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dimanche 9 décembre 2012

10 importables

Gloria Swanson

Fracas de Piguet : la tubéreuse de Germaine Cellier est sublime. Elle me fait toujours l’effet supra-séduisant de la chieuse en satin lamé, nichons au balcon, manteau de léopard en option,  qui tapote le piano de ses longs ongles laqués pour signifier qu’elle en a un peu marre. J’adore mais je l’avoue, je ne me sens pas de taille à le porter plus de deux heures.  Mais Fracas tient facilement deux jours avec sillage sur un manteau ou une écharpe. N’est pas Gloria Swanson qui veut !

Portrait of a Lady des Editions Malle : un manoir néo-gothique humide (le patchouli) et une robe de velours noir corsetée (la rose) m’expédie en plein préraphaélisme.  C’est superbe, mais quelque part entre Aleister Crowley et Siouxie, je ne parviens pas à trouver ma place. La Morticia Adams en moi ne tient pas le choc. De façon étonnante, beaucoup me disent pourtant que ce parfum m’irait bien…

Samuel Colt
Azzaro pour Homme : la sympathique fougère macho se veut tellement virile avec sa grosse moustache et son torse velu qu’elle finit par sentir le char cuir de la gay pride. Ce n’est même pas une question d’apprécier le parfum ou pas, il est tout simplement hors de question que j’exhibe mes attributs poilus en portant des chaps et rien d’autre…

L’Heure Bleue de Guerlain : Le parfum m’évoque Odette Swann et vraiment, il est parfait à tout point de vue avec ses odeurs de maison bien tenue ou les fleurs sont fraiche et les desserts excellent, son fond sensuel de femme qui a un passé même si elle est devenue parfaitement respectable. Mais voilà, être une parfaite maitresse de maison me désespère.

Aramis : magnifique parfum de cuir épicé qui m’évoque toujours un peu un  ceinturon de bûcheron canadien. L’image est sexy, virile, séduisante si on aime ce genre, mais la simple annonce de possibilité de neige au journal météo génère chez moi une angoisse insurmontable, donc le trip bûcheron au Canada n’est pas pour moi…

Lady Diana
K de Krizia : Maurice Roucel a mis tout ce que j’aime dans un parfum (ou presque) aldéhydes, notes animale, chypre, fleurs capiteuses. Sauf que c’est trop. Porter K me donne l’impression d’être Lady Diana se réveillant et découvrant qu’en fait elle n’a pas du tout envie d’être une princesse. Un peu écœurée et parfaitement désolée d’avoir voulu les mauvaises choses et de les avoir obtenues.



Mitsouko : le chypre mythique de Guerlain m’a toujours évoqué la chair nue. Même parée de très beau bijoux, cette peau nue n’est pas pour moi alors que je n’ai aucun problème avec Femme de Rochas qui se ballade toute nue sous sa fourrure. Je ne suis peut-être pas décent, juste frileux.

Iris Poudre aux Editions Malle : Aldéhydes et iris avec effet poudré,  j’aime beaucoup, mais assez vite le poudré devient poudrier compact. Un parfum qui donne l’impression d’être beaucoup trop maquillé ? Non merci !

Twiggy
Petite Chérie d’Annick Goutal : poire et rose pour un effet jeune fille bien sous tous rapports, même si le fond est un peu peste, c’est parfait mais, j’ai beau ne rien avoir d’un bucheron, je ne suis pas pour autant une girly girl. Ce personnage n’est pas à mon répertoire, on oublie.


Love and Tears (by Killian), Jasmin somptueux mais affublé du gros problème des parfums Killian : somptuosité de nouveaux riches qui me fait toujours penser à ce couple que je connais et qui se croit TOUJOURS obligé de mentionner la marque ou le prix. Sentir cher est vulgaire quand on n’a pas grand-chose d’autre à proposer. 

lundi 26 novembre 2012

Ce soir?


Ce soir ou jamais commence  dans un jardin de roses. Un moment de langueur un peu lascive à la tombée du soir avec pourtant les nuance fruitée de la poire (typiquement Goutal) du verger d’à côté qui donne un dynamisme à la fragrance. On s’y endort dans une songerie moelleuse, confortable, voluptueuse. Le réveil surprend : une salle d’opéra à l’italienne, rouges et ors qui luisent dans la pénombre, odeurs de velours et de poudre. Et toujours la rose, magnifique.
Ce soir ou jamais m’échappe un peu. La rose ou un trop plein de sensualité pour moi ? Peut-être. On ne peut pas tout porter, n’est-ce pas ? Ce soir ou Jamais me semble parfait pour celles qui, comme Scarlett, sont capable de décrocher les tentures pour s’en faire des robes. En attendant de décrocher la lune…

Ce soir ou Jamais, Isabelle Doyen et Annick Goutal, 1999

mercredi 21 novembre 2012

parfums de secours


Un de ces matins ou tout est noir autour de moi. M’éveiller, hagard, le corps engourdi et l’esprit embrumé. N’agir, ne vivre, que par réflexe, dans une inconscience presque totale qui ne laisse place qu’à l’automatisme le plus primaire. Choisir dans la garde-robe au hasard une tenue de secours, passe-partout, seyante et adaptée à toutes les circonstances, jeans et col roulé noir ou chemise blanche suivant les températures. Vous connaissez ces matins aussi. Ces matins où on ne sait de quoi la journée sera faite, ces matins où on ne sait qui on sera, quel(s) rôle(s) nous jouerons.

En ces journées, forts nombreuses en ce début d’hiver, ma main se tend instinctivement vers la partie « parfum de secours » de mon armoire à parfum. Mes parfums de secours brillent sans doute plus aux premiers abords par leur absence de défaut et ils ne sont pas nécessairement ceux qui furent choisi le plus vite, par coup de cœur. Le parfum par défaut est celui qui s’adapte à toutes les circonstances, ne fige pas dans un rôle ; il est confortable et terriblement sociable, il ne dérangera personne pour être plus facile à assumer. Je ne dirais pas que c’est un couard ou une demi-mesure.  Un peu de discrétion, de sobriété, ne fait de mal à personne de temps à autre. Un positionnement fort continuel fini par n’être qu’une pause, une posture, qui finit par tourner à la Drama Queen attitude, un peu fatigante.

Mes basics : l’Eau du Sud d’Annick Goutal et ses accents bergamotés-chyprès est parfaite, à la fois élégante et discrète, pas d’une originalité folle, elle s’inscrit dans la tradition classique, éprouvée, de l’Eau Sauvage, tout en se distinguant par sa qualité. Autre parfum dont je me rends compte qu’il vient à ma rescousse, Love Chloé a réussi à me séduire avec ses airs de salle de bain rétro qui sent bon le propre et la poudre. Confortable et faussement vintage, il est de son époque, mais pas trop, un peu anonyme et signé à la fois : je le trouverais un peu trop impersonnel pour en faire un parfum signature mais il est parfait pour ces jours d’incertitudes.

dimanche 15 juillet 2012

en vacances


Les vacances ne sont pas un abandon de parfums, juste une occasion de se parfumer autrement, d'essayer d'autres choses, de se faire encore et toujours plus plaisir sur un mode plus sensuel, plus hédoniste dans un environnement différent, plus naturel pour le citadin que je suis, résolument moins prise de tête. Premier petit plaisir, le gel douche. Alors que je suis plutôt du genre savon sans parfum et produit pharmaceutique le reste de l'année pour ne pas interférer et parce que j'aime aussi un relatif, très relatif, ascétisme dans ma salle de bain, soudain, je me fais un peu plaisir et je m'abandonne pour l'été. La Verveine de l'Occitane m'avais déjà bien emballé, mais pour 15 jours au soleil, je me risque en grande surface à une petite séance de sniffage, aussi sérieuse que dans une boutique de parfums de niches rares et chers : j'attends autre chose point de vue jolies matières mais ne prétends pas pour autant me contenter d'un ersatz médiocre pour autant.

