Affichage des articles dont le libellé est N°5. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est N°5. Afficher tous les articles

vendredi 30 septembre 2011

Ceci n'est pas un blog de cul. Mais...


Consulter les statistiques de ce blog peut s'avérer déprimant : on arrive ici en tapant dans Google « Erika baise chez vous », « femme sexiste nue » ou « homme poilu sexy » … Bref, des choses en rapport avec le sexe et j'imagine que celui qui arrive ici doit être à peu près aussi déçu que moi de le voir arriver. Remarquez, ce n'est pas que j'ai quelque chose contre le sexe, j'espère juste ne pas être considéré comme un blog érotique. Mais en même temps, il ne faut pas se voiler la face, je ne vois pas comment échapper au sexe.

Dans les livres pour commencer. Certes, j'ai fait un billet sur Sade qu'on peut qualifier de pornographe, mais le sexe est partout. Y compris, et, Oh combien !, chez Proust qui explore l'amour sous toutes ses formes, de la passion la plus platonique pour une duchesse, aux rapports SM dans un bordel sordide ou de plutôt braves garçons ne comprennent pas qu'on attend d'eux qu'ils soient des brutes et des truands. Remarquez, pas toujours subtil, il m'a fallu un temps pour comprendre que le petit Marcel se frottait sur Gilberte aux Champs Elysée d'une manière fort peu innocente… Et je parle là d'un grand classique qu'on devrait faire lire dans toutes les écoles. Mais qui a valeur d'exemple parce qu'il tente d'embrasser toute l'expérience humaine et que donc l'aspect sexuel doit en faire partie. Je ne parle même pas des romans policiers, surtout récent, il est bien fini le temps ou on tuait par amour pur, on tue de nos jour beaucoup plus souvent par vice… Et je n'ai toujours pas lu la vie (ou les vies ?) secrète (s) de Catherine M. Et je ne le lirai probablement jamais, ça ne m'intéresse pas le moins du monde bien que j'ai déjà lu et beaucoup aimé, car elle écrit bien, il y a fort longtemps un livre de Catherine Millet qui traitait de l'art contemporain.

Et la question du parfum ? Peut-on parler parfum sans parler sexe. En conversant avec d'autres amateurs, la conversation dévie souvent et le langage n'est pas toujours des plus choisi mais il est parfois très parlant : dire d'un parfum qu'il sent le slip sale, que la fève de cacao évoque le cul, etc. Oui, il faut savoir dire les choses platement : le jasmin, on peut dire qu'il est indolique, ou faire des périphrase, employer la métaphore, mais il y a quand même un moment ou c'est plus facile de ne pas se voiler la face et de dire platement que ça sent les matières fécales, la crotte. Le genre d'expression qui peut faire peur, qui dit platement donne envie de partir en courant. Pourtant, il faut rester et sentir, c'est cet aspect qui a fait du jasmin une fleur reine de la parfumerie, c'est cela qui a fait la grandeur de nombre de grandes œuvres.

Lisa Lyon par R. Mapplethorpe
Bon, certains arrivent à ne pas être cru, à ne parler que de certains parfums joliment fleuris et propres, les mêmes qui sans doute aiment les roman à l'eau de rose. Remarquez, je n'ai rien contre les parfums propres, il y a de vraies réussites dans le genre, même si ce n'est pas ma tasse de thé tous ces muscs blancs qui sentent la poudre à lessiver, toutes ces notes d'ozone bien nettes, ces agrumes mignons et frais, ces petites fleurs surtout pas blanches. C'est terriblement puritain comme tendance et assez ennuyeux. Je conçois qu'on en ait un ou deux mais quand même, qu'est-ce qu'on s'emmerde avec ceux-là… Je ne dois pas avoir l'esprit assez corseté, assez victorien, assez puritain pour me contenter de ça.

à l'inverse, les parfums clairement sexuels, bourrés de matières animales (de synthèse aujourd'hui, bien moins torrides), d'épices (comme le cumin qui sent l'aisselle ruisselante de sueur) ou de jasmin très indolique, quand ils ne tournent qu'autour de ça, ce n'est pas non plus mon truc : ce genre de parfum assez monolithique tournant par exemple autour du musc, c'est très beau, c'est très sexy, mais c'est l'équivalant olfactif des chaps, ces merveilleux « pantalons » qui cachent les jambes et laissent les parties « honteuses » à l'air. C'est l'équivalent olfactif de l'exhibitionnisme, se balader avec le sexe à la vue de tous, « écrit partout sur le visage » aurait dit Hitchcock. Personnellement, j'y vois des parfums à porter à l'occasion, mais pas mon pain quotidien…

Je préfère les plus subtils et hypocrites grand parfums qui savent allier les deux, de la même manière que je trouve plus séduisantes les longues jupes fendues haut sur la cuisse que les ceintures un peu larges qui se prétendent mini jupes. C'était une des raisons qui faisait que j'aimais le N°5. Dans le genre Calèche était très bien aussi. Mais même ceux-là semblent en voie de disparition. Plus guère de petits nouveaux et des reformulations à tout va. La mode des monomatières et celle du bonbon collant n'a rien arrangé à l'affaire. Mais enfin, ces parfums-là, je les range dans ce que je nome la catégorie 5 à 7. Les parfums bourgeois, convenables, mais qui ne déteste pas aller à l'hôtel une paire d'heures l'après-midi, histoire de tirer un coup, vite fait, torridement fait.

samedi 20 août 2011

La goutte qui fait déborder le flacon ?

Dans un couple, il y a des moments où on se rend compte que ça ne va plus très fort. Qu’on a changé. Ou que l’autre a changé. Et qu’il est peut-être temps d’en finir. J’en suis à ce stade de ma relation avec Chanel. Je suis toujours autant en amour avec les anciens mais les  modernes me déroutent de plus en plus et je ne parviens plus à me dire que je n’achète que ceux qui ont été conçus du vivant de Mademoiselle parce que bon.

