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mardi 20 septembre 2011

Glamour à Londres...

Joan Crawford
Je suis allé quelques jours à Londres. Curieusement, la ville au contraire de Paris ou j’aime flâner, me transforme en rat de musée, courant les expos et les collections permanentes, peut-être parce que c’est gratuit et que je me dis, juste un petitt tour rapide à la National Gallery pour dire bonjour aux époux Arnolfini, l’un de mes tableaux préféré, et puis finalement, tant qu’à faire, j’irais bien voir cette section du musée que je connais mal et…

Il y a en ce moment à la National Portrait Gallery une expo Glamour of the Gods qui est à tomber par terre, et donc à voir absolument ! Pour peu qu’on soit sensible au glamour hollywoodien. Une collection de portraits d’acteurs des années ‘20 aux années ’60. Un travail fascinant sur l’image et la beauté, le Glamour à l’état pur, là ou il a été inventé, par ceux qui l’on inventé. Et c’est tellement mieux que ces images photoshoppées qu’on nous donne à voir aujourd’hui en essayant de nous faire croire que c’est vrai, que c’est possible… Le glamour, c’est le pur artifice, la forme de beauté la plus travaillée qui soit, totalement coupée du réel. Éclairage, maquillage, costume, pause, tout contribue à nous éloigner. Et c’est merveilleux. Et sans cette culpabilité due aux injonctions de la soi-disant beauté actuelle présentée comme humaine et possible.

Autre expo, peut être moins indispensable : the House of Annie Lennox. Pour les fans, à la base, bien sûr, mais les autres aimeront aussi. J’ai toujours admiré Annie Lennox, sa capacité à s’incarner dans différents personnages. C’est une beauté expressive, une démarche artistique. Elle fait partie de la même génération que Madonna, la génération du vidéo clip et du changement de look. Elle a su imposer une image forte et multiple. A la différence de beaucoup, une image qui ne vise pas à faire sa promo en tant que bombe sexuelle, même si cet aspect existe (I need a Man) ce n’est qu’un aspect parmi d’autre. A défaut d’aller voir l’expo (Costumes, vidéos, photos, et l'installation d'une maison et d'un bureau...) et le reste du musée qui en vaut la peine, allez voir l’ensemble de ses vidéos !

Ici, je mets Precious, pas forcément la plus réussie, mais que j'ai beaucoup aimer au moment de sa sortie.





L’expo Annie Lennox est au V&A ou j’ai aussi acheté des livres parce que la librairie est fabuleuse, je vous raconte ça dans un prochain post !

samedi 16 juillet 2011

Pas ce soir! (ou "je ne baise pas, j'ai mis de l'iris!")


A l'heure ou triomphe ce que l'une de nos internautes préférées appelle la "putasserie putassière", ou le moindre communiqué de presse fait forcément appel à des mots comme "révéler la sensualité" et autre niaiseries du même acabit qui semble limiter notre univers à l'exploration de la sexualité, j'ai envie de protester! Ce n'est pas une crise de puritanisme, non, pas du tout! Je n'ai rien contre le sexe, je ne suis pas hostile à la sensualité. Simplement, mon univers personnel ne se résume pas à cela et je suis un peu plus complexe que l'imagerie traditionnelle qui ne va pas au-delà du simple "je veux plaire" dans l'espoir de consommer. Et que ça me rapporte le jack pot dans certains cas. (Dernières campagnes Paco Rabanne qui touche vraiment le fond en terme de racolage, en plus de faire des parfums médiocre dans d'ignobles flacons.) Oui, dans ma vie, il y a de l'art, des idées, des convictions, etc... Et pour protester, je me repenche sur la famille la moins en chaleur de toute: celle de l'iris, fleur complexe, qui peut être toute douceur et sensualité, mais pas que... (Et que je ne prise guère dans les versions guerlinisées, en fait.)

"J'ai raison!"
Le N°19, c'est un peu le parfum originel du genre. Certes, il y en eu d'autres mais disparus ou méconnus, alors que celui-là est toujours présent. C'est le plus Mademoiselle des parfum Chanel, celui d'une vieille fille redevenue vierge qui aimait à discuter pendant des heures et ne souffrait pas de ne pas avoir le dernier mot. Il tire sa salve de galbanum et vous descend en flèche, impose son iris soyeux sans vous en laisser placer une et se réchauffe doucement. Autoritaire, chicaneur, il a pourtant un bon fond, c'est juste qu'il a toujours raison, toujours le dernier mot! Pensez à Katharine Hepburn face à Spencer Tracy dans Adam's rib. (Madame porte la culotte dans sa version française...) D'ailleurs, quand on a voulu monter la vie de Coco Chanel à Broadway, c'est à Hepburn que le rôle fut confié...
Le N°19 n'a rien contre la bagatelle, c'est juste qu'il passe beaucoup plus de temps à défendre ses opinions! N'hésitez pas à l'affronter de face, c'est comme ça qu'il vous respectera; Sans ça, il vous méprisera impitoyablement et vous n'arriverez à rien.

