Affichage des articles dont le libellé est tubéreuse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est tubéreuse. Afficher tous les articles

jeudi 28 juin 2012

Tubéreuse cléopâtresque


La tubéreuse by Killian est solaire, lamée, dorée, terriblement coco, d'un luxe écrasant et somptueux. Elle me fait penser à Elizabeth Taylor dans le Cléopâtre de Mankiewicz. De l'argent dépenser à foison, qui se voit sur l'écran, une Egypte splendide et un peu kitsch, mais, surtout, une Elizabeth rayonnante, fascinante, si évidemment amoureuse de Burton, belle à se damner sous un maquillage qui enlaidirait des filles à peine jolies, et toujours un peu hystérique. Voilà tout Beyond Love : un parfum coûteux, mais où on sent la belle matière à plein nez, un parfum dans lequel se vautrer pour une débauche luxueuse et indécente. Ce n'est pas la plus artistique, la plus distinguées des tubéreuses, mais l'argent est là et, pour une fois, a été dépensé à bon escient.

J'avoue ne pas être fan du genre. J'ai toujours préféré Claudette Colbert dans le Cléopâtre de Cecil B de Mille, dominant l'Égypte art déco d'Erté avec son assurance de petite secrétaire arriviste, sans scrupule, sans complexe, terriblement moderne et charmeuse. N'empêche, de temps en temps, une petite dose d'Elizabeth Taylor ou de Beyond Love, c'est rudement bon. Insortable cependant, tant le parfum est connoté prostituée de haut-vol. À réserver pour traîner à la maison dans une robe de chambre-kimono chamarrée.


Beyond Love, Calice Becker, by Kilian, 2007

mardi 22 mai 2012

La tubéreuse m’a tuer


Il y a des jours ou ça n'ira pas, on le sait dès le départ, un problème de karma ou Dieu sait quoi. Hier était une journée comme celle-là ou avant même de sortir de mon lit, je savais que rien n'allait se passer comme je pouvais l'espérer. Et je l'avoue, j'ai accumulé les gaffes ! À commencer par le choix de mon parfum.

Pour m'habiller, j'ai fait ce qu'il ne faudrait jamais faire et surtout pas ces jours-là, j'ai choisi la mauvaise chemise, la pire, celle qui ne me va pas, celle que je n'ai pas acheté moi-même. En soi, cette chemise est plutôt jolie, mais elle est beige et le beige ne me va pas du tout : il m'efface. En beige, j'ai l'air de la photocopie d'une photocopie d'une photocopie. Et bien sûr, je n'ai à peu près rien qui aille avec cette chemise puisque je ne m'achète pas de vêtement qui ne me vont pas. Je savais que je faisais une bêtise mais je l'ai faite. Masochisme ? Tentative de suicide stylistique. Mais j'ai quand même tenté de sauver le coup en portant mon foulard préféré, qui est rouge.


Tubéreuse par Redouté
Et comme je n'avais pas d'inspiration pour le parfum, je me suis fié à l'odeur qui traînait sur mon écharpe et j'ai opté pour une  tubéreuse. La plus sage que je possède, Ophelia, certes, mais une tubéreuse quand même qui malgré sa transparence ne se fait pas oublier et tient jusqu'au soir. J'ai donc passé une journée de malaise dans une ambiance de tubéreuse, une ambiance que j'aurais aimé sentir sur quelqu'un d'autre mais qui sur moi n'allait pas du tout avec mon sentiment d'insécurité, de malaise nauséeux.

Ce n'est pas le parfum qui m'a gâché la journée, mais il ne m'a pas aidé. Le parfum ne m'a pas transporté, ni porté comme c'est parfois le cas, comme ce l'eut été avec un vert qui me faisait plus envie en fait, mais c'est moi qui ai porté le parfum, porté comme on porte un fardeau ou sa croix. Curieusement, les mauvais souvenirs étant plus forts, il a ancré en moi cette association entre la tubéreuse et le mal-être, m'en dégoutant un peu, m'en détournant pour un bout de temps. Je sens bien qu'il me faut mettre de côté ces flacons pour les retrouver plus tard avec un imaginaire vierge, une capacité à les accueillir, à les vivre en positif. En attendant, un petit régime tubéreuse-free s'impose.

samedi 19 mai 2012

Tubéreuse bitchy


Une tubéreuse au départ vert, antipathique, cinglant. Une tubéreuse qui ne hausse pas le ton mais fait comprendre que la gifle vous guette. Une tubéreuse sous contrôle, qui ne sombre pas dans l'hystérie. Une tubéreuse qui s'épanouit sur un fond doux, ambré, un peu caramel.

