Affichage des articles dont le libellé est encens. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est encens. Afficher tous les articles

lundi 25 juin 2012

de l’église au cimetière


Encens et Lavande fut un énorme coup de cœur, la seule lavande que j'ai jamais portée avec plaisir. Le parfum me plongeait immédiatement dans une église ou je contemplais les volutes bleutée de la fumée d'encens qui tournoyait dans la lumière des vitraux, rafraichie par l'odeur des champs de lavande tout proches qui entrait par la porte ouverte derrière moi. Moment de contemplation, de solitude, de prière et de dialogue intérieur. J'aimais ce parfum qui pour certains évoquait un peu trop les messes de leur enfance. Je me lovais dedans comme dans un plaid, douillet, à l'abri du monde.

Aujourd'hui, les choses ont bien changé. Encens et Lavande évoque pour commencer un salon de barbier, provincial, désuet, plutôt cheap. L'encens est une discrète et froide note au départ, presqu'imperceptible, qui monte peu à peu, se réchauffe, finissant par évoquer le souvenir du parfum que je connus jadis. Mon curé chez le barbier, ça fait nettement moins rêver. Un parfum à envoyer au cimetière.

Encens et Lavande, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salons du Palais Royal, 1996

mercredi 8 février 2012

niche High Church

La parfumerie de niche semble n’être qu’un nouveau mainstream, multipliant  marques, points de ventes et sorties à une vitesse prodigieuse. La seule différence réside dans la qualité ou  l’originalité des jus, parfois les deux en même temps dans le meilleur des cas… Seule différence, le marketing qui s’appuie sur les forums, les blogs et les réseaux sociaux en distillant informations, confidences et petites indiscrétions aux initiés que l’on tient en haleine. Frédéric Malle lance son prochain jus comme Lady Gaga lance ses chansons, avec juste un peu de prétention en plus puisque la niche se veut élitiste. C’est bien malheureux d’autant que cette gamme en particulier est l’une des plus belles du marché et qu’elle se passerait fort bien de ce genre de racolage un peu cheap.

Difficile dans ces conditions de se faire remarquer, d’attirer l’attention, de se distinguer. Parmi les marques discrètes, il en est une qui m’intéresse de plus en plus : James Heeley. À priori, rien de révolutionnaire : des formes classiques de type bouquet floral, cologne, etc., ou des standard de la niche comme la monomatière joliment sertie, mais en y prêtant attention, on y trouve une belle qualité et un petit quelque chose de diffèrent qui rend ces parfums vraiment attachants et intéressants, bien plus que je ne l’aurais cru au premier sniff. Celui qui m’a le plus attiré, c’était Cardinal : un encens, un encens-église, une des figures clefs de la niche, qui n’appartient qu’à elle mais qui est déjà représentée par quelque classiques très réussi. La référence, c’est Avignon (Comme des Garçons), église froide et humide, Messe de Minuit (Etro) qui évoque Noël en ajoutant épice et fruits confits, Encens et Lavande (Lutens) qui ouvre les portes de la chapelle sur les champs de lavande, Encens Flamboyant (Goutal) qui nous fait visiter une petite église après une ballade dans une foret de pin en hiver… Difficile de venir s’ajouter et d’avoir quelque chose à dire, difficile de séduire.

Cardinal place ses volutes bleutée dans le cadre d’un oratoire privé et douillet, tout est patiné, assourdis, de riches tentures et dans le confort coussins moelleux. Il se développe et s’adoucit tout au long du jour, se veloute et vous entoure de son cocon de douceur luxueuse. C’est mystique, mais sans mortification, particulièrement agréable et confortable. La séduction du parfum s’impose d’emblée, avec un seul échantillon entamé, j’y ai converti deux personnes de mon entourage pourtant assez insensible aux parfums et particulièrement ignorante du phénomène niche en parfumerie. Oui, ce parfum a un petit quelque chose qui le rend diffèrent des autres encens, qui le rend indispensable, d’autant que toute la ligne Heeley associe belles matières, tenue et sillage sans reproche. Pour moi, il a surpassé cette référence qu’est pourtant Avignon qui à ses côtés parait subitement un peu trop dur, métallique disent certains, dans sa belle austérité religieuse. Je suis assurément plus High Church qu’ascète cistercien.

Cardinal, James Heeley, 2006