Tout a commencé avec l’eau de parfum N°5 qui d’après moi était un sacré ratage, un lifting totalement raté. Ensuite, il y a eu les flankers inutiles : une eau de toilette concentrée pour Monsieur, un Egoïste Platinum d’autant plus ridicule qu’on ne massacre pas un nom aussi génialement trouvé que celui-là. Il y eu le cas Allure et ses multiples incarnations toutes d’après moi plus dispensables les unes que les autres. Bien faites, mais j’attendais plus de Chanel qu’un simple bien. Un parfum Chanel, pour moi, c’était autre chose, une affirmation catégorique, de mauvaise foi même, pas juste une odeur agréable qui dit je suis propre, je sens bon… Coco Mademoiselle : LE flanker minable qui défigurait la seule vraie réussite de Polge chez Chanel et qui en plus lançait l’une des plus infâmes modes du XXIème siècle : les néo-chypres. Les exclusifs : un vrai scandale : Les classiques déjà existants vendu plus cher sans raison et des nouveautés bien faites inaccessibles pour beaucoup alors que la moindre parfumerie de province est encombrée de flankers à la pelle. (Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à suivre l’état des déclinaisons de la version masculine d’Allure) Bleu : le parfum aux jolies matières pour un résultat au-delà du déjà-vu: THE parfum générique par excellence, l’absence totale de signature… Et maintenant, le N°19 Poudré. L’erreur de trop. Une révision du N°19 à pleurer puisqu’on en retire tout ce qui en fait l’intérêt, certes, c’est plus facile à porter, avec une absence complète de sillage et même pas l’argument parfum de peau puisqu’il n’y a pas la moindre tenue.

Et là, je me demande s’il ne faut pas rompre définitivement et se tourner vers d’autres cieux, implorer d’autres divinités. En même temps, je n’ai pas envie de tomber dans le travers du tout à la niche, je crois encore aux jolies surprises de la grande diffusion. Après tout, Prada, sans prétendre innover complètement a réussi à faire de jolis parfums, de bonne qualité, terriblement élégant, avec une vraie personnalité même si elle ne prétend pas à une originalité qui ne correspondrait pas au personnage néo-classique de la Pradette. Il y a aussi Mugler par exemple qui innove avec qualité. Léger détail mais qui a son importance, j’ai beau trouver bien fait et réussi tous les lancements de Mugler, il n’y en a aucun que j’aime et que je juge portable.

Et puis bon, il y a Lutens. Je n’aime pas tout, loin de là, moi qui boude l’Orient et ne supporte l’alimentaire. Mais Bas de Soie et l’un des plus beau dérivé du N°19. Quelques floraux sont magnifiques, les boisés sublimes et il y a Iris Silver Mist, l’iris en majesté, celui qui mérite qu’on se mette à genoux, celui dont on ne devrait prononcer le nom sans se signer…

Et Goutal. Goutal dont j’aime à peu près tout le catalogue. Goutal et sa version bouleversante du N°19 : l’Heure Exquise. Goutal qui fait des parfums avec un vrai caractère, tellement qu’on identifie un soliflore signé Goutal parmi ses semblables. Goutal qui souffre d’un léger handicap : pas un seul parfum vraiment bitchy… Des tubéreuses passionnées, une Petite Chérie qui est un peu peste, mais pas de garce attitude. Peut-être bien mon parfum chéri, mais je ne l’aime guère celui-là. Comme me l’a fait remarquer très intelligemment Mr Phoebus, il y a le Néroli qui est assez crissant, à la limite du cassant qui peut faire office de. Le coté fruité juteux-craquant est presqu’acide. La faute au petit grain qui lance le parfum de façon presque verte ? Mais voilà bien la plus fraîche des fleurs d’oranger dont la tenue se révèle étonnante pour un parfum aussi frais. (Il remplace très bien Cristalle de Chanel par exemple, bien qu’il soit assez diffèrent…)
Bien sûr, il n’y a pas vraiment d’abstraction chez Annick Goutal, on est dans le figuratif, le poétique. La maison aurait presque l’air nunuche et mièvre pourtant, elle possède derrière ses comptoirs girly, un peu trop Marie-Antoinette, des petits bijoux intenses, même lorsqu’ils sont sans ombres. C’est peut-être logique qu’il n’y ai pas de parfum spécial garce frigide attitude. Mais en même temps, décréter que la vie est belle, poétique, ça n’a rien d’effrayant.

Voilà, j’ai un peu l’impression d’être un apostat. En même temps, on ne peut dire non plus que je vende mon âme au diable. (Bien que Lutens sente parfois le souffre !) En fait pour l’instant, j’ai des réserves à terminer, alors, c’est assez facile de dire « Moi, Chanel, plus jamais… » Mais quand ma dernière goutte de N°5 sera partie ? Quand il n’y aura plus de bois des Îles ? Plus de 19 ? 

Illustrations: mes propres flacons à moi.

mardi 14 juin 2011

Les variations Chanel

Plus le temps passe et mieux je me sens dans ce que j’appelle les variations Chanel, ces trois parfums qui ont tant en commun, N°5, N°22 et Bois des Îles. L'air de famille m’a tout de suite semblé évident entre le N°5 et Bois des Îles, impression confirmée par mon entourage capable de reconnaître à l’aveugle un Chanel, moins avec le N°22 dont tout le monde dit pourtant qu’il n’est qu’une variation du N°5. Je lui trouve moi, une personnalité propre et peinais vraiment à leur trouver tant de points communs tant l’un me semblait doré, solaire et l’autre pâle, blanc et lunaire. Même si la construction aldéhydes - bouquet floral sur fond plus sombre est identique. Mais alors que le N°5 est légèrement savonneux, le N°22 est carrément talqué. (Oui, talqué plus que poudré mais avec en même temps un coté scintillant comme si ce talc contenait des paillettes)  Et puis un jour, en portant le N°22, je me suis surpris à renifler autour de moi en me disant que ça sentait le N°5 avant de réaliser que c'était moi qui sentait si bon. (Toujours agréable ça!)


