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lundi 30 avril 2012

Absolutely Perfumista


Vous ne le saviez pas, mais Patsy et Eddy, nos deux chérie d'Ab Fab, qu'on aime parce qu'elles sont scandaleusement politiquement incorrectes, qu'elles s'en foutent et emmerdent le monde sont des perfumistas. Enfin, des genres de.

Eddy: « Quelqu'un me l'a donné pour rien et c'est la dernière tendance! »
Voilà la vraie raison de ses choix parfois… aléatoire. Mais une petite explication de texte : La dernière tendance, forcément, Eddie en est l'une des grandes prêtresses, amoureuse folle de la nouveauté jusqu'à l'aveuglement et l'abandon de tous critères de bon goût parce que le bon goût n'est pas fun Dieu merci, contrairement à ses vêtements le parfum n'a ni taille, ni couleur. La dernière tendance, vite, vite, vite, AVANT qu'elle ne se démode. Donc Eddy fait le siège des attachés de presse auxquels elle fait un peu peur, d'autant qu'elle (menace, enfin…) propose régulièrement de coucher avec eux. Ils finissent généralement par céder avant d'en arriver là et lui refile le truc trois mois avant sa sortie. 

En ce moment, elle porte : Séville à l'aube (l'Artisan Parfumeur) encore pour au moins deux mois. Et puis après, il sera RINGARD. (Traduction : sortie en septembre)

Patsy : « Je suis la seule à porter du Chanel, elles embrasseront mon derrière ! »
Patsy, fidèle à son image de grande dame de bientôt 39 ans (sic), s'adonne au noir et blanc, au classique et aime porter du Chanel parce que ça impressionne. Patsy rêve de faire peur. Patsy voudrait être Anna Wintour. Elle passe donc son temps à en piquer dans les boutiques et les back stages des défilés. Elle coucherait bien mais n'y arrive pas. « Je ne suis pas trop vieille, c'est la maffia gay ! »

En ce moment, elle porte le N°22, un exclusif, c'est mieux, du chiffre, chez Chanel, c'est encore mieux. Mais elle n'est pas trop sûre de ce qui est noté sur le flacon, c'est tout flou. Mais au goût, il lui semble que ce soit bien ça.







samedi 28 avril 2012

immaculée


Née en 1960, Madame Rochas semble un condensé des années '50. Conventionnelle, elle emprunte sa beauté à des formes classiques, celle du N°5 et d'Arpège, qu'elle débarrasse de tout ce qui pourrait être inconvenant. Le grand aldéhydé floral n'a plus rien d'animalisé ; il n'est plus que fleurs, savonneux, poudreux, à l'image de la bourgeoise de cette époque dont le New Look emprunte au passé ses formes opulentes et sa morale bienpensante. Corsetée, bien éduquée, jolie petite femme-objet, Madame Rochas est finalement plus démodée que ses ainées dont elle n'a pas l'entrain, la fougue. Gabrielle Chanel et Jeanne Lanvin avaient créé leurs maisons et leurs parfums, Hélène Rochas n'était que la veuve de Marcel Rochas : son parfum est avant tout élégant et respectable, idéal pour assister à l'office du dimanche en compagnie de sa belle-mère.

Hélène Rochas
Porter Madame Rochas me donne l'impression de porter des gants blancs, un collier de perles, plus qu'aucun autre. Soyeux, toujours aimable, il a une aura grande dame difficilement portable au premier degré. Ce parfum a besoin d'être bousculé, détourné, encanaillé, sans quoi il tourne à la caricature. Pas forcément indispensable, je trouve néanmoins salutaire de posséder un parfum qui rendent incapable de prononcer le moindre gros mot.

Madame Rochas, Guy Robert pour Rochas, 1960.

mardi 24 avril 2012

Retour aux sources


Normalement, en été, je m'offre une petite pause parfums, je cède à des envies passagères qui se concrétiseront peut-être en amours durables et, surtout, j'aime la chaleur, la volupté. Je me dis à moi l'Orient, les fleurs blanches, etc. Mais cette année fait un peu exception, pour une fois, je me sens des envies de faire comme tout le monde et d'aller vers la fraîcheur, des envie de me mettre aux eaux chyprées comme je l'ai déjà fait cet hiver avec l'Eau du Sud (Annick Goutal) qui m'a beaucoup accompagné. En fait, il s'agit peut-être de boucler une boucle, de revenir à mon point de départ.

J'ai commencé dans la vie avec Eau Sauvage d'Edmond Roudnitska pour Dior et c'était un bon début. J'ai peut-être eu des parfums honteux, mais certainement pas celui-là. Il n'était déjà plus à la mode mais avait déjà atteint ce statut si envié, ci convoité de classique. Je l'ai choisi pour de mauvaises raisons : la campagne publicitaire qui le rendait visible, le prestige du nom Dior encore intact en ce temps-là, et suis tombé amoureux dès que la démonstratrice l'a vaporisé sur mon poignet. L'eau sauvage a inauguré une formule (faussement) simple et efficace : fraîcheur durable des agrumes et des aromates sur fond chypré avec un cœur de fleurs plus ou moins discret. Avouons-le, spontanément, nous ne dirions pas de cette eau qu'elle sans le jasmin et pourtant elle doit beaucoup à l'hédione. Eau Sauvage, c'était une fraîcheur qui durait longtemps, une élégance folle au milieu des parfums alors à la mode, Azzaro pour homme, Drakkar Noir et autres horreurs brutales et tapageuse. Eau Sauvage, c'était aussi depuis sa création un parfum mixte et je trouve que tous les parfums qui s'en sont inspiré, même s'ils ont tiré le genre vers l'un ou l'autre sexe l'ont été plus ou moins à leurs façons.

Diorella en vintage (absolument en vintage !)continue sur la même voie mais ce serait injuste de ne voir en lui qu'un pendant féminin de l'Eau Sauvage. Roudnitska travailler dans le même esprit mais a réussi à faire un parfum différent, sport-chic mais terriblement couture en même temps ! Oubliée, la poupousse endiamantée, dépassée la chérie envisonnée, il a un côté girl-next-door, cette femme qui passe, toujours pressée, que vous croisez sur le palier entre deux rendez-vous professionnels ou galants, jolie, pratique et qui n'oublie pas d'être élégante. Je pense un peu à Doris Day dans Pillow Talk par exemple. Dans Diorella, les fleurs sont plus présentes, mais c'est surtout la note fruitée, entre melon et pêche, qui me touche, car elle est bien tendre.