Dialogue intérieur ou "je t'ignore"
Iris Silver Mist de Serge Lutens est l'iris en majesté, celui qui se suffit à lui-même. Sa superbe vous ignore, sa complexité propre lui suffit, il explore sa richesse intérieur avec orgueil sans voir le reste du monde. Celui-là, c'est Elizabeth (incarnée par Cate Blanchett), indomptable dans sa blanche Albion, laissant l'univers se déchirer mais décidant pour elle-seule, réunissant tout le pouvoir dans ses blanche main, refusant le roi d'Espagne, regardant couler son Invincible Armada, laissant le pape trépigner...
Elle sait, nourrie de l'adoration de ses sujets, royale, unique, glorieuse dans son splendide isolement. Seule, si seule, mais si belle.
Porter Iris Silver Mist, c'est être soi-même, pêcher par orgueil. N'espérez rien de lui, adorez-le à genoux et il vous emmènera peut-être dans son voyage intérieur profondément nostalgique.

"Si vous aimez souffrir, vous allez être servis!"
Bas de soie, toujours Serge Lutens, est à la limite du sadisme. Si vous aimez vous prendre pour la cabotine Bette Davis, vous allez adorer. Comme elle, Bas de Soie gifle, à coup de galbanum, comme elle, il serre les lèvres avec la jacinthe, comme elle, son iris soyeux, même dans ses pires moments est d'une très grande classe! Voila un parfum qui adore distiller son venin, sait vous assassiner en trois phrase mais prendra plaisir à vous en asséner 15, histoire que vous ne vous releviez jamais, tout comme Bette!  Mais comme elle dans Little Foxes (la Vipère), il sait aussi se taire, rester silencieux, raide, incroyablement froid et dur, pour vous regarder vous débattre dans les affres de l'agonie. Attention, il tire sur tout ce qui passe à sa portée, aime contrôler les choses et, pour cela, dissèque, tranche dans le vif.

"Je ne suis pas celle que vous croyez"
Prada avec son Infusion d'Iris a frappé un grand coup: créer un parfum mainstream qualitatif digne des plus exigeantes niches! (Beaucoup de parfums soit-disant rares et exclusifs ne lui arrivent pas à la cheville!) Résultat, un grand parfum accessible partout dans le monde mais hautement qualitatif que ce soit en version originale ou en version homme. Il nous la joue charme discret de la bourgeoisie very hitchcockien. Élégant, racé, aimable mais certain de sa supériorité, il semble ne pas tenir le choc face aux hurleurs et aux vamps ravageuse. Pourtant à l'instar de Grace Kelly, son chic bourgeois, conventionnel et un peu hautain, se révèle troublant et obsédant. On pense l'avoir oublié, mais il revient au moment ou on ne l'attendait plus, alors qu'on s'est déjà lassé des bombasses... Sa perfection, sa retenue, sa façon de ne rien vous laisser espérer, sous ses airs bien comme il faut, sont finalement irrésistibles. Et souvenez-vous d'Hitchcock parlant de ses actrices et disant qu'il aimait "les dames, les vraies, celle qui se transforment en putains une fois passée la porte de la chambre à coucher..."
Méfiez-vous donc de son badinage mondain, de son apparente simplicité: il cache une vraie complexité sous son apparence lisse. Pensez Marnie la voleuse et ses refoulements, Vertigo et ses jeux sur l'identité, ou Grace Kelly aventureuse dans to catch a thief

Immaculé
S'il en est un qui est innocent, c'est bien l'Hiris d'Hermès: vierge de toute faute, il est l'iris d'avant la chute, une nymphe sortie du bois, vue et sans pudeur, parce qu'elle ignore le vice. Tout y est, la tige et la fleur pour un effet de nature terriblement aimable. L'homme ne l'a pas pervertie et elle vous contemple avec de grand yeux de biches effarouchée, sans comprendre le vice. Diane la protège. C'est Lilian Gish, l'une des premières superstars du cinéma, tout droit sortie d'un tableau préraphaélite qui régna sur le muet en éternelle vierge de conte de fée.