Même si on reconnaît le jasmin du N°5 et le Santal de Bois de Îles, ils ne sont pas trop reliés à un ingrédient particulier, on conserve une impression d'ensemble, un aspect homogène qui me plaît tout particulièrement; j'avoue ne pas aimer plus que ça reconnaître les différentes facettes qui se succèdent, identifier les ingrédients un à un. Oui, je préfère vraiment m'entendre dire "tu sens Chanel" que "tu sens la violette, l'ambre etc..." Chacun ses petits snobismes n'est-ce pas?


Ils sont proches, mais finalement pas tant que ça. D'autant que les variations sur le N°5 à l'intérieur de la ligne de l'eau de toilette à l'extrait en passant pas la petite dernière Eau première permettent déjà pas mal de variations très identifiables, on est loin du quart de ton que certain propose, on sent une vraie différence. Personnellement, je ne peux pas supporter la version eau de parfum, beaucoup trop éloignée du N°5 original (original = extrait) et selon moi pas spécialement plaisante... Le N°5 est pour moi terriblement été, version côte d'azur élégante. Le jasmin, ça me semble quand même plus du sud que du pavé parisien. L'eau de toilette est peut-être plus parisienne que l'extrait en fait avec son coté très laque et vernis à ongle. D'ailleurs, elle diffuse mieux, a plus de sillage. Quelque part, elle est plus bourgeoise, sociale, plus pour les autres. Au printemps, la version Eau première rend bien dans sa simplicité très transparente quand il fait beau et pas trop chaud. Le N°22 se marie à merveilles aux brumes, à la neige avec son coté aristocratique, un peu froid et distant... Certains le trouvent romantique, je veux bien, mais alors, c'est le romantisme très dédaigneux d'une princesse au petit pois. Pas spécialement tendre. Très Duchesse de Guermantes. 

Bois des Îles, c'est l'exotisme du santal, l'exotisme d'une peau bronzée, le week end, les vacances, le soleil. L'exotisme à domicile, pas une expédition dangereuse en Amazonie ou quelque chose du genre, non, un roman sur une expédition ou une exposition dans un musée...


Et bien sûr, il faudrait ajouter les variations autour du N°5 faites par les autres maison, parce qu'un tel succès, c'est vrai, c'est imité. Un chef de file, ça a une descendance légitime et illégitime. Beaux et Chanel ont trouvé une formule magique, d'autres ont su la récupérer. Et je les aime aussi ces variations sur le thème, mais ces trois-là, si semblable et si différents pourrait me suffire. Ce qui est amusant, c'est que je les portes de plus en plus alors que je m'habille de moins en moins. On les dit habillés, élégants mais moi, je les porte avec des tennis un jeans et un T-shirt, mon uniforme du moment pas vraiment élégant. Et je les trouve assez cool finalement ces parfums, surtout Bois des Îles, le plus facile à porter de la bande à Chanel, et en ce moment, j'ai besoin de cool, cool de luxe, moi qui dans le fond, ne le suis pas et ne le serai jamais. Bon, N°22 pour l'hiver demande plus d'effort, mais d'ici l'hiver j'ai le temps de faire des efforts pour lui assortir un peu plus ma garde-robe. Encore que j'aime bien les contrastes....

lundi 18 avril 2011

villégiatures

Les beaux jours sont là et soudain les invitations pleuvent. Quelques jours à la mer, un week end à la campagne, un barbecue... Et j'avoue que ce n'est pas vraiment mon truc. Je déteste m'entasser dans une maison trop petite pour le nombre d'invités, ne pas avoir de place dans la salle de bain pour poser mes deux sérums et mes trois crèmes, je déteste manger en plein soleil en risquant la ride et l'insolation, entouré d'insecte qui convoitent mon assiette ou mon sang, je déteste être enfumé et me voir servir de la la viande trop cuite à l'extérieur et un peu crue à l'intérieur. Je déteste. OK, je ne suis pas sympathique et passablement ingrat. Mais déjà, je n'ai rien à me mettre pour l'occasion. Surtout pour la campagne, comme j'adore la marinière signée Agnès B ou Saint-James, je peux difficilement prétendre que je n'ai rien à porter pour le bord de mer. La marinière est très jolie à la ville mais tout à fait déplacée à la campagne non? En réalité, c'est surtout moi qui suis déplacé à la campagne. J'aime mon confort et je ne vois pas pourquoi subitement des gens parfaitement sensés par ailleurs renonce aux joies d'une jolie salle à manger et d'un ravissant service en porcelaine au profit de bric et de broc dans le fond de leur jardin. Je en vois pas pourquoi des gens doté d'un goût exquis et d'une très jolie chambre à coucher veulent soudain aller s'entasser sur des paillasse ou il est impossible de dormir correctement avant 4 heures du matin, l'heure ou le coq chante et ou on conduit les vaches au pré. (Je vous jure, j'ai donné, ça existe vraiment, ce n'est pas qu'un lieu commun de la littérature à destination des citadins.) Évidemment, je ne suis pas masochiste, il y a le bonheur d'être avec ceux que j'aime.  Sinon, je ne bouge pas de chez moi. Le plaisir d'être avec eux. De rire avec eux.

On se reportera à Proust pour la description de l'hostilité patente des chambres qui ne sont pas encore les nôtres: De la place, il n'y en avait pas pour moi dans ma chambre de Balbec (mienne de nom seulement) Dans à l'ombre des jeunes filles en fleur au  début de la deuxième partie. Chanel avouait aimer les paravents pour pouvoir recréer son univers partout. C'était "sa tente de nomade" qui l'a suivie toute sa vie. Personnellement, j'ai aussi besoin de recréer mon univers un peu partout ou je me trouve et pour ça je dépose mes livres, celui en cours, ceux à venir et parfois, lorsque je pars plus que quelques jours, quelques uns de mes préférés: forcément la Recherche. Oui, même sans la lire, sans avoir aucune intention de la lire, juste parce que je peux avoir envie à tous moment de saisir l'un ou l'autre volume pour me replonger dans un passage que j'aime, qui me parle en ce moment bien précis.

