Giacobetti pour les Editions de Parfums Frederic Malle, 2000

Comme je fais surtout en ce joli printemps dans les teintes mauves, violettes, bleutée, comment ne pas évoquer le Jardin Clos : une profusion de Jacinthes, fraîches, à peine sucrée, vertes mais pas acides, veloutées en fait qui se marie à la senteur délicates des lilas dans une évocation ahurissante de réalisme d’un jardin à l’anglaise, faussement naturel, terriblement séduisant qui nous invite à flâner, folâtrer, prendre notre temps, nous oublier un peu. Et qu’il est reposant de s’oublier un peu parfois.
Jardin Clos, Yves Coueslant et Christiane Gautror pour Diptyque, 2003

dimanche 20 mars 2011

parfums:avoir un style?

Avez-vous un genre? Du style? Vous savez, le style, cette petite signature personnelle qui fait qu'une chose, un parfum est vous, une signature, presqu'un emblème, qui fera dire "j'ai tout de suite pensé à toi" ou "ah  non, ça, c'est pas toi" parce que justement, le style, c'est aussi un truc à casser  de temps en temps pour surprendre, ne pas s'encroûter dans ses habitudes...


Pour moi, la réponse est oui, et elle se dégage de jours en jours. J'ai longtemps navigué entre les extrêmes, le vert et l'orient, ai cru un moment trouver une solution avec le chypre, qui unissait les contraires Malheureusement, le chypre est mort, tué par la mode qui voulait des parfums faciles, tout le contraire du chypre qui demande à être apprivoisé, et achevé par les restrictions interdisant la mousse de chêne. Soyons honnêtes, le chypre sans mousse de chêne, c'est un peu comme la tarte tatin sans pomme...

Et finalement, aujourd'hui, je me retrouve ou je n'aurais pas cru aller: dans le floral vintage: peu de choses récentes, plutôt des créations anciennes: bouquets abstraits, avec des aldéhydes, c'est encore mieux, un soupçon de poudre, c'est parfait ou soliflore à l'iris. Totalement Chanel, totalement N°5, finalement: peut-être le genre qui me colle le plus à la peau.  Mais en général, j'aime surtout une impression d'ensemble rétro-riche, une opulence old fashion. Étonnant que je n'accroche pas vraiment avec Guerlain mais la marque n'a jamais vraiment réussi à me satisfaire autrement qu'avec Après l'ondée, hélas disparu sous sa forme d'extrait. Je n'aime pas trop ce qui est figuratif, détestant qu'on me dise "ton parfum me rappelle..." Moi, je veux que mon parfum ne soit que moi. Grand avantage donc à la niche, hélas de moins en moins abstraite, et aux grands anciens délaissés. 

Ce qui est amusant, c'est qu'avec mon obsession des contraires et du contraste, je m'habille de plus en plus simplement et de façon de plus en plus neutre, ressentant de plus en plus le besoin de casser l'aspect très orné, passablement "laque et fourrure" de mes parfums. Pas de minimalisme pour autant, parce qu'il est plus question de simplicité asexuée, de pauvreté choisie en guise de faire-valoir, que d'une position esthétique inspirée par l'art ou la morale et qui serait primordiale. Ayant fini par céder aux charmes de Lipstick Rose, pourtant extrêmement connoté et chargé d'évocation, il a fallu que je prenne le contre pied et me tondant les cheveux ne pouvant imaginer ce parfum de pin up, joliment porté qu'avec une austérité monacale. Peut-être que c'est lié au fait d'aimer une esthétique passée tout en condamnant la morale des époques passées. Peut-être. 

Et vous? Vous évoluez? Vous êtes éclectiques? Monomaniaques?


jeudi 17 mars 2011

Femme fatale en Bas de Soie

Je ne sais toujours pas ce que je dois penser de bas de soie de Lutens sorti l’an passé et qui avec l’accélération du temps me semble presqu’ancien. Ma première pensée a été N°19 ! Ce qui m’a déstabilisé parce que Lutens était aux antipodes de Chanel par bien des cotés même si les deux marques ont (avaient ? Je pense en me posant la question à Chanel) en commun une grande exigence dans la vision et le courage de poser un avis catégorique.

Le N°19 est un Galbanum Iris ou SAR l’Iris, triomphalement annoncé par le galbanum, trône en souverain soyeux au milieu de ses suivantes fleuries, en reine vierge, forte de son bon droit, plus cérébrale que sensuelle. Dans Bas de Soie, le galbanum lance son attaque, gifle à tout va d’autant que la princesse guerrière Jacinthe est là pour le soutenir, volant la vedette à sa souveraine Iris. Et quelle Jacinthe : débarrassée de tout ce qui peut lui conférer rondeur, de tout aspect charnel ou sucré : une jacinthe crissante, cinglante qui ne cédera la place à l’Iris qu’à contrecœur. L’Iris est bien tel que dans le 19 soyeux et non poudré mais ici, la facette métallique est encore mise en avant pour un effet de lumière blanche et froide.