Le Petit Marseillais remporte tous les suffrages avec des senteurs parfois originales (basilic-abricot, très bien fait par exemple) mais c'est le classique Mimosa qui me fait craquer, très réussi, solaire et sans sucre ajouté, il évoque directement le sud et les beaux jours. (Peu m'importe que le mimosa ne fleurisse pas en juillet, j'habite trop au nord pour qu'il fleurisse chez moi tout court !) Rayon shampooing, je teste la pomme verte du même Petit Marseillais, franchement chimique, mais dont l'acidité crissante change agréablement des fruits confits façon Fructis mais je préfère quand même l'habituel Tilleul Ultra-Doux de Garnier, rescapé des années '70, une époque où la propreté rimait avec un minimum de fraîcheur et de verdeur.

À la plage, je porte en condition réelle Sables de Goutal dont tout indique qu'il a été créé pour ça. Depuis des années, j'éloigne un nez froncé de ce parfum mais là, Dieu sait pourquoi, l'influence de quelques autres perfumistas n'y étant probablement pas pour rien, je sens qu'il est temps et c'est une révélation : l'immortelle, très goudronneuse, répand ses effluves autour de moi, s'arrondissant à peine, tenace (très), puissante (c'est un powerhouse !), délicieuse de naturel, recréant autour de moi, comme un cocon, une ambiance de retour de plage en traversant les dunes, faisant revenir des souvenirs d'enfance comme nous en avons probablement tous. Ce parfum est juste parfait, offrant la peau nue aux éléments, sable chaud et brise caressante, solitude et calme, loin des plages surpeuplées à odeur de bimbos frites au monoï et à l'Ambre Solaire indice 2. Sables, je le porte tout le jour, y compris en ville, m'enchantant moi-même de sentir aussi bon ; pourtant, au flacon, il me rebute et m'agresse, c'est vraiment un parfum à porter sur peau, un parfum à vivre. La nuit, je le trompe avec Ninfeo Mio qui me rafraîchit et joue une partition plus séductrice. Si on tient compte du fait que j'ai emporté 6 flacons de 100 ml et 4 flacons de 15 ml, on peut dire que c'est deux-là, porté en exclusivité sont mes options sûres en vacances, mes valeurs refuges. Maintenant, je sais!



Évidemment, je teste des choses, même en vacances, n'envisageant même pas de voyager sans visiter l'une ou l'autre parfumerie « couleur locale » et que m'importe qu'il y ait une boutique place des Vosges à Paris, puisque je suis au Pays Basque, je tente Christian Louis, Parfums et Senteurs du Pays Basque, et retient surtout le puissant Usain Ona qui se démarque terriblement du mainstream en osant un accord très animal, puissant, dérangeant, un peu miel et un peu urine. Personnellement, je ne porterai pas mais je lui trouve une séduction certaine. À mon avis, plus une base qu'un réel parfum en soi, je le trouve idéal pour l'amateur de mélanges qui voudrait réveiller un parfum devenu trop sage suite à d'ennuyeuses reformulations… Il serait parfait, à petite doses, avec quelques gouttes de N°5 en eau de toilette, et pas mal d'aldéhydés classiques comme Calèche. Plus risqué, il rendra à des orientaux comme Shalimar ou Opium une incandescence qu'ils ont perdue pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux. (Même pas peur !)

jeudi 21 juin 2012

c’est l’été


louise brooks
Enfin... 

L'été, la chaleur, le soleil et cette paresse, cette langueur qui s'empare de moi, me pousse à rechercher l'ombre, à m'étendre sur la méridienne ou le lit, mollement, comme si soudainement mon corps était de coton et non plus de chair et d'os. Laissez-moi, couché, avec un livre à la main, rêvasser, oublier la chaleur qui m'accable. N'attendez rien de moi, ne me parlez même pas. Je serai de nouveau à vous quand l'été sera terminé. Je reviendrai à moi avec l'agitation, l'effervescence de la rentrée. D'ici là, je ne veux rien, rien que la paix et une figue juteuse. La figue, l'un des rares fruits qui me séduise par ses facettes changeantes, tour à tour vertes, sucrée, laiteuses…

Je ne le cite pas toute, juste mes deux préférées, qui ne sont pas les plus pures, car la simple matière ne me plait pas tant que cela. Pour commencer, le Jardin en Méditerranée de Jean-Claude Ellena pour Hermès (2003), la plus élégante des figues, celle qui se pare de fleurs, se savoure en bouquet piqué d'agrume, se nuance de bois et d'eau, toute en transparences, jolie citadine qui porte des sandales lamée or quand les autres sont en espadrilles. A l'opposé, Ninfeo Mio d'Isabelle Doyen et Camille Goutal pour la maison Goutal (2010) s'avance échevelée, pieds nus, dans le jardin des Hespérides pour trouver la fraîcheur à l'ombre verte des grands arbres.

Donnez-moi l'été et ces deux parfums et je suis si bien…

samedi 26 mai 2012

souvenirs verts


Le vert tendre des souvenir, pas celui, dur et cassant de la frigidité. Le vert de l'Eau de Campagne (Sisley) et sa ballade au potager. Le vert de l'Eau de Lierre (Diptyque) et sa maison de famille aux murs de pierre humides couverts de végétations. Et l'Eau de Camille d'Annick Goutal, peut-être pour moi le plus intime, le plus madeleine de Proust, le plus personnel, donc le plus émouvant…

Je me moque de savoir qu'il fut créé pour une jeune Camille de huit ans qui voulais retrouver les senteurs du jardin, l'Eau de Camille me parle à moi, de moi, de mes souvenirs de citadin qui sentait aux beau jours l'odeurs des jardins, pelouses fraîchement tondues, seringas capiteux, tout un monde caché par des haies., invisible et présent qui me parle comme les aubépines parlaient à Marcel Proust. Je ne savais pas ce que ces haies, ces jardins me disaient, l'Eau de Camille me le révèle en me les rendant : ils me parlaient de moi, me disaient de revenir, de rester. L'Eau de Camille me rend mon innocence perdue, l'époque où tout était facile, où les été duraient longtemps… Pourtant, il y a des complexités, la promesse des voluptés et des douleurs à venir dans ce parfum que l'on aurait tort de qualifier de facile et de puéril. La douleur des déchirements futurs, l'angoisse de savoir que tout cela ne peut durer, la pensée des adieux, la peur de se retourner et de découvrir les zones d'ombres, la part sombre qui reviendra nous hanter longtemps encore.

Ce qu'une odeur si simple de gazon, de tilleul, de seringa,  delierre, peut faire !

L'Eau de Camille, Annick Goutal, 1983.

mercredi 23 mai 2012

impeccable


Errol Flynn
Duel.     
Sans flamboyance romantique.
Retenue, mesure, précisons, concision. Nous ne sommes pas dans un film de capes et d'épées, mais dans le noble art de l'escrime. Isabelle Doyen et Camille Goutal ont créé un parfum sobre, parce que le vrai pouvoir est et ne se manifeste pas.

