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lundi 5 décembre 2011

Indésirable

Sarah Waters s’est fait connaître comme auteur de romans lesbiens. C’est une étiquette, pratique car elle permet de trouver son public, mais assez réductrice. On aurait pu trouver d’autres étiquettes comme roman historique, victorien même, d’aventures, fantastiques etc.… J’ai lu tout ce qui a été traduit en français et j’ai beaucoup aimé à chaque fois parce que Sarah Waters écrit de bonnes intrigues avec de vrais personnages, crédibles, pas monolithiques ayant une évolution psychologique intéressante.

Alors qu’elle laisse tomber les histoires de filles qui aiment les filles pour ce roman-ci, ce n’est pas plus mal, ça la fait sortir de ce qui pourrait devenir une prison même  si c’est livre touchent un grand public, notamment par des adaptations télévisées. (Merci la BBC)

L’intrigue de base est assez simple : au sortir de la première guerre mondiale, un enfant a aperçu depuis la coulisse Hundred Hall, vaste demeure géorgienne. Au sortir de la seconde guerre mondiale, devenu médecin, il entre dans la vie de la demeure et de la famille qui y réside. Il contemple la chute du domaine, bien loin de sa splendeur passé, la débâcle de la famille au milieu d’événements tragiques, angoissant, mystérieux. Oui, le roman a un aspect sociologique certain : il parle de la chute de l’ancienne aristocratie, ruinée, qui n’a plus sa place dans l’Angleterre de la seconde moitié du XXème siècle. Une aristocratie qui tente de tenir son rang, s’y épuise financièrement et nerveusement. Lorsque des événements étranges se produisent, le médecin, qui est le narrateur, pense d’ailleurs à des explications « rationnelles » comme l’hystérie plutôt que de croire aux histoires de fantôme. C’est très habile de la part de l’auteur de nous présenter les choses comme ça d’ailleurs : les angoisses, l’ambiance sombre sont perceptibles, mais libre à nous de voir dans ce roman un roman fantastique ou une étude de cas psychologique.

J’ai beaucoup aimé ! Je trouve que le talent de Sarah Waters s’affine et s’affirme. Elle est un des dignes successeurs de grands auteurs britanniques comme je les aime : Wilkie Collins, Edgar Poe ou Daphné du Maurier. Elle a le chic pour rendre les ambiances sans en rajouter, c’est sombre, oppressant, alors qu’on serait bien en peine de dire qu’il se passe ci ou ça, c’est juste une impression. Et c’est ça qui est bon, le roman qu’on peut se faire à l’intérieur du roman…

 L'indésirable, Sarah Waters,2009 (disponible en 10/18)

samedi 3 décembre 2011

Le bon moment


J'aime lire dès que je peux. J'ai toujours mon livre avec moi et j'envisage l'e-reader pour des raisons pratiques, mes livres pèses parfois une tonne et je n'ai pas nécessairement envie de les abimer. Je lis dans les transports en commun parce que oui, pour même pas dix minutes, ça vaut quand même la peine. Je me dis « chouette, le dentiste a du retard dans ses rendez-vous ! » parce que ça me donne un peu de temps pour livre, temps que je pourrais voir comme perdu mais que je vois comme du temps de lecture en plus. Mais il y a des moments privilégiés pour lire, pour beaucoup, cela semble être le moment du coucher, mais cet instant m'a toujours semblé dangereux, un bon livre m'empêchant de dormir parce que : encore quelques pages, c'est trop bien, ça ne pas me retarder tant que ça… Résultat, je m'endors trois heures plus tard et encore, à condition que la lecture ne soit pas trop excitante. Mauvais plan.

Marlon Brando
Le moment que je préfère, c'est le petit déjeuner, que je fais traîner, n'hésitant pas à faire sonner le réveil une demi-heure plus tôt que le strict nécessaire, moment, calme, vierge, un moment où il faut me foutre la paix, parce que je ne suis pas encore en état d'affronter le monde mais où rien ne me plait tant qu'on bon livre. Rien ne vaut ces weekends, ces vacances, ou le petit déjeuner peut durer des heures : livre et thé, prendre son temps, avoir l'impression que la journée va être longue et qu'elle nous appartient.

samedi 26 novembre 2011

La cousine Bette


Ça fait un petit temps que je n'avais rien publié à propos de mes lectures, à dire vrai parce que je ne lisais rien de bien intéressant : un Xème policier, un Xème thriller, etc., des choses qui finissent par toutes se ressembler et par être assez ennuyeuses. Puisque j'étais ennuyé, je me suis dirigé vers le rayon « classiques » de ma bibliothèque et me suis mis à relire la cousine Bette de Balzac. Relu parce que j'ai déjà lu l'entièreté de la comédie humaine il y a une quinzaine d'année, mettant à profit cette joyeuse période entre la fin de mes études et le contrat à durée indéterminée, période de chômage, d'intérims et de temps très partiels. La cousine Bette est l'un des tout bon Balzac, auteur inégal, souvent bon, et parfois comme c'est le cas ici excellent. (Sinon, oui, il y a des volumes dont on peut se dispenser, volumes d'ailleurs quasi introuvables en dehors des intégrales)

Lisbeth Fischer est une lorraine montée à Paris à la suite de sa cousine, la belle Adeline, qui a fait un bon mariage avec un baron d'empire, à deux enfants, une grande beauté et de la vertu à revendre. Bette, puisque c'est comme cela qu'on la surnomme, est vilaine, toujours vieille fille, pauvre et dévorée de jalousie ; elle va donc tout faire pour ruiner le bonheur, ou ce qu'elle suppose tel, de sa cousine. En commençant par jeter dans les pattes de l'époux, un époux peu vertueux, il faut le dire, Valérie Marneffe, Madame Marneffe, redoutable courtisane mariée qui n'aura de cesse de ruiner toute la famille. Voilà l'idée de base, je vous épargne les détails, l'histoire est connue.