Et je prend avec moi mon flacon de N°5 en extrait. ou que j'aille. Comme un talisman, un fétiche. Pour me sentir moi, me sentir chez moi. Même si je prends d'autres parfums plus adaptés aux lieux ou aux circonstances.  Plus légers, plus été, plus campagnes etc. Mais c'est celui-là qui me rassure, mon petit morceaux de civilisation au milieu de la barbarie, mon affirmation de moi-même dans un monde étranger. (et forcément un peu hostile) Peut-être qu'un jour je n'irai plus voir ailleurs et je lui serai fidèle. 

lundi 21 mars 2011

L’univers du N°5


Je suis peut-être influence par la photo de Gabrielle Chanel dans le sud avec son pantalon et sa marinière. Ou par l’odeur du jasmin qui m’évoque la côte d’Azur, Nice, la baie des Anges, le Negresco, la promenade des anglais, etc, tout ce qui était à la mode dans les années ’20. Ou simplement, c’est l’aspect solaire du parfum, son aura dorée qui m’influence et me fait penser « soleil et grand bleu » mais je ne peux pas m’empêcher de l’associer au costume marin, aux vacances, au bateau…






dimanche 20 mars 2011

parfums:avoir un style?

Avez-vous un genre? Du style? Vous savez, le style, cette petite signature personnelle qui fait qu'une chose, un parfum est vous, une signature, presqu'un emblème, qui fera dire "j'ai tout de suite pensé à toi" ou "ah  non, ça, c'est pas toi" parce que justement, le style, c'est aussi un truc à casser  de temps en temps pour surprendre, ne pas s'encroûter dans ses habitudes...


Pour moi, la réponse est oui, et elle se dégage de jours en jours. J'ai longtemps navigué entre les extrêmes, le vert et l'orient, ai cru un moment trouver une solution avec le chypre, qui unissait les contraires Malheureusement, le chypre est mort, tué par la mode qui voulait des parfums faciles, tout le contraire du chypre qui demande à être apprivoisé, et achevé par les restrictions interdisant la mousse de chêne. Soyons honnêtes, le chypre sans mousse de chêne, c'est un peu comme la tarte tatin sans pomme...

Et finalement, aujourd'hui, je me retrouve ou je n'aurais pas cru aller: dans le floral vintage: peu de choses récentes, plutôt des créations anciennes: bouquets abstraits, avec des aldéhydes, c'est encore mieux, un soupçon de poudre, c'est parfait ou soliflore à l'iris. Totalement Chanel, totalement N°5, finalement: peut-être le genre qui me colle le plus à la peau.  Mais en général, j'aime surtout une impression d'ensemble rétro-riche, une opulence old fashion. Étonnant que je n'accroche pas vraiment avec Guerlain mais la marque n'a jamais vraiment réussi à me satisfaire autrement qu'avec Après l'ondée, hélas disparu sous sa forme d'extrait. Je n'aime pas trop ce qui est figuratif, détestant qu'on me dise "ton parfum me rappelle..." Moi, je veux que mon parfum ne soit que moi. Grand avantage donc à la niche, hélas de moins en moins abstraite, et aux grands anciens délaissés. 

Ce qui est amusant, c'est qu'avec mon obsession des contraires et du contraste, je m'habille de plus en plus simplement et de façon de plus en plus neutre, ressentant de plus en plus le besoin de casser l'aspect très orné, passablement "laque et fourrure" de mes parfums. Pas de minimalisme pour autant, parce qu'il est plus question de simplicité asexuée, de pauvreté choisie en guise de faire-valoir, que d'une position esthétique inspirée par l'art ou la morale et qui serait primordiale. Ayant fini par céder aux charmes de Lipstick Rose, pourtant extrêmement connoté et chargé d'évocation, il a fallu que je prenne le contre pied et me tondant les cheveux ne pouvant imaginer ce parfum de pin up, joliment porté qu'avec une austérité monacale. Peut-être que c'est lié au fait d'aimer une esthétique passée tout en condamnant la morale des époques passées. Peut-être. 

Et vous? Vous évoluez? Vous êtes éclectiques? Monomaniaques?


lundi 24 janvier 2011

Extases, Pompadour et décalage…

Par la poste, sous pli discret, m’est arrive, merci Dr Jicky, non pas un quelconque sex toy, d’ailleurs, depuis Sex & the City, ce genre d’article va s’acheter pendant la pause déjeuner entre copines et se commente le lendemain à la pause à café, si tant est qu’en 2011 on achète encore des sex toys ? J’ai donc reçu, quelques gouttes de N°19 en extrait vintage. Depuis, je délire de bonheur, je suis Hérode devant Salomé ôtant ses voiles, Sémélé terrassée par la splendeur de Zeus, un saint médiéval contemplant la face de Dieu, etc. En principe, vous avez compris l’idée, mais c’est au point que je n’ose ouvrir le flacon, j’ai juste pensé à le mettre à l’abri ; j’ai d’abord pensé au coffre, mais si je sais ou est la clef, je sais aussi qu’elle est franchement difficile d’accès et par contre, je ne sais plus très bien ou se trouve le coffre, ensuite, j’ai songé au frigo, lieu idéal, sombre et frais, pour conserver des parfums mais je me méfie de la femme de ménage… Oui, c’est un peu délirant, je le conçois.