Le départ maté tient longtemps sur moi, évoquant un thé légèrement parfumé de citron, tandis que s'élève en douceur le fond cuiré très doux, touché d'iris. Duel me donne une incroyable sensation de confort opulent mais pas ostentatoire, comparable à celle d'un pull tout simple, qui semble en vulgaire laine de mouton, mais se révèle être un cachemire 8 fils, incroyablement doux et chaud. Le genre de parfum remarquable qui ne se fait pas remarquer. 

Duel est mon parfum de jeune homme élégant, de gendre idéal, qui rassure la belle-famille avec sa discrétion élégante et assurée, qui passe très bien au bureau. L'Heure fougueuse de Cartier est assez proche dans le départ maté et dans la sensation. Avec son effet crin de cheval, elle est à la fois plus rustique et plus audacieuse. Peut-être peut-on envisager Duel en semaine et La IVème heure pour les weekends à la campagne ?

Duel, Isabelle Doyen et Camille Goutal pour Annick Goutal, 2003

mardi 15 mai 2012

les vacances


Il y a des endroits qu'on montre du doigt en disant « maison » comme cet idiot d'ET, des endroits où on se sent bien, ou on se reconnaît, ou on se sent chez soi. La boutique Annick Goutal me fait cet effet. Pour comprendre, revoyez Breakfast at Tiffany et imaginez-moi en Audrey Hepburn/Holly Golightly. Donc, si la question de l'objectivité se pose, non, je ne suis probablement pas totalement lucide, mais je m'en rends compte. (Et je ne me soigne pas) 

Goutal m'a toujours fait penser à l'une de ces familles imaginaires et idéales comme on en voudrait tous, qui n'existent que dans les romans de la comtesse de Ségur. Elle vit en province et n'a aucun souci, les enfants sont bien élevés, tout le monde déborde de charme, est toujours impeccable… On aimerait les détester, mais c'est impossible, ils sont trop gentil et trop charmant pour ça. On les as suivi plusieurs fois en vacances : dans les îles, avec Songes, en Italie avec l'Eau d'Hadrien, et chez les cousins du nord pour les fêtes de fin d'année avec Encens Flamboyant qui nous emmenait à la messe de minuit en traversant une forêt de pins sous la neige. 


Cette année, ils vont chez ces mêmes cousins pour les vacances d'été. Cette année, il fera chaud et la nuit sera étoilée. Dans le jardin, le chat se rafraichit dans le plant de menthe, l'agitant, le faisant bruire,  lui faisant exhaler ses parfums. Au loin, après le jardin, la forêt de pin est sombre, ombrée, fraîche, ils iront s'y promener au plus chaud du jour, respirant à plein nez cette odeur de bonbon La Vosgienne qui les ramènent en enfance. 


Nuit Étoilée n'est pas le plus original des parfums Goutal, il est ce que la marque sait faire avec talent : de la fraîcheur pour un parfum qu'on porte pour se faire du bien. Certains diront que c'est déjà vu, les même qui trouvaient que Mon Parfum Chéri trahissait les codes maison. Certes, il ne manquait pas à la gamme, n'apporte rien d'autre que le plaisir qu'il procure aux fidèles, mais faire plaisir sans se moquer, en ce monde qui voit de la confiture à le cerise en flacon vendue au prix d'un vrai parfum, c'est déjà beaucoup! Un peu masculin, il sera parfait sur les jolies femmes, comme ces montres un peu lourdes qui font ressortir la délicatesse du poignet.


Nuit Étoilée, Camille Goutal et Isabelle Doyen pour Annick Goutal, 2012

mardi 24 avril 2012

Retour aux sources


Normalement, en été, je m'offre une petite pause parfums, je cède à des envies passagères qui se concrétiseront peut-être en amours durables et, surtout, j'aime la chaleur, la volupté. Je me dis à moi l'Orient, les fleurs blanches, etc. Mais cette année fait un peu exception, pour une fois, je me sens des envies de faire comme tout le monde et d'aller vers la fraîcheur, des envie de me mettre aux eaux chyprées comme je l'ai déjà fait cet hiver avec l'Eau du Sud (Annick Goutal) qui m'a beaucoup accompagné. En fait, il s'agit peut-être de boucler une boucle, de revenir à mon point de départ.

J'ai commencé dans la vie avec Eau Sauvage d'Edmond Roudnitska pour Dior et c'était un bon début. J'ai peut-être eu des parfums honteux, mais certainement pas celui-là. Il n'était déjà plus à la mode mais avait déjà atteint ce statut si envié, ci convoité de classique. Je l'ai choisi pour de mauvaises raisons : la campagne publicitaire qui le rendait visible, le prestige du nom Dior encore intact en ce temps-là, et suis tombé amoureux dès que la démonstratrice l'a vaporisé sur mon poignet. L'eau sauvage a inauguré une formule (faussement) simple et efficace : fraîcheur durable des agrumes et des aromates sur fond chypré avec un cœur de fleurs plus ou moins discret. Avouons-le, spontanément, nous ne dirions pas de cette eau qu'elle sans le jasmin et pourtant elle doit beaucoup à l'hédione. Eau Sauvage, c'était une fraîcheur qui durait longtemps, une élégance folle au milieu des parfums alors à la mode, Azzaro pour homme, Drakkar Noir et autres horreurs brutales et tapageuse. Eau Sauvage, c'était aussi depuis sa création un parfum mixte et je trouve que tous les parfums qui s'en sont inspiré, même s'ils ont tiré le genre vers l'un ou l'autre sexe l'ont été plus ou moins à leurs façons.

Diorella en vintage (absolument en vintage !)continue sur la même voie mais ce serait injuste de ne voir en lui qu'un pendant féminin de l'Eau Sauvage. Roudnitska travailler dans le même esprit mais a réussi à faire un parfum différent, sport-chic mais terriblement couture en même temps ! Oubliée, la poupousse endiamantée, dépassée la chérie envisonnée, il a un côté girl-next-door, cette femme qui passe, toujours pressée, que vous croisez sur le palier entre deux rendez-vous professionnels ou galants, jolie, pratique et qui n'oublie pas d'être élégante. Je pense un peu à Doris Day dans Pillow Talk par exemple. Dans Diorella, les fleurs sont plus présentes, mais c'est surtout la note fruitée, entre melon et pêche, qui me touche, car elle est bien tendre.

Cristalle de Chanel me semble la version la plus austère d'une famille naturellement portée à la joie. Floral, transparent, c'est peut-être est-ce la jacinthe qui lui donne un petit côté distant, presque guindé. Malgré sa joie, sa légèreté pétillante, c'est peut-être le moins chaleureux des Chanel, le plus réservé, celui qui reste sur son quant-à-soi. Définitivement petit tailleur.

L'Eau de Rochas qui joue sur un accord verveine-citron vert avec un cœur rosé est une de mes tentations récurrente ces derniers mois. Elle n'a jamais quitté l'actualité, revenant tous les étés, indémodable, increvable et magnifique. La ressentir l'an passé au bord de la mer, sur une dame âgée très élégante a probablement été un élément déclencheur de ce retour aux sources, aux fondamentaux. Mon Dieu qu'elle était belle, enchanteresse, en pleine nature. Comme beaucoup d'autres parfums peuvent sembler tout-à-cout factice, forcé à côté d'une de ses eaux ! L'eau de Rochas, c'est celle que j'ai toujours vue en jaune et bleu. Allez savoir pourquoi.