Cristalle de Chanel me semble la version la plus austère d'une famille naturellement portée à la joie. Floral, transparent, c'est peut-être est-ce la jacinthe qui lui donne un petit côté distant, presque guindé. Malgré sa joie, sa légèreté pétillante, c'est peut-être le moins chaleureux des Chanel, le plus réservé, celui qui reste sur son quant-à-soi. Définitivement petit tailleur.

L'Eau de Rochas qui joue sur un accord verveine-citron vert avec un cœur rosé est une de mes tentations récurrente ces derniers mois. Elle n'a jamais quitté l'actualité, revenant tous les étés, indémodable, increvable et magnifique. La ressentir l'an passé au bord de la mer, sur une dame âgée très élégante a probablement été un élément déclencheur de ce retour aux sources, aux fondamentaux. Mon Dieu qu'elle était belle, enchanteresse, en pleine nature. Comme beaucoup d'autres parfums peuvent sembler tout-à-cout factice, forcé à côté d'une de ses eaux ! L'eau de Rochas, c'est celle que j'ai toujours vue en jaune et bleu. Allez savoir pourquoi.

Ô de Lancôme, je l'ai toujours aimé, trouvée particulièrement limpide, avec ses accents aromatiques et verts, elle est plus nette, plus aigüe. Peut-être plus lassante. Mais c'est celle qui traînait sur la coiffeuse de ma mère. Joliment faite, elle me semble pourtant un peu en-deçà des autres, atteignant la limite du parfum qui veut rester frais trop longtemps et fini par devenir désagréablement v-crissant, figé. Elle ne franchit pas cette frontière, mais me semble s'en approché dangereusement.


L'Eau du Sud d'Annick Goutal est beaucoup plus récente. Elle ne date pas de cet âge d'or de la fraîcheur que furent les années '70 mais renouvelle la formule Eau Sauvage. L'Eau du Sud est incroyablement naturelle et fluide. Ce qui la différencie vraiment de l'Eau Sauvage, c'est qu'elle déroule ses notes unes à unes, passant du pétillement des agrumes, à la fraîcheur des aromates (que ce basilic est beau !) se fleurissant à peine et mourant sur fond de mousse longtemps après. Très longtemps. L'Eau du Sud tient des jours entiers sur les vêtements, trainant le long des foulards et des écharpes ! Elle a l'élégance évidente des choses simples. Comme la chemise blanche, elle est à l'aise partout, toujours belle, toujours gracieuse. Cette rencontre fut pour moi, non pas une révélation, ni un coup de foudre, mais quelque chose de l'ordre du parce que c'était elle, parce que c'était moi.

C'est amusant ce retour sur moi parce que ça pose question : est-ce que j'ai évolué ? Est-ce que j'ai appris ? Est-ce qu'on change vraiment ? Et puis, surtout, est-ce que ça sert de se forcer, de sortir de son (ou ses) genre(s) ?
Je suis persuadé que la réponse est oui et que c'est le voyage qui compte, pas la destination. Que les rencontres nous enrichissent, qu'il n'y a pas forcément de découvertes plus passionnantes que celle de soi-même et que le parfum rejoint parfois bien curieusement, la vie en général et la philosophie.

vendredi 20 avril 2012

Psychologie (de base)*


La vie n'est pas tous les jours tendre avec nous et parfois, on guette la tuile qui va nous tomber sur le coin de la figure, prévisible, mais pas moins désagréable. Ça a été mon quotidien ces derniers jours et je me suis aperçu que ça jouait sur le choix de mon parfum. Ma main se tendait vers le Goutal, par envie, mais je détournais et allait vers des choses autres : parfums plus froids, plus tendus, qui permettent de ne pas s'effondrer en cas de malheur, qui encaissent et ont du répondant. Quand l'écroulement menace, j'appelle l'iris et le galbanum à la rescousse.

Eau d'Hadrien
En fait, le truc, c'est que pour moi, les parfums Goutal vont avec le bonheur, avec l'idée du bonheur, une certaine confiance en soi, en l'avenir, quelque chose d'heureux, de joyeux, d'insouciant aussi peut-être, que je ne veux pas casser. C'est peut-être lié à des souvenirs joyeux. Eau d'Hadrien = début d'une longue histoire d'amour. Mais pas que. Il me semble qu'il y a une joie de vivre intrinsèque aux parfums qu'Isabelle Doyen a composés pour Goutal. (Du moins, ceux que je porte) C'est quelque chose qui a rapport à leur légèreté, à leur aspect souvent un peu fruité-juteux, garanti sans sucre ajouté, quelque chose qui rappelle l'enfance, les maisons de familles à la campagne, quelque chose qui rime avec l'envie de croquer la vie à pleine dent, comme dans une poire, celle de Petite Chérie ou de Rose Splendide ?, avec le jus qui coule sur le menton et les fous rires qui vont avec.

Eau du Sud
Et puis, il y a cette bonne éducation, ce bon goût dans ces parfums qui fait qu'on ne peut pas vraiment les porter pour affronter la vie et se comporter en bitch. Impossible pour moi d'être dur et sans cœur quand je porte l'Eau du Sud. Par contre, même quand ça ne va pas, j'investi chez Goutal et j'appelle ça me faire du bien, parce que ne plus avoir de Goutal dans mon armoire à parfums, ce serait comme de perdre la foi en l'avenir, ne plus croire au bonheur et aux jours heureux. L'Heure Exquise est probablement l'un des parfums que je porte le moins, mais l'un des flacons que je sors le plus souvent pour le respirer, l'un de ceux dont j'estime ne pas pouvoir vivre sans. Oui, je sais, dit comme ça, ça fait assez toqué, assez hystérique, mais si Mister Phoebus avoue qu'il pourrait partir sur une île déserte avec juste les soliflores Goutal (ici), je suis bien obligé de dire que je suis peut-être embarqué dans la même galère…

