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mercredi 19 décembre 2012

cocotte

Émilienne d'Aleçon
Reutlinger

La Fleur d’Oranger selon Lutens se débarrasse de ses attributions traditionnelles qui la voue aux enfants innocents et au vierges marchant à l’autel pour redevenir la séductrice impudente que la nature à créée. Sentie dans une plantation à Murcie, elle m’enchante de sa langueur de fleur blanche qui en mourant exhale des relents rappelant la chair faisandée… 

Dans le flacon de Monsieur Lutens, je la retrouve enfin, ornée d’épices, entourée de ses sœurs blanches, tubéreuse et jasmin, infiniment belle, parée de bijoux insolites et de robes extravagantes, brillant de mille feux, théâtrale et belle. C’est une fille fleur 1900, une femme fatale Modern Style, vénéneuse et narcotique qui envoûte tous les hommes sur son passage, n’en aimant aucun, ne respectant que la comédie de l’amour. Assurément, un tel parfum demande du cran, s’assume. Un vrai parfum de cocotte, à la fois beau, provocant et quelque peu indécent.

Fleurs d’Oranger, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 1995

mercredi 10 octobre 2012

Nuit blanche pour Une Voix Noire


Par Nez-Lik, votre conseillère Bon goût & Art de vivre



Pour son dernier-né dans la collection exclusive, Serge Lutens se serait inspiré de Billie Holiday, qui avait pris l’habitude de disposer dans sa coiffure des fleurs de gardénia.
Cette fleur blanche opulente, avec ses accents « mat », vert, champignon / gazoline, constitue le point de départ de la fragrance qui se révèle très évolutive et très différente selon la peau qui la porte.

Certaines laissent exprimer des facettes boisées sombres, ou bien développent la note verte / champignon, me rappelant parfois la dualité tubéreuse / boisé cannelle que l'on retrouve dans Cèdre. Sur moi, le parfum s’éclaire peu à peu jusqu’à prendre un éclat fruité et lumineux de fleurs et de fruit jaune, délicatement confituré et parfumé, où l’on sent poindre un léger effet fumé.

A mes yeux, c'est ce fruit, ce fruit étrange chanté par Billie, qui constitue la trame de la fragrance : opposition entre le départ presque amer et légèrement toxique du gardénia et la clarté fruitée de la note de fond, faisant écho à la mélodie sombre de la chanson et à la luminosité de la voix perçant à travers le piano. A écouter sans modération dans l'humeur mélancolique des dimanches soirs, lové dans un canapé Chesterfield avec un verre à la main,  un nuage de Voix Noire dans la pièce, et pourquoi pas, un gardénia dans les cheveux...



Une voix noire, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salons du Palais Royal, 2012

lundi 25 juin 2012

de l’église au cimetière


Encens et Lavande fut un énorme coup de cœur, la seule lavande que j'ai jamais portée avec plaisir. Le parfum me plongeait immédiatement dans une église ou je contemplais les volutes bleutée de la fumée d'encens qui tournoyait dans la lumière des vitraux, rafraichie par l'odeur des champs de lavande tout proches qui entrait par la porte ouverte derrière moi. Moment de contemplation, de solitude, de prière et de dialogue intérieur. J'aimais ce parfum qui pour certains évoquait un peu trop les messes de leur enfance. Je me lovais dedans comme dans un plaid, douillet, à l'abri du monde.

Aujourd'hui, les choses ont bien changé. Encens et Lavande évoque pour commencer un salon de barbier, provincial, désuet, plutôt cheap. L'encens est une discrète et froide note au départ, presqu'imperceptible, qui monte peu à peu, se réchauffe, finissant par évoquer le souvenir du parfum que je connus jadis. Mon curé chez le barbier, ça fait nettement moins rêver. Un parfum à envoyer au cimetière.

Encens et Lavande, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salons du Palais Royal, 1996

vendredi 8 juin 2012

good bye, Serge !


