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lundi 17 septembre 2012

douceur amère


L’Eau de Gentiane Blanche prend place parmi les cologne car elle est un plaisir égoïste et discret, totalement androgyne. Le risque serait de passer à côté en n’y voyant qu’une cologne, un jeu sur les agrumes. Donnez-lui sa chance ! et allez la sentir et vous découvrirez…

Entre eau de vie et infusion, la gentiane blanche par son amertume est un peu médicamenteuse : sur fond de muscs blancs, touchée d’iris, elle possède une grâce tranquille et réconfortante. Le parfum rassure, a des douceurs de cocon familial. Totalement originale dans une époque qui mise fort peu sur l’amertume, cette cologne a pourtant immédiatement des airs de déjà-vu tant elle évoque des ambiances lointaines, chaleureuses et réconfortantes, d’après-midi chez les grands-parents, tous réunis autour de la table, à traîner en parlant de tout et de rien…

Cette élégante discrète se révèle tenace, s’accrochant aux vêtements, se répandant subtilement. L’appellation cologne semblerait presqu’usurpée ! Elle fait partie des parfums que je préfère porter chez moi, pour traîner en robe de chambre, pour la simple et bonne raison que j’en profite mieux, que je suis plus à leur écoute.

Eau de Gentiane Blanche, Jean-Claude Ellena pour Hermès, 2009

jeudi 21 juin 2012

c’est l’été


louise brooks
Enfin... 

L'été, la chaleur, le soleil et cette paresse, cette langueur qui s'empare de moi, me pousse à rechercher l'ombre, à m'étendre sur la méridienne ou le lit, mollement, comme si soudainement mon corps était de coton et non plus de chair et d'os. Laissez-moi, couché, avec un livre à la main, rêvasser, oublier la chaleur qui m'accable. N'attendez rien de moi, ne me parlez même pas. Je serai de nouveau à vous quand l'été sera terminé. Je reviendrai à moi avec l'agitation, l'effervescence de la rentrée. D'ici là, je ne veux rien, rien que la paix et une figue juteuse. La figue, l'un des rares fruits qui me séduise par ses facettes changeantes, tour à tour vertes, sucrée, laiteuses…

Je ne le cite pas toute, juste mes deux préférées, qui ne sont pas les plus pures, car la simple matière ne me plait pas tant que cela. Pour commencer, le Jardin en Méditerranée de Jean-Claude Ellena pour Hermès (2003), la plus élégante des figues, celle qui se pare de fleurs, se savoure en bouquet piqué d'agrume, se nuance de bois et d'eau, toute en transparences, jolie citadine qui porte des sandales lamée or quand les autres sont en espadrilles. A l'opposé, Ninfeo Mio d'Isabelle Doyen et Camille Goutal pour la maison Goutal (2010) s'avance échevelée, pieds nus, dans le jardin des Hespérides pour trouver la fraîcheur à l'ombre verte des grands arbres.

Donnez-moi l'été et ces deux parfums et je suis si bien…

dimanche 22 mai 2011

Journal d'un parfumeur

Lorsque Jean-Claude Ellena publie un livre intitulé "journal d'un parfumeur" les toqués du parfum s'affolent, il le leur faut... Pourtant, ce n'est pas en obsédé du sent-bon que j'ai envie de commenter, parce que le livre n'est pas que cela, il peut intéresser tout le monde.

Première bonne nouvelle: JCE sait écrire: simplement et de façon fluide, sans effets prétentieux et déplorable: juste une belle langue, claire, limpide. Seconde bonne nouvelle: JCE est intéressant: il nous parle du quotidien, de la création et de ce qu'elle implique de réflexion, d'angoisse, du marketing, etc. Il y a des remise en cause, de l'humilité, une vraie honnêteté.  On est bien au-delà de l'auto-promotion, on est dans le partage. La forme littéraire du journal peut être ennuyeuse mais il n'en est rien dans ce cas: les notes sont concises, les instants choisis, sans volonté de s'épancher ou de se répandre. (Ellena écrirait-il comme il conçoit les parfums?) Cela n'empêche ni la poésie, ni l'émotion, simplement, cela passe par l'allusion, l'évocation.

"Parce que les idées, les réflexions naissent librement et que je doute de ma mémoire, j'écris."

Et le parfum? Forcément il en est question. Et voila quelqu'un qui sait en parler clairement et justement. Intelligemment aussi, devenant passionnant même pour le profane, le néophyte. Pour dire vrai, j'eus aimé lire ce livre sans m'être jamais intéressé au parfum pour avoir le plaisir de découvrir l'un de mes sens en compagnie d'un si bon guide. J'ai vraiment aimé le livre en tant que tel, alors que le "Que sais-je?" du même auteur ne m'avait pas emballé, je l'avait trouvé, non pas prétentieux, mais hors-sujet. Avec le journal, il semble que JCE, qui se décrit d'ailleurs comme un écrivain d'odeurs, a vraiment trouvé une forme d'expression qui lui convient et publié un bon livre.

