Affichage des articles dont le libellé est vert. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vert. Afficher tous les articles

samedi 22 décembre 2012

fin d'année...

Comment épouser un millionnaire?
Rory Calhoun & Betty Grable

J’avoue ne pas aimer beaucoup la fin de l’année, je la bouderais même bien volontiers : l’esprit de Noël m’ennuie et ne m’inspire que cynisme et sarcasmes, le froid ne me plait pas et je maudis bien fort ceux qui aspirent à un Noël blanc en leur souhaitant de glisser et de se casser une jambe dans cette neige qu’ils ont voulue et qui me déprime profondément. Pourtant, j’ai beau ne pas aimer l’hiver, j’apprécie le changement des saisons et me rends bien compte que ma saison préférée, le printemps, n’est possible que grâce à la triste et froide saison. J’essaye donc d’en prendre mon parti et en profite pour redécouvrir certains parfums dont le rendu est diffèrent, parfois plus beau comme c’est le cas des verts par temps froid et sec : plus incisifs, plus verts, ils gagnent incroyablement.

Les vacances sont particulièrement bienvenues et objet de tous mes soins : pour garder la maison, je me love dans le confort des pulls douillets et de la robe de chambre élégante, parfumé de vintages élégant ou de modernes aux nuances poudrées… J’avoue aimer pour l’occasion les parfums sans sillages véritables, un peu enveloppant et un peu lourd à l’ancienne. Et surtout, je vis au milieu des bougies redécorant mon modeste home par l’odeur.

Pas question de la note typique de la saison: l'insupportable accord cannelle-orange, pas déplaisant, je le concède, mais un peu cheap et surtout beaucoup trop senti. À force d'être partout dans la ville il finit par ne plus évoquer la fête mais juste le shopping de préparation à la fête. Lui chez moi, j'aurais l'impression d'être sur un marché de Noël!

Cette année, je craque pour un peu du soleil et de la lumière du sud via le Mimosa de Diptyque qui rend si bien cette atmosphère. Le parfum est à la fois joyeux et un peu grave, assez sensuel dans sa suavité. Autre coup de cœur, toujours chez Diptyque, décidément ma valeur sûre lorsqu’il est question de bougie : Chêne qui me donne toujours l’impression d’être invité dans la cabane d’un bûcheron canadien. Si vous avez vu « comment épouser un millionnaire » vous savez de quoi je parle : Betty Grable, c’est moi !

Et chez vous, ça sent comment?

vendredi 2 novembre 2012

Rétro futurisme


En 1970, Caron, maison déjà déclinante, tentait l’aventure des grands espaces et visait l’Infini dans un parfum. Je suppose que le but était d’évoquer quelque chose comme les coursives de 2001, la dérive de Solaris, ou quelque chose d’aussi futuriste, mi figure-je peut-être naïvement. Le résultat fut un parfum typique des années ’70, un floral vert qui n’était pas aussi audacieux qu’il voulait le paraître.

Infini démarre sur quelques aldéhydes avec un effet un peu "Calandre" mais moins acerbe et vert, on croirait presque une cologne. Se dégage une jolie note de coriandre et le parfum se fait vert mais relativement doux, floral, très lié, très lisse. On distingue vaguement une note un peu foin de narcisse, mais adouci, c’est fleuri, mais à peine : abstrait avec des fleurs pour matériaux serait plus correct ! Tout cela se termine de façon très naturelle dans une ambiance boisée, une pointe de vétiver discernable, et légèrement fumée, là ou Calandre prenait soin de calmer le jeu en se patinant, en misant sur des notes savonneuses et cosmétique, Infini mise sur une jolie balade en forêt avec un rendu qui reste de l’ordre de l’idée, de la sensation plutôt que du naturalisme. Infini s’inspire de la nature mais ne la cite pas.

Stéphane Audran, Michel Bouquet
Juste avant la nuit de Claude Chabrol
Le parfum est joli, très bien fait, sans être un chef d’œuvre. Mais une nostalgie me prend : il semble ramener à moi une foule de souvenirs de ces années là, non pas que je l’ai jamais senti mais parce qu’il leur correspond tellement bien. Loin des patchoulis hippies, ou des parfums de grande dame couture à la Rive Gauche, il évoque les shampooings aux 7 herbes, les envies de retours à la natures et de weekends à la maison de campagne, les appartements modernes  décorés de fleurs séchées, etc. En fait, il me fait penser aux films de Chabrol de cette époque, Stéphane Audran en élégante bourgeoise, souvent habillée par Karl Lagerfeld… Infini n’est pas une œuvre d’art à contempler, mais plutôt une photo ancienne qu’on aime garder sur un coin de bureau parce qu’elle rappelle de bon moments…

Une belle époque pour la parfumerie, ou démocratisation ne voulait pas dire facilité, vulgarité. Une époque qui est discrètement à la mode chez ceux qui déteste les patchoufruits et autres fruitchoulis parce que le mainstream ’70 est diamétralement à l’opposé du nôtre : vert contre fruits rouges, subtilité contre arme de destruction massive. Le luxe se déclinait en eau de toilette, offrait les codes aristocratiques à la rue alors qu’aujourd’hui, il semble bien que la rue impose sa vulgarité au luxe qui réinterprète de façon plus onéreuse les tendances les moins raffinées…  

Infini, Gérard Lefort pour Caron, 1970.

jeudi 21 juin 2012

c’est l’été


louise brooks
Enfin... 