J'ai adoré parce qu'on retrouve là plusieurs des thèmes chers à Balzac : la haine et la jalousie dans les familles, la débauche, le demi-monde, la course à l'argent, l'artiste et l'art … Le roman est riche et doté d'une bonne intrigue avec de vrais personnages, des caractères variés, typés et passionnants. Valérie Marneffe est peut-être la garce suprême de la comédie humaine avec ses airs de femmes comme il faut : rien que pour elle, il ne faut pas rater le roman. Mais tous les autres la valent bien chacun dans leur genre. Avec une telle bande de fripouilles, il est impossible de s'ennuyer


 

La cousine Bette, Scènes de la vie parisienne, La comédie humaine, Balzac, 1846

mercredi 16 novembre 2011

British, ironique et bitchy...

J’ai été malade ce weekend, forcément, un long weekend (5jours pour moi) ça ne pouvait pas se passer comme je l’avais prévu… Donc, j’avais de la fièvre, des courbatures, froid en permanence sous mes couvertures, je baignais dans un isolement complet, incapable de tout, curieusement mal et bien à la fois. La maladie a cela de bon qu’elle isole dans un cocon qui est par certains côtés assez confortable.

Evidemment, j’ai lu, comme j’ai pu et ce que j’ai pu. Rien de compliqué, rien qui fatigue, demande de la réflexion, un suivi, du facile, donc, mais du facile de qualité en relecture. Je me suis refait une partie de cette œuvre culte qu’est le cycle de Mapp Et Lucia par E. F. Benson.

Durant l’entre-deux guerre, Benson nous narre les aventures de deux femmes : Lucia, belle italianisante (de pacotille) effroyablement prétentieuse et snob et Miss Mapp, demoiselle tout aussi autoritaire et arrogante, dans leurs petits villages anglais respectifs. Elles se rencontreront, se feront la guerre. Forcément. Deux coqs dans une basse-cour, c’est un de trop. C’est épique : la vie dans un village anglais est croquée comme un champ de bataille mondain digne des plus grandes cours européennes et chaque habitant vaut sont pesant d’or pour peu qu’on prise l’ironie et l’humour pince-sans-rire. Férocité et mauvaises foi sont des armes de choix, le ridicule ne tue pas vraiment ; le plus haut snobisme est de mise mais affecte des airs modestes. Ils se battent pour des choses frivoles, sans intérêt, nous rappelant que tout l’intérêt de la vie, c’est peut-être justement cette passion qu’on y met, nous-mêmes ! Amis du ragot  et de la mesquinerie, lisez Mapp et Lucia, vous serez à la fêtes vous rirez aux larmes au spectacle des pitreries de ces anglais, plus très jeunes, du siècle passé, qui nous ressemblent parfois tant.

E.F. Benson, Le cycle de Mapp et Lucia
Queen Lucia
Lucia à Londres
Miss Mapp
Mapp et Lucia
La victoire de Lucia
Les malheurs de Lucia
(Tous ont été édités en 10/18)

lundi 7 novembre 2011

Au feu! Les pompiers! La maison qui brûle...


Backdraft - 1991

J’ai lu une histoire de pompiers. Bêtement, parce que j’avais croisé plein de pompiers pendant la journée et que je me suis trouvé en librairie devant un roman qui parlait de ça et que je me suis dit que la coïncidence était amusante. Devant les rayonnages, j’ai tendance à choisir de façon très aléatoire de toute façon, même si parfois je me laisse guider par ce que j’ai entendu dire, je suis suffisamment ouvert à la découverte. Et je dois avouer que j’aime bien les pompiers ! N’importe qui s’étant un jour trouvé comme moi au sommet d’un immeuble avec un incendie dans les étages inférieurs comprendra sans peine mon point de vue. Pour les autres, faites un effort, un tout petit effort d’imagination. Bon, le sapeur pompier, c’est le héros qui vient vous sauver, difficile de le trouver fondamentalement antipathique. Remarquez bien qu’à part ça, nous nous ignorons joyeusement, les pompiers et moi, à la plus grande satisfaction de tout le monde. Du moins la mienne, si mon indifférence traumatise l’un ou l’autre, j’en suis bien désolé et c’est très involontaire.

J’ai donc lu ce weekend Le 18 de Ludovic Rubaudi, qui se passe dans une caserne de pompiers à Paris avec son petit monde un peu fruste et terriblement macho. Les hommes entre eux. Avec tout ce que ça peut avoir de con, même si c’est hommes sont des héros.

Dans ce joyeux petit monde d’hommes entre eux, arrive un nouveau capitaine qui est une femme. Et c’est là que tout part en couille. (Parlons comme eux ou à peu près.) Machisme de bas étage contre modernité : voila le thème du roman qui évite de tomber dans la caricature : même les cons -si ! Si ! Il y en a- sont sympas. Moi, qui travaille dans un milieu professionnel ou le sexe n’est absolument pas matière à discrimination, j’ai aimé, j’ai trouvé le thème bien traité, enrichissant et l’écriture plaisante, fluide, facile. Le narrateur est un homme de la brigade, ni meilleur, ni pire que les autres, qui nous fait entrer dans son monde, et découvrir au passage les petites misères de sa vie quotidienne, notamment le manque d’argent, ou ses petites et grandes joies. Ce n’est peut-être pas inoubliable, mais c’est vite lu et agréablement. Un chouette bouquin pour un dimanche après-midi sympa et pas con.

Le 18, Ludovic Rubaudi, 2004. (Disponible en Folio)

"Tirpitz c’est un caporal-chef grand et sec avec une moustache noire et fournie qui lui mange la lèvre supérieure. Ce n’est pas vraiment un intellectuel mais on l’aime bien malgré ses galons. Faut dire aussi qu’il n’est pas chiant et que lorsqu’on est en java avec lui, avec la manie qu’il a des se déculotter à tout bout de champ pour exhiber sa virilité, on finit toujours par rigoler. Sur le principe, montrer sa bite comme ça à tous vents, ça n’a rien d’amusant… on pourrait même dire que c’est pitoyable… mais là, c’est autre chose. Tirpitz a la plus belle bite que j’ai jamais vue de toute mon existence. Et je ne suis pas le seul à le penser. Toute la caserne… voire toute la brigade connaît et admire la bite de Tirpitz. C’est un machin énorme, que ce soit au repos ou en action. Souvent, il se tripote sous la douche pour se faire bander et plastronne ensuite dans la salle d’eau, flamberge au vent, nous laissant admirer la merveille."

dimanche 23 octobre 2011

J’aime pas l’accent canadien !


