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vendredi 30 novembre 2012

Pop Art et Postmodernisme au pays des perfumistas


Je m’interrogeais sur mon, notre, rapport au parfum… Il y a la vérité des marques, leurs récits officiels, parfois changeants et les récits des gens qui portent les parfums. Souvent, c’est fort peu intéressant, ressassant un argumentaire sorti tout droit des cahiers de presse ou ressassant les mêmes clichés "ça sent trop bon", "c’est trop la classe" lassants, ennuyeux. 
Et parfois s’immisce un peu de poésie, quand les choses se font plus profondes, quand le parfum touche à l’intime, au précieux. C’est touchant de parcourir certains forums et de tomber sur ces instants de grâce que certains nous livrent, des morceaux de leurs vies, des moments choisis.

Mais le perfumista, c’est encore autre chose. On entre dans une dimension nouvelle, parfois proche de la performance artistique ou du cirque.


Entrez ! Entrez ! Et voyez ! On est dans la perversion la plus totale par rapport aux vérités officielles. Ici, tout n’est que trahison, perversion et détournement. Plus de règle, plus de genre, le seul plaisir et le dévoiement érigé en œuvre d’art. (J'exagère à peine) Le cassage systématique des codes et des conventions… 

Dans le monde parallèle des perfumistas, on maîtrise les clichés pour mieux les renverser. Il n’y a plus de genre, d’instant, de stéréotype que pour mieux les bousculer. Soudain, on enfile un parfum comme on enfile un rôle et on pratique l’ironie arty au plus haut point. Soudain, des bombasses deviennent de mauvais garçons en blouson noir et des camionneurs se la joue midinette en robe à fleur Laura Ashley. 


Chacun réécrit l’histoire, le cliché et instaure ses propres règles. Les récits se multiplient, s’interpénètrent et on glose à foison sur les effets supposés des muscs… Tout d’un coup, le monde est multiple, changeant et formidablement ouvert. Seul compte la senteur et l’élégance de la posture adoptée. A son échelle, le perfumista recrée le monde et détourne la production industrielle en une œuvre Pop Art. Dans le fond, c’est lui l’artiste et peut-être le parfum n’est-il qu’un support à la création, à une remise en question du monde subtile qui perverti les signes et détourne les code dans une mise en scène de soi, un soi sublimé et perverti, qui se libère en s’aliénant…

(illustrations: Andy Warhol, Selfportraits)

mardi 18 septembre 2012

Aujourd’hui, j’ai mauvaise mine…


Hélas, cela m’arrive aussi, alors, je fais quoi ?

En fait, je ne change pas vraiment mes habitudes, il n’y a pas de jour où je m’en fiche, de jour où je me débrouille pour ne ressembler à rien. Parfois, quand j’en vois certain, je me dis que ça doit être leur cas mais je suis partisan du « on peut s’habituer à la laideur, à la négligence : JAMAIS ! » de Gabrielle Chanel.

Un maximum d’hydratation mais sous forme masque plutôt que crème  et des couleurs qui me vont, mais vives et joyeuses, qui revoient une jolie lumière autour de moi : les blancs et le rouge me réussissent très bien. ET le bon parfum ! Parce que oui, j’ai des parfums pour les jours sans et surtout, j’évite soigneusement certaines choses…

Jamais rien qui évoque la nourriture, surtout pas le sucre, ce qui n’est déjà pas mon truc en temps normal, parce que, au mieux, ça sent le régime et la frustration, au pire la VPF. (VPF : vieille petite fille, cet épouvantail qui en dépit d’un âge certain pense qu’en adoptant les comportements puérils de sa fille/petite fille, elle convainc tout le monde de son éternelle jeunesse. Même quand on peut y croire de loin, de près, elle démontre surtout que le ridicule ne tue pas.)
J’évite aussi tout ce qui fait « riche » les matières opulentes, luxueuse, les fond gras et baumés qui sont dans tant de beaux vintages, que j’aime à la folie mais qui font prendre 10 ans en un sniff. Surtout pas de vintage donc, ni d’orientaux, de chypres opulents ou de fleurs blanches…

Alors, il me reste : les verts qui donnent un petit coup de jeune, de dynamisme : l’eau de campagne (Sisley) ou l’eau de Camille (Goutal) ça vaut un lifting ! Décontractés, chics, joli, le vert, c’est une valeur sûre de mon armoire à parfum.
Idem pour les eaux chyprées gorgée d’agrume, moins stridentes, plus mures et plus douces que les simples hespéridés, ça file la pêche, c’est sport chic, terriblement élégant ! Classique, mais joli et diffusant, ça donne du charme sans attirer l’attention parce que si les gens regardent trop, ils risquent de voir ce qui ne va pas. L'effortless chic, ce n’est pas facile, mais c’est ce qu’il y a de plus flatteur ! Eau du Sud, Sauvage, de Rochas, les références ne manquent pas.