Au passage, j’en profite pour commenter l’illustration : Jupiter et Sémélé par Gustave Moreau, que j’adore et je recommande vivement la visite de sa maison musée : c’est un vrai grand moment, que l’on aime ou pas son œuvre : il y règne vraiment une atmosphère. (Détails : ICI)

Évidement, c’est ce genre d’attitude qui m’a valu il y a peu de me faire traiter de Pompadour sur un ton assez méprisant. J’ai bien sûr répondu que j’y voyais un compliment, adorant la chère marquise, ce à quoi il fut répondu que pas du tout, bien du contraire, qu’elle était le symbole de tout ce qu’honnissait mon interlocuteur: rococo, décadent, pompeux, futile, colifichet etc. alors qu’il y a dans le monde, de vrais problèmes et de vrais enjeux, comme l’écologie, la démocratie, les droits de l’homme, etc. Le tout n’était même plus méprisant mais débité avec une tête de Méduse destinée à me pétrifier.  J’aurais pu répondre que tous ces grands principes nous venaient des Lumières qui étaient bien reconnaissants de sa protection à la chère Marquise : Voltaire qui lui devait sa pension royale, Les encyclopédiste qui avaient pu rentrer dans leurs frais en publiant leurs illustrations grâce à l’autorisation royale qu’elle avait sollicité pour eux, etc. Sans oublier que cette femme de goût en avance sur son temps avait déjà commandé un mobilier à la grecque, tournant le dos au rococo, en bourgeoise instruite, de bon ton, en avance sur son temps qui apporta sa culture et son progrès à la cour de France. J’aurais pu. Mais j’ai laissé glisser. Et me suis demandé, futilement en quel parfum j’aurais vu cette belle marquise…
(Pour reparler d’illustration : les pastels de Maurice Quentin de la Tour sont à voir absolument au musée du Louvres, j’en suis personnellement littéralement amoureux !)

En partisan de la théorie des contraires et du décalage, pour une femme ainsi parvenue au sommet de toutes les ambitions, j’aurais assez bien vu une violette symbole de modestie. (Celle de Penhalgon’s est ma préférée, poudrée, en contexte un peu terreux)

Je ne vous ai jamais parlé de ma théorie du décalage ? Disons que d’après moi, certains parfums s’associent trop naturellement à certaines tenues ou circonstances et que jouer le total look peut être une posture amusante, très arty, mais qu’il est dans la vie quotidienne de meilleurs ton de décaler ou d’opposer tenue et parfum. Mon cher, très cher N°5 par exemple, je suis persuadé qu’il en a marre des tailleurs, colliers de perles et carré Hermès. Je suis même certain qu’il méprise autant que faire ce peut cet éternel 2.55 auquel certaines persistent à vouloir le marier. Lui, ce qu’il voudrait, c’est être porté avec des marinières et des marcels Petit Bateau en vacances au bord de la mer.



Et Opium ? Déjà, il n’avait pas trop aimé la collection chinoise qui accompagnait sa sortie, mais bon, ça faisait parler de lui, alors pourquoi pas ? Mais quand on lui a présenté Jerry Hall en robe de vamp lamée or, il a su qu’il était foutu et qu’il allait souffrir. Parce que ce qu’il aime, ce sont les costume de la collection Rive Gauche, ceux qui ont des rayures de banquier. Parce que, ça sert à quoi un parfum de vamp sur une fille dont tout crie « torride » ? Ça ne sert à rien !

En revanche, l’Eau sauvage, elle n’en peut vraiment plus des costume de banquier, non, elle, ce qu’elle veut, c’est aller loger sa fraîcheur et son innocence, son coté bien comme il faut et chic sans faute pour gendre idéal, au creux d’un soutien-gorge balconnet histoire de raconter qu’ici monsieur, on a du charme mais que ça ne veut pas dire pour autant qu’on est une vulgaire chaudasse !

En gros, l’idée, c’est quand même qu’il faut toujours un peu décaler le jeu, c’est plus amusant et parfois, ça calme. Et un parfum un peu élégant peut vous faire monter la plus simple des tenues d’un cran. De même qu’un parfum frais, léger, tout simple, peut éviter un aspect un peu poseur/prétentieux… Donc, vive les femmes fatales en parfums de nones et les jeunes filles sages parées de sensualité : Souvenez-vous de Catherine Deneuve en Belle de Jour portant l’Heure Bleue !

mardi 14 décembre 2010

retour aux classiques

J'ai beau sentir, tester, essayer, j'en reviens toujours à Chanel et à ses vieux parfums chiffrés, ceux du vivant de Mademoiselle, les premiers, les magnifiques et novateurs N°5 et N°22. Et je ne me remets pas qu'avec une formule identiques on obtienne deux parfums si différents: attaques d'aldéhydes, une fleur en majesté (Jasmin 5/ rose 22) et ses suivantes, un fond sensuel propre (plus savonneux pour le 5 plus poudré pour le 22), mais malgré tout, deux senteurs qui ont fort peu à voir, dont je ne sait laquelle je préfère. Les deux sont à plusieurs facettes, considérablement changeants mais c'est un peu difficile de comparer tant le N°5 a été décliné dans des versions alcooliques ou non. Je l'ai déjà dit, l'extrait a ma faveur ainsi que l'eau de toilette, les autres versions me semblant un peu plus plates même si elle sont brillamment réussies comme l'Eau Première. 

David Hamilton pour Chanel
C'est vrai qu'il valait mieux en sacrifier un et que la forme 5 était peut-être plus unique parce que plus abstraite. Oui, laisser le 22 dans l'ombre était une bonne décision qui en évitant la concurrence interne sur le même terrain a fait du N°5 une poule aux oeufs d'or. Grâce à cette discrétion des autres parfums, le 5 a pu devenir un mythe absolu, le pilier de l'empire sur lequel on a veillé jalousement, le ménageant, le préservant. Trop de parfums Chanel vanté à longueur de publicités auraient pu mener à sa disparition en le vieillissant, le démodant. C'est bon qu'il soit toujours là mais quel plaisir quand même de pouvoir à coté de son éclat sombre se plonger dans la complexité blanche et lumineuse de son petit frère dont je me demande s'il n'est pas encore plus riche, plus variable sur la peau, plus enchanteur car plus aristocratique, un peu hautain même, et plus romantique. Plus exclusif aussi, mais tout snobisme mis à part, la disponibilité du N°5 partout dans le monde à quelque chose de merveilleusement rassurant: savoir que quoi qu'il arrive, il y en a une bouteille à portée de la main fait du bien.