J'aime bien le Canada, et l'accent canadien en fait. Vraiment. Je ne trouve pas ça dur à comprendre, c'est chantant, plaisant et tout. En fait, ce qui me fait grincer des dents, c'est un livre : Sous les vents de Neptune de Fred Vargas. L'histoire est bien, l'univers esquissé aussi. Tout est parfait et les fans aimeront. Sauf que…

Je comprends bien que Vargas donne de l'épaisseur à ses personnages en mettant des effets de style dans ses dialogues. Oui, une tournure de phrase, une expression peut signer un personnage, mais dans ce roman, une partie de l'action se déroule au Canada et Vargas nous fait la totale : chaque phrase est parsemée d'expressions, de tournures, de mots qui font couleur locale. Et c'est trop. D'une part, ça tourne à la caricature. D'autre part, ça alourdit le récit, lui nuit en le rendant difficile à lire, en lui faisant perdre sa fluidité. Et je ne vois pas l'intérêt.

D'ailleurs, quand dans un roman les protagonistes vont en Angleterre, elle ne reproduit pas les dialogues en anglais, elle les écrit en français. Alors, pourquoi ici ? L'exotisme est facile et désagréable, nuisant à l'histoire, à la portée du roman. Bref, une déception dans ce qui est un bon roman.

Je n'ai jamais aimé les romans régionalistes, je commence à comprendre pourquoi…
Sous les vents de Neptunes, Fred Vargas, 2004 (disponible en J'ai lu)

mardi 18 octobre 2011

Non, mais finalement oui...

L’ombre du vent est un livre non choisi. J’aime bien les lectures communes, les challenges, etc., même si j’en fais très peu parce que ça permet de découvrir, autant, si pas plus que le hasard. Le hasard, j’ai un peu tendance à lui dire non. Je n’avais pas entendu parler du livre, c’était une découverte totale, même si c’est un succès : je ne prise guère la littérature espagnole que je connais mal. Même si pour rien au monde je ne rate le dernier Somoza paru en poche…

L’ombre du vent est un roman d’apprentissage, de ces romans qui nous montre comment un enfant devient adulte, qu’on nous sert à la pelle depuis bien longtemps, genre que je n’aime pas du tout, moi, les histoires d’enfants et d’adolescent, ça me saoule, et le Grand Meaulnes est un de mes pires souvenirs de lectures scolaires. Pourtant, ce genre marche bien auprès du public. Mais bon, ce qui marche n’est pas synonyme de qualité, nous sommes bien d’accord. L’histoire de déroule à Barcelone, une ville que nous avons tous visité et qui m’a laissé de bon souvenir, mais une Barcelone de l’après-guerre qu’on ne reconnaît pas, une ville dans la crainte, la détresse, l’angoisse. Une ville sombre et mystérieuse. Oui, une ville sombre et mystérieuse, voila qui fait un peu cliché, mais le roman accumule les clichés, les empile à plaisir. Il y a l’amour, les livres, une vamp qui fume, un inspecteur machiavélique, une réincarnation du diable qui rôde peut-être dans la nuit, une jeune fille pure, une beauté aveugle et un peu perverse… Tout et peut-être un peu trop.

Pourtant, le livre se laisse lire agréablement. Oui, il y a un peu trop. Oui ; c’est parfois cliché. Mais pris comme divertissement, malgré toutes mes réticences, une fois que j’ai réussi à rentrer dedans, j’ai pris du plaisir et je ne suis du genre à bouder mon plaisir. C’est bien écrit, il n’y a rien de lourd. Je n’ai pas été exactement tenu en haleine, mais j’ai avancé assez vite dans ma lecture. Alors, oui, franchement, c’était un bon livre, je le recommande et je remercie les divinités de la lecture commune !

L'ombre du vent, Carlos Luiz Zafón, édition originale 2001, disponible au Livre de Poche.

(Il est encore temps de vous joindre à cette lecture ici )


vendredi 14 octobre 2011

How to dress for success


Edith Head
Edith Head (1897-1981) était une des reines de Hollywood, la femme aux 8 oscars, celle avec qui tout le monde voulait travailler. Edith Head a fait des vêtements qui vous ont probablement fait rêver même si vous ignorez son nom. Audrey Hepburn dans Vacances Romaines, c'est elle. Bette Davis dans Eve, Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, et surtout presque tout les Hitchcock et ses blondes glaciale : Grace Kelly dans la Main au collet, Tippy Hedren dans les Oiseaux ou Kim Novak dans Vertigo… Edith Head avait démarré comme assistante de Travis Banton, costumier star de la Paramount qui lui confia les boulots qui ne l'intéressait pas. Edith se montra moins créative que le maître, mais donnait au metteur en scène ce qu'il voulait, savait tenir compte des opinions des starlettes et plaisait aux producteurs car elle savait se tenir au budget alloué en récupérant, transformant, économisant par-ci par-là, sans qu'il n'y paraisse à l'écran. Tout le monde la réclamait. Trait de génie ultime : Edith se mit en scène et donna des interviews, passa à la télévision, devint elle-même une figure populaire de l'Amérique, distribuant conseils et bonnes paroles à madame tout-le-monde. Et forcément elle écrivit en 1967 son livre How to dress for success que j'ai trouvé au V&A. (Quand je vous dis que la librairie du V&A est une mine d'or !)


Autant ce genre de livre est délicieusement désuet et fun en général, autant celui-là n'a pas vieilli! Je ne sais si c'est dû au pragmatisme, au réalisme de l'auteur ou à des idées en avance sur son temps, mais toujours est-il que ça marche encore. Le ton est très diffèrent de ce qu'on peut trouver d'habitude. On remarque que le premier chapitre est consacré au monde du travail, plaire aux hommes, avoir une vie domestique, sociale, tout cela compte, mais vient après. La façon dont le sujet est abordée est directement issue du cinéma : vous voulez un boulot donc il faut que vous vous habillez de manière à l'obtenir, même si ça n'est pas le plus important. L'idée de base est qu'il faut s'habiller pour s'intégrer. Il est même conseiller d'aller en repérage pour se renseigner sur l'allure du « rôle » ... Il ne faut pas être moins bien que les autres, mais surtout pas mieux, ça ferait peur. Une fois le job acquis, les conseils changent pour avoir des promos, accéder au pouvoir… 