Je portais à la Nuit l'autre jour, somptueux jasmin de tigre (de salon ?) en chaleur et je le trouvais toujours aussi magnifique avec son départ vert et son fond animal, riche, terriblement sexuel mais j'étais mal à l'aise avec lui, comme je l'étais avec la plupart des Lutens depuis quelques temps. Alors que je n'avais conservé que les floraux, délaissant les orientaux, je me sus aperçu que c'est toute la signature maison qui me déplaisait maintenant, après que je l'ai tant aimée. J'ai commencé à porter du Lutens avec Féminité du Bois, dès sa sortie, et j'adorais son austérité voluptueuse, de même que j'ai aimé beaucoup des parfums qui ont suivi, parfum denses, riches, intenses qui aujourd'hui me semble toujours aussi beaux mais dont je perçois tout le côté sombre, chargé de drame. Et c'est quelque chose qui me pèse. Je réalise que je les ai portés à un moment, à des moments de ma vie ou je pouvais m'identifier à ça, jouer ce rôle un peu vénéneux. C'était des moments où j'avais besoin de cette ombre, de cette force inconsciente qui m'accompagnait et me portait. Et subitement, elle est devenue un poids, une croix, comme ces vieilles rancœurs qu'on traîne parfois trop longtemps avec soi, quelque chose que je dois laisser derrière pour m'alléger. Encore une maison à laquelle je dis adieu ? Décidément, je n'en finis pas et je terminerai peut-être mes jours en eau de cologne toute simple. (Signée Ellena quand même, j'espère !)

mercredi 8 février 2012

niche High Church

La parfumerie de niche semble n’être qu’un nouveau mainstream, multipliant  marques, points de ventes et sorties à une vitesse prodigieuse. La seule différence réside dans la qualité ou  l’originalité des jus, parfois les deux en même temps dans le meilleur des cas… Seule différence, le marketing qui s’appuie sur les forums, les blogs et les réseaux sociaux en distillant informations, confidences et petites indiscrétions aux initiés que l’on tient en haleine. Frédéric Malle lance son prochain jus comme Lady Gaga lance ses chansons, avec juste un peu de prétention en plus puisque la niche se veut élitiste. C’est bien malheureux d’autant que cette gamme en particulier est l’une des plus belles du marché et qu’elle se passerait fort bien de ce genre de racolage un peu cheap.

Difficile dans ces conditions de se faire remarquer, d’attirer l’attention, de se distinguer. Parmi les marques discrètes, il en est une qui m’intéresse de plus en plus : James Heeley. À priori, rien de révolutionnaire : des formes classiques de type bouquet floral, cologne, etc., ou des standard de la niche comme la monomatière joliment sertie, mais en y prêtant attention, on y trouve une belle qualité et un petit quelque chose de diffèrent qui rend ces parfums vraiment attachants et intéressants, bien plus que je ne l’aurais cru au premier sniff. Celui qui m’a le plus attiré, c’était Cardinal : un encens, un encens-église, une des figures clefs de la niche, qui n’appartient qu’à elle mais qui est déjà représentée par quelque classiques très réussi. La référence, c’est Avignon (Comme des Garçons), église froide et humide, Messe de Minuit (Etro) qui évoque Noël en ajoutant épice et fruits confits, Encens et Lavande (Lutens) qui ouvre les portes de la chapelle sur les champs de lavande, Encens Flamboyant (Goutal) qui nous fait visiter une petite église après une ballade dans une foret de pin en hiver… Difficile de venir s’ajouter et d’avoir quelque chose à dire, difficile de séduire.

Cardinal place ses volutes bleutée dans le cadre d’un oratoire privé et douillet, tout est patiné, assourdis, de riches tentures et dans le confort coussins moelleux. Il se développe et s’adoucit tout au long du jour, se veloute et vous entoure de son cocon de douceur luxueuse. C’est mystique, mais sans mortification, particulièrement agréable et confortable. La séduction du parfum s’impose d’emblée, avec un seul échantillon entamé, j’y ai converti deux personnes de mon entourage pourtant assez insensible aux parfums et particulièrement ignorante du phénomène niche en parfumerie. Oui, ce parfum a un petit quelque chose qui le rend diffèrent des autres encens, qui le rend indispensable, d’autant que toute la ligne Heeley associe belles matières, tenue et sillage sans reproche. Pour moi, il a surpassé cette référence qu’est pourtant Avignon qui à ses côtés parait subitement un peu trop dur, métallique disent certains, dans sa belle austérité religieuse. Je suis assurément plus High Church qu’ascète cistercien.