Tendresse
L'iris selon Goutal, l'Heure Exquise, si bien nommé est infiniment gracieux: son départ de galbanum est joliment vert, comme un jardin proustien, son bouquet complexe se fait léger et transparent, une rose jolie, bien élevée, rosissante, et l'iris est particulièrement soyeux, avec un soupçon de poudre, pas le maquillage des cocotte, non, la voilette des femmes pudique qui voilent leurs émotions à fleur de peau. Celui-là est complexe et sublimé: élégant, tout en tendresse, et maternel. Une maternité qui ne va pas sans douceur et sans une forme de sensualité, celle des caresses à l'enfant, des caresses au père. Complexe et romantique, il est sentiment par excellence, avec ce que cela peut comporter de force et d'intensité, avec un bon goût imparable et de l'esprit en prime. Penser à Norma Shearer dans Women de Cukor: fidèle, aimante, prête à se sacrifier, bonne au point qu'on pourrait la croire naïve mais sachant sortir ses griffes peinte de Jungle Red quand il le faut. Encore une fois, les Vamps n'ont qu'à bien se tenir, car il leur en coûtera toujours de se mesurer à l'iris!


mardi 31 mai 2011

Polar victorien en toute facilité

Je ne sais si c’est l’été approchant qui me donne de la langueur, la fatigue ou autre, mais je ne suis guère en veine de lecture bien sérieuses, ni d’inspiration. J’ai donc été au plus facile prenant sur le présentoir un policier signé Anne Perry, auteur de deux séries de romans policiers ayant pour cadre l’époque victorienne.

Ici, la série est celle de Monk, un ancien inspecteur amnésique au passé probablement trouble aidé par Hester, ancienne infirmière ayant été sur les champs de bataille de Crimée, prompte à refuser de se laisser à nouveau enfermée dans le rôle de la femme victorienne type. Le plus souvent, les intrigues ont pour ressort la sexualité et ses nombreuses déviances, nombreuse en cette prude ère victorienne hautement corsetée et répressive. Dans le volume d’aujourd’hui « la fin justifie les moyens », il est question du pire : prostitution et pornographie enfantine. Il est vrai que la barre doit toujours être mise plus haut pour retenir l’intérêt. Mais cela reste « gentillet » comme lecture de vacances, policier de bord de piscine. N’est pas Mo Hayder, la terrifiante, qui veut.

On prend plaisir néanmoins à suivre des intrigues bien ficelées et à retrouver des personnages attachants dont on peut suivre l’évolution de livre en livre. Rien de révolutionnaire, mais agréable pour ces moments ou tout ce qu'on souhaite est un peu d'évasion, de dépaysement.

Le coté morale corsetée s’éclaire peut-être quand on lit la biographie de l’auteur, impliquée dans une affaire en Nouvelle-Zélande : la jeune fille a été impliquée dans le meurtre de la mère de sa meilleure amie. Les deux jeunes filles étaient très proches, trop aux dire des familles qui voulaient les éloigner. Cet épisode, dans les années ’50, a directement inspiré le film Créatures Célestes. (Havenly Creatures) Il est fort tentant d’y voir l’origine d’une dénonciation quasi systématique de la morale étriquée dans nos sociétés, porte ouverte aux crimes et aux excès…

NB : il vaut mieux lire les séries dans l’ordre de parution. Commencer par un volume au hasard est un mauvais plan.

Anne Perry, La fin justifie les moyens, dans la collection Grands détectives, 10/18, 2010

lundi 2 mai 2011

I am big. It's the pictures that got small...

Joe Gillis: You're Norma Desmond. You used to be in silent pictures. You used to be big.
 
Norma Desmond: I am big. It's the pictures that got small.



dans Sunset Boulevard, Norma Desmond / Gloria Swanson porte Narcisse Noir de Caron. Joe Gillis-William Holden n'est pas fan de tubéreuse. Leur dialogue pourrait concerner nombre de parfums anciens qui végètent dans les rayonnages du bas des parfumeries, cachés derrière des nouveauté "petit format" qui ne leur arrivent pas à la chevilles. 

Norma refuse son époque et bascule dans la folie. Gloria Swanson dit là une réplique qui pourrait la concerner autant que son personnage. Devant elle et von Stroheim, tout les autres acteurs semblent ramper. Veux-on un cinéma réaliste ou un cinéma plus grand que la vie?


samedi 29 janvier 2011

teenager...