L'été, la chaleur, le soleil et cette paresse, cette langueur qui s'empare de moi, me pousse à rechercher l'ombre, à m'étendre sur la méridienne ou le lit, mollement, comme si soudainement mon corps était de coton et non plus de chair et d'os. Laissez-moi, couché, avec un livre à la main, rêvasser, oublier la chaleur qui m'accable. N'attendez rien de moi, ne me parlez même pas. Je serai de nouveau à vous quand l'été sera terminé. Je reviendrai à moi avec l'agitation, l'effervescence de la rentrée. D'ici là, je ne veux rien, rien que la paix et une figue juteuse. La figue, l'un des rares fruits qui me séduise par ses facettes changeantes, tour à tour vertes, sucrée, laiteuses…

Je ne le cite pas toute, juste mes deux préférées, qui ne sont pas les plus pures, car la simple matière ne me plait pas tant que cela. Pour commencer, le Jardin en Méditerranée de Jean-Claude Ellena pour Hermès (2003), la plus élégante des figues, celle qui se pare de fleurs, se savoure en bouquet piqué d'agrume, se nuance de bois et d'eau, toute en transparences, jolie citadine qui porte des sandales lamée or quand les autres sont en espadrilles. A l'opposé, Ninfeo Mio d'Isabelle Doyen et Camille Goutal pour la maison Goutal (2010) s'avance échevelée, pieds nus, dans le jardin des Hespérides pour trouver la fraîcheur à l'ombre verte des grands arbres.

Donnez-moi l'été et ces deux parfums et je suis si bien…

samedi 26 mai 2012

souvenirs verts


Le vert tendre des souvenir, pas celui, dur et cassant de la frigidité. Le vert de l'Eau de Campagne (Sisley) et sa ballade au potager. Le vert de l'Eau de Lierre (Diptyque) et sa maison de famille aux murs de pierre humides couverts de végétations. Et l'Eau de Camille d'Annick Goutal, peut-être pour moi le plus intime, le plus madeleine de Proust, le plus personnel, donc le plus émouvant…

Je me moque de savoir qu'il fut créé pour une jeune Camille de huit ans qui voulais retrouver les senteurs du jardin, l'Eau de Camille me parle à moi, de moi, de mes souvenirs de citadin qui sentait aux beau jours l'odeurs des jardins, pelouses fraîchement tondues, seringas capiteux, tout un monde caché par des haies., invisible et présent qui me parle comme les aubépines parlaient à Marcel Proust. Je ne savais pas ce que ces haies, ces jardins me disaient, l'Eau de Camille me le révèle en me les rendant : ils me parlaient de moi, me disaient de revenir, de rester. L'Eau de Camille me rend mon innocence perdue, l'époque où tout était facile, où les été duraient longtemps… Pourtant, il y a des complexités, la promesse des voluptés et des douleurs à venir dans ce parfum que l'on aurait tort de qualifier de facile et de puéril. La douleur des déchirements futurs, l'angoisse de savoir que tout cela ne peut durer, la pensée des adieux, la peur de se retourner et de découvrir les zones d'ombres, la part sombre qui reviendra nous hanter longtemps encore.

Ce qu'une odeur si simple de gazon, de tilleul, de seringa,  delierre, peut faire !

L'Eau de Camille, Annick Goutal, 1983.

vendredi 6 avril 2012

Ma Griffe (Vintage, bien sûr !)*


Ma Griffe de Carven est encore facile à trouver en version ancienne à des prix très raisonnables car sa popularité n'est plus, hélas, ce qu'elle a été. Pourtant, ce parfum a été un succès, pendant longtemps. Pas vraiment plus daté que d'autre, il doit au manque de soutien et au déclin généralisé de la marque Carven d'avoir été oublié alors qu'il fut une valeur sûre de la parfumerie.

Ma Griffe est né en 1946, créé par Jean Carles pour Madame Carven qui connaissait un succès certain avec sa maison de couture. Bien sûr elle n'était pas et ne deviendrait pas Balenciaga, Dior, Fath ou Balmain, mais elle avait sa clientèle de femmes élégantes, jeunes et dynamiques qui n'avait pas nécessairement les moyens d'aller chez ces messieurs et qui voulait une mode plus jeune, plus sport, un peu moins madame. Le parfum ressemble à ceux à la mode à cette époque : un chypré vert avec sa dose d'aldéhydes. Ressemble, mais se distingue et s'affirme. Ma Griffe démarre par une bouffée d'aldéhydes, mais loin de l'effet solaire, doré, du nimbe bourgeois et cossu du N°5, il explore un aspect métallique, incisif, qu'on retrouvera plus tard dans Calandre ou dans Rive Gauche. Le vert s'installe, mais pas de galbanum petit pois ici, plutôt la sauge et ses effets de feuillages exotiques pour un vert chaud qui va révéler les fleurs : jasmin, ylang, rose, mais l'effet général est surtout gardénia. Ensuite, vétiver, tonka, et surtout la mousse de chêne, la vraie, la belle, celle qu'on aime. Evidemment, il y a, dans le parfum, cette patine légèrement poudrée, cette fluidité dans l'évolution, cette complexité typique des anciens parfums qui font toujours paraître les parfums actuel un peu brutaux, heurtés.

On pense un peu à Miss Dior, mais le Carven n'a pas à rougir, Jean Carles l'a fait plus chaud, mais surtout plus libre, moins classique et corseté. Ma Griffe fait irrésistiblement penser à cette image d'Épinal de la parisienne des années '50, pleine de charme, plus que belle, avec du chic et du chien, plus de goût que de moyens, mais qui réussit avec une robe, deux tailleurs et trois foulards à être toujours élégante et surprenante. Son parfum la précède, la suit, annonçant qu'elle a de l'esprit, l'humeur joyeuse et -qui sait ?- peut-être amoureuse.

Ma Griffe, Jean Carles pour Carven, 1946.




* Ce (Vintage Bien sûr !) est un hommage à une incarnation actuelle de cette parisienne idéale qui se reconnaîtra peut-être.

mercredi 25 janvier 2012

Missing Dior

J’ai donc enfin pu en ce début d’année comparer trois versions de Miss Dior: L’eau de toilette en atomiseur du début des années ’80, l’extrait des années ’90, celui que je connais le mieux, l’eau de toilette actuelle. Miss Dior est un classique de la parfumerie française, un monument d’élégance fleurie qui, comme les robes New Look avec lesquelles il est né, se tournait vers le passé. Un départ végétal vert, un cœur fleuri, un fond de chypre, la recette est belle, l’exécution réussie : le parfum réussissant à faire riche, couture, tout en arborant une fraîcheur flatteuse qui lui évite de tomber dans un chic de dame mûre sans pour autant sombrer dans une puérilité mièvre.