Cardinal, James Heeley, 2006

lundi 21 novembre 2011

I’m a free bitch


(dixit Lady Gaga)

Il arrive que de temps en temps, je fasse ma bitch. Oui, je sais, c'est mal, c'est condamné par la morale chrétienne, cette éternelle empêcheuse de tourner en rond, mais mon psy est très pour, c'est un acte libératoire. (Et jouissif)

Mais quel parfum pour bitcher ? J'avoue un gros faible pour Bas de Soie de Serge Lutens : un galbanum qui vous gifle, une jacinthe qui grince, suivis d'un iris soyeux, certes, mais à peu près aussi chaleureux et amical que l'iceberg qui a coulé le Titanic. Plus récent, je sens bien que Mon parfum chéri par Camille, Annick Goutal, pourrait être un bon challenger : un patchouli moisi, ranci comme une vieille rancune longtemps ressassée, assaisonné d'un alcool de prune qui fait sauter les inhibitions, avec en prime un très bel iris. Mon parfum chéri a peut-être la boisson mauvaise, mais il est toujours très élégant. Après tout, la vacherie doit toujours s'énoncer avec esprit.

Autre possibilité, plus puérile, Poison de Dior fait claquer les portes avec son départ d'épices, tape du pied avec sa tubéreuse chieuse et tente de se faire pardonner avec son fond de fruits rouges un peu puéril. La diva n'est qu'une sale gamine, mais à l'occasion…



mercredi 9 novembre 2011

Minimalisme accentué…

Je trouvais que descendre en dessous de 10 flacons de parfums, c’était bien et ça allait être dur. Le truc, c’est que, lancé dans la démarche, je me rends compte que je peux élaguer encore un peu plus et assez facilement. Maintenant, je me dis que je tournerais bien avec 4. Que mes envies d’autres ne sont pas de vrais besoins, juste des envies passagères. (Je sais que le terme besoin est choquant pour certain, mais bon, d’accord, c’est la crise, et gna gna gna, mais le parfum est une addiction comme une autre, encore que moins toxique que beaucoup)

C’est intéressant que l’épure devienne une obsession aussi forte que la collection et que la privation donne de vraies joies. En gros, je tourne avec trois Iris : Iris Silver Mist, Bas de Soie et l’Heure Exquise et une eau chyprée : l’Eau du Sud. Hier je me posais des questions sur Bas de Soie, remarquez. Le rachèterai-je à nouveau lorsque le flacon sera vide ? J’aime beaucoup cette jacinthe-iris, tendue, austère et cérébrale, sa cruauté et je la trouve très confortable à porter mais…

A ce rythme-là, il y a peut-être un jour ou je n’aurai plus qu’un parfum ? Peut-être même ne me parfumerai-je plus ? Ah, non, je ne crois pas, ce serai comme perdre une partie de mon identité. Et ce côté élagage de la collection, finalement, ça renforce mon identité olfactive. J’avais peur que ce ne soit monotone mais il faut croire que ça  correspond à ma personnalité obsessionnelle…

vendredi 14 octobre 2011

Parfum d’automne



Iris Silver Mist sort du placard avec l'automne et le froid qui reviennent. Je ne pratique pas le cloisonnement frais en été/capiteux en hiver, mais certain parfums rendent différemment selon le climat. Iris Silver Mist est écrasé par la chaleur qui semble le mettre à plat. C'est en automne/hiver qu'il semble déployer toute ses facettes scintillantes: terreux, poudré, gras, velouté…

mardi 27 septembre 2011

The final cut


Je me suis mis à la tâche un soir de cette semaine, triant les flacons dans mon armoire, assez vite, me surprenant à arriver assez facilement sous les 10, laissant même de la place pour des parfums à intégrer, finalement. C'est assez simple de savoir ce que j'aime, ce dont j'ai besoin, envie. Il suffisait de s'y mettre, de ne pas être paresseux. J'ai atteint une short list de 5 Parfums (oui, seulement 5 vous avez bien lu) dont je ne peux pas me passer, absolument, sous aucun prétexte, et puis c'est tout, et ça ne se discute pas.

