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jeudi 16 juin 2011

Jin Ping Mei: le chat part et les souris...

Ximen Qing dans un banquet avec des camarades a rencontré Cannelle, la nièce de sa seconde épouse, Charmante. Cannelle est jeune, "danseuse" et… sa vertu est à vendreau plus offrant. Ximen, séduit, la raccompagne chez sa mère pour lui prendre son pucelage et s’installe quelques semaines pour lutiner à loisir "l’innocente" créature. Pensez comme ses dames délaissées à la maison sont contentes: récriminations, frustrations et exaspérations sont leur lot. Lotus d’Or est tout particulièrement enragée et comble son manque d’homme en compagnie de Luth le petit jardinier : échanges de regards pour commencer, bien plus encore pour poursuivre… Mais sa petite domestique Chrysanthème se charge de la dénoncer à d’autres domestiques et les dames s’en mêlent. Tout particulièrement Charmante qui n’apprécie point les mots durs de Lotus d’Or sur sa nièce…

Malgré les avertissements de Dame Lune, l’épouse principale, Charmante s'empresse de parle à Ximen Qing à son retour. Le jardinier est interrogé et battu avant d’être chassé. C’est ensuite le tour de Lotus d’Or nue et fouettée, pour un tableau assez affriolant dans son genre. Les deux complices nient tout bien évidemment. (Toujours nié à moins d’être pris sur le fait !) leurs versions se tiennent. Lotus d’Or sera finalement considérée comme innocent mais en gardera rancœur à Charmante qui recevra elle aussi quelques taloches… L’affaire a rapproché Lotus de Tour de Jade qui n’a point apprécié de perdre son jardinier. Et avec Ximen,  "la nuit venue, au bord de l’oreiller, pour les voluptés du poisson dans l’eau, elle se montra prête à tout les avilissements." Mais cela n’est pas suffisant pour empêcher le maître de maison de déserter à nouveau le logis pour la masure de Cannelle…

Cannelle qui en veut à l’épouse légitime, se refuse à Ximen Qing et lui fait une scène. A force de moquerie et de provocation elle finit par obtenir qu’il humilie Lotus d’Or en lui coupant une mèche de cheveux et en l’apportant à sa maîtresse.  Lotus d’Or cède, de mauvais gré , mais cède. Cependant, à peine Ximen parti elle recourt au sortilège d’un astrologue pour reconquérir son mari. Magies, potions, sortilèges entrent dans le roman…

"Si vous ne savez en fin de compte ce qu’il advint, écouter le chapitre qui vient" et écoutez bien car c’est maintenant que Fiole entre en scène. La deuxième belle dont le nom sert à nommer le roman.

photos: Anna May Wong

vendredi 10 juin 2011

Jin Ping Mei: les cinq épouses de Ximen Qing

Ximen Qing avait donc cinq épouses. La principale, Dame Lune avare de parole et pleine de dignité était sans cesse souffrante et s’occupait donc fort peu de la maison. La seconde épouse, Charmante était une ancienne « chanteuse » des quartiers de plaisir, empâtée depuis sa glorieuse époque de courtisane, s’occupait donc des invitations et de l’argent. La troisième épouse était Tour de Jade qui détourna un instant Ximen de Lotus d’Or, naturellement charmante et récemment arrivée. Belle de Neige Sun était la quatrième, ancienne soubrette, elle dirigeait les domestique, l’intendance et s’occupait de la cuisine. Ensuite venait Lotus d’Or.

Lotus d’Or accaparait le maître. Lotus d’Or excellait aux choses de l’amour, supérieure en cela aux courtisanes. Alors qu’elle jouait de la flûte de jade (traduction en termes moins poétiques : en pleine fellation), elle eu un geste de pudeur et voulu refermer le rideau pour ne point que sa servante la vit. Ximen Qing fut égayé par la chose, trouvant que c’était là beaucoup de manières et expliqua que le voisin usait des servantes et que celles-ci était toujours présentes ou que fut leur maîtresse. Lotus d’Or lui répondit que ce n’était point son genre d’ faire venir d’autres femmes dans son lit et qu’elle ne goûtait point cette sorte de concurrence mais lui dit qu’elle s’en irait promener le lendemain et qu’il n’aurait qu’à lutiner à loisir Fleur de Prunier à cet instant. Ce qui fut fait. De ce moment, Fleur de Lotus s’en fit une alliée et la traita avec égards.

