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mercredi 23 novembre 2011

Proust par Isabelle Doyen

Lu le premier tome à dix-huit ans -révélation- pas l'histoire de la madeleine la plus renversante, mais ces instants d'éternité qui surgissent tout à coup au creux de Ces phrases sans fin. Et ensuite toute la série; à perdre haleine, lue sur une plage, un été, à Martha'sVineyard. Proust, c'est aussi le premier contact intellectuel avec des matières mythiques: dès les premières pages, il est question de vétiver, puis à nouveau dans Le coté de Guermantes et "la petite pièce sentant l'iris" des plaisirs et des jours. J'était très intriguée.


dans Elisabeth de Feydaud, Les parfums, histoire, anthologie, dictionnaire, collection Bouquins, robert Laffont, 2011, page 462

lundi 25 juillet 2011

Sagan en croisière…

Avec la Femme Fardée, Sagan nous fait un peu sa version de la croisière s’amuse: dans ce pave (choses rare avec Sagan les gros volumes) tout le petit monde de Sagan s’embarque dans une croisière musicale grand luxe autour de la Méditerranée. A bord du Narcissus, des mondains, hommes d’affaires, parasites, gigolos, actrices arrivistes, musiciens de génie et divas inspirée, escrocs etc… en couple ou non. A l’arrivée, forcément, la distribution des couples aura un peu changé. Un gros volume et un traitement un peu diffèrent : ici, on s’intéresse à plusieurs personnages, plusieurs histoires. On est dans le roman choral et pas dans le duo ou le monologue.


Cassandre

Le ton est celui de la comédie légère, du roman de vacances pour commencer. On picole gentiment, un peu trop certes, mais Sagan est indulgente à l’alcool, on se moque un peu de la vulgarité des actrices à prétentions, due la naïveté de l’apprenti gigolo, de la cruauté maigre de la vieille mondaine qui règne sur son petit monde d’écervelés…  La femme fardée, c’est Clarisse, l’alcoolique, la belle héritière, la femme clown qui se cache derrière son maquillage, la jeune femme ridicule et fragile mariée au bel Eric qui la tyrannise en homme de gauche qui veut définitivement briser la bourgeoise. Quand on parle de Clarisse, Sagan montre la faille sous la légèreté, délicatement, poliment. Parce que ça ne se fait pas d’exhiber ses plaies en grand et de hurler « voyez comme je souffre ! » et peu à peu, les personnages se dévoilent, se révèlent attachants, humains, souffrant et angoissant.

Peu à peu, les intrigues se nouent, les gens se dévoilent, se rencontrent. Et je parle de rencontre au sen fort du terme en laissant de coté une idée d’eux même, des masques de pudeur, tout en restant saganesques. Comme toujours, le non-dit, le non-écrit, son très important chez Sagan, faisan appel à la sensibilité du lecteur plutôt que de lui mettre les points sur les I. On va au drame. On sent dès le début que des choses vont se passer, que certains seront sauvés et que d’autres ne s’en sortiront pas. On espère, on voudrait.

J’ai adoré relire ce roman. Je me suis attaché encore une fois aux personnages. J’ai ris, encore une fois, de leurs travers, de leurs ridicules. J’ai été triste aussi de leurs malheurs. De la bêtise de cette vie qui est la notre. Mais j’ai eu de l’espoir parce qu’il y a des moments de bonheurs aussi, de fort beaux moments, presqu’incongrus, un peu niais, terriblement « roman rose » mais il faut prendre le bonheur ou il est.

Encore une fois, Sagan cite Proust, parle de lui. Ça, évidemment, ça m’a beaucoup plu d'autant qu'elle s’empare aussi de certaines scènes de la Recherche et en propose sa propre version, son propre pastiche lors de moments de pure comédie assez jouissifs quand on s’aperçoit de la chose. Ce n'est pas la première fois que Sagan fait cela, mais, ici, c'est assez flagrant. Et c’est là que je me rends compte qu’avoir lu de bons écrivains aide à lire de bons écrivains, que lire est une drogue et qu’on en veut toujours plus.

Un bon Sagan, peut-être un peu facile, disons que ce n'est pas un des meilleurs, des plus profonds, probablement. Mais il reste idéal pour emporter avec soi en vacances parce que ça reste un sacré bon moment.

La femme Fardée, Françoise Sagan, 1981.
(disponible au Livre de Poche)

samedi 16 juillet 2011

Pas ce soir! (ou "je ne baise pas, j'ai mis de l'iris!")


A l'heure ou triomphe ce que l'une de nos internautes préférées appelle la "putasserie putassière", ou le moindre communiqué de presse fait forcément appel à des mots comme "révéler la sensualité" et autre niaiseries du même acabit qui semble limiter notre univers à l'exploration de la sexualité, j'ai envie de protester! Ce n'est pas une crise de puritanisme, non, pas du tout! Je n'ai rien contre le sexe, je ne suis pas hostile à la sensualité. Simplement, mon univers personnel ne se résume pas à cela et je suis un peu plus complexe que l'imagerie traditionnelle qui ne va pas au-delà du simple "je veux plaire" dans l'espoir de consommer. Et que ça me rapporte le jack pot dans certains cas. (Dernières campagnes Paco Rabanne qui touche vraiment le fond en terme de racolage, en plus de faire des parfums médiocre dans d'ignobles flacons.) Oui, dans ma vie, il y a de l'art, des idées, des convictions, etc... Et pour protester, je me repenche sur la famille la moins en chaleur de toute: celle de l'iris, fleur complexe, qui peut être toute douceur et sensualité, mais pas que... (Et que je ne prise guère dans les versions guerlinisées, en fait.)