L’eau de toilette vintage est un enchantement: terriblement dense, tout est lié, diffus, touffu, avec une richesse que je qualifierais de foisonnement végétal qui n’a pas été sans me faire penser à la serre de La curée de Zola, où les végétaux mêlent leurs senteurs et font succomber les amants. C’est enivrant, terriblement couture, présent tout au long du jour comme une étole de fourrure, légère mais chaude, dans laquelle on se love voluptueusement.

L’extrait reformulé en 1992 semble beaucoup plus simple par comparaison, plus lisible : on reconnaît la forme, certes, mais le tout semble moins lié, respecte les trois étapes en marquant plus les transitions. Ça lui donnerait un côté scolaire : en premier, le galbanum, ensuite… C’est toujours joli, mais à une imitation assez réussie de loin mais qui ne trompe pas quand on la porte. La différence de concentration surprend : la tenue et le sillage ne sont pas meilleurs. En outre, le fond est beaucoup plus patchouli que mousse de chêne dirait-on.

La version actuelle, je suis allé la sentir sur un stand Dior, comme pour me punir d’avoir cédé aux charmes du vintage : comme l’extrait : du galbanum et des fleurs, mais ou est donc passé le fond ? La richesse ? Le moelleux ? L’eau de toilette actuelle a beau se dire originale, elle n’est qu’une pâle imitation, un spectre, semblable à un jardin en hiver dont je sais qu’il est là, sans pour autant avoir envie d’aller m’y promener.

Mon Dieu que je ne regrette pas d’avoir céder aux joies du vintage, aux charmes de l’ancien. Je ne me serais JAMAIS offert l’actuel, mais quel bonheur de pouvoir porter un parfum aussi beau, de baigner dans son aura de luxe. Certes, c’est rétro, c’est daté, puisqu’on en fait plus des comme ça de nos jours, mais porté avec une tenue simple, basique, ça ne fait absolument pas vieille dame rétro, dépassé, c’est juste incroyablement confortable et séduisant.

 
Miss Dior, Jean Carles pour Dior, 1947

mardi 27 septembre 2011

The final cut


Je me suis mis à la tâche un soir de cette semaine, triant les flacons dans mon armoire, assez vite, me surprenant à arriver assez facilement sous les 10, laissant même de la place pour des parfums à intégrer, finalement. C'est assez simple de savoir ce que j'aime, ce dont j'ai besoin, envie. Il suffisait de s'y mettre, de ne pas être paresseux. J'ai atteint une short list de 5 Parfums (oui, seulement 5 vous avez bien lu) dont je ne peux pas me passer, absolument, sous aucun prétexte, et puis c'est tout, et ça ne se discute pas.

Iris Silver Mist, L'Heure Exquise, Bas de Soie, L'eau du Sud et le Néroli.
Trois Iris, Trois Goutal et deux Lutens. Objectivement, des parfums plutôt froids, pas très sympathiques.

Iris Silver Mist parce que c'est le plus bel iris, que même sans le porter, il faut l'avoir à portée de la main, il pourrait remplacer tous les autres mais il n'est pas très portable en été, c'est là son seul défaut. Son capital sympathie est au plus bas, c'est, par excellence, la monomatière qui se sait sublime et s'abime dans son narcissisme à la limite de l'autisme en niant totalement le reste du monde.

Bas de Soie aurait pu être hors liste, remplacé par le N°19 mais… Coté friendly attitude, on a vu mieux que cet intellectuel austère qui discoure en imposant le silence autour de lui. (« Et baisse les yeux quand tu m'écoute ! »)

L'Heure Exquise est la facette sentimentale de l'Iris, proustienne, gracieuse, maternelle, réconfortante. Faussement rétro : si tous les codes du parfum à l'ancienne semblent y être, sa légèreté, sa transparence qui donne à ses notes poudrées des transparences de mousselines l'inscrivent dans la modernité. Par rapport à sa date de création, il peut sembler rétro ou précurseur suivant que l'on s'attarde sur l'un ou l'autre aspect. Point commun entre l'Heure Exquise et le Bas de Soie à part l'iris, le galbanum. Et ça, c'est vraiment mon désespoir, je n'ai pas trouvé un seul beau vert, un seul galbanum qui me plaise. A Scent de Miyake n'est pas mal, le parfum de Margiela est bien, mais non, ils ne collent pas parfaitement à ce que je cherche. Et je préfère passer et attendre d'avoir trouver celui que je cherche. Se limiter, c'est n'avoir que ce qui correspond entièrement à nos attente. Et ça, c'est bien.

Le Néroli de Goutal, c'est vraiment l'une des toutes belles réussites d'une maison douée pour les soliflores qui n'en sont pas vraiment. Le départ est crissant, plus que frais, et l'évocation de la fleur d'oranger est vraiment réussie : épicée, un peu miellée, mais pas « alimentaire » pour deux sous. Le départ le fait plutôt classer dans les pas sympas. Coté tenue : pas exceptionnelle sur peau mais vraiment longue durée sur tissus. Étrange  Indispensable.

L'Eau du Sud est avec le Néroli le parfum le plus simple à porter. Un peu vert, un peu hespéridé, un peu chypré, il tient des heures, presque des jours sur tissus et succède naturellement à de grands classiques : Pour Monsieur de Chanel, horriblement défiguré par une reformulation qui l'a défiguré, l'Eau Sauvage de Dior qui semble plus monolithique et plus artificielle. Vraiment beau. Je le préfère à l'Eau d'Hadrien car plus complexe. D'autant qu'aussi belle qu'elle soit, l'Eau d'Hadrien n'a aucune tenue. Un internaute très avisé, (oui, Thierry, c'est de vous que je parle) m'a d'ailleurs dit avec sagesse : « quand on a aimé pour Monsieur, Eau sauvage et Hadrien, c'est une évidence ! » Oui, pour moi, ce parfum est une évidence, quelque chose de facile, léger, rieur et terriblement élégant dans sa nonchalance. (Et je précise que la crème pour le corps assortie est plus que réussie : on peut pratiquement passer de la version eau de toilette.)