*(à la mords-moi le nœud)

lundi 16 avril 2012

Mimosa pour moi


Mimosa pour moi a 20 ans cette année, un anniversaire qu'on ne fêtera probablement pas chez l'Artisan  Parfumeur : ce parfum comme bien d'autre appartient à une autre époque, celle ou la maison s'inspirait de la campagne française, des souvenir d'enfance, d'une nature très XVIIIème siècle, entre Rousseau et Marie-Antoinette, une nature terriblement « toile de Jouy »…

Le mimosa y est stylisé, transparent, délicat, à peine poudré, avec un petit quelque chose de sale en fond qui le rend bien humain et permet de le faire soi sans se sentir déguisé en bouquet géant. Mimosa pour moi nous parle d'été et de soleil en hiver comme les bouquets de mimosa qu'on aime tellement offrir et recevoir dans le nord, ces bouquets qui nous parlent du sud et des beaux jours, qui donnent un air de fête aux journées tristes et grises. Mimosa pour moi est un parfum qui fait plaisir quand les beaux jours se font attendre.




Maintenant, l'Artisan Parfumeur envoie les parfumeurs en voyages, nous parle d'exotisme ou s'adresse à l'international, perdant un peu de son âme et un peu de son charme, c'est bien dommage. Reste quelques petits bijoux, tant qu'ils ne sont pas reformulés comme c'est le cas pour Mure et Musc passé du côté fruité de la force alors qu'il était si délicieusement équilibré, ou retirés de la vente pour faire place à des nouveautés parfois fort peu intéressantes. Mimosas pour moi est l'une de ses petites délicatesses, jolies et bien faites, un de ces parfums typiques de cette période de l'Artisan Parfumeur, celle du parfum pour soi, égoïste, un peu sentimental

mercredi 11 avril 2012

Combien ?


Combien, c'est la question principale, primordiale, celle à laquelle je suis confronté tout le temps que je dis que j'aime le parfum. Combien, les la question à laquelle font face tous les amateurs. Avec souvent un jugement négatif à la clef. Auquel n'a pas droit celui qui se constitue une cave à vin. Allez savoir pourquoi, le parfum étant vu comme frivole, certes, mais enfin pourquoi l'alcoolisme serait-il mieux vu ? Vous me direz qu'on peut aimer le bon vin sans être alcoolique, je vous répondrai qu'on peut aimer le parfum sans être une créature évaporée, décérébrée, dépourvue de toute conscience et de toute humanité.
Beaucoup, c'est au-delà de 3 ou 4, trop quand on atteint la dizaine, passé la quinzaine, on est bon pour l'asile psychiatrique. Pourtant, outre l'aspect « Je l'aime, il me le faut » (si, si, on est comme ça) il y a PLEIN de bonnes raison d'avoir différents parfums. Autant que de vêtements. Parce que, de la même façon qu'on ne s'habille pas pareil en villégiature au bord de la mer et au bureau, qu'on ne va pas négocier un crédit avec son banquier dans la tenue d'un après-midi à la fête foraine avec des enfants, on ne peut décemment pas porter les deux ou trois même parfums tous les jours de toute l'année. Je m'adapte personnellement beaucoup plus aux circonstances qu'à la saison. Je n'ai jamais compris ces gens qui ont « un parfum d'été et un parfum d'hiver » je crois que je comprends encore mieux ceux qui ont un seul parfum.


L'aspect collectionnite aigüe n'est peut-être pas là ou on le croit volontiers : plusieurs jasmins, très semblables mais traité différemment peuvent faire sens à des instant diffèrent : le Jasmin de Goutal, fruité, pétillant, léger n'a rien avoir avec celui d'à La Nuit (Lutens) vert et finalement redoutablement sauvage avec son indole qui le rend sensuel comme un fauve. Sans parler d'un N°5 très « Madame ! » Ils peuvent tous prendre leurs place à des instant diffèrent et l'amateur ne cherchera pas forcément LE jasmin ultime qui surpassera et effacera tous les autres. Non, plus souvent, l'esprit de collection consiste à s'éloigner de son goût et à vouloir quelque chose qu'on n'a pas encore : « tiens, je n'ai pas d'hespéridé/oriental/fleurs blanches/etc. » (ne rien rayer, pas de mention inutile) et à explorer, à sélectionner, à se dire en rationalisant que c'est celui-là le meilleur, celui-là dont on a besoin, alors que finalement, non, pas du tout, on peut très bien vivre toute sa vie dans quelques types, des parfums qui se ressemblent tous. Et finalement, ce serait même ça qui formerait une senteur unique, un cachet, un style.

myrrhe ardente - annick goutal
Combien, c'est aussi, bien souvent, l'affreuse, la vulgaire question du prix. Oui, tout cela coûte de l'argent. Comme tout en ce bas monde. Comme ce cadre au mur qui n'est pas beaucoup plus indispensable. Sans parler des bibelots. De tout ce qui encombre nos existences à tous et qui n'est pas à proprement parler utile, si ce n'est que ça nous ouvre une porte, un horizon sur le « beau » idéal, rêvé, imaginaire, peu importe. Et quand au rapport qualité/prix, j'avoue que cela m'ennuie un peu, je préfère un rapport plaisir/prix. Sinon, quels critères : la beauté des matières, leurs préciosités ? Mais l'exploit ne serait-il pas de tirer les plus beaux effets de matières peu onéreuses même si c'est pour vendre cher, plutôt qu'assembler de jolies matière de manière convenue comme le font certains ? (Oui, je pense à by Kilian) Ou alors l'aspect « il faut que ça tienne et que ça sente fort » qui pousserait à ne porter que des parfums signé Thierry Mugler, imbattable dans ce domaine. Oui, je peux accepter un tarif surfait pour une chose que j'aime, que je trouve belle et qui m'émeut, exactement comme on n'estime pas un tableau selon le prix de la toile blanche et des tubes de couleurs utilisés. Et en même temps, il m'arrive de râler, de protester, de trouver que trop, c'est trop. 