Iris Silver Mist, L'Heure Exquise, Bas de Soie, L'eau du Sud et le Néroli.
Trois Iris, Trois Goutal et deux Lutens. Objectivement, des parfums plutôt froids, pas très sympathiques.

Iris Silver Mist parce que c'est le plus bel iris, que même sans le porter, il faut l'avoir à portée de la main, il pourrait remplacer tous les autres mais il n'est pas très portable en été, c'est là son seul défaut. Son capital sympathie est au plus bas, c'est, par excellence, la monomatière qui se sait sublime et s'abime dans son narcissisme à la limite de l'autisme en niant totalement le reste du monde.

Bas de Soie aurait pu être hors liste, remplacé par le N°19 mais… Coté friendly attitude, on a vu mieux que cet intellectuel austère qui discoure en imposant le silence autour de lui. (« Et baisse les yeux quand tu m'écoute ! »)

L'Heure Exquise est la facette sentimentale de l'Iris, proustienne, gracieuse, maternelle, réconfortante. Faussement rétro : si tous les codes du parfum à l'ancienne semblent y être, sa légèreté, sa transparence qui donne à ses notes poudrées des transparences de mousselines l'inscrivent dans la modernité. Par rapport à sa date de création, il peut sembler rétro ou précurseur suivant que l'on s'attarde sur l'un ou l'autre aspect. Point commun entre l'Heure Exquise et le Bas de Soie à part l'iris, le galbanum. Et ça, c'est vraiment mon désespoir, je n'ai pas trouvé un seul beau vert, un seul galbanum qui me plaise. A Scent de Miyake n'est pas mal, le parfum de Margiela est bien, mais non, ils ne collent pas parfaitement à ce que je cherche. Et je préfère passer et attendre d'avoir trouver celui que je cherche. Se limiter, c'est n'avoir que ce qui correspond entièrement à nos attente. Et ça, c'est bien.

Le Néroli de Goutal, c'est vraiment l'une des toutes belles réussites d'une maison douée pour les soliflores qui n'en sont pas vraiment. Le départ est crissant, plus que frais, et l'évocation de la fleur d'oranger est vraiment réussie : épicée, un peu miellée, mais pas « alimentaire » pour deux sous. Le départ le fait plutôt classer dans les pas sympas. Coté tenue : pas exceptionnelle sur peau mais vraiment longue durée sur tissus. Étrange  Indispensable.

L'Eau du Sud est avec le Néroli le parfum le plus simple à porter. Un peu vert, un peu hespéridé, un peu chypré, il tient des heures, presque des jours sur tissus et succède naturellement à de grands classiques : Pour Monsieur de Chanel, horriblement défiguré par une reformulation qui l'a défiguré, l'Eau Sauvage de Dior qui semble plus monolithique et plus artificielle. Vraiment beau. Je le préfère à l'Eau d'Hadrien car plus complexe. D'autant qu'aussi belle qu'elle soit, l'Eau d'Hadrien n'a aucune tenue. Un internaute très avisé, (oui, Thierry, c'est de vous que je parle) m'a d'ailleurs dit avec sagesse : « quand on a aimé pour Monsieur, Eau sauvage et Hadrien, c'est une évidence ! » Oui, pour moi, ce parfum est une évidence, quelque chose de facile, léger, rieur et terriblement élégant dans sa nonchalance. (Et je précise que la crème pour le corps assortie est plus que réussie : on peut pratiquement passer de la version eau de toilette.)

Je rajoute trois parfums qui sont peut-être susceptibles de changer, d'être remplacés mais qui sont à peu près ce que j'ai trouvés de mieux dans leur genre : à La Nuit, Fracas et Baghari. Tiens, deux Piguet, des anciens, et un Lutens, à nouveau, comme pour équilibrer avec le Goutal de la short list.