Tout le livre est basé sur ce schéma ou presque, avec des conseils pour la silhouette, se construire une garde-robe de base etc. L'usage de listes et par exemple conseillé pour ne pas faire d'erreur. (J'ai essayé, ça marche!) J'adore le coté on ne prend pas de gant : Edith conseille de se regarder dans le miroir en tenue d'Eve et de lister ses défauts. Et si on ne voit aucun défaut ? La sentence est sans appel : allez-vous acheter des lunettes ! En même temps, il y a de l'espoir : Edith l'affirme après avoir habillé les plus belles femmes : aucune n'était parfaite ! (Ouf !)
Vous avez compris, ce livre, je l'ai adoré ! Non seulement Edith sais faire des vêtements, mais elle sait en parler. Et contrairement aux prêtresses modeuses, elle échappe à la démode. Pour la petite histoire, quand Disney a créé un personnage de costumière pour les Indestructibles, il s'est directement inspiré d'Edith. Coiffure, lunettes, façon de parler : tout y était !

How to dress for success, Edith Head with Joe Hyams,1967 pour l'édition originale

lundi 10 octobre 2011

Byzance, très loin de l'innocence.

Je n’aurais pas cru que je commenterais à nouveau un roman d'Anne Perry parce que les policiers dans l’Angleterre victorienne, j’aime bien, c’est efficace, mais toujours une peu pareil, pas grand chose à en dire. C’est bien, mais l’effet de surprise passé, on peut se lasser et je les lis surtout par habitude, mais toujours avec plaisir. Sauf que là, l’auteur change la donne : foin du XIXème siècle, nous allons à Byzance au XIIIème, un peu après la dernière croisade, celle qui fut détournée sur Byzance, une nouvelle croisade en préparation qui vise directement la ville et avec l’Islam toujours plus proche. C’est donc Byzance sur son déclin, mais un déclin dans la splendeur !

L’intrigue : Justinien Lascaris a été condamné à l’exil pour complicité dans un assassinat et sa sœur, Anna, vient enquêter. Forcément, une héroïne chez Anne Perry , courageuse, un poil rebelle, comme on les aime. Médecin, elle se fait passer pour un eunuque pour pouvoir accéder à tous les patients, dans toutes les couches de la société. Mais l’intrigue, on s’en fout un peut parce qu’il va y avoir d’autres personnages et d’autres intrigues : Perry nous ballade aussi en Sicile, à Rome, à Venise ou se trame la nouvelle croisade dont le but est clairement d’achever le pillage de Byzance. Et on suit d’autres personnages, d’autres comploteurs, on s’instruit au passage et on rêve.

Le roman est gros, 984 pages en poche, Peut-être pas inoubliable, mais impossible de le lâcher, je ne me suis pas ennuyé une seconde. Le roman ne se lit pas, il se dévore. Au passage, on révise un peu ses cours d’histoire, ce n’est pas plus mal, seul petit bémol, la vie byzantine me semble un peu idéalisée, l’empire fait vraiment figure de paradis perdu. J’avais hésité à l’acheter, je n’ai aucun regret et je recommande chaudement aux amateurs du genre. Du bon roman historique, un peu moins policier, avec de bons personnages. Probablement encore mieux pour ceux qui comme moi ont visité Istanbul, une ville avec une vraie atmosphère !

mercredi 5 octobre 2011

« Je suis en retard ! Je suis en retard ! » dit le Lapin Blanc


Le Lapin Blanc d'Alice au Pays des Merveilles
  illustré par John Tenniel
Lire m'a souvent mis en retard et je passe mon temps à dire comme le lapin d'Alice. Tout commence au petit déjeuner : impossible de ne pas commencer la journée avec quelques pages et un peu de thé. Quelques page et encore un peu parce que c'est tellement bien que… Et donc après, c'est la course. La course pour avoir le train, le bus ou le métro. Mais en lisant sur le quai, j'ai déjà laissé passer le train. Et aussi bien en bus qu'en métro, j'ai déjà raté l'arrêt. Oui, le genre de détail qui n'aide pas à être dans les temps…

Et qui n'aide pas forcément à être avec les gens. Bien qu'en vérité, je me sois souvent dit que je préférais la compagnie d'un livre à la compagnie de certaines personnes. Que celui qui n'a jamais eu envie de sortir son livre de son sac lors d'une réunion familiale me lance le premier Petit Larousse Illustré.

Forcément, il m'arrive de lire en mangeant et de lire en préparant à manger : des choses simples à faire, aussi rapide à préparer qu'à manger. Et j'avoue que lire joue aussi sur mon sommeil et sa qualité : encore une page, jusque la fin du chapitre. Et puis je m'aperçois que sans le faire exprès, j'ai entamé un nouveau chapitre. Et puis, il est 3h du matin… Avec un polar plein de suspens, on peut comprendre, mais je peux aussi faire ça avec la relecture d'un classique.

Lire est un sport dangereux, finalement.

lundi 3 octobre 2011

Petites réflexions sur Mme Bovary (Un de mes romans cultes)

J’aime beaucoup Madame Bovary. Je l’ai toujours beaucoup aimée, dès ma première lecture adolescente. Je trouve le personnage totalement moderne. Cette femme est totalement de notre époque. Madame Bovary jeune a beaucoup  lu dans son pensionnat, beaucoup rêver et la vie lui a fait tomber toutes ses illusions une par une, n’a tenu aucune promesse. Alors, Madame Bovary compense, veut croire à l’amour, à cet embrasement qu’elle a lu, surtout, Madame Bovary dépense, s’achète de jolies robes, de merveilleuses écharpes, des meubles à la mode… Madame Bovary veut continuer de rêver et se surendette. Et c’est ça qui la tue. Madame Bovary ne meurt pas d’amour, elle ne se suicide pas pour un homme, elle fuit les créanciers.