J'avoue que l'envolée des prix en ce qui concerne les vintages m'agace : voir un flacon d'Après l'Ondée à plus de 2000 € (non, je n'ai pas mis un zéro de trop, je voulais bien écrire deux mille) me scandalise un peu. Mais en étant patient, on peut quand même faire de bonnes affaires, se parfumer bien sans se ruiner. Vous me direz qu'il faut aimer collectionner les vieilles choses, vivres dans l'antique. Et ?

vendredi 6 avril 2012

Ma Griffe (Vintage, bien sûr !)*


Ma Griffe de Carven est encore facile à trouver en version ancienne à des prix très raisonnables car sa popularité n'est plus, hélas, ce qu'elle a été. Pourtant, ce parfum a été un succès, pendant longtemps. Pas vraiment plus daté que d'autre, il doit au manque de soutien et au déclin généralisé de la marque Carven d'avoir été oublié alors qu'il fut une valeur sûre de la parfumerie.

Ma Griffe est né en 1946, créé par Jean Carles pour Madame Carven qui connaissait un succès certain avec sa maison de couture. Bien sûr elle n'était pas et ne deviendrait pas Balenciaga, Dior, Fath ou Balmain, mais elle avait sa clientèle de femmes élégantes, jeunes et dynamiques qui n'avait pas nécessairement les moyens d'aller chez ces messieurs et qui voulait une mode plus jeune, plus sport, un peu moins madame. Le parfum ressemble à ceux à la mode à cette époque : un chypré vert avec sa dose d'aldéhydes. Ressemble, mais se distingue et s'affirme. Ma Griffe démarre par une bouffée d'aldéhydes, mais loin de l'effet solaire, doré, du nimbe bourgeois et cossu du N°5, il explore un aspect métallique, incisif, qu'on retrouvera plus tard dans Calandre ou dans Rive Gauche. Le vert s'installe, mais pas de galbanum petit pois ici, plutôt la sauge et ses effets de feuillages exotiques pour un vert chaud qui va révéler les fleurs : jasmin, ylang, rose, mais l'effet général est surtout gardénia. Ensuite, vétiver, tonka, et surtout la mousse de chêne, la vraie, la belle, celle qu'on aime. Evidemment, il y a, dans le parfum, cette patine légèrement poudrée, cette fluidité dans l'évolution, cette complexité typique des anciens parfums qui font toujours paraître les parfums actuel un peu brutaux, heurtés.

On pense un peu à Miss Dior, mais le Carven n'a pas à rougir, Jean Carles l'a fait plus chaud, mais surtout plus libre, moins classique et corseté. Ma Griffe fait irrésistiblement penser à cette image d'Épinal de la parisienne des années '50, pleine de charme, plus que belle, avec du chic et du chien, plus de goût que de moyens, mais qui réussit avec une robe, deux tailleurs et trois foulards à être toujours élégante et surprenante. Son parfum la précède, la suit, annonçant qu'elle a de l'esprit, l'humeur joyeuse et -qui sait ?- peut-être amoureuse.

Ma Griffe, Jean Carles pour Carven, 1946.




* Ce (Vintage Bien sûr !) est un hommage à une incarnation actuelle de cette parisienne idéale qui se reconnaîtra peut-être.

mercredi 4 avril 2012

La titanide est une ogresse !


Pendant que certains jouent à faire des parfums rétros-vintages parce que c'est la mode, Thierry Mugler continue sur sa lancée et crée des parfums titanesque qui partent à la conquête du monde en affichant leur originalité et leur modernité quelque peu synthétique. Womanity jouait sur le contraste sucré-salé pour un résultat «ambiance tearoom, pas élégant mais confortable, au bord de la mer» et n'a pas vraiment réussi à trouver son public : la figue est trop sucrée, le caviar trop salé, que pour séduire l'un ou l'autre camp. La sortie d'une Eau pour Elles devait permettre d'ajuster le tir… Une figue plus fraîche, transparente, lactonique, dégustée sur la plage ne m'aurait pas déplu, hélas, l'ajout d'une note de fraise annoncée semblait indiquer que Womanity basculait du côté sucraillon de la force…



Porté, Womanity m'a transformé en Alice à la poursuite du Lapin Blanc qui serait tombée dans un pot de confiture géant: la fraise est là, collante, épaisse, trop sucrée, écœurante jusqu'à la nausée. On distingue dans le lointain la figue, effectivement plus transparente, et en arrière-plan la note salée désormais bien cachée, mais on aspire surtout à prendre une douche.



Comme tous les parfums Mugler, tenue et puissance sont de la partie, pensez à protéger vos vêtements lors des essais.




Womanity, Eau pour Elles, Christine Nagel & Serge Majoulier pour Thierry Mugler, 2012.


mardi 3 avril 2012

Sérénité


Silences est né à la fin des années '70 et a connu un joli succès dans les années '80.  Floral vert, c'est un proche parent du N°19 qui aurait aussi un cousinage avec Rive Gauche. Il affiche tout d'abord un galbanum vert petit pois, croquant, presque crissant, soutenu par des fleurs -la jacinthe est très présente-  avant de se révéler un iris soyeux et froid qui ne se poudre et reste du côté austère de la force. Par-dessous monte peu à peu une note blanche et métallique, celle-là même qui me fait penser à Rive Gauche) qui soutient l'iris sans le faire tomber dans le cosmétique ou le savonneux. L'évolution est lente, très fluide, il coule et découle sans ces transitions brutale qu'on souvent les parfums actuels.

Silences semble avoir été fait d'après la formule de Diana Vreeland "l'élégance est un refus" tant il oppose aux tapageuses années '80 sa coupe impeccable, son refus des fioriture  pour une sérénité qui semble issue des arts martiaux : un mouvement juste, absolument parfait, exécuté calmement, sobrement sans agitation ou efforts inutiles.  Pour moi, Silences est un parfum intensément serein dont je comprends enfin qu'il était pour moi, comme pour beaucoup d'autres probablement, un refuge contre les orientalisants brûlants, les fleuris migraineux, les powerhouses un peu vulgaires…



 Assez facile à trouver en vintage, puisque la formule actuelle est parait-il désastreuse, il est toujours un rempart contre la facilité, toujours aussi beau, un peu hautain, dans son élégance sport qui regarde vers Suzanne Lenglen ou René Lacoste, toisant les fruitchoulis en jogging lamé et autres gourmandises cheaps et faciles. Silences, comme avant lui le N°19, comme après lui Bas de Soie, est un intellectuel. S'il ne discute pas, c'est parce qu'il sait qu'il a raison. Il ne dit rien, contemple, médite, et hausse parfois les yeux au ciel. De nos jours, bien peu de parfums ont autant de caractère.