À la Nuit est pour moi l'un des plus beaux jasmins actuels. Avec le N°5 que je me refuse désormais à porter, sur lequel il a l'avantage d'être beaucoup plus explicitement sexuel, passé les premier instants un peu verts, il se fait terriblement animal, indolique, semblant très directement dire « ce soir, je baise » en vous regardant droit dans les yeux. Ce n'est pas exactement mon style de jouer les bombasses, mais il peut m'arriver occasionnellement d'être hot. On devrait toujours avoir un parfum torride sous la main. L'avantage du Lutens, c'est qu'avec son coté floral, il réussit à être élégant et à parler de cul avec un minimum de subtilité et de bonnes manières. (Et, oui, j'ai dit un gros mot parce qu'il fout appeler un chat un chat)

Fracas rentre volontiers selon certain dans la catégorie chaudasse, mais pas pour moi, son coté enveloppé, travaillé, le place dans une catégorie élégante assez contenue. En outre, la tubéreuse ne m'a jamais semblé particulièrement sexuelle. Narcotique, hypnotique, fascinante à l'occasion, comme la Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens, mais pas si sensuelle même si c'est une bombe qui attend d'exploser. En fait, la tubéreuse pour moi signifie chieuse depuis que je l'ai rencontrée avec Poison en 1985. La tubéreuse se contient parfois, c'est le cas de Fracas, mais avec peine, on sent très bien qu'elle tapote du pied de façon charmante quoi qu'un peu impatiente, mais qu'elle est au bord de l'éclat. La tubéreuse, pas sympathique non plus, est le parfum qu'il faut lorsqu'on veut claquer les portes et hausser le ton. Je dois dire que la capacité de Fracas à diffuser me fascine : voilà un parfum capable de remplir une pièce sans être lourd. Et son intensité ne semble pas varier suivant la distance. Exemplaire là ou beaucoup sont écœurants lorsqu'on approche du porteur, son sillage n'a pas besoin d'en faire trop. Mais à l'avenir, je pourrais tout à fait le remplacer par une autre tubéreuse ou un autre bouquet. La très pure Tubéreuse de Goutal, ou le bouquet distingué du Fleurissimo de Creed par exemple.

Baghari. Je l'avoue, je ne sais trop si me passer de Chanel et continuer un aldéhyde fait sens. C'est Bois des Îles qui me manque le plus chez Chanel finalement. Mais Baghari est assez beau pour me consoler partiellement et assez distinct des variations Chanel pour ne pas entretenir la nostalgie. Ses incontestables cotés aristocratiques, son orange légèrement amère joint à ses fleurs blanches lui donne ce je ne sais quoi de propre mais pas nécessairement pur qui fait l'intérêt de la famille. Voilà un parfum qui sait être hautain mais dont on devine qu'il peut à l'occasion s'abandonner. À peu près aussi sympathique et chaleureux que les bourgeoises très élégantes de Newton qui se font prendre par le premier inconnu qui passe sans défaire leurs brushings.



Je me suis rendu compte en triant que je préférais certains parfums en bougies ou parfums d'ambiance plutôt qu'en parfum pour moi. L'encens d'Eglise par exemple : rien ne vaut la bougie Spiritus Sancti de Trudon. De même, je préfère la bougie Trianon de la même marque et son évocation des jacinthes au Jardin Clos de Diptyque. Et je pourrais multiplier les exemples à l'infini.

Illustations: Helmut Newton


jeudi 15 septembre 2011

Article au vitriol ?


Je n'avais pas particulièrement envie de commenter Vitriol d'œillet, le dernier Lutens export parce que j'en ai assez des articles obligatoires sur les blogs du genre « louons le dernier Lutens ou au moins ayons un avis dessus. » Mais j'ai quand même un peu envie de dire que je ne l'aime pas.

Oui, je l'ai senti, oui, j'ai un avis dessus. Mais déjà sur la littérature lutensienne que personnellement j'adore sans toujours la comprendre. Tant qu'à communiquer sur ses inspirations, autant le faire à grand renfort de bons auteurs plutôt que parler de sublimation de la sensualité comme pour 90% des lancements. Je n'ai rien contre la sublimation de la sensualité, mais ce n'est pas mon univers quotidien, et ça ne me fait pas beaucoup rêver. Et je ne pense pas que 90% de la population rêve d'être une bombasse à temps complet, la plupart des gens ont quand même d'autres centres d'intérêt. Je veux bien que selon Freud tout soit sexuel, ou peut s'en faut, mais aucun parfum prônant le tout sexuel ne m'a jamais semblé faire référence aux théories freudiennes, et je ne parle pas d'en avoir la complexité.