Il y a des matins comme aujourd'hui ou j'ai envie de retrouver mon adolescence, pourtant pas la période la plus faste de l’existence, mais ou je lisais beaucoup et ou j'allais beaucoup au cinéma. Je suppose qu'aujourd'hui, on va moins au cinéma et on regarde plus de dvd...

Le livre qui a enchanté toute mon adolescence, non, ce n'était pas la recherche, c'était Madame Bovary, lu au moins une fois chaque année entre mes 14 et mes 25 ans; je peux dire que je le connais presque par coeur et qu'il m'a beaucoup influence. Flaubert de manière générale, mais ce roman là en particulier. Et je ne parviens pas à savoir si certaines décisions que j'ai prise ont été prise dans le but inconscient de coller au roman ou si le roman avait une telle portée universelle qu'il colle à la vie. Je reconnais que dans les deux cas, c'est plutôt un constat d'échec assez peu glorieux...

A cette époque de ma vie, je boudais assez la teen littérature et je l'ai redécouverte par après, tout ce qui peut aussi se nommer "roman d'apprentissage" ce qui fait quand même bien plus sérieux. La physique des catastrophes de Mrisha Pessl échappe à la définition car s'il reprend quasi tout les code du genre, il va plus loin et nous propose un jeu d'énigmes littéraires (chaque chapitre porte le titre d'un classique de la littérature) policière, etc. Je ne vais pas en dire trop... L'aspect psychologique de l'adolescence est bien présent, mais vu à travers le prime d'une adolescente qui semble trop mure, trop adulte, en avance... Comme souvent, c'est ça qui rend la chose intéressante, parce que sinon, la plupart des raisonnement ado sur 800 pages, ça tient assez peu la route pour faire un ouvrage "sérieux." Ce qui n'est pas du mépris envers l'adolescence de ma part, la vie en générale est sans intérêt couchée sur papier si elle n'est pas transfigurée par un auteur. Mais finalement, la lecture de l'adolescence est assez juste, puisque cette jeune fille trop mure pour son age, va se retrouver piégée par le monde des adultes qui la manipule faisant ainsi du roman une métaphore finalement assez juste. (Mais je ne peux vraiment pas trop en dire parce que ça gâcherait les rebondissement pour ceux qui n'ont pas encore lu le livre) Avec sa lenteur et ses accélérations brutale et déstabilisante, c'est vraiment un bon livre écrit par une amoureuse des livres.



Au rayon cinéma, j'ai envie de revoir The opposite of sex, renommé Sexe et autre complications pour la version française, ou Don Roos met en scène une Christina Ricci adolescente, blonde et séductrice cheap, bien décidée à faire son chemin dans sa vie de paumée en ravageant la vie des autres. Elle se présente d'emblée comme Dedee Truitt, 16 ans, n'ayant pas un coeur d'or, et voulant le contraire du sexe, un truc pour les ratés, qui crée des liens et de la douleur...La comédie est grinçante et ironique au possible, bien au delà du teen movie dont elle reprend les codes. Evidemment, pour Christina, que j'adore, c'est un contre emploi et elle y cassait son image de fille bizarre due à la Famille Adams et à son physique hors de normes hollywoodienne... J'avoue, je l'adore, j'aime son étrangeté, le fait qu'elle ne rentrera jamais dans aucun moule. Elle est tellement plus intéressante devant la caméra que ces clones de jolie fille dont on a l'impression qu'ils sont fabriqués à la chaîne dans une usine californienne, qui parviennent seulement à exprimer leur joliesse interchangeables. Mention spéciale à Lisa Kudrow, échappée de Friends, qui incarne une prof, coincée, psycho-rigide, aigrie, amoureuse du "veuf" de son frère: un prof homosexuel, qui a son lot de réplique grinçante et vacharde. Tous les personnages valent le détour, en fait, et il n'y a pas un moment ou on ne s'amuse pas.  Jubilatoire et jouissif.  


Marisha Pessl, La physique des catastrophes, Folio, 2008

The Opposite of sex, Sexe et autres complications, sorti en 1998, disponible en dvd. (Colombia Tristar)

mercredi 3 novembre 2010

Center Stage, Chine années '20.


De Canton à Shanghaï, Maggie Cheung Man-yuk incarne Ruan Ling Yu, la Marlene Dietrich Chinoise, harcelée par la presse, suicidée, dans un film mélangeant documents d'époque et interviews: une réflexion sur la célébrité, un film touchant et dangereusement beau. Maggie semble y préparé ses poses esthétisantes de In the mood for love. Attention: donne de furieuses envies de Qipao Art Déco.


Center Stage - Yuen Ling-yuk,  Stanley Kwan, 1992