Sinon, au cas où, parce que « on ne sait jamais sur qui on peut tomber dans l’ascenseur » même si en gros, il y a plus de chance de rencontrer la vieille dame du 8ème qui va promener son lévrier qu’Anna Wintour, soyons lucides !, j’aime bien un floral léger et transparent avec un peu de sillage : c’est joli, élégant, séduisant. Peut-être pas sexy, mais je n’aime pas trop le sexy, je trouve ça bon pour les minettes pop, mais charmant, ravissant. Du coup, j’ai mis la main sur un vintage de L’Air du Temps… Il faudra que je vous raconte !Sinon, le côté sage et propre d'une Infusion d'Iris peut faire des merveille aussi avec son air de ne pas y toucher...

vendredi 7 septembre 2012

c’était mieux avant…


Voilà bien une phrase qu'on a tendance à dire souvent, surtout moi, qui achète d'anciennes versions, trouve les vintages si beaux, parfois tellement plus beaux que les versions actuelles ou les nouveautés. « Avant », entendons-nous bien, pas si « avant » que cela parce qu'avec tout le respect et l'affection que j'ai pour la marquise de Pompadour, je ne me parfumerais pas comme elle : vive la chimie et ses corps nouveaux ! Un monde sans Shalimar, sans N°5, non merci ! Ça limite déjà les temps bénis… Dans le fond, avant le XXème siècle, ça n'intéresse pas grand monde.

Et quand j'y pense, quand j'y pense vraiment et sérieusement, je ne suis pas persuadé que tout fut si beau et si rose avant ! D'accord, les accords étaient plus riches et il y avait de la vraie mousse de chêne (entre autres) … Mais en même temps, je me pose la question : pour qui ? En ces temps héroïque et pas si reculés que ça de la haute parfumerie, il n'y avait pas un Séphora/Marionnaud/etc. à tous les coins de rue, le parfum était chose rare et précieuse, peu accessible. Seule une certaine clientèle allait chez Guerlain ou Chanel. D'ailleurs, la salle de bain moderne, l'hygiène pour tous, ce n'est pas si vieux ! Dans le fond, la rue sent meilleur maintenant qu'en 1930, c'est indéniable !

Et avant, dans ce merveilleux avant un peu moins ancien, il n'y avait pas d'information, de communication, pas de blog, juste quelques articles répétant inlassablement les communiqués de presse. Oui, je me souviens d'un temps où il fallait guetter le Vogue du mois de novembre, parce que c'était celui où on causait parfums ! C'était la grande époque de la solitude ou l'amateur était un monstre condamné à vivre sa passion en secret et se demandait s'il devait oser porter ci ou ça. Au moins, de nos jours, on ose tout, on est complètement décomplexé, et on parle. On râle beaucoup, certes. Et on se dit que c'était mieux avant, et on a la possibilité d'acheter du vintage (Mais comment faisait-on avant eBay ?) et de se la jouer « niches only. » Alors, oui, aujourd'hui, les marques sortent beaucoup trop de choses, la qualité d'une certaine parfumerie baisse, mais dans le fond, j'aime bien mon époque ! Ça doit être mon côté optimiste !

(illustrations tirées de la mode illustrée, 1913)

jeudi 23 août 2012

dernières sorties


C'est la rentrée ! Le moment ou les magazines doublent de volume, ou les nouveautés emplissent les boutique, ou on retrouve les gens qu'on avait plus vu pour cause de vacances, le moment ou Amélie Nothomb, aussi régulière qu'un métronome, sort un nouveau roman qui raconte brillamment la même chose que tous les précédent ou presque. Tiens, ça ressemble furieusement aux nouvelles sorties en parfumerie ça ! Enfin, sauf que tout ne sera pas forcément brillant… Mais il y aura du flanker à la pelle, du recyclage d'accords déjà vus et des perfumistas qui chercheront quelles sont les meilleures sorties, au moins une en niche et une en mainstream, et qui hurleront que c'était mieux avant, qu'on se moque de nous, etc.

Ava Gardner, flacon de cologne Guerlain.
Eh bien, je ne suivrai pas le mouvement, ni de près, ni de loin. La rentrée, je choisis de m'en moquer, les nouveautés de les ignorer. Peut-être, probablement, je l'espère, y a-t-il dans le lot des nombreuses sorties, l'une ou l'autre perle, l'une ou l'autre merveille. Et j'attendrai qu'elles viennent à moi, ces perles, ces merveilles. Maintenant, plus tard ou jamais. Parce que contrairement au vêtement, le parfum peut se permettre d'ignorer la mode, de durer. Un fleuri sixties, un chypre années '80 ne sont pas vraiment démodé, hors d'usage.