Je rajoute trois parfums qui sont peut-être susceptibles de changer, d'être remplacés mais qui sont à peu près ce que j'ai trouvés de mieux dans leur genre : à La Nuit, Fracas et Baghari. Tiens, deux Piguet, des anciens, et un Lutens, à nouveau, comme pour équilibrer avec le Goutal de la short list.

À la Nuit est pour moi l'un des plus beaux jasmins actuels. Avec le N°5 que je me refuse désormais à porter, sur lequel il a l'avantage d'être beaucoup plus explicitement sexuel, passé les premier instants un peu verts, il se fait terriblement animal, indolique, semblant très directement dire « ce soir, je baise » en vous regardant droit dans les yeux. Ce n'est pas exactement mon style de jouer les bombasses, mais il peut m'arriver occasionnellement d'être hot. On devrait toujours avoir un parfum torride sous la main. L'avantage du Lutens, c'est qu'avec son coté floral, il réussit à être élégant et à parler de cul avec un minimum de subtilité et de bonnes manières. (Et, oui, j'ai dit un gros mot parce qu'il fout appeler un chat un chat)

Fracas rentre volontiers selon certain dans la catégorie chaudasse, mais pas pour moi, son coté enveloppé, travaillé, le place dans une catégorie élégante assez contenue. En outre, la tubéreuse ne m'a jamais semblé particulièrement sexuelle. Narcotique, hypnotique, fascinante à l'occasion, comme la Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens, mais pas si sensuelle même si c'est une bombe qui attend d'exploser. En fait, la tubéreuse pour moi signifie chieuse depuis que je l'ai rencontrée avec Poison en 1985. La tubéreuse se contient parfois, c'est le cas de Fracas, mais avec peine, on sent très bien qu'elle tapote du pied de façon charmante quoi qu'un peu impatiente, mais qu'elle est au bord de l'éclat. La tubéreuse, pas sympathique non plus, est le parfum qu'il faut lorsqu'on veut claquer les portes et hausser le ton. Je dois dire que la capacité de Fracas à diffuser me fascine : voilà un parfum capable de remplir une pièce sans être lourd. Et son intensité ne semble pas varier suivant la distance. Exemplaire là ou beaucoup sont écœurants lorsqu'on approche du porteur, son sillage n'a pas besoin d'en faire trop. Mais à l'avenir, je pourrais tout à fait le remplacer par une autre tubéreuse ou un autre bouquet. La très pure Tubéreuse de Goutal, ou le bouquet distingué du Fleurissimo de Creed par exemple.

Baghari. Je l'avoue, je ne sais trop si me passer de Chanel et continuer un aldéhyde fait sens. C'est Bois des Îles qui me manque le plus chez Chanel finalement. Mais Baghari est assez beau pour me consoler partiellement et assez distinct des variations Chanel pour ne pas entretenir la nostalgie. Ses incontestables cotés aristocratiques, son orange légèrement amère joint à ses fleurs blanches lui donne ce je ne sais quoi de propre mais pas nécessairement pur qui fait l'intérêt de la famille. Voilà un parfum qui sait être hautain mais dont on devine qu'il peut à l'occasion s'abandonner. À peu près aussi sympathique et chaleureux que les bourgeoises très élégantes de Newton qui se font prendre par le premier inconnu qui passe sans défaire leurs brushings.



Je me suis rendu compte en triant que je préférais certains parfums en bougies ou parfums d'ambiance plutôt qu'en parfum pour moi. L'encens d'Eglise par exemple : rien ne vaut la bougie Spiritus Sancti de Trudon. De même, je préfère la bougie Trianon de la même marque et son évocation des jacinthes au Jardin Clos de Diptyque. Et je pourrais multiplier les exemples à l'infini.

Illustations: Helmut Newton


jeudi 22 septembre 2011

Mise au vert

L’automne arrive, l’automne est là. Pour certain, il est temps de penser parfum fourrures ou chypres élégants. Pour moi, il est temps de me mettre au vert et de revisiter les eaux. A moi la fraicheur des colognes et la grâce acerbe du vert. A moi, ces parfums que l’on qualifie d’estivaux, qui sont bien en été mais peuvent jouer une toute autre partition lorsque les températures baissent, révélant une élégance certaine, un chic affirmé, prolongeant les splendeurs de l’été, affichant une superbe orgueilleuse au cœur de l’hiver, loin des compromis. Je ne boude pas une soirée au coin du feu avec un bon livre dans ma robe de chambre saturée d’Arpège, mais j’aime sortir en compagnie de ces altières et froides beautés.


Appolon et Daphné, Le Bernin

L’eau de Lierre de Diptyque fait partie de ces parfum qui gagnent à l’arrivée de la saison fraîche, comme si d’être en harmonie avec la météo lui permettait de s’exprimer mieux. Le départ est assez acerbe, terriblement vert, avec un galbanum tout en feuilles et cosses de petits pois. C’est humide et frais comme ces murs auxquels les lierres s’accrochent. Est-ce le soleil qui monte ? Mais l’Eau de Lierre s’adoucit peu à peu. Elle reste pourtant un parfum végétale et humide, teinté de vert sombre, mais les muscs, les bois contribuent à lui donner un coté rassurant, presque moelleux, terriblement confortable. C’est un banc au soleil a l’abri du vent qui permet de profiter de la chaleur du soleil dans l’air transparent de l’hiver. Un moment silencieux, serein.