 

Silences, Jacomo, 1978

lundi 26 mars 2012

Cheap Beauty

À tant photoshopper ses parfums, Calvin Klein les dépersonnalise, comme ces stars invitées des journaux télévisés qui à force de surexpositions n’ont plus de ride, ni de nez, à peine une trace d’eye-liner et de rouge à lèvre au milieu de la tache lumineuse et floue qui leur tient lieu de visage. Assez effrayant.

Beauty by Calvin Klein, floral, ultra lissé, était une daube infâme et sans personnalité évoquant vaguement, de loin, de très loin, le lys, Sheer Beauty fait encore pire, évoquant de loin, de très loin, un désodorisant bon marché pour toilettes.

J’ai été horrifié qu’on ose m’en envoyer un échantillon. Si quelqu’un me l’offre, je pleure. (Et je ne lui adresse plus JAMAIS la parole)

Sheer Beauty,Sophie Labbé pour Calvin Klein, 2012

C’est le printemps…

Fragonard


Louis XV,
Maurice Quentin de La Tour

Cette année, j’ai des envies de pastels, de XVIIIème siècle, comme souvent, plutôt Pompadour que Marie-Antoinette.

Pour accompagner ces envies versaillaises :
-Jardin Clos (Diptyque) jacinthe et lilas pour un bout de nature intimiste en bleu et mauve.
-Infusion d’Iris (Prada) pale et froide, indispensable.
-Rose Splendide (Goutal) et sa si jolie rose fraîche et verte.
-Miss Dior (à dénicher en vintage) parce qu’un chypre vert si bien équilibré et si romantique, c’est juste parfait.
-Des bougies Trudon : la Marquise, rosée, et Trianon qui sent si bon la jacinthe.
-une bougie Lilas de Diptyque
Boucher

vendredi 23 mars 2012

Je n’ai PLUS RIEN à me mettre…


Voila probablement la phrase que je prononce le plus souvent. Au moins une fois par jour. Et bien sûr, devant un placard qui menace d'exploser, et une armoire à parfums plus que bien garnie. Et j'ai tendance à penser que cela fait partie de la normalité de l'espèce humaine même si j'entends parfois parler de gens qui n'ont pas ce genre de souci, se trouve tout à fait heureux avec deux jeans, trois T-shirts et un flacon d'eau de Cologne. D'une certaine façon, ces gens sont un peu mes héros du quotidien, mais en même temps, je les plains très sincèrement, je me dis qu'ils passent à côté de quelque chose, d'un des petits (grand, j'avoue) plaisirs qui enchantent le quotidien…

Le grand problème du matin, c'est peut-être que rien ne va avec rien, ce qui est souvent la théorie des relookeurs, mais en même temps, c'est ça LE truc que rien n'aille avec rien et que ça puisse finir par faire un tout cohérent, donc tout à fait l'opposé d'un uniforme. Je commence toujours par décider de LA chose que je veux porter, la pièce qui va déterminer tout le reste que ce soit le parfum ou les chaussures. Oui, certain matins, je choisis d'abord quelles chaussures ou quel parfum je veux porter et tout le reste en découle. En fait, tout part de « mais qui ai-je envie d'être aujourd'hui ? »

J'ai toujours plus ou moins consciemment considéré la mode ou le parfum comme un jeu sur l'identité. Non pas un révélateur de l'identité, ce miroir « dis-moi qui je suis », je n'y ai jamais cru, plutôt comme une série de rôles, de déguisements qui traduisent probablement une partie de conscient ou une partie d'inconscient… Et je trouve amusant de montrer différentes facettes en même temps, c'est aussi pour ça que je décale. Parce que l'aldéhydé fleuri de bourgeoise, ça se marie parfaitement à la tennis pourrie. Et dans un sens, si le mélange exprime une personnalité, elle est complexe, à facettes au moins, pas bloquée en mode arrêt sur image. (voire en mode caricature) En ce moment, je suis en pleine fixette aldéhydes de bourgeoise. Ce n'est pas grave: ça ne passe pas, ça ne se soigne pas, mais ce n'est pas dangereux et c'est légal. (Enfin, jusqu'à ce que l'IFRA... Penser à faire des réserves)

Et parfois, j'ai juste envie de me la couler douce, confort, sans souci et sans effort. Ce qui me fait un peu enrager, c'est que mon parfum de ces moments-là, au lieu d'être un truc cool et cheap de chez Body Shop, par exemple, c'est la IVème heure de Cartier, autrement dit, mon parfum le plus cher, qui n'est pourtant pas le plus luxueux, il ne me donne absolument pas cette impression de luxe, au contraire, celle d'un truc tout simple, rustique, confortable comme un vieux plaid dans une maison de campagne…

mardi 20 mars 2012

une citadine à la campagne?

l’Eau de Chloé commence par le brouillard lessiviel caractéristique de Chloé, propre, un peu froid, terriblement BCBG, que l’on aime ou que l’on déteste mais qui a fait de Chloé un succès. Très vite, les brumes de lessives se lève et dévoilent une rose verte et fraiche, humide de rosée, très jolie, qui s’épanouit sur des muscs propres comme elle pourrait le faire chez Goutal ou chez Rosine. Cette rose que l’ou pourrait croire légère ou éphémère tient le pari de durer longtemps sur la peau. Ces muscs blancs, bien maitrisés sont quand même fantastique qui permettent ce qui ne devrait pas être sans effet figé ou cartonné comme c’est parfois le cas quand on tente de faire de la fraicheur et de la légèreté longue durée…

Chloé est peut-être une réussite, mais je me pose des questions : Est-ce un parfum cohérent, pris entre jeune citadine fashion et balade à la campagne par un clair matin de ma ? Rencontrera-t-il son public ? On peut certes aimer les deux univers, mais le passage de l’un à l’autre surprend un peu. Et j’avoue que je préférerais posséder un flacon du Chloé Original et un flacon d’un parfum de Rosine ou de la Rose Splendide de Goutal que posséder cette Eau qui passe de l’un à l’autre. En fait, je me contenterai d’un flacon de Goutal ou de Rosine…

L'eau de Chloé, Michel Almairac pour Chloé, 2012

lundi 19 mars 2012

Je n'aurais pas dû...