D'ailleurs, comme en mode, ce qui compte surtout, c'est de trouver son style, ce qui nous flatte, ce en quoi on se sent bien, beau et bon, sans l'obligation de ne pas se démoder. Dans le fond, le parfum, c'est comme les livres, on peut passer toutes sa vie en compagnie de bons vieux classiques, édition originale ou récente en poche, on n'est pas obliger de se faire la dernière nouveauté. Je n'aime pas Musso ou Despentes, rien ne m'empêche de me contenter de Marcel Proust et Gaston Leroux. C'est même assez chic. Je n'aime pas Victor & Rolf, ni Jimmy Choo, et bien rien ne m'empêche de rester en Arpège ou en Ma Griffe. C'est pareillement assez chic. Elle est pas belle la vie ?

samedi 11 août 2012

les grandes questions


C'est un peu le quizz de l'été, même s'il n'y a pas de bonnes réponses, le sommet de la futilité en même temps qu'un vaste questionnement existentiel. Des questions, des doutes, des interrogations comme s'il en pleuvait, des prises de têtes, des arrachages de cheveux doublée de cette intime conviction que la vérité est ailleurs…

Dois-je acheter Bandit et un carré Hermès ou un blouson en cuir et l'Heure Bleue ? (Grace Kelly inside Brando ou Brando inside Grace Kelly ?)Quand l'ensemble parfum + fringues est un plantage magistral parce que tout est trop assorti ou au contraire que ça ne va pas du tout ensemble, que dois-je faire : courir dans la parfumerie la plus proche ou me précipiter dans le premier H1M venu pour changement impérieux et urgentissime ? Autres temps autres lieux : je reste moi-même, sublime de singularité, ou je m'adapte, sublime d'élégance ? S'il est bien entendu que je ne peux pas porter une super tenue vintage (smoking Saint Laurent, robe-sac Balenciaga ou robe imprimée Léonard) avec un parfum vintage parfaitement assorti, dois-je oser un moderne avec vibration vintage ou un contemporain totalement de son époque ? [untitled] de Maison Margiela est-il indispensable pour me rendre à un vernissage d'art contemporain ? (Sachant que je ne comprends rien à l'art contemporain mais que l'artiste est mon beau-frère) En cas de rendez-vous avec un créateur, faut-il porter une de ses créations, une création qu'il admire ou quelque chose d'autre, de très personnel ? Quand un très beau parfum n'est pas pour moi, je renonce ou je tente le relooking complet ?

Puis-je décemment porter un parfum torride à la fleur d'oranger (il y a du zizi dans la fleur d'oranger, dixit un homme très averti) alors que je n'ai aucune envie de me retrouver à quatre pattes sur la moquette en criant « prends-moi » ? Et d'ailleurs, si j'ai envie de me faire monter à cru, ne vaut-il pas mieux opter pour l'Heure Fougueuse de Cartier plutôt que pour une fleur d'oranger ?

Peut-on vraiment vivre avec quelqu'un qu'on aime à la folie, qui est parfait à tous points de vue, mais qu'on ne peut pas sentir ? Et le mariages entre toqué du parfum, est-il un modèle de compréhension et d'harmonie ou le partage de névroses se renforçant à l'infini dans une espèce de spirale infernale ? Et se vis avec quelqu'un qui déteste la violette. Je renonce complètement à la violette, j'essaye de trouver un bon compromis ou je demande le divorce ?

Ma meilleure amie a un goût désastreux, vaut-il mieux la reformater ou considérer qu'elle est un parfait faire valoir ? Quand une personne notoirement connue pour son mauvais goût porte un merveilleux parfum, c'est un hasard ? Une preuve qu'il ne faut pas désespérer de l'espèce humaine ? Ou la preuve ultime que je me suis trompé à propos de ce parfum ? Et quand on est Perfume Twins : preuve de bon goût chez l'autre ou honte sur moi ? Le bon gros mainstream, pire : le parfum de célébrité, est-il une preuve d'absence de snobisme ou d'über-snobisme totalement méprisant ?

Vous l'avez compris ; la liste est sans fin. Mais vous, vous ne vous posez pas de questions ?

dimanche 15 juillet 2012

en vacances


Les vacances ne sont pas un abandon de parfums, juste une occasion de se parfumer autrement, d'essayer d'autres choses, de se faire encore et toujours plus plaisir sur un mode plus sensuel, plus hédoniste dans un environnement différent, plus naturel pour le citadin que je suis, résolument moins prise de tête. Premier petit plaisir, le gel douche. Alors que je suis plutôt du genre savon sans parfum et produit pharmaceutique le reste de l'année pour ne pas interférer et parce que j'aime aussi un relatif, très relatif, ascétisme dans ma salle de bain, soudain, je me fais un peu plaisir et je m'abandonne pour l'été. La Verveine de l'Occitane m'avais déjà bien emballé, mais pour 15 jours au soleil, je me risque en grande surface à une petite séance de sniffage, aussi sérieuse que dans une boutique de parfums de niches rares et chers : j'attends autre chose point de vue jolies matières mais ne prétends pas pour autant me contenter d'un ersatz médiocre pour autant.

Le Petit Marseillais remporte tous les suffrages avec des senteurs parfois originales (basilic-abricot, très bien fait par exemple) mais c'est le classique Mimosa qui me fait craquer, très réussi, solaire et sans sucre ajouté, il évoque directement le sud et les beaux jours. (Peu m'importe que le mimosa ne fleurisse pas en juillet, j'habite trop au nord pour qu'il fleurisse chez moi tout court !) Rayon shampooing, je teste la pomme verte du même Petit Marseillais, franchement chimique, mais dont l'acidité crissante change agréablement des fruits confits façon Fructis mais je préfère quand même l'habituel Tilleul Ultra-Doux de Garnier, rescapé des années '70, une époque où la propreté rimait avec un minimum de fraîcheur et de verdeur.