L’eau de Lierre, Diptyque 2006

mercredi 7 septembre 2011

épuration (ceci n'est pas un article politique)

L'élégance est un refus
Diana Vreeland



Je suis du genre à accumuler, entasser, emmagasiner, essayer toujours plus, autre, plus neuf, plus beau… Et régulièrement, je me fais une petite cure d’épuration comme d’autres font carême. Une subite envie de moins, pour mieux, de nouvelles bases sur lesquelles repartir. En réalité, il s’agit plus de revenir à mes fondamentaux, ce qui est moi, me correspond. Ne me demander pas pourquoi il n’en va pas ainsi tous les jours de toute l’année… Curieusement, le plaisir pris à m’alléger est aussi grand que celui de ces mois, de ces années, consacrés à accumuler. Je jette, je donne avec un réel plaisir.








Rayon chiffons, moins de "déguisements", plus de simplicité de coupe, de matières solides. Sobre, casual, peu élégant mais facile à vivre et durable. Mais en fait, ce sont souvent les plus vieux qu’on aime le plus, qui nous vont le mieux. Les fringues neuves qui ne sont pas exactement mon genre, je finis toujours pas leur trouver un défaut, même minuscule, alors que quand j’aime vraiment, que je me sens bien, je peux accepter l’usure et les réparations sans problème. En fait, le côté usé, authentique des choses qui ont vécu, c’est un plus. Et j’adore l’idée qu’un vêtement traverse les époques. De même que j’adore qu’un vêtement possède une histoire. Le caban de marin, je trouve ça beaucoup plus intéressant que la pure création de styliste. (Mais que Saint Laurent se soit pencher dessus est un plus, nous sommes bien d’accord) Vive le basique ! L’utilitaire !

Côté parfum, je suis pire. Parce que j’ai plus de mal à me dire que ça ne me va pas, que je ne me sens pas à l’aise. Plus de mal à accepter qu’un chef d’œuvre n’est pas pour moi. Alors, je me berce de l’illusion qu’il suffira que le bon moment se présente. Pourtant, il y a des choses évidentes à comprendre : je ne serai jamais une bombasse en musc, je ne sais pas flirter en violette… Et surtout personne n’a besoin de 215 parfums différents. (Je vous rassure, ce chiffre ne correspond pas à une réalité)  Quelques-uns suffisent pour faire face à toutes les occasions de la vie. Et un parfum un peu cool, facile, discret peut faire toutes les circonstances même si on s’ennuie beaucoup ! L’idée de n’en avoir qu’un ne me traverserait pas l’esprit ! Mais moins et plus adaptés, oui !

J’aime et je me sens bien : dans des frais, des eaux chyprées, aromatiques, bourrées d’hespérides. Souvenir : l’Eau Sauvage a été mon premier parfum, celui qui m’a suivi pendant 15 ans. Vent Vert a été mon compagnon jusqu’à sa reformulation désastreuse. Pour Monsieur, Chanel, l’Eau de Campagne de Sisley, L’Eau d’Hadrien d’Annick Goutal, m’ont suivi un peu moins longtemps, mais c’est évident qu’il m’en faut ! En ce moment, craquage sans scrupule pour l’Eau du Sud de Goutal : tout ce que j’aime. Un internaute très avisé m’a dit qu’après ce que j’avais déjà aimé, c’était évident, un aboutissement. Il avait entièrement raison. On devrait plus souvent écouter les sages avis.

Indispensable aussi, mes éternels et merveilleux iris. Je ne peux pas m’en passer. Un seul pourrait faire l’affaire mais le plus beau, le plus WAW, Iris Silver Mist de Lutens, n’est vraiment beau qu’en hiver. Bas de Soie est gracieux par toutes les températures et possède ce galbanum que j’aime temps et cette affirmation catégorique, ici un peu hystérique, qui me plait tant. Mais l’Heure Exquise, tellement proustienne, gracieuse, tendre a aussi ce départ en galbanum. Et Hiris d’Hermès est si facile à porter… Mais L’Eau du Sud est aussi très facile à porter. Bon, s’il ne devait y en avoir qu’un, ce serait probablement Bas de Soie. (Mais il ne doit pas y en avoir qu’un !)

Des floraux, ça, bien sûr qu’il en faut ! On a toujours besoin d’un floral ou deux. Un capiteux : le jasmin d’à la Nuit, très animal après un départ presque vert, qui pour moi remplace les orientaux. Un bouquet aldéhydé parce que c’est toujours élégant et qu’on a toujours besoin d’un truc un peu complexe et sophistiqué dans sa garde-robe. Baghari pour le printemps-été, Arpèges pour l’automne hiver. Une tubéreuse, c’est bien aussi à avoir pour une très mauvaise raison : c’est LE truc qu’il faut avoir quand on veut faire la gueule : dans la tubéreuse, il y a de l’orage, de la colère, du pied qui tape, des doigts qui pianotent et d’infinie réserve de mauvaise foi.  Et moi je dis qu’on a toujours besoin d’un peu de mauvaise foi ! Et d’une très bonne excuse pour s’offrir un parfum de plus. THE tubéreuse, pour moi, ce sera Fracas et son coté « grande dame qui se contient » parce que les cris, les grands gestes, ce n’est pas mon genre. 

MMMM on n’est pas vraiment dans le minimalisme n’est-ce pas. Pourtant je vous jure que ça réduirait considérablement ma garde-robe de me limiter à ça: 5 parfums ! (On peut quand même ajouter le Néroli? Et...)





jeudi 17 mars 2011

Femme fatale en Bas de Soie

Je ne sais toujours pas ce que je dois penser de bas de soie de Lutens sorti l’an passé et qui avec l’accélération du temps me semble presqu’ancien. Ma première pensée a été N°19 ! Ce qui m’a déstabilisé parce que Lutens était aux antipodes de Chanel par bien des cotés même si les deux marques ont (avaient ? Je pense en me posant la question à Chanel) en commun une grande exigence dans la vision et le courage de poser un avis catégorique.