Madonna a osé. Osé un parfum mainstream de qualité, non consensuel, loin du fruité-sucré, du propre, de la rose-patchouli. Elle sort un parfum identifiable, une tubéreuse effectivement modernisée qui oublie les effets cocottes et fourrures, maitrisée, portable, présente, tenace, mais pas envahissant. On savait que Madonna aimait Fracas, on va forcément penser à lui puisqu'il s'agit de tubéreuse, mais l'effet est radicalement différent, on n'est pas dans un parfum de vamp rétro, l'effet est moderne et fait plutôt penser à des tubéreuses comme la Criminelle de Lutens, mais en beaucoup moins extrême, le camphre de celle-là étant presqu'importable. Des références de niches, pointues. L'interprétation est certes plus facile à vivre, on peut emmener Truth or Dare au bureau pour en imposer dans les réunions, le laisser dans son sac, l'arborer du matin au soir, en ce sens il est facile. Mais il faut assumer, prendre le risque de déplaire car Truth or Dare est un parfum de bitch, choquant, anguleux.

On m'aurait dit qu'un parfum de célébrité me plairait autant, je ne l'aurais pas cru et pourtant, je trouve que c'est la vraie bonne nouvelle que j'attendais, le parfum qui ne se fiche pas du monde, un vrai parti pris, un parfum osé, un parfum pour adulte, qui ne se contente pas de brosser le consommateur dans le sens du poil en jouant la carte qui consiste à sortir quelque chose de déjà-vu mais avec une bonne campagne de pub. Madonna est-elle la nouvelle meilleure amie de la perfumista ?

Truth or Dare, Stephen Nilsen pour Madonna, 2012

jeudi 22 mars 2012

Tubéreuse de printemps

Ma première rencontre avec les fleurs blanches fut avant tout littéraire, générant dans ma petite tête une foule d’images romantiques assez proche de Garbo en Dame aux Camélias, images assez lointaine de la réalité des fleurs blanches en parfumeries : charnelle, faisandée, putréfiée, lourdes…Les fleurs blanches sont tout cela, magnifiques et solaires, prodigieuses de tenue et d’intensité, difficiles à manier faisant en bouquet des parfums géants et disproportionnés que l’on ose plus trop de nos jours : trop bourgeois ou trop années ’80…  Mon habitude de parsemer mes appartements de bouquets blancs aurait pourtant du me mettre en garde, j’ai appris à me méfier des lys et des gardénias dont la volupté trop insistante peut se révéler mortifère

Heeley avec Ophelia tente le bouquet moderne autour de la tubéreuse, du jasmin et de l’ylang. Comme souvent, la tubéreuse écrase tout sur son passage, laissant les deux autres jouer les suivantes discrètes dans son ombre. La modernité est d’avoir choisi de jouer sur l’aspect vert, légèrement camphré de la tubéreuse pour l’alléger, tout en restant à l’écart de l’aspect médicinal que peut avoir la Criminelle de Lutens par exemple. Le bouquet commence donc par du vert, un effet de tige, une espèce de transparence un peu aqueuse, touché de muguet, avant de devenir franchement fleuri, mais assez léger, aéré ; oui, chose surprenante, la tubéreuse pour une fois sait se faire transparente et discrète, parfum de peau tenace mais bien loin de la diffusion envahissante à la quelle nous sommes habitué… On peut voir dans cet aspect, presqu’éthéré, le lien avec l’héroïne de Shakespeare, La tubéreuse est devenue romantique, délicate. Ophelia est un parfum des beaux jours qui me rend presque mes rêveries romantiques à propos des fleurs blanches. Simplement, je me demande si je ne préfère pas quand même ce Fracas qui dévaste tout sur son passage, dans un sens, c’est là, profondément qu’est la fleur blanche, pour de la délicatesse, il est peut-être plus simple d’aller voir ailleurs ? Le pari est néanmoins réussi : Ophélia, effectivement est plus moderne et renouvelle le genre en le pliant à cette école anglaise tout en délicatesse et transparence…

Attention : ne pas s’y tromper : Ophelia a une tenue longue durée et resurgit quand on ne s’y attend pas, sa légèreté n’est pas qu’une astuce de parfum trop dilué, c’est un vrai parti pris !

Ophelia, James Heeley, 2009