Le roman est un roman de la déception fasse aux promesses mensongères de l’art et de la vie. Personnellement, je peux tout à fait m’identifier à ça, me dire que bien que j’ai fait les études comme il fallait, trouver du travail et tout et tout, la vie n’est pas ce que j’espérais, ce que j’attendais. Et j’ai aussi envie de compenser, de me faire plaisir, de prendre une revanche sur la vie qui m’a joué des tours…

Je ne suis pas certain qu’on soit sorti du romantisme et des promesses de lendemains qui chantent. Ce schéma que dénonce Flaubert, il est toujours là. D’ailleurs, le surendettement est un sujet éminemment d’actualité. La révolte d’Emma contre le sordide de son monde n’est pas une attitude qui me semble datée : stérile, vaine, sombrant dans le sordide mais pas périmée. Madame Bovary est-elle coupable, folle ou n’est-elle qu’une victime de son époque, de son éducation ? Une victime de l’usurier qui lui prête de l’argent, lui dit que c’est facile, qu’il n’y a pas de problème, qu’il suffit de signer… Comme cela semble contemporain, actuel.

Le message du roman qui met en garde contre les pièges de l’imagination et du romantisme ne me semble pas avoir vieilli et la langue de Flaubert est magnifique. Un classique, un indispensable, un des livres que j’ai le plus aimé !

Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1857.

vendredi 30 septembre 2011

Ceci n'est pas un blog de cul. Mais...


Consulter les statistiques de ce blog peut s'avérer déprimant : on arrive ici en tapant dans Google « Erika baise chez vous », « femme sexiste nue » ou « homme poilu sexy » … Bref, des choses en rapport avec le sexe et j'imagine que celui qui arrive ici doit être à peu près aussi déçu que moi de le voir arriver. Remarquez, ce n'est pas que j'ai quelque chose contre le sexe, j'espère juste ne pas être considéré comme un blog érotique. Mais en même temps, il ne faut pas se voiler la face, je ne vois pas comment échapper au sexe.

Dans les livres pour commencer. Certes, j'ai fait un billet sur Sade qu'on peut qualifier de pornographe, mais le sexe est partout. Y compris, et, Oh combien !, chez Proust qui explore l'amour sous toutes ses formes, de la passion la plus platonique pour une duchesse, aux rapports SM dans un bordel sordide ou de plutôt braves garçons ne comprennent pas qu'on attend d'eux qu'ils soient des brutes et des truands. Remarquez, pas toujours subtil, il m'a fallu un temps pour comprendre que le petit Marcel se frottait sur Gilberte aux Champs Elysée d'une manière fort peu innocente… Et je parle là d'un grand classique qu'on devrait faire lire dans toutes les écoles. Mais qui a valeur d'exemple parce qu'il tente d'embrasser toute l'expérience humaine et que donc l'aspect sexuel doit en faire partie. Je ne parle même pas des romans policiers, surtout récent, il est bien fini le temps ou on tuait par amour pur, on tue de nos jour beaucoup plus souvent par vice… Et je n'ai toujours pas lu la vie (ou les vies ?) secrète (s) de Catherine M. Et je ne le lirai probablement jamais, ça ne m'intéresse pas le moins du monde bien que j'ai déjà lu et beaucoup aimé, car elle écrit bien, il y a fort longtemps un livre de Catherine Millet qui traitait de l'art contemporain.

Et la question du parfum ? Peut-on parler parfum sans parler sexe. En conversant avec d'autres amateurs, la conversation dévie souvent et le langage n'est pas toujours des plus choisi mais il est parfois très parlant : dire d'un parfum qu'il sent le slip sale, que la fève de cacao évoque le cul, etc. Oui, il faut savoir dire les choses platement : le jasmin, on peut dire qu'il est indolique, ou faire des périphrase, employer la métaphore, mais il y a quand même un moment ou c'est plus facile de ne pas se voiler la face et de dire platement que ça sent les matières fécales, la crotte. Le genre d'expression qui peut faire peur, qui dit platement donne envie de partir en courant. Pourtant, il faut rester et sentir, c'est cet aspect qui a fait du jasmin une fleur reine de la parfumerie, c'est cela qui a fait la grandeur de nombre de grandes œuvres.

Lisa Lyon par R. Mapplethorpe
Bon, certains arrivent à ne pas être cru, à ne parler que de certains parfums joliment fleuris et propres, les mêmes qui sans doute aiment les roman à l'eau de rose. Remarquez, je n'ai rien contre les parfums propres, il y a de vraies réussites dans le genre, même si ce n'est pas ma tasse de thé tous ces muscs blancs qui sentent la poudre à lessiver, toutes ces notes d'ozone bien nettes, ces agrumes mignons et frais, ces petites fleurs surtout pas blanches. C'est terriblement puritain comme tendance et assez ennuyeux. Je conçois qu'on en ait un ou deux mais quand même, qu'est-ce qu'on s'emmerde avec ceux-là… Je ne dois pas avoir l'esprit assez corseté, assez victorien, assez puritain pour me contenter de ça.

à l'inverse, les parfums clairement sexuels, bourrés de matières animales (de synthèse aujourd'hui, bien moins torrides), d'épices (comme le cumin qui sent l'aisselle ruisselante de sueur) ou de jasmin très indolique, quand ils ne tournent qu'autour de ça, ce n'est pas non plus mon truc : ce genre de parfum assez monolithique tournant par exemple autour du musc, c'est très beau, c'est très sexy, mais c'est l'équivalant olfactif des chaps, ces merveilleux « pantalons » qui cachent les jambes et laissent les parties « honteuses » à l'air. C'est l'équivalent olfactif de l'exhibitionnisme, se balader avec le sexe à la vue de tous, « écrit partout sur le visage » aurait dit Hitchcock. Personnellement, j'y vois des parfums à porter à l'occasion, mais pas mon pain quotidien…

Je préfère les plus subtils et hypocrites grand parfums qui savent allier les deux, de la même manière que je trouve plus séduisantes les longues jupes fendues haut sur la cuisse que les ceintures un peu larges qui se prétendent mini jupes. C'était une des raisons qui faisait que j'aimais le N°5. Dans le genre Calèche était très bien aussi. Mais même ceux-là semblent en voie de disparition. Plus guère de petits nouveaux et des reformulations à tout va. La mode des monomatières et celle du bonbon collant n'a rien arrangé à l'affaire. Mais enfin, ces parfums-là, je les range dans ce que je nome la catégorie 5 à 7. Les parfums bourgeois, convenables, mais qui ne déteste pas aller à l'hôtel une paire d'heures l'après-midi, histoire de tirer un coup, vite fait, torridement fait.

lundi 26 septembre 2011

JF à vendre au pays d’Hello Kitty


Murakami Ryu, souvent qualifié de punk, est un peu un spécialiste de la dark side de la psyché humaine et de son pays. Il s'entend à fouillé là où c'est sombre et glauque. Dans Love & Pop, il s'intéresse à un phénomène typiquement japonais : la prostitution des lycéennes via messagerie téléphonique.