Ô de Lancôme, je l'ai toujours aimé, trouvée particulièrement limpide, avec ses accents aromatiques et verts, elle est plus nette, plus aigüe. Peut-être plus lassante. Mais c'est celle qui traînait sur la coiffeuse de ma mère. Joliment faite, elle me semble pourtant un peu en-deçà des autres, atteignant la limite du parfum qui veut rester frais trop longtemps et fini par devenir désagréablement v-crissant, figé. Elle ne franchit pas cette frontière, mais me semble s'en approché dangereusement.


L'Eau du Sud d'Annick Goutal est beaucoup plus récente. Elle ne date pas de cet âge d'or de la fraîcheur que furent les années '70 mais renouvelle la formule Eau Sauvage. L'Eau du Sud est incroyablement naturelle et fluide. Ce qui la différencie vraiment de l'Eau Sauvage, c'est qu'elle déroule ses notes unes à unes, passant du pétillement des agrumes, à la fraîcheur des aromates (que ce basilic est beau !) se fleurissant à peine et mourant sur fond de mousse longtemps après. Très longtemps. L'Eau du Sud tient des jours entiers sur les vêtements, trainant le long des foulards et des écharpes ! Elle a l'élégance évidente des choses simples. Comme la chemise blanche, elle est à l'aise partout, toujours belle, toujours gracieuse. Cette rencontre fut pour moi, non pas une révélation, ni un coup de foudre, mais quelque chose de l'ordre du parce que c'était elle, parce que c'était moi.

C'est amusant ce retour sur moi parce que ça pose question : est-ce que j'ai évolué ? Est-ce que j'ai appris ? Est-ce qu'on change vraiment ? Et puis, surtout, est-ce que ça sert de se forcer, de sortir de son (ou ses) genre(s) ?
Je suis persuadé que la réponse est oui et que c'est le voyage qui compte, pas la destination. Que les rencontres nous enrichissent, qu'il n'y a pas forcément de découvertes plus passionnantes que celle de soi-même et que le parfum rejoint parfois bien curieusement, la vie en général et la philosophie.

vendredi 20 avril 2012

Psychologie (de base)*


La vie n'est pas tous les jours tendre avec nous et parfois, on guette la tuile qui va nous tomber sur le coin de la figure, prévisible, mais pas moins désagréable. Ça a été mon quotidien ces derniers jours et je me suis aperçu que ça jouait sur le choix de mon parfum. Ma main se tendait vers le Goutal, par envie, mais je détournais et allait vers des choses autres : parfums plus froids, plus tendus, qui permettent de ne pas s'effondrer en cas de malheur, qui encaissent et ont du répondant. Quand l'écroulement menace, j'appelle l'iris et le galbanum à la rescousse.

Eau d'Hadrien
En fait, le truc, c'est que pour moi, les parfums Goutal vont avec le bonheur, avec l'idée du bonheur, une certaine confiance en soi, en l'avenir, quelque chose d'heureux, de joyeux, d'insouciant aussi peut-être, que je ne veux pas casser. C'est peut-être lié à des souvenirs joyeux. Eau d'Hadrien = début d'une longue histoire d'amour. Mais pas que. Il me semble qu'il y a une joie de vivre intrinsèque aux parfums qu'Isabelle Doyen a composés pour Goutal. (Du moins, ceux que je porte) C'est quelque chose qui a rapport à leur légèreté, à leur aspect souvent un peu fruité-juteux, garanti sans sucre ajouté, quelque chose qui rappelle l'enfance, les maisons de familles à la campagne, quelque chose qui rime avec l'envie de croquer la vie à pleine dent, comme dans une poire, celle de Petite Chérie ou de Rose Splendide ?, avec le jus qui coule sur le menton et les fous rires qui vont avec.

Eau du Sud
Et puis, il y a cette bonne éducation, ce bon goût dans ces parfums qui fait qu'on ne peut pas vraiment les porter pour affronter la vie et se comporter en bitch. Impossible pour moi d'être dur et sans cœur quand je porte l'Eau du Sud. Par contre, même quand ça ne va pas, j'investi chez Goutal et j'appelle ça me faire du bien, parce que ne plus avoir de Goutal dans mon armoire à parfums, ce serait comme de perdre la foi en l'avenir, ne plus croire au bonheur et aux jours heureux. L'Heure Exquise est probablement l'un des parfums que je porte le moins, mais l'un des flacons que je sors le plus souvent pour le respirer, l'un de ceux dont j'estime ne pas pouvoir vivre sans. Oui, je sais, dit comme ça, ça fait assez toqué, assez hystérique, mais si Mister Phoebus avoue qu'il pourrait partir sur une île déserte avec juste les soliflores Goutal (ici), je suis bien obligé de dire que je suis peut-être embarqué dans la même galère…

*(à la mords-moi le nœud)

mercredi 8 février 2012

niche High Church

La parfumerie de niche semble n’être qu’un nouveau mainstream, multipliant  marques, points de ventes et sorties à une vitesse prodigieuse. La seule différence réside dans la qualité ou  l’originalité des jus, parfois les deux en même temps dans le meilleur des cas… Seule différence, le marketing qui s’appuie sur les forums, les blogs et les réseaux sociaux en distillant informations, confidences et petites indiscrétions aux initiés que l’on tient en haleine. Frédéric Malle lance son prochain jus comme Lady Gaga lance ses chansons, avec juste un peu de prétention en plus puisque la niche se veut élitiste. C’est bien malheureux d’autant que cette gamme en particulier est l’une des plus belles du marché et qu’elle se passerait fort bien de ce genre de racolage un peu cheap.

Difficile dans ces conditions de se faire remarquer, d’attirer l’attention, de se distinguer. Parmi les marques discrètes, il en est une qui m’intéresse de plus en plus : James Heeley. À priori, rien de révolutionnaire : des formes classiques de type bouquet floral, cologne, etc., ou des standard de la niche comme la monomatière joliment sertie, mais en y prêtant attention, on y trouve une belle qualité et un petit quelque chose de diffèrent qui rend ces parfums vraiment attachants et intéressants, bien plus que je ne l’aurais cru au premier sniff. Celui qui m’a le plus attiré, c’était Cardinal : un encens, un encens-église, une des figures clefs de la niche, qui n’appartient qu’à elle mais qui est déjà représentée par quelque classiques très réussi. La référence, c’est Avignon (Comme des Garçons), église froide et humide, Messe de Minuit (Etro) qui évoque Noël en ajoutant épice et fruits confits, Encens et Lavande (Lutens) qui ouvre les portes de la chapelle sur les champs de lavande, Encens Flamboyant (Goutal) qui nous fait visiter une petite église après une ballade dans une foret de pin en hiver… Difficile de venir s’ajouter et d’avoir quelque chose à dire, difficile de séduire.

Cardinal place ses volutes bleutée dans le cadre d’un oratoire privé et douillet, tout est patiné, assourdis, de riches tentures et dans le confort coussins moelleux. Il se développe et s’adoucit tout au long du jour, se veloute et vous entoure de son cocon de douceur luxueuse. C’est mystique, mais sans mortification, particulièrement agréable et confortable. La séduction du parfum s’impose d’emblée, avec un seul échantillon entamé, j’y ai converti deux personnes de mon entourage pourtant assez insensible aux parfums et particulièrement ignorante du phénomène niche en parfumerie. Oui, ce parfum a un petit quelque chose qui le rend diffèrent des autres encens, qui le rend indispensable, d’autant que toute la ligne Heeley associe belles matières, tenue et sillage sans reproche. Pour moi, il a surpassé cette référence qu’est pourtant Avignon qui à ses côtés parait subitement un peu trop dur, métallique disent certains, dans sa belle austérité religieuse. Je suis assurément plus High Church qu’ascète cistercien.