Je me dis toujours que je ne devrais pas sentir les nouveauté en parfumerie parce que je suis toujours pressé, et si ce n’est moi, c’est la conseillère qui s’impatiente, et qu’il y a toutes ces odeurs parasites, mélange indéfinissable de plusieurs parfums, plutôt insupportable et de plus en plus écœurant depuis que le sucre est devenu la règle d’or, qui traîne, s’entête, s’interpose entre le potentiel chef d’œuvre et moi…

Elie Saab Le Parfum fut ainsi mon dernier essai et je l’ai immédiatement regretté devinant derrière le brouhaha parfumé une jolie fleur d’oranger, un peu miellée plutôt naturaliste. Impossible de lui rendre justice. Au grand air, je me penche pour redécouvrir cette jolie fleur, un peu trop honteusement vendue comme un grand parfum, certes, et je découvre, sommet de l’horreur, que, non, ce n’est pas l’atmosphère de la parfumerie qui est responsable, cet aspect  cheap, vulgaire, ce fouillis sans direction, sans signification est intrinsèque au parfum. Elie Saab Le Parfum devient puant à force de vouloir ressembler à tout le reste.

Francis Kurkdjian pour Elie Saab, 2011.

mercredi 14 mars 2012

de l’art du décalage


Certaines possède un seul parfum qu'elles arborent du premier au dernier jour de l'an comme en ces années '50 ou une dame portait religieusement le parfum offert par son époux, toujours le même. Les choses ont peu à peu changés et il fut assez vite de bon ton d'avoir au moins deux parfums selon les saisons. Ce n'est guère plus amusant et on ne regrette pas plus ces usages révolus qu'on ne regrette les corsets et ces horribles gaines « couleur chair » qui ne faisaient pas rêver ceux qui les voyaient. Oui, je sais, il paraît que la gaine revient, je le déplore, j'eusse mieux aimé le retour d'un vêtement structuré et bien construits comme l'étaient ceux de Cristobal Balenciaga par exemple… D'une certaine façon, je pourrais être envieux, exactement comme je peux envier ces gens qui portent un uniforme, qu'il soit choisi ou imposer, parce qu'ils n'ont pas à se demander chaque jour « qu'est-ce que je mets ? » s'évitant bien des soucis, des rages et des désespoirs. Je ne sais pas vous, mais moi, je n'ai RIEN à me mettre même quand mes armoires débordent…

sur la coiffeuse d'Ava Gardner,
une cologne Guerlain
Se parfumer est un des plaisirs de la vie, de ceux que l'on peut renouveler, varier, un jeu sur l'élégance, le paraître, le faire-paraître, un jeu d'acteur, de poète, entre révélation et dissimulation. Je constate souvent autour de moi que les gens sont pourtant tristement et banalement parfumés ! Ce que je vois, ce que je sens est généralement sans surprise, sans séduction, sans émotion. Dans certain cas, un parfum mal choisi vous ajoute 10 ans, 5 kilos, vous transforme en créature sans intérêt, plutôt victime de la mode ou de son statut social que It-Girl ou Boy !

Le truc tout simple, je l'ai déjà dit, je le redis, c'est de DECALER ! On le répète sans cesse pour les chiffons, c'est tout autant vrai pour le chiffon : ce qui « fait » une tenue, une allure, ce n'est pas, ce n'est plus la dernière création de … qu'il faut absolument avoir, c'est le twist, le petit décalage, le détail inattendu qui surprend et enchante. Donc on évitera absolument de faire tout ce qui est convenu attendu.

On ne porte jamais un parfum ou des vêtements de la même époque, ça fait vraiment sans imagination, déguisement. Si vous possédez un tailleur New-Look, par pitié, ne le portez pas avec votre Miss Dior vinage ! Et si vous la jouer épaulettes et taille marquée de l'année chez H&M façon Lady Gaga revisite Grace Jones, surtout évitez d'en rajouter avec une couche de Poison. Sauf si vous faites carnaval. Et si vous portez une tenue entièrement neuve, évitez aussi le parfum tout nouvellement sorti, ça fait vraiment sans personnalité. Si vous assortissez la blouse de marque X au parfum de la même marque X, vous risquez carrément de passer pour une idiote décérébrée. Le total look, c'est la mort du style !

Marilyn et son flacon de N°5
Le copier-coller de style est à bannir aussi : certes, un Guerlain à l'ancienne, c'est chic bourgeois et le chic bourgeois, c'est votre style. Le mien aussi en grande partie. Mais marier un Guerlain classique à un carré Hermès, un collier de perles, etc., c'est un peu trop. Ce n'est plus un style, c'est une caricature et pas des plus plaisantes. Qui a vraiment envie d'être confondu avec Christine Boutin ? Les parfums de bourgeoise, c'est joli avec le jeans, surtout pas avec les tailleurs et les petites robes noires. À l'inverse, un parfum Comme des Garçons, porté avec une tenue un peu conventionnelle-chic, ça peut vraiment le faire. La violette-cosmique de Stephen Jones, le goudron de Tar avec un costume un peu chic, c'est vraiment bien. Garage avec une tenue de pompiste, je suis beaucoup plus sceptique…

Quand un parfum m'évoque un univers bien précis, je le porte avec tout le contraire : les grands floraux aldéhydés ? C'est superbe avec les marinières ! Les grands orientaux ultra-capiteux : magnifiques avec des vêtements un peu stricts. Un peu trop racoleur par contre avec tout ce qui est très décolleté, très court, très moulant, donc on évite, ce n'est pas juste ennuyeux, c'est vulgaire. Essayez le parfum ultra chic avec les tenues basiques et les parfums tout simples avec des tenues élégantes : croyez-moi, il n'y a rien de mieux. Tenue de soirée et petite eau toute simple, toute fraîche, c'est beau ! Et bousculez les saisons : osez le vert en hiver, ça ne réchauffe pas, mais c'est magnifique, vif, cinglant, joyeux, plein de vie et de jeunesse. Et osez le capiteux en été : l'orient d'une vanille sèche comme Habanita est langoureux, délicieux. Et ne boudez pas non plus la volupté des fleurs blanches, qui après tout fleurissent bien en été, et osez les jasmins indoliques, les fleurs d'oranger faisandées, les tubéreuses fatales… Voyez comme elles sont à la fête ces belles capiteuses, entre peau et t-shirt, tellement plus à leur aises que dissimulée sous les fourrures et les écharpes, laissez les vivre, elles vous enchanteront !

lundi 12 mars 2012

cuir embourgeoisé...