"J'ai raison!"
Le N°19, c'est un peu le parfum originel du genre. Certes, il y en eu d'autres mais disparus ou méconnus, alors que celui-là est toujours présent. C'est le plus Mademoiselle des parfum Chanel, celui d'une vieille fille redevenue vierge qui aimait à discuter pendant des heures et ne souffrait pas de ne pas avoir le dernier mot. Il tire sa salve de galbanum et vous descend en flèche, impose son iris soyeux sans vous en laisser placer une et se réchauffe doucement. Autoritaire, chicaneur, il a pourtant un bon fond, c'est juste qu'il a toujours raison, toujours le dernier mot! Pensez à Katharine Hepburn face à Spencer Tracy dans Adam's rib. (Madame porte la culotte dans sa version française...) D'ailleurs, quand on a voulu monter la vie de Coco Chanel à Broadway, c'est à Hepburn que le rôle fut confié...
Le N°19 n'a rien contre la bagatelle, c'est juste qu'il passe beaucoup plus de temps à défendre ses opinions! N'hésitez pas à l'affronter de face, c'est comme ça qu'il vous respectera; Sans ça, il vous méprisera impitoyablement et vous n'arriverez à rien.

Dialogue intérieur ou "je t'ignore"
Iris Silver Mist de Serge Lutens est l'iris en majesté, celui qui se suffit à lui-même. Sa superbe vous ignore, sa complexité propre lui suffit, il explore sa richesse intérieur avec orgueil sans voir le reste du monde. Celui-là, c'est Elizabeth (incarnée par Cate Blanchett), indomptable dans sa blanche Albion, laissant l'univers se déchirer mais décidant pour elle-seule, réunissant tout le pouvoir dans ses blanche main, refusant le roi d'Espagne, regardant couler son Invincible Armada, laissant le pape trépigner...
Elle sait, nourrie de l'adoration de ses sujets, royale, unique, glorieuse dans son splendide isolement. Seule, si seule, mais si belle.
Porter Iris Silver Mist, c'est être soi-même, pêcher par orgueil. N'espérez rien de lui, adorez-le à genoux et il vous emmènera peut-être dans son voyage intérieur profondément nostalgique.

"Si vous aimez souffrir, vous allez être servis!"
Bas de soie, toujours Serge Lutens, est à la limite du sadisme. Si vous aimez vous prendre pour la cabotine Bette Davis, vous allez adorer. Comme elle, Bas de Soie gifle, à coup de galbanum, comme elle, il serre les lèvres avec la jacinthe, comme elle, son iris soyeux, même dans ses pires moments est d'une très grande classe! Voila un parfum qui adore distiller son venin, sait vous assassiner en trois phrase mais prendra plaisir à vous en asséner 15, histoire que vous ne vous releviez jamais, tout comme Bette!  Mais comme elle dans Little Foxes (la Vipère), il sait aussi se taire, rester silencieux, raide, incroyablement froid et dur, pour vous regarder vous débattre dans les affres de l'agonie. Attention, il tire sur tout ce qui passe à sa portée, aime contrôler les choses et, pour cela, dissèque, tranche dans le vif.

"Je ne suis pas celle que vous croyez"
Prada avec son Infusion d'Iris a frappé un grand coup: créer un parfum mainstream qualitatif digne des plus exigeantes niches! (Beaucoup de parfums soit-disant rares et exclusifs ne lui arrivent pas à la cheville!) Résultat, un grand parfum accessible partout dans le monde mais hautement qualitatif que ce soit en version originale ou en version homme. Il nous la joue charme discret de la bourgeoisie very hitchcockien. Élégant, racé, aimable mais certain de sa supériorité, il semble ne pas tenir le choc face aux hurleurs et aux vamps ravageuse. Pourtant à l'instar de Grace Kelly, son chic bourgeois, conventionnel et un peu hautain, se révèle troublant et obsédant. On pense l'avoir oublié, mais il revient au moment ou on ne l'attendait plus, alors qu'on s'est déjà lassé des bombasses... Sa perfection, sa retenue, sa façon de ne rien vous laisser espérer, sous ses airs bien comme il faut, sont finalement irrésistibles. Et souvenez-vous d'Hitchcock parlant de ses actrices et disant qu'il aimait "les dames, les vraies, celle qui se transforment en putains une fois passée la porte de la chambre à coucher..."
Méfiez-vous donc de son badinage mondain, de son apparente simplicité: il cache une vraie complexité sous son apparence lisse. Pensez Marnie la voleuse et ses refoulements, Vertigo et ses jeux sur l'identité, ou Grace Kelly aventureuse dans to catch a thief

Immaculé
S'il en est un qui est innocent, c'est bien l'Hiris d'Hermès: vierge de toute faute, il est l'iris d'avant la chute, une nymphe sortie du bois, vue et sans pudeur, parce qu'elle ignore le vice. Tout y est, la tige et la fleur pour un effet de nature terriblement aimable. L'homme ne l'a pas pervertie et elle vous contemple avec de grand yeux de biches effarouchée, sans comprendre le vice. Diane la protège. C'est Lilian Gish, l'une des premières superstars du cinéma, tout droit sortie d'un tableau préraphaélite qui régna sur le muet en éternelle vierge de conte de fée.