Lotus d’Or n’étant point sotte avait fait sa cour à Dame Lune, lui rendant visite, allant broder à ses coté ; mais l’ambiance à la maison n’était pas bonne et parmi les autres épouses, il s’en montra de jalouses. Et lorsque Fleur de Prunier s’en alla en cuisine chercher le déjeuner du maître, Belle de Neige ne perdit pas l’occasion d’une dispute et ce furent des injures par personnes interposée puisqu’il est toujours plus facile de s’en prendre à la soubrette qu’à la maîtresse. Mal lui en prit : Dame Lune lui donna tort. Ximen Qing averti par ces cris lui donna tort également, et ce à coup de taloche.

Cinq épouse plus des servantes, voila qui est peut-être un peu beaucoup pour la bonne marche d’une maison. D’autant que Monsieur Ximen ne va pas se priver d’aller butiner ailleurs d’autres fleurs. Ce que vous verrez si vous revenez lire la suite du Jin Ping  Mei dans les jours prochains. La tension monte, les passions s’exacerbent et l’appétit sexuel de Ximen Qing semble infini.

Hors des murs, Wu Song s’en prenant à un homme qu’il a pris pour Ximen le roue de coups et le tue. Ximen saisit l’occasion pour se débarrasser du fâcheux et veux le faire condamner à mort. Mais son influence montante n’est pas assez grande et Wu Song, n’ayant voulu que défendre la mémoire se son frère défunt, n’est condamner qu’à l’exil. Et le juge veut entendre les gens à propos de la mort suspecte du premier mari de Lotus d’Or. Ximen Qing pourra t’il surmonter cela ?



mercredi 8 juin 2011

Jin Ping Mei: il s’en passe à Deux Rivières...

Je vais vous faire l’avance rapide car les événements continuent leur chemins assez lentement… ça ne veut pas dire que le livre soit sans intérêt : que du contraire, on a quelques scènes de pure comédie (disputes familiales avec noms d’oiseaux qui volent), quelques commentaires vachards sur les prêtres, quasiment tous débauchés et pervers

L’avancée de l’intrigue ? Loin de se contenter de  Lotus d’Or, Ximen Qing l’oublie un peu car on lui propose en Mariage Tour de Jade, belle veuve qui a du bien, que sa famille souhaite établir en faisant quelques bénéfices au passage. La dot jointe à la beauté transporte d'aise  Ximen qui ne va voir Lotus d’or pendant plus d’un mois, tout préoccupé qu'il est par les préparatifs du mariage et la nouvelle épouse à lutiner.

Mais Lotus d’Or, infatigable séductrice qui veut son homme,  le relance et le récupère assez vite car est est aux choses de l'amour plus experte que les courtisanes. Malheureusement le retour de mission du beau-frère Wu Song jette un trouble sur la félicité des amants. Le délai minimum étant passé, Lotus d’Or épouse Ximen Qing pour se mettre à l’abri et vivre ses frasques sexuelles sous un toit plus conjugal. Bien leur en prend, Wu Song se précipite au tribunal pour porter plainte ; mais comment prouver un meurtre sans cadavre à examiner (Wu l’Aîné a été incinéré), sans témoins et qui plus est lorsque les juges ont tous des liens avec un Ximen Qing, chaque jour plus riche et plus puissant grâce à ses trafics ?

Mais enfin, voila Lotus d’Or qui entre chez Ximen Qing en qualité de cinquième épouse. Ce qui ne réjouit point les autres épouses car "Lune pleine n’est que désolation de la nuit, quand elle fait le bonheur de la rivale." 

lundi 6 juin 2011

Jin Ping Mei:Ximen Qing entre en scène.

Anna May Wong
À force de se montrer à sa fenêtre Lotus d’Or attira l’attention d’un homme qui passait dans la rue. Ximen Qing était un apothicaire qui participait à tous les trafics et s’était d’autant plus enrichi qu’il n’avait pas de scrupule. Il était veuf de sa première épouse, possédait diverses concubines et entretenait quelques prostituées. Conquis par la beauté de Lotus d’Or le débauché alla trouver la mère Wang, entremetteuse et un peu maquerelle (imaginez là entre la Frosine de l’Avare et la Madame Anaïs de Belle de Jour), la voisine, qui tenait maison de thé, pour qu’elle l’attire chez elle et qu’il puisse séduire la belle dont le "corps avait la sveltesse légère d’un bouquet de fleurs."