Bandit offrait la volupté de la nudité sous un blouson de cuir. C’est magnifique, ça place la barre très haut, peut-être un peu trop haut pour moi qui pourtant ai toujours trouvé du plaisir à me faire quelque peu malmené par les créations de Germaine Cellier. Mais ce cuir-là, qui a le charme de Brando dans l’équipée sauvage, est un poil trop radical pour mon quotidien… Effectivement, je me sens malmené par le parfum, c’est lui qui me porte et non l’inverse.

Le cuir crée par Bernard Chant pour Madame Grès offre une alternative qui me séduit plus : Cabochard a tout de l’accessoire luxueux, de qui accompagne la grande bourgeoise lors de ses sorties en ville. Cabochard commence par les quelques aldéhydes indispensables au parfum de dame et une pointe de galbanum, se poursuit par un cœur de fleurs avant de finir en chypre chic, mais l’ensemble est contenu dans un élégant sac à main sorti d’une grande maison, ayant un peu vécu, ce qui lui confère une souplesse et une patine qui sont l’apanage des belles choses. Parfum de peau, ce cuir s’attache, enveloppe sans étouffer, évoque un instant l’image d’une Grace Kelly abritant sa maternité derrière son sac Hermès. Cabochard s'assume aisément, apportant sérénité et confiance.

Cabochard, Bernard Chant pour les parfums Grès, 1959

jeudi 1 mars 2012

Wish list…


En ce moment, je n'ai pas trop d'envie. Humeur sombre du sortir de l'hiver ? je ne mets rien, strictement rien sur ma wish list et je me laisse aller à la dérive, un peu au hasard, me réfugiant souvent dans les bons vieux classiques, les odeurs du passé, rassurantes dans le fond et peut-être pas sans risque. Je guette l'occasion, la bonne affaire vintage, la chose qui a vécu et qui a une histoire à raconter et tant pis si tout cela n'est pas à la page, si ce n'est pas dans l'air du temps. Deviens-je passéiste ? Est-ce un effet de l'âge ?

Ecrit comme cela, je me rends compte que tout cela sonne comme un spleen, une dépression, pourtant, je suis très joyeux, voir même assez enthousiaste. Et finalement, préférer l'original à la copie dans cette époque un peu trop post moderne qui recycle à tout va, pourquoi pas ? À vrai dire, j'ai un peu la flemme d'écrire des billets aussi. Un peu la flemme, un léger manque d'inspiration et un gros manque de temps. De toute façon, allez savoir qui lit ce blog et pourquoi ? Les statistiques m'affolent parfois. Oui, j'ai parlé d'homme au sortir de la douche à propos de l'iris savonneux de l'infusion d'homme de Prada mais c'est un peu agaçant de s'apercevoir que ça attire chaque semaine un important nombre de « lecteurs » qui arrive sur cette page en recherchant « homme nu sous la douche » ou de découvrir qu'on peut trouver à la recherche en tapant sur Google « Charlotte Casiraghi nue », si, si, je vous jure !

J'ai un peu tendance à blâmer le marché du parfum de mon absence d'envie : pourquoi s'intéresser vraiment à ce qui se fait maintenant quand si peu est destiné à survivre avec cette avalanche de lancement qui grandit sans cesse, d'autant que les rares élus sont quand même appeler à être reformulés assez rapidement pour être mis au goût du consommateur, en conformité avec les dernières réglementations, ou tout simplement pour devenir plus rentable ? C'est absolument et monstrueusement décourageant pour la curiosité. Et les déclinaisons des différentes appellations en une vaste confusion peut-être organisée mais franchement incompréhensible rend l'achat d'un flacon assez risquée. Pensez à Miss Dior tout-court/Chérie/Originale par exemple. Finalement, les vieilles bouteilles, c'est plus simple et moins risqué. D'autant que c'est souvent plus beau… Tout n'était peut-être pas mieux avant. Peu de gens avaient accès au parfum, etc. mais les jus, eux, étaient plus beaux. Croyez- moi. Moins de molécules, peut-être, des risque d'allergies à la mousse de chêne (même si je ne sache pas que Mitsouko ait vraiment fait des victimes en 80 ans) sans doute et pourtant… C'est peut-être l'absence de grands groupes qui faisait qu'on se fichait moins de notre gueule ? Le côté artisanal du boulot influait peut-être sur la créativité et l'inventivité ?


mardi 28 février 2012

Signé Shalimar

J’ai mis la main il y a peu sur un Shalimar vintage, un peu par hasard, pour saisir une occasion au vol car Shalimar ne fut et n’est pas « mon genre » à moi qui ne suis pas particulièrement porté sur les voluptés orientales. Shalimar est un vieux compagnon de voyage, de ceux qu’on aime parce qu’ils sont fiables, toujours présents, réconfortants, agréables mais dont on ne songe pas un instant à demander la main même si on les aime beaucoup…

Je trouve qu’il n’est pas celui qui a le plus souffert chez Guerlain : alors que certain ne sont plus que de pâles fantômes, des ombres d’eux-mêmes, Shalimar se maintient, garde du corps et même de l’esprit. Le flacon vintage m’a surpris : je pensais retrouver une bergamote beaucoup plus présente et finalement, non, pas vraiment. Certes, comme je le pensais Shalimar semble avoir été compressé, effectivement modernisé, pour devenir un monolithe peu évolutif mais c’est surtout la qualité des matériaux de la version ancienne qui surprend : tout est beaucoup plus fluide, soyeux.