À la plage, je porte en condition réelle Sables de Goutal dont tout indique qu'il a été créé pour ça. Depuis des années, j'éloigne un nez froncé de ce parfum mais là, Dieu sait pourquoi, l'influence de quelques autres perfumistas n'y étant probablement pas pour rien, je sens qu'il est temps et c'est une révélation : l'immortelle, très goudronneuse, répand ses effluves autour de moi, s'arrondissant à peine, tenace (très), puissante (c'est un powerhouse !), délicieuse de naturel, recréant autour de moi, comme un cocon, une ambiance de retour de plage en traversant les dunes, faisant revenir des souvenirs d'enfance comme nous en avons probablement tous. Ce parfum est juste parfait, offrant la peau nue aux éléments, sable chaud et brise caressante, solitude et calme, loin des plages surpeuplées à odeur de bimbos frites au monoï et à l'Ambre Solaire indice 2. Sables, je le porte tout le jour, y compris en ville, m'enchantant moi-même de sentir aussi bon ; pourtant, au flacon, il me rebute et m'agresse, c'est vraiment un parfum à porter sur peau, un parfum à vivre. La nuit, je le trompe avec Ninfeo Mio qui me rafraîchit et joue une partition plus séductrice. Si on tient compte du fait que j'ai emporté 6 flacons de 100 ml et 4 flacons de 15 ml, on peut dire que c'est deux-là, porté en exclusivité sont mes options sûres en vacances, mes valeurs refuges. Maintenant, je sais!



Évidemment, je teste des choses, même en vacances, n'envisageant même pas de voyager sans visiter l'une ou l'autre parfumerie « couleur locale » et que m'importe qu'il y ait une boutique place des Vosges à Paris, puisque je suis au Pays Basque, je tente Christian Louis, Parfums et Senteurs du Pays Basque, et retient surtout le puissant Usain Ona qui se démarque terriblement du mainstream en osant un accord très animal, puissant, dérangeant, un peu miel et un peu urine. Personnellement, je ne porterai pas mais je lui trouve une séduction certaine. À mon avis, plus une base qu'un réel parfum en soi, je le trouve idéal pour l'amateur de mélanges qui voudrait réveiller un parfum devenu trop sage suite à d'ennuyeuses reformulations… Il serait parfait, à petite doses, avec quelques gouttes de N°5 en eau de toilette, et pas mal d'aldéhydés classiques comme Calèche. Plus risqué, il rendra à des orientaux comme Shalimar ou Opium une incandescence qu'ils ont perdue pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux. (Même pas peur !)

mardi 19 juin 2012

nudité


Helmut Berger par Helmut Newton
Ces dernier temps, il m'arrive de plus en plus de sortir sans parfum. Et je me sens en situation de nudité, comme dans ces rêves étranges que nous avons tous déjà fait ou nous sommes nu en rue, très mal à l'aise, mais ou personne autour de nous ne semble rien remarquer. Sortir sans parfum m'a toujours fait cet effet. C'était parfois l'occasion de filer à la parfumerie pour acheter quelque chose, mais souvent, j'avais tout ce qu'il fallait avec moi dans mon sac. Ces temps-ci, ce genre de choses m'arrive de plus en plus et de façon très volontaire. Je trouve agréable ces jours « sans » qui me permettent de retrouver mieux le parfum, qui débanalisent le geste, le réflexe.

lundi 18 juin 2012

vintage


J'ai une fascination pour le vintage. Ou plutôt pour la fascination pour le vintage, y compris la mienne. J'ai vraiment du mal à comprendre cet engouement pour une époque révolue, une époque qui souvent, regardait elle-même en arrière…

Les années '50 sont pour moi un paroxysme de sexisme conventionnel et bourgeois qui replace la femme dans son rôle de potiches après trois décennies de libération plus ou moins souhaitées. Alors que la technique la libère de l'esclavage domestique, qu'elle a enfin le droit de vote, la femme s'enferme dans son rôle de potiche, reflet brillant du statut social de son époux, dans une mode qui regarde vers le second empire et (re)met à l'honneur les inconfortables corsets, les gaines, etc. De nouveau, les femmes sont « féminines » et les hommes « masculins » de façon caricaturale mais esthétique. 

Pourquoi faut-il que cela nous fasse à nouveau rêver ? Et pourquoi faut-il qu'à nouveau on nous propose des gaines en boutique ?

jeudi 14 juin 2012

Merde, c’est l’été !


Ava Gardner
L'été est là, bientôt, très bientôt, et tous pensent déjà à nous vendre un parfum nouveau pour célébrer l'occasion. Cette année, j'ai l'impression qu'on va avoir droit aux notes solaires en surdosages : tiaré, monoï et surtout salicylates à foison. C'est facile et ça permet de faire un flanker d'été à peu de frais. Tout le monde semble s'y coller et pourquoi pas ? Après tout, c'est très vendeur puisque ça réussi l'exploit d'être régressif et exotique. On mêle le souvenir d'enfance, de la mère qui nous enduit d'huile solaire au camping des flots bleus, et la carte postale Tahiti-Île Maurice-etc. avec plage de sable blond, lagon bleu intense, touché d'un peu de sensualité avec l'effet peau nue.