Tendresse
L'iris selon Goutal, l'Heure Exquise, si bien nommé est infiniment gracieux: son départ de galbanum est joliment vert, comme un jardin proustien, son bouquet complexe se fait léger et transparent, une rose jolie, bien élevée, rosissante, et l'iris est particulièrement soyeux, avec un soupçon de poudre, pas le maquillage des cocotte, non, la voilette des femmes pudique qui voilent leurs émotions à fleur de peau. Celui-là est complexe et sublimé: élégant, tout en tendresse, et maternel. Une maternité qui ne va pas sans douceur et sans une forme de sensualité, celle des caresses à l'enfant, des caresses au père. Complexe et romantique, il est sentiment par excellence, avec ce que cela peut comporter de force et d'intensité, avec un bon goût imparable et de l'esprit en prime. Penser à Norma Shearer dans Women de Cukor: fidèle, aimante, prête à se sacrifier, bonne au point qu'on pourrait la croire naïve mais sachant sortir ses griffes peinte de Jungle Red quand il le faut. Encore une fois, les Vamps n'ont qu'à bien se tenir, car il leur en coûtera toujours de se mesurer à l'iris!


lundi 18 avril 2011

villégiatures

Les beaux jours sont là et soudain les invitations pleuvent. Quelques jours à la mer, un week end à la campagne, un barbecue... Et j'avoue que ce n'est pas vraiment mon truc. Je déteste m'entasser dans une maison trop petite pour le nombre d'invités, ne pas avoir de place dans la salle de bain pour poser mes deux sérums et mes trois crèmes, je déteste manger en plein soleil en risquant la ride et l'insolation, entouré d'insecte qui convoitent mon assiette ou mon sang, je déteste être enfumé et me voir servir de la la viande trop cuite à l'extérieur et un peu crue à l'intérieur. Je déteste. OK, je ne suis pas sympathique et passablement ingrat. Mais déjà, je n'ai rien à me mettre pour l'occasion. Surtout pour la campagne, comme j'adore la marinière signée Agnès B ou Saint-James, je peux difficilement prétendre que je n'ai rien à porter pour le bord de mer. La marinière est très jolie à la ville mais tout à fait déplacée à la campagne non? En réalité, c'est surtout moi qui suis déplacé à la campagne. J'aime mon confort et je ne vois pas pourquoi subitement des gens parfaitement sensés par ailleurs renonce aux joies d'une jolie salle à manger et d'un ravissant service en porcelaine au profit de bric et de broc dans le fond de leur jardin. Je en vois pas pourquoi des gens doté d'un goût exquis et d'une très jolie chambre à coucher veulent soudain aller s'entasser sur des paillasse ou il est impossible de dormir correctement avant 4 heures du matin, l'heure ou le coq chante et ou on conduit les vaches au pré. (Je vous jure, j'ai donné, ça existe vraiment, ce n'est pas qu'un lieu commun de la littérature à destination des citadins.) Évidemment, je ne suis pas masochiste, il y a le bonheur d'être avec ceux que j'aime.  Sinon, je ne bouge pas de chez moi. Le plaisir d'être avec eux. De rire avec eux.

On se reportera à Proust pour la description de l'hostilité patente des chambres qui ne sont pas encore les nôtres: De la place, il n'y en avait pas pour moi dans ma chambre de Balbec (mienne de nom seulement) Dans à l'ombre des jeunes filles en fleur au  début de la deuxième partie. Chanel avouait aimer les paravents pour pouvoir recréer son univers partout. C'était "sa tente de nomade" qui l'a suivie toute sa vie. Personnellement, j'ai aussi besoin de recréer mon univers un peu partout ou je me trouve et pour ça je dépose mes livres, celui en cours, ceux à venir et parfois, lorsque je pars plus que quelques jours, quelques uns de mes préférés: forcément la Recherche. Oui, même sans la lire, sans avoir aucune intention de la lire, juste parce que je peux avoir envie à tous moment de saisir l'un ou l'autre volume pour me replonger dans un passage que j'aime, qui me parle en ce moment bien précis.

Et je prend avec moi mon flacon de N°5 en extrait. ou que j'aille. Comme un talisman, un fétiche. Pour me sentir moi, me sentir chez moi. Même si je prends d'autres parfums plus adaptés aux lieux ou aux circonstances.  Plus légers, plus été, plus campagnes etc. Mais c'est celui-là qui me rassure, mon petit morceaux de civilisation au milieu de la barbarie, mon affirmation de moi-même dans un monde étranger. (et forcément un peu hostile) Peut-être qu'un jour je n'irai plus voir ailleurs et je lui serai fidèle. 

dimanche 27 mars 2011

Jean Santeuil, roman inachevé

Je ne délaisse pas celui dont je ne parle qu'en l'appelant "mon cher Marcel" ce qui devrait probablement me valoir une psychothérapie, mon père, auquel je n'ai plus parlé depuis 15 ans, s'appelant aussi Marcel. Le thême de la famille et des parents étant à ce point important chez Proust, je suppose qu'il doit y avoir un lien inconscient ou quelque chose du genre. Je ne sais pas pourquoi je raconte ça, peut-être juste pour dire à quel point la lecture de Proust est importante dans ma vie, allez savoir...

Toujours est-il qu'il n'y a pas que la Recherche, mais d'autres oeuvres, bien que tout semble un peu tourner autour de cette Recherche-aboutissement. Jean Santeuil, roman inachevé, inabouti, commence à raconter cette histoire de façon précise, construite mais différemment. 

Première différence: Jean, il, au lieu de Je. C'est énorme: on se sent beaucoup plus extérieur et tout a un petit climat d'artificialité alors que dans la Recherche, malgré tous ses développement, je me suis immédiatement plus senti "chez moi". (Formulation un peu malheureuse, mais je n'en trouve d'autre) Il se dégage une impression étrange et je comprends que Proust ai renoncé pour entreprendre autre chose, recommencer, ce n'est effectivement pas la forme qui convient le mieux que ce regard extérieur, comme si l'auteur n'osait encore se livrer entièrement comme il l'a fait par après. C'est quand même un peu dur de donner un avis sur quelque chose d’inachevé, surtout dans le cas de Proust qui n'en finissait pas de corriger, perfectionner, raffiner. 

Autre différence majeure: la rapidité de l'action qui est assez perturbante. Alors que je me suis habitué à la lenteur de la Recherche, ici, les choses vont vite, sans digression, sans analyse. Certains seront peut-être soulagés (mais ne lisez pas Proust si vous aimez les histoires rapidement conclues!), mais c'est véritablement une perte: le roman semble à la limite sec.