Cardinal, James Heeley, 2006

lundi 21 novembre 2011

I’m a free bitch


(dixit Lady Gaga)

Il arrive que de temps en temps, je fasse ma bitch. Oui, je sais, c'est mal, c'est condamné par la morale chrétienne, cette éternelle empêcheuse de tourner en rond, mais mon psy est très pour, c'est un acte libératoire. (Et jouissif)

Mais quel parfum pour bitcher ? J'avoue un gros faible pour Bas de Soie de Serge Lutens : un galbanum qui vous gifle, une jacinthe qui grince, suivis d'un iris soyeux, certes, mais à peu près aussi chaleureux et amical que l'iceberg qui a coulé le Titanic. Plus récent, je sens bien que Mon parfum chéri par Camille, Annick Goutal, pourrait être un bon challenger : un patchouli moisi, ranci comme une vieille rancune longtemps ressassée, assaisonné d'un alcool de prune qui fait sauter les inhibitions, avec en prime un très bel iris. Mon parfum chéri a peut-être la boisson mauvaise, mais il est toujours très élégant. Après tout, la vacherie doit toujours s'énoncer avec esprit.

Autre possibilité, plus puérile, Poison de Dior fait claquer les portes avec son départ d'épices, tape du pied avec sa tubéreuse chieuse et tente de se faire pardonner avec son fond de fruits rouges un peu puéril. La diva n'est qu'une sale gamine, mais à l'occasion…



Parfums de saison...


Novembre, la nuit et le froid. Personnellement, je choisis de voir le bon coté des choses: Noël arrive et on sort les bougies parfumées. Pour moi, pas question d’odeur gourmandes et de l’éternelle et barbante senteur traditionnelle orange-cannelle.

De l’encens pour une fête religieuse : Spiritus Sancti, cire Trudon, et sa cathédrale terriblement mystique qui me transforme toujours un peu en Hildegarde de Bingen ou Noël, Annick Goutal, qui sent bon le sapin en foret, on croirait presque voir la neige tomber.
Pour ceux qui refusent de célébrer Noël et boudent messe et sapin, pourquoi pas un peu de lecture bien au chaud ? Cuir et Feu de bois, Mizensir, est l’odeur rêvée d’une bibliothèque ancienne, reliures en cuir, chauffée par un grand feu dans une cheminée. Un vrai bonheur dans un petit appartement citadin.

mercredi 9 novembre 2011

Minimalisme accentué…

Je trouvais que descendre en dessous de 10 flacons de parfums, c’était bien et ça allait être dur. Le truc, c’est que, lancé dans la démarche, je me rends compte que je peux élaguer encore un peu plus et assez facilement. Maintenant, je me dis que je tournerais bien avec 4. Que mes envies d’autres ne sont pas de vrais besoins, juste des envies passagères. (Je sais que le terme besoin est choquant pour certain, mais bon, d’accord, c’est la crise, et gna gna gna, mais le parfum est une addiction comme une autre, encore que moins toxique que beaucoup)

C’est intéressant que l’épure devienne une obsession aussi forte que la collection et que la privation donne de vraies joies. En gros, je tourne avec trois Iris : Iris Silver Mist, Bas de Soie et l’Heure Exquise et une eau chyprée : l’Eau du Sud. Hier je me posais des questions sur Bas de Soie, remarquez. Le rachèterai-je à nouveau lorsque le flacon sera vide ? J’aime beaucoup cette jacinthe-iris, tendue, austère et cérébrale, sa cruauté et je la trouve très confortable à porter mais…

A ce rythme-là, il y a peut-être un jour ou je n’aurai plus qu’un parfum ? Peut-être même ne me parfumerai-je plus ? Ah, non, je ne crois pas, ce serai comme perdre une partie de mon identité. Et ce côté élagage de la collection, finalement, ça renforce mon identité olfactive. J’avais peur que ce ne soit monotone mais il faut croire que ça  correspond à ma personnalité obsessionnelle…

vendredi 28 octobre 2011

je reste, je change...


Arrivé au fond du flacon de Néroli, je me pose la question de savoir si je rachète ou pas. J'ai des arguments pour : j'aime beaucoup la fleur d'oranger et celle-là, clairement signée et identifiable grâce au côté juteux des Goutal est particulièrement réussie, elle évite le coté alimentaire et le coté enfantin, elle est fraîche comme une Cologne et j'aime beaucoup son départ crissant, presque vert, mais a une tenue d'enfer (deux jours de parfumage sur une écharpe), j'ai vidé la bouteille très vite et j'ai pris beaucoup de plaisir à chaque fois. Sauf que me poser la question, c'est un peu y répondre, ça range le parfum, si beau et agréable soit-il dans la catégorie « pas indispensable » mais en même temps, peut-être que j'y reviendrai un jour.

Curieusement, un parfum pour lequel, je ne me suis JAMAIS posé la question et aussi un de ceux que je porte le moins : l'Heure Exquise, toujours chez Goutal. Je me dis juste que je ne peux pas vivre sans ce si bel iris aux tonalités rosées, ce parfum rare qui pour moi est terriblement intime au point que je me dise parfois que « non, je ne peux pas le porter aujourd'hui, pas pour ces cons » et que je garde pour le petit cercle, finalement très restreint des gens avec lesquels je me sens bien. Je suis bien persuadé que je suis le seul à en profiter et que la plupart des gens n'en ont rien à faire de mon parfum. (« Je ne suis pas folle, vous savez ! ») N'empêche.

Il y a peu, en fouillant dans mon stock d'échantillons, je me suis rendu compte que je pouvais aimer la rose, domaine que je n'ai encore jamais exploré, qui me faisait plisser le nez. Et là, je sens que j'ai envie d'investiguer un peu, d'aller voir si... Finalement de vivre avec un nombre restreint de parfums, c'est assez facile, même pour moi. J'ai juste légèrement revu mon critère : plutôt que « rester sous la barre des dix » j'opte pour « tout doit tenir dans ma trousse de toilette », ce qui ne change pas grand-chose en pratique, mais se visualise mieux. En tous cas, c'est bien plus simple le matin et je me prends moins la tête. Pour ce qui est de se passer de la maison Chanel, c'est aussi plus facile que je ne l'eu cru d'abord : le seul pour qui j'éprouve des regrets de temps à autre, c'est Bois des Îles. Je ne m'en rendais pas compte, mais c'est le plus beau, le plus riche, de la bande, celui qui pourrait valoir tous les autres et bien plus. Maintenant, je sais. (Et je ne suis pas particulièrement accro au santal…) Je crois que j'aurais plus de mal à me passer de Goutal.

mardi 27 septembre 2011

The final cut


Je me suis mis à la tâche un soir de cette semaine, triant les flacons dans mon armoire, assez vite, me surprenant à arriver assez facilement sous les 10, laissant même de la place pour des parfums à intégrer, finalement. C'est assez simple de savoir ce que j'aime, ce dont j'ai besoin, envie. Il suffisait de s'y mettre, de ne pas être paresseux. J'ai atteint une short list de 5 Parfums (oui, seulement 5 vous avez bien lu) dont je ne peux pas me passer, absolument, sous aucun prétexte, et puis c'est tout, et ça ne se discute pas.