 

L'été va être solaire, parce que c'est la crise et qu'il faut dépayser et rassurer à moindres frais. L'été va être solaire merci à Davidoff (Cool Water Sensual for Women) Nuxe (Parfum Prodigieux) Yves Rocher (Monoï, l'Eau des Vahinés) et tous les autres… L'été va être solaire et je n'aime pas ça. Nous ne sommes pas tous des cagoles rêvant de descendre sur St-Tropez, il y en a parmi nous à qui le cliché de la vahiné, hibiscus derrière l'oreille et soutien-gorge en noix de coco, soulève un peu le cœur. La sensualité « regarde, je me touche » faussement innocente « mais c'est pour me mettre de l'huile solaire » me donne envie de pouffer. De vomir aussi parce que c'est franchement écœurant, terriblement gras, presque poisseux et que le registre est assez limité quand il est interprété au premier degré. Franchement, si cette mode s'impose en été, je serai content de voir revenir l'hiver…

 

Mais je confesse être assez troublé par Songes de Goutal, que je continue de trouvé importable pour moi, après l'avoir senti en sillage sur une amie. De loin, je peux trouver ce genre de parfum séduisant. Le test sur peau ne passe pas du tout. Je suis plus Balbec que St-Tropez, probablement. Quoique, j'aime assez l'Ylang en sourdine. Et je ne déteste pas le santal qui peut aussi entrer dans la catégorie. Pour un effet peau bronzée, j'irai naturellement vers Bois des Îles (chanel) beaucoup plus civilisé et citadin que les parfums-crème solaire ou même vers le Santal Blanc de Lutens qui m'a toujours évoqué une peau bronzée. C'est tout de suite moins cheap. Mais en fait, le bronzage et les vahinés, ce n'est pas mon truc, je préfère faire voyager mon univers et mon petit monde avec moi : mes livres, mes parfums qui voyagent avec moi. Je n'essaye pas de faire couleur locale ailleurs, ni de faire exotique chez moi. C'est probablement pour les mêmes raisons que je fais un peu la gueule aux oud et à l'orientalisme à tout va. Je peux trouver ça super beau, mais pas pour moi. 

vendredi 8 juin 2012

good bye, Serge !


Je portais à la Nuit l'autre jour, somptueux jasmin de tigre (de salon ?) en chaleur et je le trouvais toujours aussi magnifique avec son départ vert et son fond animal, riche, terriblement sexuel mais j'étais mal à l'aise avec lui, comme je l'étais avec la plupart des Lutens depuis quelques temps. Alors que je n'avais conservé que les floraux, délaissant les orientaux, je me sus aperçu que c'est toute la signature maison qui me déplaisait maintenant, après que je l'ai tant aimée. J'ai commencé à porter du Lutens avec Féminité du Bois, dès sa sortie, et j'adorais son austérité voluptueuse, de même que j'ai aimé beaucoup des parfums qui ont suivi, parfum denses, riches, intenses qui aujourd'hui me semble toujours aussi beaux mais dont je perçois tout le côté sombre, chargé de drame. Et c'est quelque chose qui me pèse. Je réalise que je les ai portés à un moment, à des moments de ma vie ou je pouvais m'identifier à ça, jouer ce rôle un peu vénéneux. C'était des moments où j'avais besoin de cette ombre, de cette force inconsciente qui m'accompagnait et me portait. Et subitement, elle est devenue un poids, une croix, comme ces vieilles rancœurs qu'on traîne parfois trop longtemps avec soi, quelque chose que je dois laisser derrière pour m'alléger. Encore une maison à laquelle je dis adieu ? Décidément, je n'en finis pas et je terminerai peut-être mes jours en eau de cologne toute simple. (Signée Ellena quand même, j'espère !)

mardi 5 juin 2012

Sexy (ou pas?)


La question la plus bête qui court sur les forums: “quel parfums est sexy ? » Ou ses variantes « quel parfum plait/attire les hommes ? » etc.… Le genre de chose que je trouve particulièrement absurde ou énervante même si c’est soigneusement entretenu par le discours publicitaire qui joue quasi exclusivement sur ce registre de la séduction, et un peu sur le registre du statut social… Comme si en 2012, rien d’autre ne pouvait nous intéresser, comme si nous étions complètement décérébrés. Au moins quand Chanel utilisait sa propre image pour vanter ses parfums, elle proposait un modèle autre, séduisant, certes, élégant aussi, mais surtout libre, émancipé, entreprenant. De nos jours, c’est potiche à tout va… et il y a des connes pour aspirer à ça ! Pour rêver devant la pub « j’adore » ou une greluche, ultra-photoshoppée, ne rêve que de défiler en portant de belles robes. Oui, ça m’énerve un peu parce que c’est toujours éternellement le même registre de la séduction. Comme s’il n’y avait que ça dans la vie, du cliché rétro mal vieilli à décliner à l’infini. Avoir de l’humour, lire un livre, aller au musée, mais pourquoi faire tout ça ? Basiquement, on ne voudrait que coucher. Suis-je le seul à avoir envie de hurler ? 