Si c'est très plaisant de retrouver les épisodes déjà connus sous un autre jour: le baiser, la petite amie aux Champs... C'est surtout fascinant de découvrir les épisodes qui ne figurent pas dans la Recherche et qui laissent des questions par leur absence: dans le récit si détaillé d'une vie, comment ne pas s'interroger sur le collège, les premières amitiés, les apprentissages? En particulier dans un roman qui est le récit d'une vocation, d'une découverte de soi. Jean Santeuil que j'ai mis du temps à aborder répond en partie à ces questions. Et voila qui rend la chose bien passionnante. Oui, un Proust collégien à travers ses personnages, faisait partie des choses que j'avais envie de connaître.

Pourrais-je le lire en soi, s'il n'y avait cette filiation à la Recherche? Non, probablement pas car tout ça manque un peu de cohérence, le roman n'est qu'une suite de passages ou manquent les transitions, on sait que Proust n'écrivait pas d'une manière linéaire en se racontant son histoire du début à la fin et c'est un peu perturbant. Heureusement que la Recherche est là pour éclairer Jean: l'explication de l'un par l'autre fonctionne dans les deux sens. Mais je suis bien content, après hésitations, des années d'hésitations, d'avoir entrepris cette lecture qui ne me déçoit point.

Jean Santeuil, Marcel Proust.

mardi 1 mars 2011

snobisme...

Au départ, j'aimais Fahrenheit de Dior. J'adorais l'odeur de violette mêlée de vert sur fond boisé. C'était en 1988. Et puis tout le monde s'est mis à le porter et c'était une mode plutôt agréable. Et aujourd'hui encore, je le sens parfois, souvent même: deux fois aujourd'hui, mais je ne l'apprécie plus du tout. Je suis sensible à l'odeur mais il est toujours porté par des gens dont je vais dire "qu'il ne sont pas mon genre." (Pour citer un peu Swann) 

Je suis snob sans doute. Et je me demande... De combien de parfums, de combien de modes, de livres, de disques etc ai-je été détourner parce que leurs "fans" me semblait communs? A quel point suis-je passé à coté de choses qui aurait pu me donner du plaisir pour ne pas être assimilé à certains groupes? Parfois, je me déteste, je me méprise d'être snob. Parfois.

Parfois, je me dis aussi que je serais passé à coté de certaines choses, que je n'aurais pas chercher à les connaître, que je n'aurais pas fait l'effort nécessaire pour les connaître si je n'avais pas été un peu poussé par un certain snobisme. Aurais-je lu Proust, Jean Lorrain et Théophile Gauthier sans une pointe de snobisme au départ? Aurais-je porté Iris Silver Mist et Lipstick Rose? Aurais-je cherché à voir M, le maudit? Toutes choses qui m'ont fait, m'ont poussé dans un sens qui est je crois assez bon. Alors oui, je suis snob et j'assume. De même que j'accepte aussi d'être snobé puisque je m'octroie ce "souverain plaisir de déplaire" cher à Wilde.

mardi 22 février 2011

La fin de la jalousie

Dans cette nouvelle des plaisirs et des jours, Marcel Proust raconte comment un homme entiché d’une maîtresse nouvelle, pensant déjà qu’il va s’en lasser comme il s’est déjà lassé des précédentes, apprend d’un ami qui ignore cette liaison que cette femme si respectable est en réalité légère, facile à avoir. Vous pouvez devinez la suite : le héros ne va plus lâcher sa maîtresse, amoureux, dévoré de jalousie, ce qui pour Proust semble être la même chose, l’accompagnant partout, la soupçonnant toujours. La jalousie ne le lâchera qu’au moment de sa mort.

C’est un peu diffèrent d’un amour de Swann: Swann n’aimant plus Odette, cette femme qui n’est pas son genre, au moment ou elle devient sa femme. Diffèrent aussi de l’amour du narrateur de la Recherche pour Albertine qui est soupçonnée de lesbianisme et qui réussi à s’enfuir, y trouvant la mort. Ici, l'amour semble durer toujours puisque la jalousie est sans fin, que rien ne vient rassurer ou libèrer le héro. Pourtant, c’est exactement le même thème, seuls les motifs et l’ampleur diffèrent. Le masochisme de Proust semble intimement lier l’amour éprouvé pour un être aux souffrances que cet être cause. Mais la forme de la nouvelle est plaisante : tout Proust y est dans une forme plus concise, plus ramassée qui plaira à certains. Une forme concise qui n’exclu pas les nuances, les raffinements psychologiques. Et la langue est là, belle, précise et délicate déjà proustienne.

Pour le plaisir de lire quelques descriptions, il faudra se reporter à d’autres passages de l’ouvrage ou on retrouvera d’autres thèmes présents dans la Recherche. Il ne faudrait pas pour autant penser à une simple œuvre de jeunesse qui ferait office de brouillon ou de répétition : l’ensemble est disparate, mais chaque partie se suffit à elle-même et témoigne de la maturité de l’auteur. Ce serait dommage de passer à coté des Plaisirs et de jours comme je l’ai trop longtemps fait sous prétexte que tout Proust est dans la Recherche.

Marcel Proust, Les plaisir et les Jours. (Disponible en Pléiade suivi de Jean Santeuil.) 

dimanche 20 février 2011

Parlons Sexe

l'incarnation trash
de son époque?
J'étais devant un sex shop, contemplant la vitrine et pensant à Lady Gaga qui semble trouver une grande partie de sa garde-robe dans ce genre de boutique. Je l'avoue d'emblée: j'adore Gaga dont le sens du style me fait invariablement beaucoup rire. Chaque recherche Google image Lady Gaga est un grand moment de bonheur. Et dans un sens, je peux même apprécier qu'elle ose ce que peu d'autres oseraient et que, grâce à elle, certaines tenues de créateurs soient vue ailleurs que dans les défilés et les magasines pointus. Bien que sur la dite Lady, l'effet puisse être radicalement diffèrent. Je contemplais donc des article de lingerie en cuir, sa tenue de base, en me disant que finalement son style descendait assez peu dans la rue et heureusement: une Lady Gaga est amusante, une troupe de clones est une pensée plutôt effrayante et assez déprimante. L'époque n'est donc peut-être pas complètement fichue. En même temps, convenons que la rue n'est pas toujours belle à voir. (d'accord, je suis snob.)