Heureuse en ménage comme elle l’était, Ximen Qing avait tout du prince charmant et l’affaire fut vite conclue : Lotus d'Or ne tarda pas à découvrir à la base de l'outil de Ximen ‘l’anneau de soutien d’argent battu, bouilli dans une décoction d’herbes médicinales" Il contempla "la partie au dessus de la porte de sa vallée : pas le moindre duvet ! La chose apparaissait d’une blancheur odorante, tendue comme un tambour et pourtant pleine de douceur, crépée de rougeur, mais ferme et rebondie : objet entre tous adorable et désirable." Ensemble, ils jouèrent au jeu de la pluie et des nuages. (Expression traditionnelle), y jouèrent tous les jours et le bruit finit par parvenir aux oreilles du mari, bien sûr…

Ximen l’apothicaire, suite à une suggestion de la mère Wang, fournit de l’arsenic à sa maitresse qui s’en servi et se trouva veuve. Vous devinez que les amants s’en donnèrent à cœur joie : "Elle savait de mille façon aller au-devant de ses désirs. Ximen Qing, de son coté, s’activait en l’art de manier sa lance."

"Enfin, si vous ne savez ce qu’il advint, écouter le chapitre qui vient."

dimanche 5 juin 2011

Jin Ping Mei: Lotus d'Or entre en scène

Le Jin Ping Mei tire son titre Fleur en Fiole d'Or du nom de trois de ses héroïnes. Lotus d'Or est la première à entré en scène. Voici comment tout commence...

Zhang Ziyi dans 2046
Wu Song rentre dans son pays natal discrètement après s'être attiré des ennuis alors qu'il était ivre. En chemin, le colosse tue de ses mains nues un tigre qui terrorisait la région de Claire-Rivière. Accueilli en héros dans cette sou-préfecture après cet exploit, il se voit nommé chef de la milice et retrouve son frère Wu l’Aîné. L’Aîné est le raté de la famille: pauvre vendeur de galettes qui n'arrive pas à joindre les deux bouts, avec un caractère à peu près aussi consistant que celui d'une serpillière, mais curieusement il est marié à Lotus d'Or, coquette aux multiples talents. (Son nom est une allusion à la taille et à la joliesse de ses petits pieds bandés. Très érotique pour l'époque.) Mais comment une union pareille se peut-elle?

A 9 ans, Lotus d'Or, déjà très jolie, a été vendue à la mort de son père au Palais du commissaire impérial ou elle a appris la musique et le chant. "Elle savait aussi fort bien se maquiller, se coiffer, s'habiller..." A la mort du commissaire sa mère l'a réclamée et revendue à la famille des Zhang. Le maître avait une épouse "difficile" dame Yu (comprenez qu'elle ne voulait pas lui laisser avoir d'autres épouses) qui ne lui avait pas donné d'enfant, il a donc prétendu vouloir une fille à chérir, mais n'a pas tardé à mettre Lotus d'Or dans son lit charmé par "son visage au teint de pêche, ses sourcils arqués comme le premier croissant de lune, sa taille fine aux courbes ravissante." Dame Yu, point idiote s'est aperçue de la chose et Zhang s'est empressé de marier la belle à son locataire Wu l’Aîné. Dans le seul but bien sûr de continuer à fréquenter Lotus d'Or. A la mort de Zhang, sa veuve, définitivement pas naïve, s'est empressée de jeter le ménage à la porte...

Vous comprenez maintenant le pourquoi de l'union du benêt et de la bombasse. Évidemment le mariage se passe mal car " le bonheur de se presser contre le jade onctueux ne saurait échoir au caillou stupide" chante joliment Lotus d'Or à sa fenêtre. La belle enrage, n'a de cesse de se faire admirer des hommes. Lorsqu'arrive le beau-frère, elle l'invite à loger chez eux, lui fait des avances répétées, toujours plus provocante, "exposant sans vergogne un peu de sa délicieuse gorge, ses chignons vaporeux à demi défaits ..." En vain, l'homme est honnête, ne cédera pas à ses avances. Lotus d'Or brouillera donc les deux frères et enverra Wu Song à l'auberge. Wu l'Aîné, son mari, quand même pas idiot au point de ne se rendre compte de rien, tentera de la garder enfermé mais Lotus d'Or se poste à sa fenêtre, à l'abri d'un store, chante, exhibe ses petits pieds...