En outre, je trouve ça un peu pathétique comme idée : séduire grâce à son parfum. Je pense soudain à Estée Lauder qui expliquait que si on complimentait une femme à propos de sa robe ou de son maquillage, c’est que la femme en question avait tout faux ! Que ce qu’il fallait que les gens voient, c’était elle. Pareil avec le parfum, j’aime autant qu’on tombe follement en amour de moi et pas du parfum, même magnifique que j’ai généreusement vaporisé. Je ne dis pas qu’un parfum n’aide pas dans la vie, mais ce n’est pas en fonction de l’effet qu’il fait aux autres, c’est en fonction de l’effet qu’il a sur moi : je suis bien avec mon parfum, comme avec tout le reste, donc je suis magnifique ! Quand à allumer, la plus verte des promenades à la campagne peut le faire. Vous n’auriez pas cru que l’odeur de potager de l’Eau de Campagne (Sisley) ou celle de gazon frais de l’Eau de Camille puisse être un accessoire dangereusement torride ? Essayez : « Viens sentir mon parfum, j’ai l’impression de m’être rouler nu€ dans l’herbe » et venez me parler des résultats. Quand Marilyn faisait une réponse spirituelle à une question idiote « je ne dors qu’avec quelques gouttes de N°5 », ce qui est séduisant, c’est Marilyn toute nue qui sent bon, pas particulièrement le N°5. Avec de l’eau de cologne Mont-Saint-Michel, l’effet eut été à peu près le même. Alors par pitié qu'on cesse un peu de s'exciter sur la formule magique qui ferait que....

mardi 22 mai 2012

La tubéreuse m’a tuer


Il y a des jours ou ça n'ira pas, on le sait dès le départ, un problème de karma ou Dieu sait quoi. Hier était une journée comme celle-là ou avant même de sortir de mon lit, je savais que rien n'allait se passer comme je pouvais l'espérer. Et je l'avoue, j'ai accumulé les gaffes ! À commencer par le choix de mon parfum.

Pour m'habiller, j'ai fait ce qu'il ne faudrait jamais faire et surtout pas ces jours-là, j'ai choisi la mauvaise chemise, la pire, celle qui ne me va pas, celle que je n'ai pas acheté moi-même. En soi, cette chemise est plutôt jolie, mais elle est beige et le beige ne me va pas du tout : il m'efface. En beige, j'ai l'air de la photocopie d'une photocopie d'une photocopie. Et bien sûr, je n'ai à peu près rien qui aille avec cette chemise puisque je ne m'achète pas de vêtement qui ne me vont pas. Je savais que je faisais une bêtise mais je l'ai faite. Masochisme ? Tentative de suicide stylistique. Mais j'ai quand même tenté de sauver le coup en portant mon foulard préféré, qui est rouge.


Tubéreuse par Redouté
Et comme je n'avais pas d'inspiration pour le parfum, je me suis fié à l'odeur qui traînait sur mon écharpe et j'ai opté pour une  tubéreuse. La plus sage que je possède, Ophelia, certes, mais une tubéreuse quand même qui malgré sa transparence ne se fait pas oublier et tient jusqu'au soir. J'ai donc passé une journée de malaise dans une ambiance de tubéreuse, une ambiance que j'aurais aimé sentir sur quelqu'un d'autre mais qui sur moi n'allait pas du tout avec mon sentiment d'insécurité, de malaise nauséeux.

Ce n'est pas le parfum qui m'a gâché la journée, mais il ne m'a pas aidé. Le parfum ne m'a pas transporté, ni porté comme c'est parfois le cas, comme ce l'eut été avec un vert qui me faisait plus envie en fait, mais c'est moi qui ai porté le parfum, porté comme on porte un fardeau ou sa croix. Curieusement, les mauvais souvenirs étant plus forts, il a ancré en moi cette association entre la tubéreuse et le mal-être, m'en dégoutant un peu, m'en détournant pour un bout de temps. Je sens bien qu'il me faut mettre de côté ces flacons pour les retrouver plus tard avec un imaginaire vierge, une capacité à les accueillir, à les vivre en positif. En attendant, un petit régime tubéreuse-free s'impose.

lundi 21 mai 2012

prises de tête


Le parfum est un marqueur social. C'est terriblement vrai et terriblement laid à dire. Il est évanescent, impermanent, transcendant, tout ce qu'on voudra, mais il a vite fait de vous ranger dans l'une ou l'autre catégorie allant du sportif à la vieille bourgeoise en fourrure. Cela ne devrait pas, mais cela est. Le parfum nous enferme dans les clichés comme le fait n'importe quel autre vêtement.  C'est ainsi, protester, râler, geindre, n'y fera rien. Le matin, c'est parfois compliqué de jongler avec toutes ces images. Car je veux pouvoir me les réapproprier, jouer avec, les transgresser, les pervertir, puisque je ne peux y échapper. Pourtant, parfois, j'aimerais bien être hors mode, hors système, dans un espace de complète individualité, de complète liberté. Mais croire que je pourrais échapper à ce système de signes, de signifiant, de signifiés est absolument utopiste. D'où le besoin de me réinventer, de transcender.