Comme c'est bon quand on est à bout de retrouver ces nonagénaires coriaces qui ont su refuser les concessions, de se dire quand on désespère de la direction que prennent parfois les choses. Bourgeois et rétrograde, moi? Oui, et j'assume.

vendredi 29 octobre 2010

Retour en grâce

Après m'être vautré dan le cambouis avec un mécanicien (Marcel et son chauffeur?), il est temps de retourner voir les grandes dames dans leurs beaux salons et de me faire pardonner mes péchés. S'il en est une parmi toutes qui est susceptible de m'absoudre, c'est bien la bienveillante et très gracieuse princesse Arpège qui  tient peut-être de l'amour dévorant de Jeanne pour Marie-Blanche cette immense bonté qu'elle déverse sur la plèbe, c'est à dire quasiment tout le monde puisque face à ses quartiers de noblesse, peu ne font pas bassement figure de roture ignoblement parvenue. 

Sa grandeur altière est aujourd'hui bien oubliée du grand public qui préfère suivre dans d'infâmes revues people les exploits des starlettes arrogantes, et parce qu'Arpège est un aldéhydé fleuri, on le range dans la famille des sous-N°5, d'une façon absolument injuste.

Il y a ici un bouquet classique (rose, jasmin, beaucoup de jasmin, Ylang) soutenu par les aldéhyde. l'effet est dont radicalement diffèrent, beaucoup plus discret. il y a une envolée mais pas ce sentiment d’agressivité que peuvent donner les surdose de Chanel. de l'iris pour le poudré très légèrement, un fond doux ambré et musqué (autrefois beaucoup plus musc, le parfum a été assez diminué, nous sommes passé de la fourrure au cachemire) un peu boisé, très crèmeux  qui traîne longtemps sur la peau. même diminué Arpège reste un monument d'élégance soyeuse, impeccablement coupée, très nuancé. 

C'est une misère que Lanvin ne le soutienne pas, la dernière campagne remonte probablement à 20 ans. résultat, Le magnifique flacon boule noire (en principe, je me fiche des flacon et n'aime que l'ivresse, mais là, je craque devant ce monument Art Déco) est donc maintenant dissimulé dans les rayonnages du bas, à l'ombre pourtant bien pâlichonne de Jeanne ou de Marry Me. Il faut redécouvrir d'urgence sa leçon de raffinement bien éduqué. Je conseille personnellement d'en mettre toujours un peu sur une écharpe ou un foulard afin de pouvoir se souvenir dans ce monde impitoyable que le bon goût, la politesse, le raffinement sont des choses qui existent. Je l'aime tout particulièrement en automne, la rentrée étant propice aux déploiement d'élégance.

Arpège,André Fraysse pour Lanvin, 1927
Flacon original dessiné par Armand Rateau orné du logo Lanvin dessiné par Paul Iribe. 

lundi 18 octobre 2010

N°22, Oriane de Guermantes chez Chanel

Difficile d’exister aux yeux du grand public à coté du N°5. Pourtant à coté de cette Verdurin, arriviste, carriériste, orgueilleuse et têtue qui veut son salon, les honneurs de la presse et mener son monde à la baguette, le N°22 ne se débrouille pas si mal en duchesse de Guermantes, gracieusement à contretemps, drapée dans sa magnificence connue des seuls intimes sur lesquels elle règne sans partage. Et en vérité pourquoi se donner la peine de conquérir l’univers quant seul le Monde compte?
Cate Blanchett
Le 22 commence par une blancheur aldéhydée, éblouissante comme un paysage enneigé sous le soleil pâle des premières heures du jours.  Viennent ensuite des fleurs blanches, givrées, roses et tubéreuses qui le réchauffent doucement, enveloppantes comme une pelisse de zibeline.  Puis, intrigué par une odeur d’iris entre crème et poudre, on sort de sa méditation et on l’aperçois enfin, Oriane, scintillante dans les reflets des vitaux de l’église de Cambray, gracieuse, au doux sourire nostalgique et doux, un peu féerique en fait, à sa façon très personnelle de reine des neiges moderne. 
Son destin est peut-être plus secret, il n’en est pas moins exceptionnel: née de la même portée que son aînée, elle fut présentée un an plus tard, resta dans l’ombre, à la fois proche et lointaine, plus pâle, plus raffinée, toujours un peu gothique dans le fond à coté de la belle aventurière faite pour l’or et les triomphes; ça n’a pas empêché  les poètes de l’aimer et bien que demoiselle d’avoir eu une postérité nombreuse et pas toujours reconnue. Essayez de la rechercher, de la découvrir et peut-être vous laissera t’elle pénétrer dans son cercle enchanté, vous avez-tout à y gagner.

mardi 12 octobre 2010

Shalimar: passeport pour la beauté

Connaissez-vous des Guerlinolâtres? Peut-être faites vous partie de cette bande qui a donné son âme à la vénérable maison et ne jure que par elle, lui voue un amour infini et s’enivre des ses créations qui parlent au cœur et à l’âme? Moi, j’admets volontiers que je suis Chanelophile et que Guerlain, ce n’est pas ma tasse de thé; je préfère l’abstraction plus orgueilleuse des grands Chanels qui s’affirme en disant "Je Je Je", d’une façon moins sympathique et plus intellectualisante. (Avouons que dans le port du N°5, il y a quelque chose de l’ordre du "j’ai raison sur tout et je vous emmerde!" )

Cependant, si je devais conseiller un parfum à quelqu’un que ça n’intéresse pas particulièrement ou qui ne peut s’offrir qu’un seul jus, je conseillerait probablement un Guerlain comme le meilleurs investissement possible:  en termes de flatteurs, on ne peut quasiment pas trouver mieux! Plus que comme chef d’œuvre de la parfumerie, j’envisage un grand cru Guerlain comme un formidable produit de beauté

Entre tous, le grand classique emblématique de la maison reste Shalimar. On peut en préférer d’autres, plus rare ou plus sentimentaux, mais rien à faire, il faut bien reconnaître qu’au final, il est indélogeable de sa place de leader de l’écurie Guerlain. Sa légende lui fait presque du tort en le plaçant dans une position d’exotique sensuel proche du délire alors qu’il est totalement confortable et facile à porter. Non, Shalimar ne transforme pas en almée échappée du harem assoiffée d’amour etc. 