Oeillet, Redouté
Il y a l'odeur, bien sûr, enfin et seulement. J'avoue l'avoir senti une première fois dans une condition caniculaire qui ne lui valait rien : je n'ai senti qu'une bouffée de poivre noir du Sichuan. Une bouffée mais pas plus. J'aime bien le poivre, mais c'est un peu court. D'autant que j'aime l'œillet et que j'espérais vraiment trouver enfin un bel œillet sombre, ténébreux. L'explication servie par la pythie du Palais qui daignait me transmettre la bonne parole du grand homme « c'est un œillet TRES en colère » ne me convainc pas du tout ! Nota Bene au passage : dans ses robes noires, la pythie en question ressemblait beaucoup à Helena Bonham Carter crachant ses répliques dans Harry Potter. Je n'ai jamais aimé Helena Bonham Carter et j'ai passé l'âge d'Harry Potter. De toute façon, ce qui peut séduire au cinéma peut nettement moins séduire dans la vraie vie, particulièrement lorsqu'on est une vendeuse s'adressant à un client.

Autres essais et derrière ce départ de poivre, j'ai pu découvrir enfin une odeur très plaisante, florale qui m'évoquait un ancien parfum de grand-mère, dénichée dans un flacon vide, ou mieux encore sous forme de savonnette parfumée. (Myrurgia avait quelque chose de très proche que j'adorais, je ne sais si cela existe encore…) Quelque chose qui sent l'œillet, vaguement, quelque chose de très transparent, un peu aqueux. Et voilà ou les ennuis commencent.

Certes, je sens bien une odeur d'œillet à force de la chercher. Et cela me fait penser à mon mémoire de fin d'étude qui était bourré de statistiques, terriblement exactes et scientifiquement parlant indiscutables, mais que j'avais tournées et retournées dans tous les sens pour leur faire dire ce que je voulais. De même cet œillet, je l'ai senti à force de le chercher et de fouiller le parfum à sa recherche. Déjà, plutôt moyen.

Les deux phases du parfum ne m'ont pas du tout semblé en harmonie. C'est peut-être une question de saison, mais le poivre écrase vraiment le fond vieillot. Ce qui n'est pas plus mal, sinon, il n'y aurait quasiment rien à sentir tant ce fond est discret, éteint. Et j'ai beau adoré ce genre d'odeur, je n'ai pas envie de consacrer mes économies à sentir la vieille madrilène bien lavée pendant deux heures, le nez collé sur la peau. Parce que pas de sillage, ça m'embête un peu. Et qu'en plus, on ne puisse parler de parfum de peau, à peine de trace sans la moindre tenue, j'ai un peu envie de crier à l'arnaque. Quand à coller au discours littéraire, non, rien ne m'a évoqué la décadence littéraire dans ce parfum. La décadence des Salons du Palais Royal, tout au plus.





mercredi 7 septembre 2011

épuration (ceci n'est pas un article politique)

L'élégance est un refus
Diana Vreeland



Je suis du genre à accumuler, entasser, emmagasiner, essayer toujours plus, autre, plus neuf, plus beau… Et régulièrement, je me fais une petite cure d’épuration comme d’autres font carême. Une subite envie de moins, pour mieux, de nouvelles bases sur lesquelles repartir. En réalité, il s’agit plus de revenir à mes fondamentaux, ce qui est moi, me correspond. Ne me demander pas pourquoi il n’en va pas ainsi tous les jours de toute l’année… Curieusement, le plaisir pris à m’alléger est aussi grand que celui de ces mois, de ces années, consacrés à accumuler. Je jette, je donne avec un réel plaisir.








Rayon chiffons, moins de "déguisements", plus de simplicité de coupe, de matières solides. Sobre, casual, peu élégant mais facile à vivre et durable. Mais en fait, ce sont souvent les plus vieux qu’on aime le plus, qui nous vont le mieux. Les fringues neuves qui ne sont pas exactement mon genre, je finis toujours pas leur trouver un défaut, même minuscule, alors que quand j’aime vraiment, que je me sens bien, je peux accepter l’usure et les réparations sans problème. En fait, le côté usé, authentique des choses qui ont vécu, c’est un plus. Et j’adore l’idée qu’un vêtement traverse les époques. De même que j’adore qu’un vêtement possède une histoire. Le caban de marin, je trouve ça beaucoup plus intéressant que la pure création de styliste. (Mais que Saint Laurent se soit pencher dessus est un plus, nous sommes bien d’accord) Vive le basique ! L’utilitaire !