La version actuelle me semble du coup un peu rude et un peu clinquante, je ne dirais pas artificielle car je ne parle pas en termes de matière naturelles ou pas (je me moque un peu de ce genre de détails technique) mais factice, un peu trop brillante, manquant de cette patine qui caractérise l’ancienne version, cette patine un peu poudrée qui rend Shalimar si aimable et si flatteur… Il apparaît aussi comme moins pâtissier, un peu plus abstrait, fondu. Son évolution se fait en douceur et non par  à-coup, le fond se prolonge indéfiniment tout en douceur musquée-vanillée… Je ne dirai jamais à quel point je pense que Jacques Guerlain était le génie de la famille, l'un des créateurs les plus doués du XXème siècle, dont les compositions doivent être senties absolument.

La tenue vintage est imbattable : Shalimar embaume l’appartement, transformant le panier de linge sale en pot-pourri de luxe, marquant les foulards qui se sont frottés contre la peau, ressurgissant des vêtements au repassage. Shalimar n’en fini pas de m’enserrer alors même que je ne le porte pas, correspondant tout à fait à l’idée que je me fais d’un parfum-signature qui s’attarde partout, signale que ces objets, ces lieux vous appartiennent, ne vous lâchant plus, parfumant chaque geste de la vie quotidienne, finissant de superposition en superposition par faire partie de vous, laissant un sillage enchanteur, une présence. Shalimar est une trace qui ne se laisse pas oublier. Dans le fond, Shalimar est fait pour les fidèles.
Ce que je ne suis pas.


Shalimar, Jacques Guerlain pour Guerlain, 1925

mardi 14 février 2012

Brésil low-cost

L’artisan Parfumeur s’est fait agent de voyage le temps d’un lancement, Batucada nous invitant à visiter le Brésil. Le Parfum démarre par un cocktail exotique à base de limette, menthe, une de ces cocktails enchanteurs et trompeurs qui se boivent comme de la limonade, tant ils sont frais et fruités, et vous laissent assez vite sérieusement pompette ; ensuite tout s’enchaine avec une note entre fleur et fruit qui évoque la banane mure. Ça pourrait être écœurant mais c’est très plaisant, rappelant un peu l’effet melon blet qu’on trouve dans le Parfum de Thérèse et dans Cristalle. (Références assez avouables) L’effet est plaisamment solaire, plus seyant et plus original que l’éternel effet ambre solaire et tiaré qu’on nous sert habituellement. Le contrat est donc rempli et les clients de l’agent de voyage-Artisan ne seront pas volés.

Il fut un temps ou l’Artisan Parfumeur nous faisait voyager par sa poésie qui nous ramenait en nous même, à des souvenirs chers et intimes, il semble céder à la mode de l’exotisme, avec talent, certes, et je le regrette un peu. La marque que j’ai connue me manque, elle semble avoir perdu son âme. Le bonheur de créer s’efface depuis quelques années devant le plaisir de vendre : L’Artisan Parfumeur est devenu un fournisseur, honnête et de qualité, rien de moins, mais pas grand-chose de plus.

Batucada, Karine Vinchon & Elisabeth Maier pour L'Artisan Parfumeur, 2010


mercredi 8 février 2012

niche High Church

La parfumerie de niche semble n’être qu’un nouveau mainstream, multipliant  marques, points de ventes et sorties à une vitesse prodigieuse. La seule différence réside dans la qualité ou  l’originalité des jus, parfois les deux en même temps dans le meilleur des cas… Seule différence, le marketing qui s’appuie sur les forums, les blogs et les réseaux sociaux en distillant informations, confidences et petites indiscrétions aux initiés que l’on tient en haleine. Frédéric Malle lance son prochain jus comme Lady Gaga lance ses chansons, avec juste un peu de prétention en plus puisque la niche se veut élitiste. C’est bien malheureux d’autant que cette gamme en particulier est l’une des plus belles du marché et qu’elle se passerait fort bien de ce genre de racolage un peu cheap.

Difficile dans ces conditions de se faire remarquer, d’attirer l’attention, de se distinguer. Parmi les marques discrètes, il en est une qui m’intéresse de plus en plus : James Heeley. À priori, rien de révolutionnaire : des formes classiques de type bouquet floral, cologne, etc., ou des standard de la niche comme la monomatière joliment sertie, mais en y prêtant attention, on y trouve une belle qualité et un petit quelque chose de diffèrent qui rend ces parfums vraiment attachants et intéressants, bien plus que je ne l’aurais cru au premier sniff. Celui qui m’a le plus attiré, c’était Cardinal : un encens, un encens-église, une des figures clefs de la niche, qui n’appartient qu’à elle mais qui est déjà représentée par quelque classiques très réussi. La référence, c’est Avignon (Comme des Garçons), église froide et humide, Messe de Minuit (Etro) qui évoque Noël en ajoutant épice et fruits confits, Encens et Lavande (Lutens) qui ouvre les portes de la chapelle sur les champs de lavande, Encens Flamboyant (Goutal) qui nous fait visiter une petite église après une ballade dans une foret de pin en hiver… Difficile de venir s’ajouter et d’avoir quelque chose à dire, difficile de séduire.

Cardinal place ses volutes bleutée dans le cadre d’un oratoire privé et douillet, tout est patiné, assourdis, de riches tentures et dans le confort coussins moelleux. Il se développe et s’adoucit tout au long du jour, se veloute et vous entoure de son cocon de douceur luxueuse. C’est mystique, mais sans mortification, particulièrement agréable et confortable. La séduction du parfum s’impose d’emblée, avec un seul échantillon entamé, j’y ai converti deux personnes de mon entourage pourtant assez insensible aux parfums et particulièrement ignorante du phénomène niche en parfumerie. Oui, ce parfum a un petit quelque chose qui le rend diffèrent des autres encens, qui le rend indispensable, d’autant que toute la ligne Heeley associe belles matières, tenue et sillage sans reproche. Pour moi, il a surpassé cette référence qu’est pourtant Avignon qui à ses côtés parait subitement un peu trop dur, métallique disent certains, dans sa belle austérité religieuse. Je suis assurément plus High Church qu’ascète cistercien.

Cardinal, James Heeley, 2006