Il démarre presque agressivement par la bergamote, un petit coté citronné qui va durer longtemps mais s’adoucit immédiatement avec des fleurs élégantes et rondes, dont un iris qui lui confère une tonalité un peu poudrée et la vanille toute douce, un peu cake, mais absolument pas écœurante dans le genre gâterie pour boulimique qu’on peut beaucoup trop voir actuellement, et s’achève  longtemps après dans un joli fond de sensualité résineuse et animal. Très riche, il n’est pas exactement changeant mais mérite qu’on lui prête attention parce que ses facette sont nombreuses et ne se révèlent pas si facilement. Il est toujours reconnaissable mais très variable d’une personne à l’autre. 


Marlene Dietrich
À l’usage, il semble posséder tous les codes de la marque, à commencer par une certaine androgynie: porté par un homme, croyez-moi, il passe très bien, à l’usage, il finira même par paraître plus masculins que beaucoup de création "pour homme" si tant est qu’on puisse attribué un sexe à un parfum, ce dont je doute. Il fait preuve d’une richesse bourgeoise et élégante de bon aloi, très ronde et moelleuse. Bien sûr il est porté par pas mal de vieilles dames, et alors? Quand vous avez trouvez quelque chose qui vous rends irrésistible, pourquoi le lâcher? Ne soyez pas ridicule et tirer plutôt parti de l’expérience de vos ainés!  Shalimar est enveloppant et flatteur, il est à la fois un réconfort type doudou et un messager qui va trouver les gens autour de vous en leur parlant de votre beauté, de votre mystère sans se lasser et en étant particulièrement convainquant. 

Shalimar me fait penser à Marlene Dietrich. Belle et incroyablement mise en scène: éclairages , maquillage, accessoires et vêtements parfaitement étudiés et maitrisés. Voila Shalimar: à la fois lumière, fourrure, voilette et plumes. Shalimar est un metteur en scène qui vous rends totalement irrésistible.

lundi 4 octobre 2010

Des envies de richesse...

La mode et la crise, plus une crise de conscience écologique, brassent les genres et les milieux. Racailles, grand chic bourgeois, arrogance nouvellement riche et délicatesse aristocratique se croisent et se rencontrent partout. Pourtant, il y a toujours une espèce d’aura fascinante qui entoure certaines personnes et on peut se dire que subitement, ça pue l’argent. En dépit de son nom, le bon marché parisien est un vrai lieu d’observation d’un certain chic aisé. Loin des aspirations fashion, boudeuse et méprisante à la façon d’une Victoria Beckham, j’avoue avoir un faible pour les anciennes fortunes, même déchues, qui sûre d’elles savent se montrer affables et souriantes. La politesse est une qualité, y compris pour les parfums. On est loin ici des jus à la mode et pour moi, ce sont les grands classiques aldéhydés qui sont les senteurs typiques de cet univers. J’avoue que c’est peut-être de là que vient une partie de ma fascination pour le N°5, la référence du cadre doré à l'or fin pour grande dame. Dans la même catégorie, je peux joindre Arpège de Lanvin, plus sombre, plus sensuel, Madame Rochas, plus lumineux et romantique, White Linen de Lauder, le plus savonneux de la bande, et le plus récent, mais très old school, First de Van Cleef et Arpels, le délicat, avec une fameuse présence quand même. Ils ont tous ce coté main de fer dans un gant de velours, un flirt avec la célébrité et un retour à l'ombre qui les éloigne de la plèbe. (Sauf le 5, bien sûr) Probablement ma prochaine collection. Les versions niches sont intéressantes, mais par définition moins classiques. Mais je testerai quand même prochainement Baghari de Robert Piguet  qui se situe dans ce créneau mixte: la réédition de niche.

mercredi 29 septembre 2010

Apollon au bain: Prada infuse l'homme

Miuccia Prada a réussi a faire un succès d’une mode basée sur un paradoxe: luxueusement bourgeoise et intellectuelle de gauche. C’est fin et subtil, loin du tapage, du battage, du racolage. J’aime beaucoup mais ce n’est pas exactement mon style. Comment dire? Il semble que Prada implique des cheveux lissé et impeccables alors que les miens sont constamment ondulé et décoiffé. Vous voyez ce que je veux dire? Donc, j’ai un peu traîné avant de découvrir les parfum de la griffe et je m’en veux d’avoir perdu du temps!


L’Infusion d’homme porte un nom un peu étrange et déconcertant: testostérone en sachet façon Lipton ou eau du bain dans lequel un homme a fait trempette? La deuxième impression est plus juste puisque l’Infusion en question, directement dérivée du féminin Iris, évoque le propre, le sortir de la douche, le coton blanc etc.