Iris Silver Mist, L'Heure Exquise, Bas de Soie, L'eau du Sud et le Néroli.
Trois Iris, Trois Goutal et deux Lutens. Objectivement, des parfums plutôt froids, pas très sympathiques.

Iris Silver Mist parce que c'est le plus bel iris, que même sans le porter, il faut l'avoir à portée de la main, il pourrait remplacer tous les autres mais il n'est pas très portable en été, c'est là son seul défaut. Son capital sympathie est au plus bas, c'est, par excellence, la monomatière qui se sait sublime et s'abime dans son narcissisme à la limite de l'autisme en niant totalement le reste du monde.

Bas de Soie aurait pu être hors liste, remplacé par le N°19 mais… Coté friendly attitude, on a vu mieux que cet intellectuel austère qui discoure en imposant le silence autour de lui. (« Et baisse les yeux quand tu m'écoute ! »)

L'Heure Exquise est la facette sentimentale de l'Iris, proustienne, gracieuse, maternelle, réconfortante. Faussement rétro : si tous les codes du parfum à l'ancienne semblent y être, sa légèreté, sa transparence qui donne à ses notes poudrées des transparences de mousselines l'inscrivent dans la modernité. Par rapport à sa date de création, il peut sembler rétro ou précurseur suivant que l'on s'attarde sur l'un ou l'autre aspect. Point commun entre l'Heure Exquise et le Bas de Soie à part l'iris, le galbanum. Et ça, c'est vraiment mon désespoir, je n'ai pas trouvé un seul beau vert, un seul galbanum qui me plaise. A Scent de Miyake n'est pas mal, le parfum de Margiela est bien, mais non, ils ne collent pas parfaitement à ce que je cherche. Et je préfère passer et attendre d'avoir trouver celui que je cherche. Se limiter, c'est n'avoir que ce qui correspond entièrement à nos attente. Et ça, c'est bien.

Le Néroli de Goutal, c'est vraiment l'une des toutes belles réussites d'une maison douée pour les soliflores qui n'en sont pas vraiment. Le départ est crissant, plus que frais, et l'évocation de la fleur d'oranger est vraiment réussie : épicée, un peu miellée, mais pas « alimentaire » pour deux sous. Le départ le fait plutôt classer dans les pas sympas. Coté tenue : pas exceptionnelle sur peau mais vraiment longue durée sur tissus. Étrange  Indispensable.

L'Eau du Sud est avec le Néroli le parfum le plus simple à porter. Un peu vert, un peu hespéridé, un peu chypré, il tient des heures, presque des jours sur tissus et succède naturellement à de grands classiques : Pour Monsieur de Chanel, horriblement défiguré par une reformulation qui l'a défiguré, l'Eau Sauvage de Dior qui semble plus monolithique et plus artificielle. Vraiment beau. Je le préfère à l'Eau d'Hadrien car plus complexe. D'autant qu'aussi belle qu'elle soit, l'Eau d'Hadrien n'a aucune tenue. Un internaute très avisé, (oui, Thierry, c'est de vous que je parle) m'a d'ailleurs dit avec sagesse : « quand on a aimé pour Monsieur, Eau sauvage et Hadrien, c'est une évidence ! » Oui, pour moi, ce parfum est une évidence, quelque chose de facile, léger, rieur et terriblement élégant dans sa nonchalance. (Et je précise que la crème pour le corps assortie est plus que réussie : on peut pratiquement passer de la version eau de toilette.)

Je rajoute trois parfums qui sont peut-être susceptibles de changer, d'être remplacés mais qui sont à peu près ce que j'ai trouvés de mieux dans leur genre : à La Nuit, Fracas et Baghari. Tiens, deux Piguet, des anciens, et un Lutens, à nouveau, comme pour équilibrer avec le Goutal de la short list.

À la Nuit est pour moi l'un des plus beaux jasmins actuels. Avec le N°5 que je me refuse désormais à porter, sur lequel il a l'avantage d'être beaucoup plus explicitement sexuel, passé les premier instants un peu verts, il se fait terriblement animal, indolique, semblant très directement dire « ce soir, je baise » en vous regardant droit dans les yeux. Ce n'est pas exactement mon style de jouer les bombasses, mais il peut m'arriver occasionnellement d'être hot. On devrait toujours avoir un parfum torride sous la main. L'avantage du Lutens, c'est qu'avec son coté floral, il réussit à être élégant et à parler de cul avec un minimum de subtilité et de bonnes manières. (Et, oui, j'ai dit un gros mot parce qu'il fout appeler un chat un chat)

Fracas rentre volontiers selon certain dans la catégorie chaudasse, mais pas pour moi, son coté enveloppé, travaillé, le place dans une catégorie élégante assez contenue. En outre, la tubéreuse ne m'a jamais semblé particulièrement sexuelle. Narcotique, hypnotique, fascinante à l'occasion, comme la Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens, mais pas si sensuelle même si c'est une bombe qui attend d'exploser. En fait, la tubéreuse pour moi signifie chieuse depuis que je l'ai rencontrée avec Poison en 1985. La tubéreuse se contient parfois, c'est le cas de Fracas, mais avec peine, on sent très bien qu'elle tapote du pied de façon charmante quoi qu'un peu impatiente, mais qu'elle est au bord de l'éclat. La tubéreuse, pas sympathique non plus, est le parfum qu'il faut lorsqu'on veut claquer les portes et hausser le ton. Je dois dire que la capacité de Fracas à diffuser me fascine : voilà un parfum capable de remplir une pièce sans être lourd. Et son intensité ne semble pas varier suivant la distance. Exemplaire là ou beaucoup sont écœurants lorsqu'on approche du porteur, son sillage n'a pas besoin d'en faire trop. Mais à l'avenir, je pourrais tout à fait le remplacer par une autre tubéreuse ou un autre bouquet. La très pure Tubéreuse de Goutal, ou le bouquet distingué du Fleurissimo de Creed par exemple.

Baghari. Je l'avoue, je ne sais trop si me passer de Chanel et continuer un aldéhyde fait sens. C'est Bois des Îles qui me manque le plus chez Chanel finalement. Mais Baghari est assez beau pour me consoler partiellement et assez distinct des variations Chanel pour ne pas entretenir la nostalgie. Ses incontestables cotés aristocratiques, son orange légèrement amère joint à ses fleurs blanches lui donne ce je ne sais quoi de propre mais pas nécessairement pur qui fait l'intérêt de la famille. Voilà un parfum qui sait être hautain mais dont on devine qu'il peut à l'occasion s'abandonner. À peu près aussi sympathique et chaleureux que les bourgeoises très élégantes de Newton qui se font prendre par le premier inconnu qui passe sans défaire leurs brushings.



Je me suis rendu compte en triant que je préférais certains parfums en bougies ou parfums d'ambiance plutôt qu'en parfum pour moi. L'encens d'Eglise par exemple : rien ne vaut la bougie Spiritus Sancti de Trudon. De même, je préfère la bougie Trianon de la même marque et son évocation des jacinthes au Jardin Clos de Diptyque. Et je pourrais multiplier les exemples à l'infini.