Le N°19 est un Galbanum Iris ou SAR l’Iris, triomphalement annoncé par le galbanum, trône en souverain soyeux au milieu de ses suivantes fleuries, en reine vierge, forte de son bon droit, plus cérébrale que sensuelle. Dans Bas de Soie, le galbanum lance son attaque, gifle à tout va d’autant que la princesse guerrière Jacinthe est là pour le soutenir, volant la vedette à sa souveraine Iris. Et quelle Jacinthe : débarrassée de tout ce qui peut lui conférer rondeur, de tout aspect charnel ou sucré : une jacinthe crissante, cinglante qui ne cédera la place à l’Iris qu’à contrecœur. L’Iris est bien tel que dans le 19 soyeux et non poudré mais ici, la facette métallique est encore mise en avant pour un effet de lumière blanche et froide.

Autant j’avais aimé la version sentimentale et tendre qu’Annick Goutal donnait du 19 avec sa bien nommée Heure Exquise, autant je doute un peu de la lecture sadienne qu’en donne Lutens qui a accentué à plaisir tout ce que le N°19 peut avoir d’inquiétant. Le résultat me semble intéressant, dessinant une silhouette de femme fatale glacée et méprisante dont j’imagine volontiers qu’elle garde une cravache sur sa table de chevet. Si N°19 a toujours raison, Bas de Soie semble jeter comme un défi "tu ne me fera pas jouir !"

Le parfum, tendu, aiguisé, est infiniment cruel. Il a autant de vice et de froideur que les perverses Vénus de Bronzino ou Cranach. Tous les éléments sont réunis, digne d’un film noir, pour me plaire : galbanum, jacinthe, iris, froideur, éléments terriblement rétros (on pense beaucoup aux années ’60-’70) et vraie modernité… Mais justement, tout est là et peut-être trop, je préfère sans doute ces éléments agencés séparément. J’aime l’intellectualisme austère du 19 en eau de parfum (la moins tendre des versions, la plus aigüe) et l’orgueil glacé d’Iris Silver Mist, mais Bas de Soie et ses connotations perverses de sadisme fétichiste me semblent un peu "trop."

dimanche 16 janvier 2011

retour sur la bouteille verte...

Il y a vraiment des parfums qu'il faut essayer à toutes les saisons et A Scent en fait partie. Je savais que l'acheter en mai était un peu bête car c'est en hiver que je préfère ce genre de parfum, mais il se trouve que j'en avais vraiment envie, que c'était mon anniversaire et que je ne pouvais pas attendre.

Le porter dans le froid est effectivement merveilleux et le fait passer de simple parfum frais et agréable à petite merveille qui porte en elle le germe du printemps et des joies à venir. Le parfum reste cette vaste étendue verte sous un ciel bleu très pur avec des arbres dans le lointain mais j'y perçois beaucoup mieux la facette fleurie qui perce à peine pour moi lorsque la météo est douce. Ce n'est toujours pas le bouquet que je contemple, non, c'est plus abstrait, plutôt une étoffe soyeuse et caressante d'une pale couleur mauve dans laquelle m'envelopper. Il y a vraiment une impression de grande douceur qui débarrasse le parfum de tout ce qu'il peut avoir d'acerbe, presque de métallique. C'est assez amusant parce que c'est un peu le contraire des autres verts que j'ai porter en hiver qui me semblaient plus net, plus vif encore dans l'air clair et transparent de l'hiver. Les ventes d'A Scent ne semblent toujours pas démarrer et c'est bien dommage car c'est vraiment un parfum rare à découvrir et à aimer avec son chic certain, sa véritable originalité et sa beauté évidente et assez charmeuse sous ses airs glacés.

A Scent, Daphné Burgey pour Issey Miyake, 2009

dimanche 26 décembre 2010

La naissance du N°19

Les parfums Chanel avaient une formule magique: attaque d’aldéhydes, coeur floral abstrait (un fleur souveraine et sa cou de suivantes, Jasmin impérial pour le 5, reine Rose pour le 22) et fond sensuel propre un peu savonneux-poudré. Les lancement s'étaient ralenti et même arreté pour ne pas mettre en péril le pilier de la marque. Les Wertheimer avaient même hésité à autoriser le retour de Gabrielle à la mode de peur qu'un échec ne fasse de l'ombre au célébrissime N°5. Le vieux Wertheimer ne voulait pas entendre parler d'un nouveau parfum et aurait dit "de mon vivant, jamais!" Gabrielle, vieux chameau increvable, têtue comme pas deux, l'a pris au mot et à patiemment élaborer sa formule d'un parfum jeune selon ses critères et lui a donné sa date de naissance: N°19.

L'attaque typiquement Chanel se fait non plus avec des aldéhydes, mais avec du galbanum, vert et cinglant, profondément incisif et guerrier. Ce départ me fait toujours penser à la naissance d'Athéna, sortant du crâne de Zeus armée de pied en cap, prête à en découdre, attitude très Mademoiselle Chanel quand on y pense. En fleur souveraine, un très bel Iris s'avance encadré d'une garde rapprochée de nymphes fleuries, vertes, austères, qui maintiennent l'iris loin de la douceur: il se poudre à peine, allant plutôt vers le soyeux contenu, s'épanouissant finalement sur un élégant fond de bois qu'on hésite à qualifier de sensuel dans ce contexte.

Effectivement, ce parfum-là pourrait être celui d'une déesse vierge  qui abrite sa beauté sous une métallique égide, au beau visage sourcilleux, fière de sa beauté, régnant sur l'intelligence et l'industrie, mais prête à déclencher des guerres si son immense beauté n'est pas reconnue. ça colle bien avec le personnage Chanel dans sa dernière incarnation, la plus mademoiselle, engageant la bataille contre le New Look qui avait remis à l'honneur les potiches. Alors que N°5 la montrait sensuelle et le N°22 sentimentale sous l'influence du grand duc Dimitri, mais le 19 a complètement oublié la passion, les errements de jeunesse, le passé de femme entretenue pour une dureté toute cérébrale qui ne le rend pas forcément sympathique au premier abord. Comme Paris devant donner la pomme, certains lui préfèrent des beautés plus sensuelles ou plus souriantes. Son discours n’est pas exactement rigolo ou séduisant, mais sa façon de convaincre plutôt que plaire peut en faire un formidable allié.