Hiromi fait du shopping avec ses copines en prévision d'un week end à la mer et voit dans une bijouterie une bague qu'il lui faut et qu'il lui faut tout de suite. Pour ce faire, elle va accepter deux rendez-vous avec des inconnus. La trame de base est simple, on suit la jeune fille pendant une journée, dans les boutiques, les restaurant, le karaoke, le métro, le love hôtel… On suit le fil, assez décousu, de ses pensées, de ses envies, de ses hésitations. L'histoire est entrecoupée de morceaux de chansons, d'énumération de marques, de bribes de conversations ; ce qui pourrait sembler lourd mais a plutôt pour effet d'aérer le récit tout en l'encrant dans le quotidien et la banalité. Murakami n'est jamais pesant, ce que je lui reprochait un peu dans sa trilogie consacrée au sexe, à la souffrance et à la mort, et banalise volontairement le comportement de Hiromi, sa quasi absence de scrupules, de morale ; sans jamais se poser en juge, plutôt en cherchant à l'accompagner, à explorer avec elle en cherchant juste à découvrir ce qu'il peut bien y avoir derrière le comportement de son héroïne adolescente, semblable à tant d'autres.

Le roman est court, 220 pages, plaisant à lire et pose des questions. Quant à la prostitution bien sûr, mais pas seulement. Il pousse vraiment, comme souvent avec cet auteur, à des remises en question, peut-être plus facile parce qu'il y de la distance, puisqu'on peut toujours se dire que cette société n'est pas la nôtre, mais l'exotisme n'est que de façade. C'est assez vite lu, plaisamment et facilement. Peut-être une bonne idée de lecture scolaire ?


 

Murakami Ryu, Love & Pop, 1996 pour l'édition originale, disponible en Picquier Poche

mercredi 21 septembre 2011

Jamais sans ma gaine?

J’adore le V&A, immense palais victorien dont on n’a jamais fait le tour qui se voue aux arts appliqués, ou décoratifs, mais les deux appellations semblent honteusement péjoratives, ou pendant des heures j’aime me balader contemplant meubles, argenterie, vêtements, statues, bijoux, paravent, jouant à monter une chaise en kit du XVIIIème siècle (plus compliqué que les kits Ikéa !) ou essayant sans succès de nouer un obi, à la plus grande joie des touristes japonais qui m’ont croisé ce jour-là. Le musée vaut aussi par son bookshop, forcément en anglais, mais bon, même moi, je peux lire ces ouvrages dans la langue de Shakespeare, qui regorge de livres absolument passionnant sur le mobilier, la décoration, les collections et la mode. (Soyons juste, la librairie des Arts Décoratifs à Paris est bien aussi).

J’y ai trouvé, ou plutôt retrouvé l’ouvrage d’Anne Fogarty que je me suis enfin décidé à acheter. Publié en 1959, the art of being a well dressed wife est un de ces petits bijoux de guide comme les anglaises semblent les adorer. (C’est en Angleterre que ce genre d’ouvrage s’écoule comme des petits pains, dixit un ancien Vogue) Perso, j’adore aussi à tous les degrés, parce que j’aime le chiffon et ce qu’on écrit à son propos, surtout dans ce ton un peu sentencieux qu’ont toujours rédacteurs et rédactrices de ce genre de guide, ton qui rend involontairement les ouvrages assez drôle avec le recul des années. La mode changeant, c’est typiquement le genre de livre qui vieillit terriblement vite. Mais en même temps, c’est une mine d’information sur le passé, les mœurs et les vêtement, au même tire que le cinéma et bien plus que les magazines de mode. Si quelqu’un a jamais trouvé que la rue ressemblait à une page du Elle spécial mode du mois de septembre, il n’habite clairement pas dans le même rue que moi…

Anne Fogarty était styliste pour les magasins Saks. L’ouvrage est daté de 1959, pile poil le moment ou commence la série Mad Men, si vous voulez un look Betty Draper, voila ou allez chercher des idées. Clairement, il est terriblement daté fifties et New Look plus qu’années ’60 et révolution. L’intitulé en dit long, c’est un ouvrage pour les épouses, même si elles travaillent, absolument pas féministe : la femme se doit de plaire à son seigneur et maître qui sera fier d’elle. Le wife-dressing est défini comme "a contributing factor to a happy marriage." WAW! Oui, c’est rétrograde et sexiste. Ça ne renvoi pas nécessairement la femme au rôle d’objet sexuel, mais bien  à celui de bonniche ou de servante. Mais une servante qui doit plaire, d’ailleurs, Anne conseille de se lever 20 minutes avant l’époux pour avoir le temps d’enfiler de jolis vêtements pour le petit déjeuner et de se refaire une beauté, pas question de cuire les œufs brouillés de monsieur sans avoir passé une brosse dans ses cheveux et sans s’être mis du rouge à lèvre. Et là, toutes les filles ou à peu près doivent être contentes d’avoir échappé à ce genre de chose. Ça fait tout de suite chuter la nostalgie qu’on peut éprouver envers le New Look. Pourtant très joli, mais…

Coté bon conseil, l’ouvrage tourne surtout autour de « le bon vêtement pour la bonne occasion » de façon un peu excessive : pour un voyage de 10 jours, Madame Fogarty prend 18 robes et 20 paires de chaussures. Je n’ai pas 20 paires de chaussures dans ma garde-robe. Peut-être que je n’ai rien à me mettre ou peut-être qu’Anne n’est pas très réaliste… Le conseil majeur et absolu, c’est "JAMAIS SANS GAINE." Je ne commente même pas. Sinon, les conseils en soi ne sont pas mauvais et le ton est plutôt sympathique. Les cotés agaçant sont dus à l’époque, pas vraiment à l’auteur. Et certains conseils sont toujours d’actualité. Privilégier la qualité, par exemple : c’était vrai et ça l’est encore. Il vaut mieux un bon coton bien taillé qu’une mauvaise soie mal bâtie : vrai en 1959, en 1982 et en 2011.