J'ai soudain vu, dans cette vitrine au milieu de choses qui ne me surprenaient pas le moins du monde, une paire de véritables chaussettes de football et j'ai été assez surpris parce que je n'imaginais pas le moins du monde que cet article pouvait être un objet fétichiste hautement érotique et désirable pour certain(e)s. Bon, j'ai lu Sade, je ne sus pas tombé de la dernière pluie et complètement naïf, mais malgré tout, il y a toujours des choses qui me surprennent, ce qui en soi est une bonne nouvelle. Rapidement, j'ai pensé que oui, pourquoi pas, ça ou une tenue de pompier ou etc... Après tout, tout les goûts sont dans la nature et je pense qu'absolument tout peut devenir un objet fétichiste. D'ailleurs,  la passion nippone pour la petite culotte blanche d'écolière...

Et puis, j'ai étendu le raisonnement au parfum ou tout semble tourner autour du sexe, sauf que dans ce monde, évidement, on ne parle pas de sexe, encore moins de cul, non, sauf chez Etat Libre d'Orange, on évoque la séductions et la sensualité; mais en étant un minimum honnête, force est de constater qu'un énorme partie du discours tourne autour de ça dans le mainstream. Dans le fond, on nous parle toujours des mêmes éléments et ingrédients: les éternels musc, civette, ambre etc., l'armada des matières animales et la famille orientale. J'ai soudain, après la vitrine du sex shop, trouvé cela fortement réducteur, totalement conditionné et finalement très loin du réel. Parce que, la sexualité, la sensualité, c'est une expérience personnelle, intime qui n'a rien à voir avec une tradition, une industrie. Et si finalement, chacun réagissait différemment à différentes matières?

Dans mon cas, je trouve même les parfums lourds ou forts, trop musqués, trop ambrés, bien déplaisants lorsqu'on a le nez collé sur une peau bien qu'ils aient l'avantage d'annoncer la couleur et d'envoyer le message "chaud(e) ce soir". Trop de parfum au moment X n'est pas une bonne idée. Et le plus traditionnellement sexy des parfums peut se révéler une catastrophe lorsqu'il fait renaître à l'instant crucial un souvenir ou une association peu souhaitable. Qui a vraiment envie quand il fait l'amour de penser soudainement à son père ou à sa mère?  (Mais là, on est dans le purement aléatoire, je sais)

Joan Collins
Mon cher Marcel Proust associe toujours dans la Recherche l'odeur des lilas à ses premiers émois: la découverte du plaisir solitaire à Combray. Spontanément, ce n'est pas au lilas que j'aurais lié ce genre d'expérience. Spontanément, je n'aurais pas lié le lilas à quoi que ce soit d'érotique. Et voila qui complique bien la tâche tout d'un coup puisque séduire l'autre par un parfum fini par relever du plus pur hasard. Les senteurs qui me plaisent le plus, me semblent le plus érotiques sont assez légères, fraîches, dans la dimension de l'intime. J'aime bien la traditionnelle eau de Cologne, toute simple, qui sent bon la peau propre et les odeurs savonneuses qui sont dans le même esprit. Sur une peau aimée, rien ne me semble plus doux que la fleur d'oranger, si innocente, enfantine. Gros craquage sur le lait pour le corps de Diptyque et la crème pour le corps de Bonpoint parce qu'en fait, un lait ou une crème, c'est encore le meilleur moyen de se parfumer pour une nuit d'amour. Ce qui me plaît, finalement, ce n'est pas le message "en chaleur" mais plutôt l'évocation du moment intime: sortir de la douche etc.

En même temps, je reconnais que ça n'envoie pas exactement un message clairement sexuel. Mais il y a dans certains grands classiques, des élément troublants qui savent se faire sentir en restant à l'arrière plan: parce qu'après tout, l'idée est quand même plus de dire subtilement "intéressé(e)" que se balader avec "baise-moi" écrit au feutre noir sur le front, non? Le N°5 si propre mais avec son jasmin presqu'animal en extrait et ce petit quelque chose de sombre et pas net... Arpège et son décor encore un peu fourrure... Vous voyez le genre? Et j'avoue que si je n'envisage pas de me livrer à la débauche avec accessoires en cuir, c'est LA note qui réussirait à me mettre dans tous mes état. Peau d'Espagne de Santa Maria Novella, Bel Ami ou mieux encore: l'eau d'Hermès et ses notes de Cologne, son bouquet distingué mais discret et son fond de cuir animal hautement érotique. Finalement, il se peut que je sois un fétichiste qui s'ignore. Un Lord Gaga en puissance, pas assumé mais quand même plus distingué que la dite Lady? Et d'ailleurs, le parfum est-il pour certains un fétiche comme un autre, indispensable piment à leurs ébats?

dimanche 9 janvier 2011

Blocage: Albertine disparue

Voila un bout de temps que je n'ai plus parlé de livres et plus particulièrement de Marcel Proust qui reste cependant l'une de mes idées fixes. Pour une raison toute simple qui me fait grandement honte: j'ai recommencé Albertine disparue et je bloque. Rien à faire, cette partie de l'oeuvre me reste fermée et je n'arrive à entrer dedans.