Il s'est récemment réincarné chez Serge Lutens qui en propose une nouvelle interprétation avec son Bas de Soie. Une même attaque de galbanum et un même iris pareillement soyeux mais qui ici se fait voler la vedette par un premier temps par l'une de ses suivante: la princesse Jacinthe, dans sa version verte, débarrassée de ses aspects les plus fleuris sucrés qui fait perdurer encore un peu plus l'attaque. Une jolie variation, plus dépouillée, avec en fond, une petite touche moderne crissante, mais un peu décevante pour une création Lutens. Moins riche, cette variation est au N°19 ce que l'Eau Première est au N°5: intéressante car révélant d'autres aspects mais au final ne valant pas la complexité riche de l'original.

vendredi 3 décembre 2010

(sans titre)

Connaissez-vous le quartier Dansaert? C’est LE quartier modeux flamand de Bruxelles, là ou Margiela est un dieu vivant, là ou il est de bon ton d’être minimaliste ou conceptuel, d’avoir le teint pâle, le cheveux lisse et tiré, les vêtement noirs et créateurs dont seuls les initiés remarqueront la coupe savante, l’originalité réelle derrière l’apparente simplicité. Autre détail important: se prendre au sérieux et avoir l'air sérieux.

Dans les boutiques, j’ai toujours besoin de m’accrocher aux portants à l’instant de découvrir le prix tant ça semble excessif: un T-shirt en coton lacéré vaut-il vraiment 600€? Un costume vieilli  dans un esprit dépôt-vente chic vaut-il vraiment 3000€? J’ai parfois envie de dire que parfois, le T-shirt, je peux le lacérer moi-même et le costume, aller vraiment l’acheter dans une friperie sauf que dans la friperie, il fait beaucoup plus cheap que dans la boutique et pas tant envie que ça finalement.  De toutes les façons possibles et imaginables, je n’aurai jamais le cheveux lisse. 

Le quartier Dansaert devrait embaumer (Untitled) le parfum de la Maison Martin Margiela.
Un parfum qui sur papier à tout pour me séduire: Galbanum plus encens, c’est un peu tout ce que j’aime. Sauf que...

Les deux matières sont très fondues: le départ de galbanum est terreux, encensé, mais légèrement et on passe ensuite à l’encens verdi qui reste dans le registre terreux. C’est à peine végétal et pas mystique pour deux sous. Le parfum est austère, quasi monacal. Oui, il colle bien au look du quartier. Discret et assez peu sympathique. Je pourrait l’aimer, sauf que ce n’est pas moi du tout;  un peu trop simple et beaucoup trop austère, le dépouillement est, ici, trop proche de la pauvreté. Comme les modeux  minimaliste flamands, ça me fascine, mais je sais très bien que ce n'est pas moi, je ne suis pas assez sérieux. J'aurais peut-être aimé un peu plus de netteté et un peu moins de terreux, l'ensemble eut été plus accessible. Malheureusement, court encore ce vieux préjugé que dans les belle boutique, il faut que les vendeurs soient désagréables. Les parfums aussi probablement.

Quant au mariage Margiela + l’Oréal, je ne le trouve pas si raté, si contre nature que ça. Certes, on peut se moquer en disant que l’Oréal voulait sa niche, son Comme des Garçons etc. Mais je pense qu’on aurait pu avoir un Eau d’Issey par exemple, créateur inconnu du grand public mais vrai beau jus original qui a fini par être un beau succès. Ce qui fait capoter l’affaire? Je ne sais pas. On dit que le créateur s’est investi et je le crois volontiers, le jus est trop ouvertement « non populaire » même en tablant sur le retour du vert pour être le seul fruit de l’Oréal qui sort là quelque chose d’intéressant avec une vraie qualité comme c’était déjà le cas avec le Wanted de Rubinstein, plus marketé, mais franchement pas mal malgré tout. Ce qui m’intrigue, c’est cet effort sur deux marques qui n’en sont nulle part coté parfum (qui se souvient que Rubinstein a fait des parfums?) alors que Lancôme, figure de proue du luxe made in l’Oréal, tombe dans le grand n’importe quoi depuis quelques années…

J’aurais un peu envie de blâmer la communication: horriblement prétentieuse, prétendant réinventer le parfum, ce dont on en est pourtant loin: original, mais pas exactement révolutionnaire pont de vue odeur, coté nom et flacon, c'est très banal aussi. des (untitled) comme titre, ça court les musées, les fioles de pharmacie, ça existe un peu partout depuis que Chanel l'a fait en 1921.   Pas de quoi jouer la carte du snobisme et de l’exclusivité avec cet aplomb incroyable… 

Les marques dites de niche que j'aime ont plutôt tendance pour celles qui sont de vrais succès à jouer la proximité, la sympathie, la confiance avec le public sur le thème « vous et nous nous sommes sur la même longueur d’ondes »  plus que l’arrogance du « nous allons créer un chef d’œuvre et vous aurez bien de la chance de pouvoir l’acheter. » Parfois ça passe, mais dans le cas de la Maison, ça casse. Finalement, ça colle vraiment bien avec le quartier Dansaert.

Lui trouver un titre n'était pas si compliqué: il suffisait d'aller voir du coté de Shakespeare : "Beaucoup de bruit pour rien"
(untitled),  Daniela  Roche-Andrier pour la Maison Martin Margiela, 2010

mardi 23 novembre 2010

intelligence en bouteille verte

Issey Miyake avait fait très fort avec son Eau d’Issey. Tout était parfait: la communication, le flacon et surtout l’odeur à la fois représentative de l’époque et originale. La suite ne fut pas à la hauteur en termes de succès. Le Feu s’est éteint et A Scent semble prendre un chemin de traverse qui ne le mène pas au succès.