Le tableau du mariage et de la condition de la femme à l'époque ne fait pas nécessairement rêver et la frustration de Lotus d'Or se conçoit aisément, préparant la voie à toutes les débauches et à toutes les infamies. Il est clair que ce roman ne sera pas celui de la vertu inébranlable. Lotus d'Or ne préfigure pas la Justine de Sade, plutôt sa Juliette. Il semble qu'a l'origine de tous les maux, on trouve l'argent et le plaisir de quelques riches car si le sort de Lotus d'Or n'est pas enviable, celui de Wu l'Aîné ne l'est pas plus.

Le style est très lisible et le fait que le texte soit entrecoupé de morceaux de poème ou de chant est franchement plaisant car ces fragments s'intègrent très bien à l'ensemble. La lecture est vraiment fluide et les notes, si elles sont utiles, ne sont pas indispensables: on peut franchement lire d'une traite en suivant et en comprenant l'histoire. Les scènes de séduction de beau-frère relèvent presque de la comédie et  on s'amuse de  voir la vamp torride essuyer échecs et rebuffades: Qui a dit qu'un classique était forcément sérieux et ennuyeux? Les allusions sexuelles ont recours à des métaphores qui me semblent hautement poétiques et jolies, maintenant, peut-être bien, probablement d'ailleurs, que pour un chinois du XVIème siècle, c'était assez cru comme grivoiserie.

Vous pensez savoir ce qui va arriver? Rendez-vous bientôt pour savoir si le destin sourira à Lotus d'Or, la mal mariée.


Jin Ping Mei, Fleur en Fiole d'Or, traduction d'André Lévy, disponible en Folio et dans la Pléiade

samedi 4 juin 2011

Et si nous lisions ensemble le Jin Ping Mei?

Je ne sais si c'est un effet de la chaleur mais en ce moment, je suis décidément pris de paresse languide et le courage me manque pour lire, chose qui pourtant me maintient en vie. Je compte bien faire les lectures communes du blog de Delphine, ainsi que lire La femme fardée pour le challenge Françoise Sagan, et puis...

Et puis comme souvent, dans ces périodes, je vais relire et relire un classique. Pour cet été mon choix ne va pas se porter sur Marcel Proust mais sur un classique chinois du XVIème siècle: le Jin Ping Mei, Fleur en Fiole d'Or. Je vous entends d'ici dire que ce genre de roman est loin de nous parce que bon, la Chine du XVIème siècle, quoi! Et qu'en plus, il y beaucoup trop de pages, plus de 2000 dans l'édition de poche quand même et..., et..., et... Et alors? Ce genre de remarque m'agace toujours un peu, surtout venant de gens qui se sont pâmés à la lecture du seigneurs des anneaux par exemple. Un roman qui s'est quand même très bien vendu, a été beaucoup lu, a ses inconditionnels en dépit du nombre de pages. Et qui ne nous parle pas vraiment de notre réalité immédiate à ce que je sache. Si? Dans votre vie il y a beaucoup de trolls? OK, autant pour moi.

Le Jin Ping Mei, ça parle de désir, de luxure, parfois d’amour, de la course pouvoir, de corruption, de la passion de l'argent. Venez me dire que tout cela est loin de nous et je ne vous croirez pas. Alors, j'ai une proposition à vous faire: Lisez le Jin Ping Mei avec moi. Pas "allez-achetez le livre et lisez le" je ne rêve pas, mais revenez sur le blog de temps en temps: je posterai au fil de ma lecture des résumés des passages lus, je ferai des commentaires, etc. Ce sera notre petit roman feuilleton de l'été à vous et moi. Et j'espère bien que d'ici la fin de l'été vous aurez été amusés, intéressés et que vous aurez changé d'avis sur les classiques même lointains, qu'ils ne vous feront plus peur, qu'ils vont vous intriguer et que vous vous direz qu'il y a du plaisir à prendre... Rendez-vous bientôt pour découvrir qui est Lotus d'Or, "femme si fine, si élégante, en tout parfaite, et en premier lieu, excellant aux amours défendus..."

Jin Ping Mei, Fleur en Fiole d'Or, traduction d'André Lévy, disponible en Folio et dans la Pléiade