Deux options possibles : l'Ironie Arty qui consiste à surjouer pour manifester un certain détachement et le Décalage du type « j'assortis mon bleu de travail avec mon collier de perles et mon N°5.» Dans le fond, tout ça est assez fatiguant et je me demande si les nudistes n'ont pas tout juste ! Sauf que je ne pourrais jamais être nudiste, je vivrais les yeux baisser, ou au ciel, enfin, ailleurs… Et je ne me berce pas de l'illusion, fort naïve, que le corps soit innocent, purement matériel, dénué de sens. Peut-être vivre seul sur une ile déserte ? Je me prendrais sans doute moins la tête le matin, mais qu'est-ce que je m'emmerderais…

vendredi 4 mai 2012

Attaque de feng shui (la suite)


Rien à faire, je dis que je veux moins, mais je recommence à accumuler et à remplir mes armoires de flacons divers tous plus dispensables les uns que les autres. La faute à eBay et aux vintages, à l'IFRA et à ses saletés de reformulations qui obligent à faire des stocks, la faute à moi, aussi, surtout, en définitive. Le drame, c'est qu'il y a des flacons que je n'ai même pas envie de terminer. J'aurais presque honte. (Si ! Si !) D'ailleurs, j'ai honte quand je pense que cette armoire peut en faire rêver certain(e)s alors qu'elle m'ennuie, m'encombre et m'embarrasse. D'autant que j'ai des envies nouvelles, bien sûr. Vous n'espériez quand même pas que… ?

Je dis ça, mais dans le même temps, j'ai une fenêtre ouverte sur eBay ou je guette le vintage et une autre fenêtre ouverte sur la boutique Goutal ou je prépare mon prochain passage à la boutique ou je prévois des craquages. (Je n'essaye même pas de prétendre qu'un seul flacon pourrait faire l'affaire)Pire, j'ai en réserve deux parfums encore jamais portés, deux flacons intouchés, pour lesquels j'attends la bonne occasion, le bon moment. J'avoue que je me demande quoi faire… De vrai soucis d'enfant gâté, mais heureusement, je m'en rends compte. 

Passer en mode "no buy" n'est même pas envisageable, ça va me stresser, si! si!, et quand je stresse, je compense en faisant du shopping. Compenser le manque de shopping par une séance de shopping, je sais, on aura tout vu. Le seul truc qui me détende vraiment, c'est trier, classer, jeter. Oui, un psy pourrait en dire bien des choses... Du coup, j'ai une garde-robe organisée selon mes obsession du moment avec la zone "rouge", la zone "marin", etc. Et une armoire à parfum rangée par famille. Le rangement par marques étant la chose la plus imbécile du monde. Par créateurs, cela pouvait fonctionner aussi. Mais le matin, je fonctionne par "aujourd'hui, j'ai envie de: Aldéhydes, vert, chypre, fleurs blanches..." Et ça aide à voir ou je pourrais jeter. Par exemple, en ce moment, je me dis que la tubéreuse, dans le fond, je pourrais m'en passer. (Sauf que c'est bien utile quand on veut emmerder le monde.)

Dans le fond, je suis persuadé que je serais beaucoup plus heureux avec beaucoup moins à condition que la sélection soit parfaite. C'est peut-être ça le truc : arriver à une sélection parfaite. En fait, je sais plus ou moins ce que je pourrais y mettre qui soit beau, portable et adapté à toutes les circonstances, j'ai juste peur de m'ennuyer, de me retrouver figé dans un rôle. En fait « à condition que la collection soit parfaite », c'est la pire des excuses que je pouvais trouver. Basiquement, je pourrais aussi ne pas me parfumer. Certes. Il y a aussi moyen de ne pas lire, ne plus acheter de vêtement, boire de l'eau et puis c'est tout, et puis quoi encore ? Celui qui a osé penser ça, ça va pas bien dans sa tête !

mardi 24 avril 2012

Retour aux sources


Normalement, en été, je m'offre une petite pause parfums, je cède à des envies passagères qui se concrétiseront peut-être en amours durables et, surtout, j'aime la chaleur, la volupté. Je me dis à moi l'Orient, les fleurs blanches, etc. Mais cette année fait un peu exception, pour une fois, je me sens des envies de faire comme tout le monde et d'aller vers la fraîcheur, des envie de me mettre aux eaux chyprées comme je l'ai déjà fait cet hiver avec l'Eau du Sud (Annick Goutal) qui m'a beaucoup accompagné. En fait, il s'agit peut-être de boucler une boucle, de revenir à mon point de départ.