Illustations: Helmut Newton


mercredi 7 septembre 2011

épuration (ceci n'est pas un article politique)

L'élégance est un refus
Diana Vreeland



Je suis du genre à accumuler, entasser, emmagasiner, essayer toujours plus, autre, plus neuf, plus beau… Et régulièrement, je me fais une petite cure d’épuration comme d’autres font carême. Une subite envie de moins, pour mieux, de nouvelles bases sur lesquelles repartir. En réalité, il s’agit plus de revenir à mes fondamentaux, ce qui est moi, me correspond. Ne me demander pas pourquoi il n’en va pas ainsi tous les jours de toute l’année… Curieusement, le plaisir pris à m’alléger est aussi grand que celui de ces mois, de ces années, consacrés à accumuler. Je jette, je donne avec un réel plaisir.








Rayon chiffons, moins de "déguisements", plus de simplicité de coupe, de matières solides. Sobre, casual, peu élégant mais facile à vivre et durable. Mais en fait, ce sont souvent les plus vieux qu’on aime le plus, qui nous vont le mieux. Les fringues neuves qui ne sont pas exactement mon genre, je finis toujours pas leur trouver un défaut, même minuscule, alors que quand j’aime vraiment, que je me sens bien, je peux accepter l’usure et les réparations sans problème. En fait, le côté usé, authentique des choses qui ont vécu, c’est un plus. Et j’adore l’idée qu’un vêtement traverse les époques. De même que j’adore qu’un vêtement possède une histoire. Le caban de marin, je trouve ça beaucoup plus intéressant que la pure création de styliste. (Mais que Saint Laurent se soit pencher dessus est un plus, nous sommes bien d’accord) Vive le basique ! L’utilitaire !

Côté parfum, je suis pire. Parce que j’ai plus de mal à me dire que ça ne me va pas, que je ne me sens pas à l’aise. Plus de mal à accepter qu’un chef d’œuvre n’est pas pour moi. Alors, je me berce de l’illusion qu’il suffira que le bon moment se présente. Pourtant, il y a des choses évidentes à comprendre : je ne serai jamais une bombasse en musc, je ne sais pas flirter en violette… Et surtout personne n’a besoin de 215 parfums différents. (Je vous rassure, ce chiffre ne correspond pas à une réalité)  Quelques-uns suffisent pour faire face à toutes les occasions de la vie. Et un parfum un peu cool, facile, discret peut faire toutes les circonstances même si on s’ennuie beaucoup ! L’idée de n’en avoir qu’un ne me traverserait pas l’esprit ! Mais moins et plus adaptés, oui !

J’aime et je me sens bien : dans des frais, des eaux chyprées, aromatiques, bourrées d’hespérides. Souvenir : l’Eau Sauvage a été mon premier parfum, celui qui m’a suivi pendant 15 ans. Vent Vert a été mon compagnon jusqu’à sa reformulation désastreuse. Pour Monsieur, Chanel, l’Eau de Campagne de Sisley, L’Eau d’Hadrien d’Annick Goutal, m’ont suivi un peu moins longtemps, mais c’est évident qu’il m’en faut ! En ce moment, craquage sans scrupule pour l’Eau du Sud de Goutal : tout ce que j’aime. Un internaute très avisé m’a dit qu’après ce que j’avais déjà aimé, c’était évident, un aboutissement. Il avait entièrement raison. On devrait plus souvent écouter les sages avis.

Indispensable aussi, mes éternels et merveilleux iris. Je ne peux pas m’en passer. Un seul pourrait faire l’affaire mais le plus beau, le plus WAW, Iris Silver Mist de Lutens, n’est vraiment beau qu’en hiver. Bas de Soie est gracieux par toutes les températures et possède ce galbanum que j’aime temps et cette affirmation catégorique, ici un peu hystérique, qui me plait tant. Mais l’Heure Exquise, tellement proustienne, gracieuse, tendre a aussi ce départ en galbanum. Et Hiris d’Hermès est si facile à porter… Mais L’Eau du Sud est aussi très facile à porter. Bon, s’il ne devait y en avoir qu’un, ce serait probablement Bas de Soie. (Mais il ne doit pas y en avoir qu’un !)

Des floraux, ça, bien sûr qu’il en faut ! On a toujours besoin d’un floral ou deux. Un capiteux : le jasmin d’à la Nuit, très animal après un départ presque vert, qui pour moi remplace les orientaux. Un bouquet aldéhydé parce que c’est toujours élégant et qu’on a toujours besoin d’un truc un peu complexe et sophistiqué dans sa garde-robe. Baghari pour le printemps-été, Arpèges pour l’automne hiver. Une tubéreuse, c’est bien aussi à avoir pour une très mauvaise raison : c’est LE truc qu’il faut avoir quand on veut faire la gueule : dans la tubéreuse, il y a de l’orage, de la colère, du pied qui tape, des doigts qui pianotent et d’infinie réserve de mauvaise foi.  Et moi je dis qu’on a toujours besoin d’un peu de mauvaise foi ! Et d’une très bonne excuse pour s’offrir un parfum de plus. THE tubéreuse, pour moi, ce sera Fracas et son coté « grande dame qui se contient » parce que les cris, les grands gestes, ce n’est pas mon genre. 

MMMM on n’est pas vraiment dans le minimalisme n’est-ce pas. Pourtant je vous jure que ça réduirait considérablement ma garde-robe de me limiter à ça: 5 parfums ! (On peut quand même ajouter le Néroli? Et...)





lundi 5 septembre 2011

Parfum de vamp

Mon Parfum Chéri par Camille porte le nom le plus mièvre de toute la parfumerie alors qu’il offre à la maison Goutal ce qui lui manquait : un vrai parfum de bad girl, un parfum qui fera dire "salope" derrière la femme qui le porte, un salope, hargneux,  plein d’envie, de jalousie.

Une base de patchouli donne le ton dès le départ, véritable colonne vertébrale du parfum. Un patchouli « vieille baraque » un peu moisi, un peu poussiéreux, résolument vintage, hommage à la résidence de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard ? Aussitôt est balancée la prune, pas le fruit croquant, spécialité de Goutal, ni le confit sensuel de Femme de Rochas, non, plutôt l’alcool, un peu cheap, qu’on sert dans un bar un peu louche. Et c’est vraiment le verre qu’une serveuse hargneuse vous envoie à la gueule. Bette Davis dans Human Bondage, roublarde, garce, manipulatrice ?


Pola Negri

Ensuite, quand on ne s’y attend pas, monte une senteur fleurie irisée poudrée terriblement grande dame, froufrous de soie et négligé de satin. C’est doux, enveloppant, un peu sombre, avec des cotés boisés fumés. Plan fixe sur une vamp de l’âge d’or hollywoodien. Brunes, blondes, rousses, elles semblent toutes postuler pour le rôle, Marlene, Pola, Rita, Theda…. Mon parfum Chéri n’est pas un parfum pour « tous les jours » vraiment pas, c’est un parfum glamour qui transfigure comme un éclairage violent, sublime la personnalité en la distordant quelque peu. Mon parfum chéri est hanté, peuplé de fantômes, pas exactement facile, mais hautement addictif.

LE parfum à ne pas manquer en 2011. Quelle misère que je n’aime pas le patchouli !

Mon Parfum Chéri par Camille, Camille Goutal et Isabelle Doyen pour Annick Goutal, 2011.

samedi 20 août 2011

La goutte qui fait déborder le flacon ?