Autant j’avais aimé la version sentimentale et tendre qu’Annick Goutal donnait du 19 avec sa bien nommée Heure Exquise, autant je doute un peu de la lecture sadienne qu’en donne Lutens qui a accentué à plaisir tout ce que le N°19 peut avoir d’inquiétant. Le résultat me semble intéressant, dessinant une silhouette de femme fatale glacée et méprisante dont j’imagine volontiers qu’elle garde une cravache sur sa table de chevet. Si N°19 a toujours raison, Bas de Soie semble jeter comme un défi "tu ne me fera pas jouir !"

Le parfum, tendu, aiguisé, est infiniment cruel. Il a autant de vice et de froideur que les perverses Vénus de Bronzino ou Cranach. Tous les éléments sont réunis, digne d’un film noir, pour me plaire : galbanum, jacinthe, iris, froideur, éléments terriblement rétros (on pense beaucoup aux années ’60-’70) et vraie modernité… Mais justement, tout est là et peut-être trop, je préfère sans doute ces éléments agencés séparément. J’aime l’intellectualisme austère du 19 en eau de parfum (la moins tendre des versions, la plus aigüe) et l’orgueil glacé d’Iris Silver Mist, mais Bas de Soie et ses connotations perverses de sadisme fétichiste me semblent un peu "trop."

lundi 14 mars 2011

Iris en mode "luxe discret"

Infusion d’Iris porte bien son nom. Il me semble en effet infusé, décanté pour n’être pas un parfum, mais une élégance parfumée que l’on aurait que pour soi. Un départ Cologne, l’iris, léger, soyeux, à peine poudré et le fond boisé très lointain, tout évoque la propreté luxueuse du linge frais par une belle journée de printemps, une crème luxueusement chic et définitivement anti bling bling, parce que le luxe, pour citer Gabrielle Chanel, c’est « avoir dépenser autant d’argent sans que ça se voit ! » Un parfum à sentir pour soi.


L’odeur peut sembler froide avant de se réchauffer sur la peau, mais je préfère pour ma part la qualifier de vierge, tant elle évoque la blancheur, la clarté, un univers encore intouché. C’est un peu Diane au bain, une beauté, pure, séduisante mais pas séductrice, non atteinte par le désir. Cette infusion-là n’est pas de ces sent-bons porté pour faire de l’effet, que nenni ! Sa discrétion est sans faille, il se révèle juste par instant, comme un rappel discret avec ce coté impeccable, sorti de la boite, immaculé, un peu pensionnaire et enfant sage, mais très bien fait avec son aura tradi-classique qui pourrait sembler un peu démodée et ennuyeuse alors que, comme toutes les choses vraiment belles, il est tout à fait d’actualité. Quel plaisir de le ressentir dans le courant de la journée et de se dire, un peu surpris "mais c’est moi qui sent si bon!" Le meilleur moment étant le déshabillage du soir, lorsqu’on sent l’Iris sur ce petit fond boisé un peu fumé, chauffé par le corps, qui s’exhale de la peau nue, des vêtements retirés… Pas séducteur mais terriblement séduisant. Indispensable pour les jours "sans" comme alternative à Iris Silver Mist par exemple, parfait pour le quotidien de celles et ceux qui aiment les belles choses, ne veulent qu'un seul parfum et préfèrent la jouer subtile. Je le voit tout à fait sur une héroïne de Chabrol, bourgeoise, élégante; discrète, souvent habillée par Lagerfeld. (J'adore Stéphane Audran)




jeudi 10 février 2011

Iris en majesté

Il y a longtemps que j'ai rencontré Iris Silver Mist qui fait partie des inoubliables, de ceux qu'on ne quitte jamais vraiment. Bien plus qu'un soliflore ou une mono matière: le festival de l'iris à lui seul, qui semble en explorer toutes les facettes de façon obsessionnelle, les décomposant, les mariant, les superposant, me faisant perdre la tête, me laissant étourdi, amoureux. 