L’ouverture est très Cologne , presque acide: citron, mandarine et un néroli qui fini par de faire reconnaître avant que ne vienne en scène l’iris d’abord vert et frais, ensuite, de plus en plus blanc et savonneux, à peine poudré avec en fond, quelque chose de plus sombre, un peu boisé, fumé baumé… L’étiquette annonce encens, vétiver et benjoin. Tout ça casse un peu le coté propre et si cela reste discret, c’est pourtant bien affirmé! Ce serait naïf de penser que ce parfum est juste une impression de propre, socialement acceptable, il va quand même, quoique discrètement, un peu plus loin que son odeur de salle de bain très luxueuse. Il est moderne et pas du tout vieillot alors qu’il fait référence a des choses déjà connues, Rive Gauche, White Linen ou, et cette allusion me touche particulièrement, une fraction du N°5, ce moment propre et savonneux de l’extrait et son petit fond malgré tout un peu sale. Il est aussi selon mon goût un iris pour homme beaucoup plus réussi que le Dior Homme; tout ouverture celui-là, et  a assez peu de rivaux dans son genre: son pendant féminin, et l’incomparable Iris Silver Mist de Lutens beaucoup plus froid, et beaucoup moins facile à porter, il déplaît beaucoup car trop poudré. Les fans du genre passeront volontiers de l’un à l’autre.

Si c’était un personnage de Proust, ce serait Albertine dans les jeunes filles en fleurs. Un visage entrevu, une identité dont on est d’abord incertain, mais qui sait se faire obsédante, refuse de se faire oublier. Pour ce qui est du sillage et de la tenue, le parfum de Prada pourrait vous surprendre: on le redécouvre à l’improviste, alors qu’on le pensait évanoui, une bouffée subite, un compliment inattendu, une trace nette sur les vêtements, oui, il s’accroche bien, alors qu’on croyait l’avoir oublié! D’Albertine, il a le coté enjoué et facile de la vie de bord de mer, l’élégance facile et sportive, très blanche, de la jeune fille en bicyclette conseillée par Elstir. Il a ce même coté mouvant et insaisissable que la petite bande, qui va et vient. D’Albertine, il a aussi par ses évocations de peau nue et humide, une espèce de sensualité moi tapageuse que des notes animalisées mais qui parle à l’imagination et lui laisse faire le plus gros du travail. Qu’il suffise qu’on vous ai dit qu’Apollon a pris sa douche, à vous de recomposer le tableau.

 Infusion d’homme, Daniela Roche Andrier pour Prada, 2008

lundi 16 août 2010

N°5, l'eau première

Je fais fréquemment ma duchesse de Guermantes en battant la mesure à contretemps. Le battage médiatique fait autour de certaines sorties m’exaspérant et m’en détournant pour un temps. Parfois définitivement comme cela va probablement être le cas pour Womanity, la dernière merveille de Mugler qui m’a écœuré deux bons mois avant sa sortie. Dans le cas de l’eau première, j’avoue que s’ajoutait la méfiance à l’égard d’une Xème déclinaison du N°5. Il y a l’extrait, l’eau de parfum, l’eau de toilette, l’élixir sensuel, le parfum pour les cheveux. Ça fait un peu beaucoup tout ça. Et le Mythique de Chanel a-t’il besoin de tapage autour de sa légende cossue? La réponse est hélas oui, il n’est pas un N°1 absolu, Lauder, faisant mieux que Chanel sur son territoire par exemple. Mademoiselle savait que la pub était importante, considérant que sa mode et surtout  elle-même était la meilleure des pub pour son parfum fétiche (et sa mine d’or personnelle!) Je n’avais pas aimé l’eau de parfum, donc j’étais méfiant mais forcément, je devais tomber sur un échantillon d’eau première lors d’un ravitaillement en 5. Et là, j’avoue que j’ai été séduit: on reconnaissait le parfum initial mais en plus léger, plus transparent, les aldéhydes étaient là avec une note citronnée que je ne parvenais à percevoir (mais sans le coté vernis de l’eau de toilette qui m’enchante!) et un bouquet fleuri beaucoup plus léger, transparent et un fond léger de muscs très propres. Alors, pour l’été, oui, l’idée n’est pas mauvaise, quelque chose de plus léger.
Sauf que…
La transparence, finalement: Bof! Le doré est devenu jaune pâle, la richesse s’est asséchée. On dirait un polaroïd vieilli, décoloré. Alors que l’extrait a du caractère, un sale caractère même, cette eau est platement consensuelle. (mot affreux!) ce n’est pas elle qui dirait « Je vais les foutre en noir » c’est plus jeune, peut-être mais c’est le pire de la jeunesse; immaturité et absence de personnalité. Finalement, non merci, je resterai fidèle à l'extrait et à l'eau de toilette. Mais pourquoi pas donner une nouvelle chance à l'eau de parfum? (affaire à suivre)

lundi 2 août 2010

N°5

Ce numéro-là, c’est une découverte personnelle, curieusement. Je l’ai senti par moi-même, autour de moi personne ne la portait. Je ne sais pas si c’est lié, je ne pense pas, d’autre m’évoque directement des souvenirs, émotions, images, mais le 5 ne m’a rien évoqué de précis.
D’abord, une petit odeur de vernis à ongles, beaucoup plus marquée dans l’eau de toilette, le cœur de jasmin avec la petite note d’Ylang à l’ancienne et puis le fond incroyable entre savonneux et poudré avec par-dessous quelque chose de plus sombre, d’un peu sale. Et c’est précisément ça qui me fascine. Ça et le fait que je le redécouvre sans cesse selon le climat ou ma propre sensibilité. Exactement comme dans la recherche les paysages autour de Balbec sont constamment redécouverts. Le N°5 est vraiment d’une richesse incroyable, le tout très uni, presque lissé, très doré, solaire.
Il m’apparait de plus en plus comme une affirmation de soi, une façon de marqué son territoire, son message semble être « Je suis» contrairement à tant d’autre qui vous suggère des histoires d’amour, susurre « tu es belle » et parfois hurle autour de celui ou celle qui le porte « je te veux » comme un appel ou un défit lancé à tous. Ici, c’est autre chose, séduisant mais pas séducteur avec l’orgueil d’être par soi-même.