Dans un couple, il y a des moments où on se rend compte que ça ne va plus très fort. Qu’on a changé. Ou que l’autre a changé. Et qu’il est peut-être temps d’en finir. J’en suis à ce stade de ma relation avec Chanel. Je suis toujours autant en amour avec les anciens mais les  modernes me déroutent de plus en plus et je ne parviens plus à me dire que je n’achète que ceux qui ont été conçus du vivant de Mademoiselle parce que bon.

Tout a commencé avec l’eau de parfum N°5 qui d’après moi était un sacré ratage, un lifting totalement raté. Ensuite, il y a eu les flankers inutiles : une eau de toilette concentrée pour Monsieur, un Egoïste Platinum d’autant plus ridicule qu’on ne massacre pas un nom aussi génialement trouvé que celui-là. Il y eu le cas Allure et ses multiples incarnations toutes d’après moi plus dispensables les unes que les autres. Bien faites, mais j’attendais plus de Chanel qu’un simple bien. Un parfum Chanel, pour moi, c’était autre chose, une affirmation catégorique, de mauvaise foi même, pas juste une odeur agréable qui dit je suis propre, je sens bon… Coco Mademoiselle : LE flanker minable qui défigurait la seule vraie réussite de Polge chez Chanel et qui en plus lançait l’une des plus infâmes modes du XXIème siècle : les néo-chypres. Les exclusifs : un vrai scandale : Les classiques déjà existants vendu plus cher sans raison et des nouveautés bien faites inaccessibles pour beaucoup alors que la moindre parfumerie de province est encombrée de flankers à la pelle. (Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à suivre l’état des déclinaisons de la version masculine d’Allure) Bleu : le parfum aux jolies matières pour un résultat au-delà du déjà-vu: THE parfum générique par excellence, l’absence totale de signature… Et maintenant, le N°19 Poudré. L’erreur de trop. Une révision du N°19 à pleurer puisqu’on en retire tout ce qui en fait l’intérêt, certes, c’est plus facile à porter, avec une absence complète de sillage et même pas l’argument parfum de peau puisqu’il n’y a pas la moindre tenue.

Et là, je me demande s’il ne faut pas rompre définitivement et se tourner vers d’autres cieux, implorer d’autres divinités. En même temps, je n’ai pas envie de tomber dans le travers du tout à la niche, je crois encore aux jolies surprises de la grande diffusion. Après tout, Prada, sans prétendre innover complètement a réussi à faire de jolis parfums, de bonne qualité, terriblement élégant, avec une vraie personnalité même si elle ne prétend pas à une originalité qui ne correspondrait pas au personnage néo-classique de la Pradette. Il y a aussi Mugler par exemple qui innove avec qualité. Léger détail mais qui a son importance, j’ai beau trouver bien fait et réussi tous les lancements de Mugler, il n’y en a aucun que j’aime et que je juge portable.

Et puis bon, il y a Lutens. Je n’aime pas tout, loin de là, moi qui boude l’Orient et ne supporte l’alimentaire. Mais Bas de Soie et l’un des plus beau dérivé du N°19. Quelques floraux sont magnifiques, les boisés sublimes et il y a Iris Silver Mist, l’iris en majesté, celui qui mérite qu’on se mette à genoux, celui dont on ne devrait prononcer le nom sans se signer…

Et Goutal. Goutal dont j’aime à peu près tout le catalogue. Goutal et sa version bouleversante du N°19 : l’Heure Exquise. Goutal qui fait des parfums avec un vrai caractère, tellement qu’on identifie un soliflore signé Goutal parmi ses semblables. Goutal qui souffre d’un léger handicap : pas un seul parfum vraiment bitchy… Des tubéreuses passionnées, une Petite Chérie qui est un peu peste, mais pas de garce attitude. Peut-être bien mon parfum chéri, mais je ne l’aime guère celui-là. Comme me l’a fait remarquer très intelligemment Mr Phoebus, il y a le Néroli qui est assez crissant, à la limite du cassant qui peut faire office de. Le coté fruité juteux-craquant est presqu’acide. La faute au petit grain qui lance le parfum de façon presque verte ? Mais voilà bien la plus fraîche des fleurs d’oranger dont la tenue se révèle étonnante pour un parfum aussi frais. (Il remplace très bien Cristalle de Chanel par exemple, bien qu’il soit assez diffèrent…)
Bien sûr, il n’y a pas vraiment d’abstraction chez Annick Goutal, on est dans le figuratif, le poétique. La maison aurait presque l’air nunuche et mièvre pourtant, elle possède derrière ses comptoirs girly, un peu trop Marie-Antoinette, des petits bijoux intenses, même lorsqu’ils sont sans ombres. C’est peut-être logique qu’il n’y ai pas de parfum spécial garce frigide attitude. Mais en même temps, décréter que la vie est belle, poétique, ça n’a rien d’effrayant.

Voilà, j’ai un peu l’impression d’être un apostat. En même temps, on ne peut dire non plus que je vende mon âme au diable. (Bien que Lutens sente parfois le souffre !) En fait pour l’instant, j’ai des réserves à terminer, alors, c’est assez facile de dire « Moi, Chanel, plus jamais… » Mais quand ma dernière goutte de N°5 sera partie ? Quand il n’y aura plus de bois des Îles ? Plus de 19 ? 

Illustrations: mes propres flacons à moi.

mardi 9 août 2011

Jasmin girly

Le jasmin est abondamment traité, véritable reine parmi les fleurs blanches, associé aux plus grands succès, N°5 en tête. Capiteux, animal, il est souvent lissé, adouci pour devenir une simple fleur capiteuse, mais élégante. Lutens avec à la Nuit à choisi d’en exacerber l’animalité pour en faire un charmant petit fauve en rut, l’un des plus beaux jasmins selon moi.

Lorsque la maison Goutal a sorti un jasmin, elle l’a fait à sa façon en le pliant à son esthétique particulière : Le Jasmin est terriblement jeune fille BCBG. Comme nombre de créations florales de la maison, ce parfum est propre, léger et doté d’une note fruitée, mi croquante, mi juteuse, qui évoque un peu le cocktail de jus de fruit, le cheveu fraîchement lavé, tout un univers d'ingénues ou le liberty tient une place importante…  Goutal s’impose en successeur naturel de l’Anaïs-Anaïs de Cacharel dans le cœur des débutantes en beaucoup plus qualitatif. Le Jasmin, si propre, si net, si délicieux peut passer pour mièvre, comme beaucoup de créations Goutal du même genre, il peut énerver parce qu’il a trouvé son public, un public qui peut se révéler bien agaçant… Pourtant, bien porté, il est irrésistible et terriblement flatteur, débarrassé des aspects « Couture », Il réveille la fleur blanche, lui ôte ses cotés dame (dadame ?), vieillots, et convenu. Un parfum qui donne un petit coup de jeune tout en restant classique, je dis bravo. Il faut le tester en mode pin up, son coté innocent-fruité mêlé au coté sensuel de la fleur fera des ravages!

Alberto Vargas
Sortir un jasmin alors qu’il y en a tant, c’est un peu banal, à la fois facile et perdu dans la masse. Goutal a réussi l’exploit de sortir un soliflore au jasmin qui est terriblement signé : à l’aveugle, on reconnaît la signature maison. Rien que ça, ça donne envie d’applaudir ! Indispensable pour les amoureux du jasmin, à tester par ceux qui ne l’aiment pas plus que ça.

Le Jasmin, Camille Goutal et Isabelle Doyen pour Camille Goutal, 2004