Côté parfum, je suis pire. Parce que j’ai plus de mal à me dire que ça ne me va pas, que je ne me sens pas à l’aise. Plus de mal à accepter qu’un chef d’œuvre n’est pas pour moi. Alors, je me berce de l’illusion qu’il suffira que le bon moment se présente. Pourtant, il y a des choses évidentes à comprendre : je ne serai jamais une bombasse en musc, je ne sais pas flirter en violette… Et surtout personne n’a besoin de 215 parfums différents. (Je vous rassure, ce chiffre ne correspond pas à une réalité)  Quelques-uns suffisent pour faire face à toutes les occasions de la vie. Et un parfum un peu cool, facile, discret peut faire toutes les circonstances même si on s’ennuie beaucoup ! L’idée de n’en avoir qu’un ne me traverserait pas l’esprit ! Mais moins et plus adaptés, oui !

J’aime et je me sens bien : dans des frais, des eaux chyprées, aromatiques, bourrées d’hespérides. Souvenir : l’Eau Sauvage a été mon premier parfum, celui qui m’a suivi pendant 15 ans. Vent Vert a été mon compagnon jusqu’à sa reformulation désastreuse. Pour Monsieur, Chanel, l’Eau de Campagne de Sisley, L’Eau d’Hadrien d’Annick Goutal, m’ont suivi un peu moins longtemps, mais c’est évident qu’il m’en faut ! En ce moment, craquage sans scrupule pour l’Eau du Sud de Goutal : tout ce que j’aime. Un internaute très avisé m’a dit qu’après ce que j’avais déjà aimé, c’était évident, un aboutissement. Il avait entièrement raison. On devrait plus souvent écouter les sages avis.

Indispensable aussi, mes éternels et merveilleux iris. Je ne peux pas m’en passer. Un seul pourrait faire l’affaire mais le plus beau, le plus WAW, Iris Silver Mist de Lutens, n’est vraiment beau qu’en hiver. Bas de Soie est gracieux par toutes les températures et possède ce galbanum que j’aime temps et cette affirmation catégorique, ici un peu hystérique, qui me plait tant. Mais l’Heure Exquise, tellement proustienne, gracieuse, tendre a aussi ce départ en galbanum. Et Hiris d’Hermès est si facile à porter… Mais L’Eau du Sud est aussi très facile à porter. Bon, s’il ne devait y en avoir qu’un, ce serait probablement Bas de Soie. (Mais il ne doit pas y en avoir qu’un !)

Des floraux, ça, bien sûr qu’il en faut ! On a toujours besoin d’un floral ou deux. Un capiteux : le jasmin d’à la Nuit, très animal après un départ presque vert, qui pour moi remplace les orientaux. Un bouquet aldéhydé parce que c’est toujours élégant et qu’on a toujours besoin d’un truc un peu complexe et sophistiqué dans sa garde-robe. Baghari pour le printemps-été, Arpèges pour l’automne hiver. Une tubéreuse, c’est bien aussi à avoir pour une très mauvaise raison : c’est LE truc qu’il faut avoir quand on veut faire la gueule : dans la tubéreuse, il y a de l’orage, de la colère, du pied qui tape, des doigts qui pianotent et d’infinie réserve de mauvaise foi.  Et moi je dis qu’on a toujours besoin d’un peu de mauvaise foi ! Et d’une très bonne excuse pour s’offrir un parfum de plus. THE tubéreuse, pour moi, ce sera Fracas et son coté « grande dame qui se contient » parce que les cris, les grands gestes, ce n’est pas mon genre. 

MMMM on n’est pas vraiment dans le minimalisme n’est-ce pas. Pourtant je vous jure que ça réduirait considérablement ma garde-robe de me limiter à ça: 5 parfums ! (On peut quand même ajouter le Néroli? Et...)





samedi 20 août 2011

La goutte qui fait déborder le flacon ?