Je me suis un instant dit que c'était parce que je n'avais pas souffert assez, puisque c'est le roman du deuil, de l'absence, mais comme explication, c'est un peu facile et toute la Recherche tournant autour de ce thème devrait restée fermée Mais c'est vraiment cette partie là qui... Je ne vais pas insister et y reviendrai plus tard, dans quelques années, qui sait?  Avec la Prisonnière, c'est ce que j'ai fait et cette partie s'est finalement ouverte à moi par une sorte de magie, un sésame qui me reste un peu inconnu même si j'ai des pistes... Ne pas se livrer trop vite, c'est peut-être une caractéristique des grandes oeuvres? Et savoir qu'il reste toujours quelque chose à découvrir, une partie du plaisir?

Je l'ai lu, relu et ne me la suis toujours pas appropriée. Honte sur moi peut-être, mais c'est comme ça. 

mercredi 1 décembre 2010

Décors proustiens

Curieusement, pour quelqu’un qui s’est tant attaché à décrire des maisons et des vêtements, juste les aspects qui l’intéressaient, certes, nous ne sommes pas dans l’inventaire d’huissier, Proust semble avoir été d’après les témoignages assez indiffèrent à son décor, vivant dans des meubles hérités, vieux et laids, et passablement négligé coté vêtements. D’où certaines remarques dans la correspondance entre mère et fils. Voila qui m’intrigue. Une piste de plus à explorer et une bonne raison de relire l’œuvre. Une de plus.

En même temps, il est clair que je ne fais pas avancer l’étude proustienne : je n’ai aucun talent et absolument pas d’acquis… Mais qu’ai-je fait durant mes études ? À part suivre un cours de littérature comparée absolument traumatisant qui commençait par« le livre est un parallélépipède rectangle… »

Effet premier de mon cher Marcel sur le moral : la déprime assurée face à ma propre médiocrité.

jeudi 25 novembre 2010

Yves, Marcel ... et moi!

D’après sa biographe (Laurence Benaïm) YSL n’a jamais voulu terminer La Recherche parce qu’il avait peur d’être trop triste, il ne voulait pas connaître la fin. Je peux comprendre, mais je me demande comment on peut comprendre Proust sans lire toute la recherche. Moi, je comprends différemment (et mieux, je pense) à chaque relecture et je pense que la fin est vraiment indispensable dans ce qui est un cycle au vrai sens du terme. Oui, la recherche tourne vraiment sur elle-même et invite obligatoirement, inévitablement à une relecture qui est bien plus qu’une deuxième lecture du livre, mais une lecture d’un deuxième livre.

C’est sans fin pour mon plus grand bonheur.

D’autant que le livre change au fur et à mesure que nous changeons.

Ai-je déjà dit ici que j'aimais Proust?

lundi 18 octobre 2010

N°22, Oriane de Guermantes chez Chanel

Difficile d’exister aux yeux du grand public à coté du N°5. Pourtant à coté de cette Verdurin, arriviste, carriériste, orgueilleuse et têtue qui veut son salon, les honneurs de la presse et mener son monde à la baguette, le N°22 ne se débrouille pas si mal en duchesse de Guermantes, gracieusement à contretemps, drapée dans sa magnificence connue des seuls intimes sur lesquels elle règne sans partage. Et en vérité pourquoi se donner la peine de conquérir l’univers quant seul le Monde compte?
Cate Blanchett
Le 22 commence par une blancheur aldéhydée, éblouissante comme un paysage enneigé sous le soleil pâle des premières heures du jours.  Viennent ensuite des fleurs blanches, givrées, roses et tubéreuses qui le réchauffent doucement, enveloppantes comme une pelisse de zibeline.  Puis, intrigué par une odeur d’iris entre crème et poudre, on sort de sa méditation et on l’aperçois enfin, Oriane, scintillante dans les reflets des vitaux de l’église de Cambray, gracieuse, au doux sourire nostalgique et doux, un peu féerique en fait, à sa façon très personnelle de reine des neiges moderne. 
Son destin est peut-être plus secret, il n’en est pas moins exceptionnel: née de la même portée que son aînée, elle fut présentée un an plus tard, resta dans l’ombre, à la fois proche et lointaine, plus pâle, plus raffinée, toujours un peu gothique dans le fond à coté de la belle aventurière faite pour l’or et les triomphes; ça n’a pas empêché  les poètes de l’aimer et bien que demoiselle d’avoir eu une postérité nombreuse et pas toujours reconnue. Essayez de la rechercher, de la découvrir et peut-être vous laissera t’elle pénétrer dans son cercle enchanté, vous avez-tout à y gagner.

vendredi 8 octobre 2010

regarder

Une des choses apprise en lisant Proust, c’est regarder. Regarder autour de moi et voir l’univers comme jamais je ne l’avais vu. Avec plus de compassion et de beauté.  On ne le dit pas souvent, mais je pense qu’il y avait une profonde gentillesse chez Marcel Proust et je trouve terriblement injuste cette réputation hâtive et terriblement réductrice la réputation de snob mondain qu’on lui fait.
Les transports en communs sont même devenu un véritable bonheur. L’autre jour, j’ai pu prendre le bus avec Elizabeth Ière et l’empereur Hadrien que je n’imaginais à la vérité pas roux, je le confesse. Les façades se lisent comme un livre et certains éboueurs ont le geste des Sybille de Michel-Ange.
La vie n’est elle pas belle avec Proust? Et je ne parle pas des aubépines…

Le parfum de Maman

Le parfum proustien par excellence, c’est l’Heure Bleue. Mais Guerlain n’a pas le monopole et d’autre se sont lancé dans l’aventure dont Annick Goutal qui ne s’est pas cachée d’une inspiration identique: le passage du jour à la nuit.

