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dimanche 30 septembre 2012

le cas K



Au début de Butterfield 8, une jeune Elizabeth Taylor erre dévêtue dans un appartement ou elle a suivi le soir qui précédait un homme. Elle découvre qu’en partant il lui a laissé des billets, la prenant, à tort, pour une prostituée. C’est exactement le genre de sensation que fait naître K de Krizia.


Le parfum démarre furieusement laissant craindre un chypré ’80 typique (Paloma Picasso par exemple) mais se calme assez rapidement pour devenir un floral aldéhydé assez classique (dans une veine N°5), élégamment poudré qui doit à l’époque qui l’a vu naître son opulence un peu lourde. Le plus surprenant est la base animale, très vite présente, entre cuir et civette. Elle lui donne une certaine étrangeté, en fait un parfum comme on n’en voit plus. Et, effectivement, donne l’impression d’être une prostituée de luxe. 

En ce sens, il me donne un peu la même impression que My Sin de Lanvin, mais en moins daté : là ou My Sin offre un fond animal gras et lourd comme on en fait définitivement plus, K mise sur l’animal et le cuir : c’est plus moderne. Mais pas franchement plus décent.

K, Maurice Roucel pour Krizia, 1981

jeudi 10 février 2011

Iris en majesté

Il y a longtemps que j'ai rencontré Iris Silver Mist qui fait partie des inoubliables, de ceux qu'on ne quitte jamais vraiment. Bien plus qu'un soliflore ou une mono matière: le festival de l'iris à lui seul, qui semble en explorer toutes les facettes de façon obsessionnelle, les décomposant, les mariant, les superposant, me faisant perdre la tête, me laissant étourdi, amoureux. 


En général, il y a l'iris poudrés ou l'iris soyeux: ici, les deux faces sont présentes mais le soyeux est plutôt du coté des très fines peausseries que du coté des tissus et la poudre est une poussière très légère pas un maquillage de cocotte 1900. On y trouve aussi une tonalité un peu métallique, presque froide, sans oublier la petite note violette et pour finir un fond gras. Il semble que le parfum joue constamment, cherche à ne surtout pas se ressembler d'un instant à l'autre: c'est un scintillement qui sait se faire velours chaleureux, féeriques particules d'étoile ou laque lisse et dure, toujours refusant de montrer son vrai visage qu'on fini pourtant par deviner à travers ses brumes, pâle et grave, infiniment beau, exprimant une gamme d'émotions infinies. Il m'a toujours fait penser à Garbo: belle, intense, toujours un peu austère en dépit des artifices du glamour hollywoodien, continuellement sur la réserve, semblant détenir la clef des mystères et ne nous la livrant jamais. D'ailleurs, souvent, les "maquillages" de Lutens époque Shiseido m'ont fait penser à celle qu'on appelait la Divine.


Je ai personnellement très vite adopté et trouvé infiniment confortable l'iris de Lutens mais je peux aisément comprendre que certains trouvent difficile ce parfum incroyablement riche, tant il peut faire preuve d'orgueil: sans concession, sa façon d'être lui-même, infiniment singulier, peut passer pour du terrorisme dans un monde consensuel ou tout semble lissé, photoshopé, standardisé. Iris Silver Mist n'est pas un parfum joli, élégant ou séduisant. Il a tout d'un refus altier, se jette comme un défi. ll faut l'avoir porté au milieu d'un foule pour comprendre sa force: on se sent autre, à l'écart, sentiment exaltant et grisant d'une solitude choisie, revendiquée, d'un splendide et royal isolement


Iris Silver Mist, Maurice Roucel pour Serge Lutens, Salon du Palais Royal Shiseido, 1994