En général, il y a l'iris poudrés ou l'iris soyeux: ici, les deux faces sont présentes mais le soyeux est plutôt du coté des très fines peausseries que du coté des tissus et la poudre est une poussière très légère pas un maquillage de cocotte 1900. On y trouve aussi une tonalité un peu métallique, presque froide, sans oublier la petite note violette et pour finir un fond gras. Il semble que le parfum joue constamment, cherche à ne surtout pas se ressembler d'un instant à l'autre: c'est un scintillement qui sait se faire velours chaleureux, féeriques particules d'étoile ou laque lisse et dure, toujours refusant de montrer son vrai visage qu'on fini pourtant par deviner à travers ses brumes, pâle et grave, infiniment beau, exprimant une gamme d'émotions infinies. Il m'a toujours fait penser à Garbo: belle, intense, toujours un peu austère en dépit des artifices du glamour hollywoodien, continuellement sur la réserve, semblant détenir la clef des mystères et ne nous la livrant jamais. D'ailleurs, souvent, les "maquillages" de Lutens époque Shiseido m'ont fait penser à celle qu'on appelait la Divine.


Je ai personnellement très vite adopté et trouvé infiniment confortable l'iris de Lutens mais je peux aisément comprendre que certains trouvent difficile ce parfum incroyablement riche, tant il peut faire preuve d'orgueil: sans concession, sa façon d'être lui-même, infiniment singulier, peut passer pour du terrorisme dans un monde consensuel ou tout semble lissé, photoshopé, standardisé. Iris Silver Mist n'est pas un parfum joli, élégant ou séduisant. Il a tout d'un refus altier, se jette comme un défi. ll faut l'avoir porté au milieu d'un foule pour comprendre sa force: on se sent autre, à l'écart, sentiment exaltant et grisant d'une solitude choisie, revendiquée, d'un splendide et royal isolement


Iris Silver Mist, Maurice Roucel pour Serge Lutens, Salon du Palais Royal Shiseido, 1994

dimanche 30 janvier 2011

J'ai osé: N°19, vintage...

Finalement, après des angoisses, des hésitations, des scrupules, j'ai enfin oser tester le N°19 ancienne version.

La note de départ m'a semblé un peu altérée donc je ne la jugerai pas: elle ne ressemble pas à la note actuelle mais assez fort à la note de l'extrait de Miss Dior (qui se lance aussi dans un souffle de galbanum) daté des années '80 que j'ai longtemps, trop, puisqu'il avait un peu viré, conservé aimant moins la reformulation de 1992. L'iris est effectivement assez diffèrent: la version actuelle est toute soyeuse et très proche de la facette la plus utilisée actuellement, celle d'Hiris, d'Infusion d'Iris ou de Bas de Soie. En terme d'iris, je pense que tout le monde sera d'accord pour prendre comme référence l'Iris Silver Mist de Lutens qui donne une version très complète de cette matière. (Critique à venir) Il développe la facette métallique assez froide, la note soyeuse, la note poudrée et une autre note presqu'animale. C'est très précisément cette note que je retrouve dans le Chanel vintage: une impression de peau, peut-être du daim, très travaillée, très fine, au point qu'on doute quand on l'a en main et qu'on se demande si ce n'est pas du tissus. Du coup, le parfum se fond beaucoup plus dans la peau, perds ce coté conquérant de la version actuelle.

Et me voila en plein drame! Je le savais, je n'aurais pas du ouvrir la boîte de Pandore, je devais me tenir éloigné des vintages qui entraînent définitivement un manque, car maintenant je me demande si, oui ou non, il faut continuer avec la version actuelle du N°19, très belle pourtant, mais... 

mardi 18 janvier 2011

Iris

Peut-être que je prends mes désirs pour des réalités, mais il me semble assister à un net retour de l'iris, ma fleur préférée avec la violette qui lui est si proche. Je me parle pas des créations et sorties, depuis Dior Homme (pourtant pas si réussi d'après moi: un très beau départ et puis...) mais de ce qui est porté autour de moi. Le N°19 me semble faire une percée en force de même que l'infusion d'homme de Prada. D'après moi, une très bonne nouvelle.

J'ai en effet tendance à penser que l'iris ne fait jamais cheap, probablement à cause de son prix qui le rend plutôt élitiste, contrairement à la rose par exemple qui a parfois été très maltraitée, associée à tout et n'importe quoi. Et pour moi, c'est vraiment une matière souveraine, à peine une fleur d'ailleurs puisque c'est le rhizome qu'on utilise, qui permet vraiment toute les variations, des plus austères aux plus baroques, à la fois légère, imposante, poudrée, fleurie, grasse et riche, presque fraîche...