Vue du Jardin depuis la maison
de vacances des Proust 
L’histoire racontée par Goutal est radicalement différente pourtant, exactement comme chez Proust les thèmes et le motifs sont multiples et enchevêtrés.  Nous sommes à la campagne, la campagne de citadins qui remplissent leur jardin de fleurs pour y passer les soirée lorsque la chaleur les force à quitter Paris. Il y a d’abord un souffle vert suivi d’une rose opulente mais qui n’écrase pas le reste du bouquet. Ensuite vient l’iris, fleur que j’aime beaucoup, traité d’une façon extrêmement équilibrée: je n’arrive à savoir si je sens l’odeur d’un parterre porté par le vent ou celle de la poudre de riz des dames.  Ce parfum qui s’accroche à maman, c’est celui du baiser du soir: un moment de pur bonheur, de sérénité ou Marcel sent que rien de mal ne peut arriver puisque maman est là, mais un moment qui porte en lui son poison puisqu’il va déboucher sur la séparation. Comme Marcel, on voudrait le retenir, s’accrocher, le faire durer tout en sachant que ce n’est pas possible, que des pleurs gâcheraient tout, y mettrait peut-être fin à jamais.

L’heure exquise ressemble beaucoup au N°19 dans sa structure mais que le résultat est diffèrent! Romantique et incroyablement flatteur comme seuls les Guerlains savent l’être mais dépourvu de ce fond de sensualité de la cocotte Odette, je n‘ai jamais réussi à savoir s‘il fallait vraiment le porter ou l‘enfermer pour le respirer en un moment privilégié juste pour nous deux.

Et pour l‘anecdote, je n‘ai pas de chance, lorsque j‘était enfant, ma maman ne se parfumait pas. C’est peut-être un bien puisque je peux lui associer l’heure exquise. Mon Dieu, quand je pense à certaines horreurs que des enfants vont associer à leurs mères, je frémis!


L’heure exquise, Annick Goutal, 1984

mercredi 29 septembre 2010

Apollon au bain: Prada infuse l'homme

Miuccia Prada a réussi a faire un succès d’une mode basée sur un paradoxe: luxueusement bourgeoise et intellectuelle de gauche. C’est fin et subtil, loin du tapage, du battage, du racolage. J’aime beaucoup mais ce n’est pas exactement mon style. Comment dire? Il semble que Prada implique des cheveux lissé et impeccables alors que les miens sont constamment ondulé et décoiffé. Vous voyez ce que je veux dire? Donc, j’ai un peu traîné avant de découvrir les parfum de la griffe et je m’en veux d’avoir perdu du temps!


L’Infusion d’homme porte un nom un peu étrange et déconcertant: testostérone en sachet façon Lipton ou eau du bain dans lequel un homme a fait trempette? La deuxième impression est plus juste puisque l’Infusion en question, directement dérivée du féminin Iris, évoque le propre, le sortir de la douche, le coton blanc etc.

L’ouverture est très Cologne , presque acide: citron, mandarine et un néroli qui fini par de faire reconnaître avant que ne vienne en scène l’iris d’abord vert et frais, ensuite, de plus en plus blanc et savonneux, à peine poudré avec en fond, quelque chose de plus sombre, un peu boisé, fumé baumé… L’étiquette annonce encens, vétiver et benjoin. Tout ça casse un peu le coté propre et si cela reste discret, c’est pourtant bien affirmé! Ce serait naïf de penser que ce parfum est juste une impression de propre, socialement acceptable, il va quand même, quoique discrètement, un peu plus loin que son odeur de salle de bain très luxueuse. Il est moderne et pas du tout vieillot alors qu’il fait référence a des choses déjà connues, Rive Gauche, White Linen ou, et cette allusion me touche particulièrement, une fraction du N°5, ce moment propre et savonneux de l’extrait et son petit fond malgré tout un peu sale. Il est aussi selon mon goût un iris pour homme beaucoup plus réussi que le Dior Homme; tout ouverture celui-là, et  a assez peu de rivaux dans son genre: son pendant féminin, et l’incomparable Iris Silver Mist de Lutens beaucoup plus froid, et beaucoup moins facile à porter, il déplaît beaucoup car trop poudré. Les fans du genre passeront volontiers de l’un à l’autre.

Si c’était un personnage de Proust, ce serait Albertine dans les jeunes filles en fleurs. Un visage entrevu, une identité dont on est d’abord incertain, mais qui sait se faire obsédante, refuse de se faire oublier. Pour ce qui est du sillage et de la tenue, le parfum de Prada pourrait vous surprendre: on le redécouvre à l’improviste, alors qu’on le pensait évanoui, une bouffée subite, un compliment inattendu, une trace nette sur les vêtements, oui, il s’accroche bien, alors qu’on croyait l’avoir oublié! D’Albertine, il a le coté enjoué et facile de la vie de bord de mer, l’élégance facile et sportive, très blanche, de la jeune fille en bicyclette conseillée par Elstir. Il a ce même coté mouvant et insaisissable que la petite bande, qui va et vient. D’Albertine, il a aussi par ses évocations de peau nue et humide, une espèce de sensualité moi tapageuse que des notes animalisées mais qui parle à l’imagination et lui laisse faire le plus gros du travail. Qu’il suffise qu’on vous ai dit qu’Apollon a pris sa douche, à vous de recomposer le tableau.