J-C Ellena, Journal d'un parfumeur, Sabine Wespieser éditeur,2011

mardi 17 mai 2011

Déclaration, Ellena et moi. Ou plutôt et pas moi.


Claude le Lorrain

J’a ai passé la journée d’hier en Déclaration (Jean-Claude Ellena pour Cartier, 1998) et assez vite, je me suis senti assez mal, déguisé dans ce parfum que j’aime pourtant tellement et depuis si longtemps qu’il ne peut plus vraiment me surprendre. Cela m’a rendu presque triste, mais en dépit de sa grande beauté, Déclaration n’est pas pour moi, ne me correspond pas. Déclaration est classique, magnifiquement, comme une toile de Claude le Lorrain, équilibré et beau, comme souvent le travail de Jean-Claude Ellena. Oui, je sais qu’il est plus souvent question d’aquarelles que de grands paysages à l’huile pour commenter son travail, mais j’aurais aussi bien pu le comparer à l’acropole d’Athènes, je ne veux pas dire que les deux choses sont équivalentes en termes de format, je parle de mon ressenti et de l’esprit de la chose. Je ne veux pas dire, en usant du mot classique, traditionnel car ce parfum est beaucoup plus moderne que moi.

Fragonard

Moi, comme on me l’a dit une fois d’un ton chargé du plus grand mépris, je suis Pompadour. Je peux aussi bien le revendiquer, comme la marquise n’avait pas honte d’être née Poisson : oui, je suis bourgeois et conventionnel, sous des dehors de fantaisie qui peuvent sembler modernes : Ne me conviennent que les choses à l’ancienne, un peu mignardes. Pas les grands drames baroques, plutôt le Rococo dans sa recherche de grâce, le légèrement déséquilibré. Le chic with a twist ? Pour reprendre une expression de modeuse. Voila, autant pour mon "genre", mais ça me désole et secrètement, je rêverai sans doute toujours de cette beauté classique et moderne à la fois. 

(C'était la minute narcissique: trouver son style)

samedi 30 avril 2011

Retour à la Terre

Terre d'Hermès consiste pour moi en la superposition de deux notes comme Jean-Claude Ellena sait si bien le faire: je pense notamment à Déclaration de Cartier et à Bigarade concentrée aux Editions Malle. Ici, je sens une marmelade d'orange amère, thin cut, de celles que seuls les anglais savent faire (avec une pointe de whisky) et un accord de bois, sec, austère, un poil poussiéreux. (terreux?)

Steeve McQueen
Ces deux accords reste bien distincts, ne se fondent pas, ne se succèdent pas mais semblent plutôt dialoguer, l'orange amère baissant la voix, laissant toujours plus de place au cèdre et à sa sensualité. La formule peut sembler simple, mais pourquoi faire compliqué? Terre possède un vrai "chic sportif" à la Steeve McQueen qui le place effectivement du coté viril de la force. Attention donc: jeunes espoirs chichiteux, dandy efféminés, s'abstenir! Il convient à ceux qui s'assument, ce qui explique son succès auprès des plus âgés. (ça et le fait que la clientèle traditionnelle d'Hermès ne soit pas exactement jeune, jeune, jeune.) Du coup, il est à essayer en contre emploi sur une femme jeune et jolie, faussement négligée, qui pique l'after-shave et la montre de son homme parce que ça fait bien ressortir qu'elle est une fille. 

Tenue et sillage impeccables. Que cela fait du bien de voir qu'un parfum de qualité peut trouver sa place et rencontrer le succès auprès du grand et large public.

Terre, Jean-Claude Ellena pour Hermès, 2006

mardi 23 novembre 2010

Draps propres et sueur

Déclaration pourrait être décrit comme un boisé épicé avec des notes d'agrumes et ça ne voudrait rien dire... 
Colton Ford
Colton FordPour moi, déclaration est avant tout la rencontre de deux notes, deux univers, diamétralement opposés. D'un coté, des senteurs fraîches, d'agrumes juteux qui évoquent le propre d'une façon crissante, presque cassante comme des draps trop amidonnés qui vous donnent cette sensation de froid  qu'on éprouve toujours dans les hotels; de l'autre, avec une note boisée blonde qui les relie, une note épicées (cumin) qui évoque de façon très nette le sale en général, et la sueur en particulier. Tout cela aurait pu donner un parfum qui évoquerait un déodorant bon marché sur un macho mal lavé, mais l'ensemble au lieu d'être simplement superposé ou de laisser découvrir une note après l'autre, est absolument fondu et donne une odeur qui a les qualités des deux autres tout en étant unique et absolument lisse. C'est un effet totalement fluide et sans aspérité, d'une belle sobriété. Minimaliste, peut-être, mais sans pauvreté, Déclaration semble évident comme la chemise blanche ou la petite robe noir avec sa sensualité sans lourdeur. Il m'a immédiatement donné cette sensation de classique, doux et élégant, même si je peux comprendre que l'aspect "aisselle" puisse déranger.

Déclaration, Jean-Claude Ellena pour Cartier, 1998