Tote-bag - I sincerely believe is the best thing that happens to wwoman since the vote.

Au second degré, prendre le livre comme petite bible rétro pour un après-midi entre copines peut-être amusant. L’ouvrage, lu sans espoir d’y trouver la moindre aide quand à la façon de s’habiller est plaisant et instructif, comme une petite incursion dans la vie de nos grand-mères, parsemée de "Oh My God, Anne, redescends sur terre s’il te plait !"

Anne Fogarty, The art of being a well Dressed Wife, V&A Publishing

January Jones dans Mad Men


samedi 10 septembre 2011

Petit tour en librairie – Encore du Vargas


La rentrée littéraire m'ennuie : les mêmes romans partout sur les présentoirs partout. Et les mêmes auteurs partout dans la presse, qu'on en dise du bien ou du mal d'ailleurs. Et non, je n'ai pas envie, du tout, de lire le dernier opus d'Amélie Nothomb. Je lui trouve énormément de talent dans l'écriture, mais rien à dire. Soyons honnêtes, ses mini-romans sont rares et inconsistant, à peine des nouvelles, et je n'en peux plus de ses souvenirs d'enfance qui s'étalent. C'est du gâchis de talent quand on sait si bien écrire et de façon si intelligente.

Le dernier Murakami me tente. Mais 1Q84 à 25€, le volume, sachant qu'il y en a deux et qu'il en viendra encore deux, je trouve ça un peu exagéré. Oui, le livre est cher et c'est énervant, du coup, je ne lis plus que des poches, moins chers et plus pratiques. Et des Pléiades, pas tellement moins raisonnables par rapport aux grands formats, pratiques à ranger dans un petit appartement et avec une édition qui vaut vraiment la peine. (Oui, je fais partie des gens qui lisent parfois les introductions et consultent éventuellement les notes !)
Mais j'ai quand même fait quelques achats : un Murakami Ryu, le punk, pas Haruki le poétique, celui qui est un peu trash/violent mais que j'adore, un Anne Perry même si j'en ai un peu marre de ces éternels policiers historiques qu'on nous sort à la chaîne, mais Perry, je la trouve douée et c'est autre chose que du victorien, cette fois puisqu'elle va à Byzance. Une époque qui me fait assez facilement rêver. Comment ne pas tomber amoureux de Sainte-Sophie ?

Et deux Fred Vargas. Oui, encore du polar. Et encore du Vargas. Mais maintenant je les achète parce que j'y ai vraiment pris goût alors que j'étais plutôt réticent. Le polar, à la base, je me méfie : c'est souvent mal écrit, ou mal traduit, et très anecdotique, vite lu, plaisamment parfois, mais encore plus vite oublié parce qu'une fois le coupable trouvé, on se rend compte qu'il n'y a plus grand-chose d'intéressant. Mais il y a les auteurs vraiment intrigants, ceux qui font vraiment flipper, tiennent en haleine. Et il y a les auteurs qui ont un univers, de vrais personnages qu'on prend plaisir à suivre. Fred Vargas fait partie de la deuxième catégorie, ses intrigues, je m'en fiche royalement, j'aime juste retrouver son monde, assez poétique pour un monde de flic, un peu fantastique parfois, fouillé, pittoresque, et une jolie langue ou le mot est juste, la description précise et jolie. Du roman français comme on l'aime.

NB : Je ne suis pas snob à la base et je n'aime pas parler de paralittérature, pour moi il y a juste la littérature, je trouve l'expression condescendante. C'est vrai qu'il y a une différence de qualité mais elle me semble plus due au mépris pour les genres que liée aux genres. Puisqu'il s'agit de sous-littératures pour les idiots, on bâcle les traductions, on édite des choses mal écrites, etc. Forcément, ça décrédibilise et ça entretient une médiocrité qui nuit aux genres…

mercredi 7 septembre 2011

Haute Société

Evelyn Jarrold a 40 ans, elle est veuve, belle, mondaine accomplie, bourgeoise comblée et respectable. Elle est aussi coquette, légère et égoïste.

Miles Vane-Merrick a 25 ans, il est beau, enthousiaste, partisan engagé de réformes politiques de gauche, c’est un intellectuel et un idéaliste.

Forcément, ils se rencontrent, s’aiment.

Mais heureusement, Sackville-West, ce n’est pas Barbara Cartland. La fin est prévisible, leur histoire est condamnée d’avance. Tout l’enjeu pour le lecteur est de savoir qui souffrira le plus, lequel sera le plus noble, qui grandira, gagnera en maturité. Au départ, j’ai eu un peu de mal parce que le roman commence un peu comme un cliché. Et j’e n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à l’un ou l’autre personnage. Mais il y a le charme de l’écriture ou l’auteur ne s’identifie pas à ses personnages, reste extérieur, critique et un peu ironique sans tomber dans la caricature. Et il y a le charme factice de cette société élégante des années ’30 joliment critiquée, démontée sans tomber dans la caricature. Pas indispensable, mais plaisant.

Vita Sackville-West, Haute société, 1932. (Disponible au Livre de Poche)

mardi 6 septembre 2011

Robert Mapplethorpe, Ken Mood and Robert


Mapplethorpe a atteint une perfection formelle dans ses photos, aussi bien dans les portraits, les images de fleurs que dans la pornographie. Tout est net, clair, bien découpé, parfaitement cadré. Rien à ajouter, rien à retirer. Posséder un recueil des ses photos m’est indispensable pour ne pas me perdre en chemin.

Mapplethorpe de Robbert Mapplethorpe, TeNeues, 2007


dimanche 28 août 2011

Brooklyn, années '50


Un livre lu dans le cadre d’une lecture commune avec Delphine’s books (Lire son avis : ici)

L’Irlande, une jeune fille pauvre, l’opportunité de partir en Amérique : voilà l’idée de départ du roman qui se passe dans les années ‘50. Toibin ne choisit pas de nous dépendre quelque chose de glorieux, l’aventure d’une pionnière qui deviendra une successful woman, plutôt l’histoire d’une pauvre fille qui se fait ballotter par les évènements et semble subir ce qui lui arrive. Du coup, on a un roman beaucoup plus réaliste, mais nettement moins emballant. La condition de l’immigrante est bien rendue mais l’immigrante en question peut énerver. Disons qu’elle n’est pas trop inspirante. J’aurais presque tendance à trouver le roman un peu dépressif.