J'ai commencé dans la vie avec Eau Sauvage d'Edmond Roudnitska pour Dior et c'était un bon début. J'ai peut-être eu des parfums honteux, mais certainement pas celui-là. Il n'était déjà plus à la mode mais avait déjà atteint ce statut si envié, ci convoité de classique. Je l'ai choisi pour de mauvaises raisons : la campagne publicitaire qui le rendait visible, le prestige du nom Dior encore intact en ce temps-là, et suis tombé amoureux dès que la démonstratrice l'a vaporisé sur mon poignet. L'eau sauvage a inauguré une formule (faussement) simple et efficace : fraîcheur durable des agrumes et des aromates sur fond chypré avec un cœur de fleurs plus ou moins discret. Avouons-le, spontanément, nous ne dirions pas de cette eau qu'elle sans le jasmin et pourtant elle doit beaucoup à l'hédione. Eau Sauvage, c'était une fraîcheur qui durait longtemps, une élégance folle au milieu des parfums alors à la mode, Azzaro pour homme, Drakkar Noir et autres horreurs brutales et tapageuse. Eau Sauvage, c'était aussi depuis sa création un parfum mixte et je trouve que tous les parfums qui s'en sont inspiré, même s'ils ont tiré le genre vers l'un ou l'autre sexe l'ont été plus ou moins à leurs façons.

Diorella en vintage (absolument en vintage !)continue sur la même voie mais ce serait injuste de ne voir en lui qu'un pendant féminin de l'Eau Sauvage. Roudnitska travailler dans le même esprit mais a réussi à faire un parfum différent, sport-chic mais terriblement couture en même temps ! Oubliée, la poupousse endiamantée, dépassée la chérie envisonnée, il a un côté girl-next-door, cette femme qui passe, toujours pressée, que vous croisez sur le palier entre deux rendez-vous professionnels ou galants, jolie, pratique et qui n'oublie pas d'être élégante. Je pense un peu à Doris Day dans Pillow Talk par exemple. Dans Diorella, les fleurs sont plus présentes, mais c'est surtout la note fruitée, entre melon et pêche, qui me touche, car elle est bien tendre.

Cristalle de Chanel me semble la version la plus austère d'une famille naturellement portée à la joie. Floral, transparent, c'est peut-être est-ce la jacinthe qui lui donne un petit côté distant, presque guindé. Malgré sa joie, sa légèreté pétillante, c'est peut-être le moins chaleureux des Chanel, le plus réservé, celui qui reste sur son quant-à-soi. Définitivement petit tailleur.

L'Eau de Rochas qui joue sur un accord verveine-citron vert avec un cœur rosé est une de mes tentations récurrente ces derniers mois. Elle n'a jamais quitté l'actualité, revenant tous les étés, indémodable, increvable et magnifique. La ressentir l'an passé au bord de la mer, sur une dame âgée très élégante a probablement été un élément déclencheur de ce retour aux sources, aux fondamentaux. Mon Dieu qu'elle était belle, enchanteresse, en pleine nature. Comme beaucoup d'autres parfums peuvent sembler tout-à-cout factice, forcé à côté d'une de ses eaux ! L'eau de Rochas, c'est celle que j'ai toujours vue en jaune et bleu. Allez savoir pourquoi.

Ô de Lancôme, je l'ai toujours aimé, trouvée particulièrement limpide, avec ses accents aromatiques et verts, elle est plus nette, plus aigüe. Peut-être plus lassante. Mais c'est celle qui traînait sur la coiffeuse de ma mère. Joliment faite, elle me semble pourtant un peu en-deçà des autres, atteignant la limite du parfum qui veut rester frais trop longtemps et fini par devenir désagréablement v-crissant, figé. Elle ne franchit pas cette frontière, mais me semble s'en approché dangereusement.


L'Eau du Sud d'Annick Goutal est beaucoup plus récente. Elle ne date pas de cet âge d'or de la fraîcheur que furent les années '70 mais renouvelle la formule Eau Sauvage. L'Eau du Sud est incroyablement naturelle et fluide. Ce qui la différencie vraiment de l'Eau Sauvage, c'est qu'elle déroule ses notes unes à unes, passant du pétillement des agrumes, à la fraîcheur des aromates (que ce basilic est beau !) se fleurissant à peine et mourant sur fond de mousse longtemps après. Très longtemps. L'Eau du Sud tient des jours entiers sur les vêtements, trainant le long des foulards et des écharpes ! Elle a l'élégance évidente des choses simples. Comme la chemise blanche, elle est à l'aise partout, toujours belle, toujours gracieuse. Cette rencontre fut pour moi, non pas une révélation, ni un coup de foudre, mais quelque chose de l'ordre du parce que c'était elle, parce que c'était moi.

C'est amusant ce retour sur moi parce que ça pose question : est-ce que j'ai évolué ? Est-ce que j'ai appris ? Est-ce qu'on change vraiment ? Et puis, surtout, est-ce que ça sert de se forcer, de sortir de son (ou ses) genre(s) ?
Je suis persuadé que la réponse est oui et que c'est le voyage qui compte, pas la destination. Que les rencontres nous enrichissent, qu'il n'y a pas forcément de découvertes plus passionnantes que celle de soi-même et que le parfum rejoint parfois bien curieusement, la vie en général et la philosophie.