L’odeur qui se veut un concept évocateur de l’air est un paysage végétal peint en vert. Le galbanum s’impose et se maintient sur la durée, cinglant comme de hautes herbes qui peuplent une plaine hivernale. On voit loin, mais il n’y a rien à découvrir que le vide et la solitude. C’est une gifle comparable à celle du gel qui mord les joues. Pourtant un début de printemps laisse deviner parmi ces herbes quelques fleurs, jacinthes presque acide dont on suppose la présence bleutée au milieu du vert comme un écho au ciel haut et froid. Les brouillard lointain en se dissipant laissent apercevoir à l’horizon une montagne haute et boisée. Il n’y a pas d’histoire, pas de sentiment, de souvenir charmant. A Scent n’a pas grand-chose à offrir en dehors de sa très grande beauté, splendeur altière et glacée, ce qui est beaucoup peut-être pour ses admirateur, mais bien peu pour une époque qui préfère la joliesse mignarde des gourmandises niaises toute plus ou moins sortie de la même fabrique. Dans son austérité, il a quelque chose de la Divine, peu aimable, mais digne de notre adoration. Prions pour qu'il ne nous prive pas de sa présence par une retraite prématurée. (J'avoue envisager de faire des stocks, il ne semble pas trop bien se porter.)

Dans son refus de la facilité, il s’affirme cérébral et c’est quelque chose de trop rare à notre époque qui le condamne à faire partie de cette famille mal aimée des parfums qui refusent de se plier aux modes ineptes. Il est intransigeant  et cérébral la ou on réclame du sentiment et de la sensualité facile. Un parfum parfait pour les esthètes et les intellectuels qui préfèrent convaincre plutôt que séduire. Donnez lui une chance, surtout lorsque le froid arrive, il me semble encore mieux révéler sa beauté lorsque les températures sont au plus bas.

A Scent, Daphné Burgey pour Issey Miyake, 2009

jeudi 23 septembre 2010

Mise au vert

L’Eau de Campagne fait partie de ces parfums que je traîne depuis plus de 20 ans. Des rares dont je ne me lasse pas et dont j’ai besoin de savoir qu’ils sont à portée de la main pour me sentir rassuré. Pourtant dans mon entourage, elle ne suscite que des « ce n’est pas toi, tu détestes la campagne! »  Ce qui n’est pas faux, mais pas vrai non plus car si je ne peux supporter la compagne réelle, j’adore me balader dans celle de Jane Austen et c’est plutôt à cette campagne que la création d’Ellena, qui a fait des merveilles,  il est décidément parmi mes compositeur préférés, me fait penser.

Il y a le galbanum, bien vert, très « petits pois et gazon »,  marié à la feuille de tomate comme accord principal qui place d’emblée dans un contexte très potager. Au départ, un peu de basilic et de bergamote plus une pointe de citron, en cœur quelques fleurs et en fond, du vétiver, de la mousse, mai le tout très discret pour ne pas troubler cette visite de l’héroïne dans la fraiche campagne anglaise. C’est très civilisé comme nature, peut-être pas aussi travaillé et aristocratique que le parc de Versailles, mais diablement élégant et séduisant quand même dans un genre réaliste avec touche de romantisme et de poésie. Le vert le plus sympathique de la palette.

Indispensable quand on vit en ville et qu’on ressent le besoin d’une petite villégiature. Sans âge et vraiment chic.  Toujours séduisante parce que vraiment différente et à part.

Eau de Campagne, Jean-Claude Ellena pour Sisley, 1974

vendredi 17 septembre 2010

De l'art d'être sexy autrement: Au début était le Vent Vert.

Elizabeth Taylor
Cat on a hot thin roof
Avec l’automne qui arrive et le froid qui revient, j’ai de plus en plus d’envies vertes peut-être pour être en accord avec la saison ou plus simplement parce que je supporte de moins en moins l’Orient et ses séductions faciles. Il est vrai aussi que le coté ouvertement sexy et disponible que peut avoir un Shalimar par exemple, sur moi, ça ne prend pas du tout. J’adorerais que mon entrée dans une pièce fasse monter la température de quelque degrés par augmentation immédiate de la tension sexuelle à la façon d’un Marlon Brando dans le tramway nommé désir ou d’Elizabeth Taylor en Chatte sur un toit brûlant mais ce n’est pas la cas, ça ne le sera jamais, je fais partie de la race de ceux qui, sourcils en accent circonflexe et moue méprisante, jettent un froid. C’est donc tout naturellement que lorsque je pars à la chasse aux compliments ou aux propositions indécentes, je pioche dans les rayons les plus antipathique des parfumeries, ceux ou l’on peut s’offrir le « plaisir aristocratique de déplaire » cher à Wilde qui fait son petit effet et peut mettre littéralement à genoux une partie de la population. (Masochiste et torturés m’adorent!)


À l’origine, il y avait Vent Vert, tout de galbanum, espèce de souffle transi descendu de la montagne, charriant avec lui des odeurs de tiges et de feuilles avec un soupçon de muguet vénéneux. L'exploit de vent vert, c'était aussi sa capacité à rester vert du début à la fin, évolutif, passant par la jacinthe, finissant sur le vétiver mais gardant sa belle couleur intense. On l’a massacré il y a désormais 20 ans, la version actuelle n’étant plus qu’une petite brise printanière qui fait gentiment tourner les éoliennes le long des autoroutes. Et paradoxalement, le lifting supposé le rajeunir lui à donner un fameux coup de vieux. Rideau. Grand deuil. Le monde ne manque peut-être pas de parfums de caractère, mais nul n’est plus aussi cinglant, aiguisé comme une lame de rasoir. 

Comment remplacer un parfum aimé et perdu, une partie de son identité?  

Vent Vert, Germaine Cellier pour Balmain, 1947-1990.

(affaire à suivre)