Pour moi, c'est aussi un souvenir d'enfance: le carré d'iris jaunes et violets dans le coin le plus chaud du jardin de mes parents, ou j'étais certain de trouver Hugo le chat noir qui devenait brûlant sous la morsure du soleil et Caroline, la tortue, sa compagne de paresse.

dimanche 26 décembre 2010

La naissance du N°19

Les parfums Chanel avaient une formule magique: attaque d’aldéhydes, coeur floral abstrait (un fleur souveraine et sa cou de suivantes, Jasmin impérial pour le 5, reine Rose pour le 22) et fond sensuel propre un peu savonneux-poudré. Les lancement s'étaient ralenti et même arreté pour ne pas mettre en péril le pilier de la marque. Les Wertheimer avaient même hésité à autoriser le retour de Gabrielle à la mode de peur qu'un échec ne fasse de l'ombre au célébrissime N°5. Le vieux Wertheimer ne voulait pas entendre parler d'un nouveau parfum et aurait dit "de mon vivant, jamais!" Gabrielle, vieux chameau increvable, têtue comme pas deux, l'a pris au mot et à patiemment élaborer sa formule d'un parfum jeune selon ses critères et lui a donné sa date de naissance: N°19.

L'attaque typiquement Chanel se fait non plus avec des aldéhydes, mais avec du galbanum, vert et cinglant, profondément incisif et guerrier. Ce départ me fait toujours penser à la naissance d'Athéna, sortant du crâne de Zeus armée de pied en cap, prête à en découdre, attitude très Mademoiselle Chanel quand on y pense. En fleur souveraine, un très bel Iris s'avance encadré d'une garde rapprochée de nymphes fleuries, vertes, austères, qui maintiennent l'iris loin de la douceur: il se poudre à peine, allant plutôt vers le soyeux contenu, s'épanouissant finalement sur un élégant fond de bois qu'on hésite à qualifier de sensuel dans ce contexte.

Effectivement, ce parfum-là pourrait être celui d'une déesse vierge  qui abrite sa beauté sous une métallique égide, au beau visage sourcilleux, fière de sa beauté, régnant sur l'intelligence et l'industrie, mais prête à déclencher des guerres si son immense beauté n'est pas reconnue. ça colle bien avec le personnage Chanel dans sa dernière incarnation, la plus mademoiselle, engageant la bataille contre le New Look qui avait remis à l'honneur les potiches. Alors que N°5 la montrait sensuelle et le N°22 sentimentale sous l'influence du grand duc Dimitri, mais le 19 a complètement oublié la passion, les errements de jeunesse, le passé de femme entretenue pour une dureté toute cérébrale qui ne le rend pas forcément sympathique au premier abord. Comme Paris devant donner la pomme, certains lui préfèrent des beautés plus sensuelles ou plus souriantes. Son discours n’est pas exactement rigolo ou séduisant, mais sa façon de convaincre plutôt que plaire peut en faire un formidable allié.



Il s'est récemment réincarné chez Serge Lutens qui en propose une nouvelle interprétation avec son Bas de Soie. Une même attaque de galbanum et un même iris pareillement soyeux mais qui ici se fait voler la vedette par un premier temps par l'une de ses suivante: la princesse Jacinthe, dans sa version verte, débarrassée de ses aspects les plus fleuris sucrés qui fait perdurer encore un peu plus l'attaque. Une jolie variation, plus dépouillée, avec en fond, une petite touche moderne crissante, mais un peu décevante pour une création Lutens. Moins riche, cette variation est au N°19 ce que l'Eau Première est au N°5: intéressante car révélant d'autres aspects mais au final ne valant pas la complexité riche de l'original.

vendredi 8 octobre 2010

Le parfum de Maman

Le parfum proustien par excellence, c’est l’Heure Bleue. Mais Guerlain n’a pas le monopole et d’autre se sont lancé dans l’aventure dont Annick Goutal qui ne s’est pas cachée d’une inspiration identique: le passage du jour à la nuit.

Vue du Jardin depuis la maison
de vacances des Proust 
L’histoire racontée par Goutal est radicalement différente pourtant, exactement comme chez Proust les thèmes et le motifs sont multiples et enchevêtrés.  Nous sommes à la campagne, la campagne de citadins qui remplissent leur jardin de fleurs pour y passer les soirée lorsque la chaleur les force à quitter Paris. Il y a d’abord un souffle vert suivi d’une rose opulente mais qui n’écrase pas le reste du bouquet. Ensuite vient l’iris, fleur que j’aime beaucoup, traité d’une façon extrêmement équilibrée: je n’arrive à savoir si je sens l’odeur d’un parterre porté par le vent ou celle de la poudre de riz des dames.  Ce parfum qui s’accroche à maman, c’est celui du baiser du soir: un moment de pur bonheur, de sérénité ou Marcel sent que rien de mal ne peut arriver puisque maman est là, mais un moment qui porte en lui son poison puisqu’il va déboucher sur la séparation. Comme Marcel, on voudrait le retenir, s’accrocher, le faire durer tout en sachant que ce n’est pas possible, que des pleurs gâcheraient tout, y mettrait peut-être fin à jamais.