Malgré tout, j’ai aimé parce que j’ai été touché : touché de voir à quel point c’est dur de partir, de quitter ce que l’on connait, de se retrouver seul face à la vie, seul en terre inconnue sans repère. J’avoue, c’est un choix que je ne ferai peut-être jamais, je suis probablement aussi terrifié que cette héroïne si peu héroïque.  Et j’ai aimé le rendu de l’époque. Parce que c’est important de nous montrer d’où on vient, important de ne pas nous laisser que des souvenir glamours de notre passé. Les fifties de Toibin ne sont pas celles du New Look et des grands films en technicolor de la MGM, ce sont des années ou une femme n’est pas grand-chose, ou la pauvreté est présente ainsi que le racisme (ça se passe avant le célèbre "I have a dream" de Martin Luther King) et l’auteur le rend bien, de façon juste et pas misérabiliste. Les fifties de Coibin, c’est une époque que je suis bien content de ne pas avoir connu, je le redis ! (déjà dit à propos du look Mad Men)
Colm Toibin, Brooklyn, 2010

Autoportrait de Murakami en coureur de fond

Voila vraiment un livre pour les fans. Ceux de Murakami (dont je fais partie) et ceux de sport.

La forme est celle du journal, plus que de l’autobiographie, il s’agit de notes éparses ou l’auteur nous parle de jogging. À priori, le jogging comme partie intégrante d’un mode de vie, c’est pas forcément ce qu’on attend d’un auteur culte comme Murakami. Il explique qu’il court tous les jours, fait des compétitions, y compris des super-marathons de 100 km. (Si, vous avez bien lu, moi, je ne savais même pas que c’était possible.) Et il part sur des réflexions sur lui-même, son métier, la vie, l’âge, sa personnalité…

Oui, j’ai trouvé ça intéressant et le côté un peu décousu ne m’a pas dérangé, ça donnerait même du charme. Ça aide vraiment à découvrir un homme dont je ne savais rien, à part que j’adore la plupart de ses romans. Mais en même temps, je ne trouve pas cela indispensable, pas particulièrement touchant. Est-il besoin de connaître l’homme, de l’apprécier pour apprécier ses créations ? Je n’en suis pas persuadé. Heureusement d’ailleurs, sinon, je me sentirais obligé d’aimer quantité de daubes faites par des gens charmants et tenu de méprisé des chefs-d’œuvre. Mais j’avoue que le côté sportif de la chose me barbe : je n’aime pas le sport et je ne parviendrai jamais à m’y intéresser vraiment. J’étais donc content d’arriver à la fin de ce court livre (Un peu plus de 200 pages) qui devrait beaucoup plaire aux joggers mais ça reste un livre sur la course à pied et le rapport de L’auteur avec la course à pied. La poésie qu’on peut trouver dans les livres de Murakami, on la cherche un peu ici. Si vous ne joggez et ne connaissez Murakami : fuyez !

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, 2007. (Disponible en 10/18)

lundi 22 août 2011

Eugénie Grandet

On ne lit plus Balzac et c’est bien dommage. J’ai passé toute ma scolarité en l’ignorant absolument comme bon nombre d’autres classiques. Heureusement que j’étais motivé pour les découvrir, d’autant que certains m’ont apporté beaucoup. La Comédie Humaine, je l’ai lue il y a 15 ans, en entier, ce qui ne se fait guère, mais correspondait assez à mes goûts : j’aime les gros volumes et ne déteste rien tant qu’abandonner des personnages que j’ai suivi et aimer. (Je suis un très mauvais client pour la nouvelle.

Eugénie Grandet fait partie des romans qui m’ont beaucoup plu et que je voulais relire. C’est un saisissant portrait de l’avarice, celui du père Grandet qui fait vivre sa maison sous le régime de la parcimonie la plus extrême pour le plaisir d’entasser les millions et de contempler son or. Sa maison ? Une épouse soumise, assujettie jusqu’à l’abêtissement, une bonne dévouée, et une fille, la belle Eugénie, figure même de la pureté, intouchée par le monde, innocente, prise au milieu d’une cour d’intrigant attirés par l’or du père grandet, la courtisant puisqu’elle est l’héritière. C’est un concours de petitesses et de mesquineries que la naïve Eugénie ne peut mal de remarquer.

Arrive de Paris un malheureux cousin, joli garçon aux grâces féminines, aux raffinements impensable pour l’héritière. Et là, bien sûr, le cœur d’Eugénie s’emballe, elle découvre l’amour, ses ravissements, ses tourments. Mais le père Grandet ne veut pas de cette unions, il y aurait trop à perdre. Et les malheurs de s’accumuler sur la tête d’Eugénie. Car le roman est sombre, va jusqu’au sordide, démontrant que la vertu ne paye pas sur cette terre.

J’ai adoré le lire. Il y a des passages somptueux. L’introduction typiquement balzacienne qui décrit la région, la rue, la maison avant d’en venir aux protagonistes et de poser l’intrique. La découverte de l’amour par la jeune fille innocente est un vrai régal, on est heureux de sentir son cœur s’ouvrir, de voir son âme s’élever à la félicité, même si la chute doit n’en être que plus dure. La description de l’avarice du père Grandet est aussi un régal, qui va des plus petites choses aux grands calculs, faisant frémir mais rappelant curieusement certaines habitudes de nos proches. (Ou alors, c’est que vous n’avez pas eu une tante Huguette comme la mienne, aux doigts crochus, traquant la moindre occasion d’épargner trois francs six sous.) Le cynisme de Balzac tempéré par la foi fait merveille dans cette descriptions d’une famille et des ses familiers, tous plus méprisables les uns que les autres, petit milieu mesquin, étriqué ou seul l’argent a de la valeur. Démodé Balzac ? Pas le moins du monde, en quoi ces thèmes seraient-ils vieillis ? Pas un roman joyeux, mais intense, dense, une vraie petite miniature en grisaille sombre sur la petitesse au fin-fond d’une province reculée. J’ai adoré, comme la première fois !


Balzac, Eugénie Grandet, dans la Comédie Humaine, Scènes de la vie de province, 1933