 Infusion d’homme, Daniela Roche Andrier pour Prada, 2008

mardi 14 septembre 2010

Vitesse

Tout va vite. Beaucoup trop à mon goût. Il faut travailler plus vite, rouler plus vite (sur la bande de gauche, c'est encore mieux), consommer plus vite, faire plus de choses...
Même lire doit aller vite. On me dit parfois à propos de mon cher Marcel que c'est trop long, que les phrases sont trop longues, le rythme trop lent et que ce n'est vraiment pas possible de le lire. Mais ou est le plaisir de lire un livre si c'est pour penser qu'il est urgent qu'il soit vite fini avant d'avoir été commencé? Moi, j'aime les gros livres, ceux avec lesquels on peut rester longtemps.
Et les parfums? Pareil: on doit tout sentir tout de suite, plus question d'évolution lente. C'est affreusement réducteur. En plus, pour être compréhensible, vite, il vaut mieux ressembler à quelque chose de connu, après tout, l'égérie fera la différence. Et tant qu'à râler, voila encore un mot qui m'énerve: Égérie était une nymphe conseillère du roi Numa, pas un panneau publicitaire. J'imagine Jacques Polge pleurnicher dans son bureau et appeler le petit Gaspard pour avoir de bons conseils... En même temps, voila peut-être qui expliquerait la médiocrité de Bleu.
Rock Hudson
Heureusement, on peut encore s’arrêter au borde de la route et regarder le paysage. Un monument comme Shalimar par exemple, qui vaut le coup d'oeil, qui mérite qu'on prenne son temps, même si par rapport aux premières versions que j'ai senties, il me semble que le départ très bergamote ai été fortement diminué...

samedi 21 août 2010

L’amour chez Proust…

C’est quelque chose de maladif et de douloureux. Un « mauvais sort, comme dans les contes » une terrible maladie de la jalousie et de la possessivité. Mais le roman d’Albertine, celui d’Odette, restent à écrire. Parce que c’est un drame d’être aimé d’un jaloux et de l’aimer aussi et que je pense qu‘elles ont aimés aussi.  C’est facile de dire qu’elle sont frivoles, menteuses et trompeuses mais quels autres choix ont-elles pour échapper à cette sensation de contrôle absolu que l’autre prend sur leur vie sans même accorder une attention à leurs désirs, sans leur donner la moindre chance de s’épanouir? Après tout, Madame Swann, rassurée et moins aimée est devenue une bonne épouse…

Peut-être que je rationalise et que je leur trouve des excuses faciles à toutes deux. Je ne sais pas. J’hésite. Mais je me dis quand même qu’être face à ça en étant de surcroit femme dans une époque pareille…

Proust, Flaubert et la vie en société...

Il y a des choses qui doivent être justifiées sans arrêt.  Lire Proust en fait partie. Dans certains cercles, cela vaut peut-être un peu de considération, mais en général surtout auprès de gens qui ne l’ont pas lu, cela vaut brevet de snobisme et déclenche agressivité envers cet auteur qui « écrit pour faire long, qui est confus et interminable etc. » J’ai encore affronté ce genre de discours hier, Proust étant comparé à Flaubert qui écrit si bien, qui fait court, va au cœur du sujet et bla bla bla. Les deux étant présentés comme inconciliables. Il se trouve que bien que je sois victime de l’obsession proustienne, j’aime aussi Flaubert dont j’ai lu tous les grands romans et dont le dictionnaire des idées reçues m’a beaucoup fait rire.
Comparer les deux me semble injuste et inutile puisqu’ils ont chacun des buts si différents. J’aurais pu retourner l’argument en parlant de la platitude de Flaubert et de son manque d’ambition (narrer un fait divers sordide, c’est un chef d’œuvre?) face à la grandeur de Proust qui embrasse la quasi-totalité d’une expérience humaine et qui vise au système esthétique et philosophique total etc… mais franchement, cela m’aurait semblé aussi ridicule comme défense que ne l’était l’attaque. J’ai donc pris sur moi et simplement dit qu’on ne pouvais comparer  puisqu’il avaient des visées différente et que les deux n’étaient inconciliables.

Parfois, les gens m’ennuient profondément. 

mardi 17 août 2010

Reflets

Nuit d’insomnie, voila qui est très proustien. Hélas, il ne suffit pas de mal dormir pour avoir du talent. Comme j’avais froid, je me suis couvert de loque. Autre élément proustien: les insomniaques sont frileux et se couvrent; détail qui explique l’allure de Marcel qui n’était définitivement pas un élégant.
J’ai revêtu un pull et me suis enrôlé dans un plaid serré sous les bras et retenu par une ceinture ce qui devait être ridicule mais dans le lointain, par un jeu de miroirs, à la faveur de l’obscurité, la silhouette que j’ai aperçu semblait échappée d’un  autre lieu et d’un autre temps, on aurait dit que je portais une tenue traditionnelle asiatique. (Corée?) Et c’est là que les choses deviennent proustienne, parce que cette silhouette, cette allure, je les ai aimées et je n’hésiterai sans doute pas à les recréer à l’occasion parce qu’elle font référence à une beauté qui n’est pas la leur mais les nimbe de son halo à mes yeux. Autant pour la mode qui en ce moment ne m’inspire plus trop. Pourtant, ça ne manque pas les références dans cette époque postmoderne. Mais justement, ce n’est ni fortuit, ni subtil, juste un copié-collé assez triste.  

lundi 26 juillet 2010

l'allure, la jalousie. certaines choses changent, d'autres pas....

En ce moment, l’allure, c’est plutôt échevelé en bleu de travail avec sillage de Numéro 5, en version Eau Première, légère et transparente pour l’été. Mais j’avoue que pour l’automne, je tromperais bien Chanel avec un Lauder ou l’autre… Mais en attendant, je reste vraiment fixé sur La Recherche. Affolant. À croire que je ne lirai rien d’autre. Maintenant relecture de Sodome. Après Combray et Autour de Mme Swann. Des interruptions, bien sûr, pour des polars parce que c’est plus facile sous le soleil, mais… je me demande si c’est maladif, si ça se soigne.

Après avoir compati avec Albertine, j’ai plains Odette. La jalousie de l’autre est terrible, elle pousse au crime, au vice et au mensonge. Cette surveillance, cette volonté de contrôle, c’est affreux. On sent que notre vie nous échappe, on étouffe. On se roulerait dans la fange avec le premier venu, juste pour désobéir et se prouver qu’on existe encore un peu, qu’on peu encore faire des choses par soi-même.