L’heure exquise ressemble beaucoup au N°19 dans sa structure mais que le résultat est diffèrent! Romantique et incroyablement flatteur comme seuls les Guerlains savent l’être mais dépourvu de ce fond de sensualité de la cocotte Odette, je n‘ai jamais réussi à savoir s‘il fallait vraiment le porter ou l‘enfermer pour le respirer en un moment privilégié juste pour nous deux.

Et pour l‘anecdote, je n‘ai pas de chance, lorsque j‘était enfant, ma maman ne se parfumait pas. C’est peut-être un bien puisque je peux lui associer l’heure exquise. Mon Dieu, quand je pense à certaines horreurs que des enfants vont associer à leurs mères, je frémis!


L’heure exquise, Annick Goutal, 1984

mercredi 29 septembre 2010

Apollon au bain: Prada infuse l'homme

Miuccia Prada a réussi a faire un succès d’une mode basée sur un paradoxe: luxueusement bourgeoise et intellectuelle de gauche. C’est fin et subtil, loin du tapage, du battage, du racolage. J’aime beaucoup mais ce n’est pas exactement mon style. Comment dire? Il semble que Prada implique des cheveux lissé et impeccables alors que les miens sont constamment ondulé et décoiffé. Vous voyez ce que je veux dire? Donc, j’ai un peu traîné avant de découvrir les parfum de la griffe et je m’en veux d’avoir perdu du temps!


L’Infusion d’homme porte un nom un peu étrange et déconcertant: testostérone en sachet façon Lipton ou eau du bain dans lequel un homme a fait trempette? La deuxième impression est plus juste puisque l’Infusion en question, directement dérivée du féminin Iris, évoque le propre, le sortir de la douche, le coton blanc etc.

L’ouverture est très Cologne , presque acide: citron, mandarine et un néroli qui fini par de faire reconnaître avant que ne vienne en scène l’iris d’abord vert et frais, ensuite, de plus en plus blanc et savonneux, à peine poudré avec en fond, quelque chose de plus sombre, un peu boisé, fumé baumé… L’étiquette annonce encens, vétiver et benjoin. Tout ça casse un peu le coté propre et si cela reste discret, c’est pourtant bien affirmé! Ce serait naïf de penser que ce parfum est juste une impression de propre, socialement acceptable, il va quand même, quoique discrètement, un peu plus loin que son odeur de salle de bain très luxueuse. Il est moderne et pas du tout vieillot alors qu’il fait référence a des choses déjà connues, Rive Gauche, White Linen ou, et cette allusion me touche particulièrement, une fraction du N°5, ce moment propre et savonneux de l’extrait et son petit fond malgré tout un peu sale. Il est aussi selon mon goût un iris pour homme beaucoup plus réussi que le Dior Homme; tout ouverture celui-là, et  a assez peu de rivaux dans son genre: son pendant féminin, et l’incomparable Iris Silver Mist de Lutens beaucoup plus froid, et beaucoup moins facile à porter, il déplaît beaucoup car trop poudré. Les fans du genre passeront volontiers de l’un à l’autre.

Si c’était un personnage de Proust, ce serait Albertine dans les jeunes filles en fleurs. Un visage entrevu, une identité dont on est d’abord incertain, mais qui sait se faire obsédante, refuse de se faire oublier. Pour ce qui est du sillage et de la tenue, le parfum de Prada pourrait vous surprendre: on le redécouvre à l’improviste, alors qu’on le pensait évanoui, une bouffée subite, un compliment inattendu, une trace nette sur les vêtements, oui, il s’accroche bien, alors qu’on croyait l’avoir oublié! D’Albertine, il a le coté enjoué et facile de la vie de bord de mer, l’élégance facile et sportive, très blanche, de la jeune fille en bicyclette conseillée par Elstir. Il a ce même coté mouvant et insaisissable que la petite bande, qui va et vient. D’Albertine, il a aussi par ses évocations de peau nue et humide, une espèce de sensualité moi tapageuse que des notes animalisées mais qui parle à l’imagination et lui laisse faire le plus gros du travail. Qu’il suffise qu’on vous ai dit qu’Apollon a pris sa douche, à vous de recomposer le tableau.

 Infusion d’homme, Daniela Roche Andrier pour Prada, 2008