Dans un couple, il y a des moments où on se rend compte que ça ne va plus très fort. Qu’on a changé. Ou que l’autre a changé. Et qu’il est peut-être temps d’en finir. J’en suis à ce stade de ma relation avec Chanel. Je suis toujours autant en amour avec les anciens mais les  modernes me déroutent de plus en plus et je ne parviens plus à me dire que je n’achète que ceux qui ont été conçus du vivant de Mademoiselle parce que bon.

Tout a commencé avec l’eau de parfum N°5 qui d’après moi était un sacré ratage, un lifting totalement raté. Ensuite, il y a eu les flankers inutiles : une eau de toilette concentrée pour Monsieur, un Egoïste Platinum d’autant plus ridicule qu’on ne massacre pas un nom aussi génialement trouvé que celui-là. Il y eu le cas Allure et ses multiples incarnations toutes d’après moi plus dispensables les unes que les autres. Bien faites, mais j’attendais plus de Chanel qu’un simple bien. Un parfum Chanel, pour moi, c’était autre chose, une affirmation catégorique, de mauvaise foi même, pas juste une odeur agréable qui dit je suis propre, je sens bon… Coco Mademoiselle : LE flanker minable qui défigurait la seule vraie réussite de Polge chez Chanel et qui en plus lançait l’une des plus infâmes modes du XXIème siècle : les néo-chypres. Les exclusifs : un vrai scandale : Les classiques déjà existants vendu plus cher sans raison et des nouveautés bien faites inaccessibles pour beaucoup alors que la moindre parfumerie de province est encombrée de flankers à la pelle. (Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à suivre l’état des déclinaisons de la version masculine d’Allure) Bleu : le parfum aux jolies matières pour un résultat au-delà du déjà-vu: THE parfum générique par excellence, l’absence totale de signature… Et maintenant, le N°19 Poudré. L’erreur de trop. Une révision du N°19 à pleurer puisqu’on en retire tout ce qui en fait l’intérêt, certes, c’est plus facile à porter, avec une absence complète de sillage et même pas l’argument parfum de peau puisqu’il n’y a pas la moindre tenue.

Et là, je me demande s’il ne faut pas rompre définitivement et se tourner vers d’autres cieux, implorer d’autres divinités. En même temps, je n’ai pas envie de tomber dans le travers du tout à la niche, je crois encore aux jolies surprises de la grande diffusion. Après tout, Prada, sans prétendre innover complètement a réussi à faire de jolis parfums, de bonne qualité, terriblement élégant, avec une vraie personnalité même si elle ne prétend pas à une originalité qui ne correspondrait pas au personnage néo-classique de la Pradette. Il y a aussi Mugler par exemple qui innove avec qualité. Léger détail mais qui a son importance, j’ai beau trouver bien fait et réussi tous les lancements de Mugler, il n’y en a aucun que j’aime et que je juge portable.

Et puis bon, il y a Lutens. Je n’aime pas tout, loin de là, moi qui boude l’Orient et ne supporte l’alimentaire. Mais Bas de Soie et l’un des plus beau dérivé du N°19. Quelques floraux sont magnifiques, les boisés sublimes et il y a Iris Silver Mist, l’iris en majesté, celui qui mérite qu’on se mette à genoux, celui dont on ne devrait prononcer le nom sans se signer…

Et Goutal. Goutal dont j’aime à peu près tout le catalogue. Goutal et sa version bouleversante du N°19 : l’Heure Exquise. Goutal qui fait des parfums avec un vrai caractère, tellement qu’on identifie un soliflore signé Goutal parmi ses semblables. Goutal qui souffre d’un léger handicap : pas un seul parfum vraiment bitchy… Des tubéreuses passionnées, une Petite Chérie qui est un peu peste, mais pas de garce attitude. Peut-être bien mon parfum chéri, mais je ne l’aime guère celui-là. Comme me l’a fait remarquer très intelligemment Mr Phoebus, il y a le Néroli qui est assez crissant, à la limite du cassant qui peut faire office de. Le coté fruité juteux-craquant est presqu’acide. La faute au petit grain qui lance le parfum de façon presque verte ? Mais voilà bien la plus fraîche des fleurs d’oranger dont la tenue se révèle étonnante pour un parfum aussi frais. (Il remplace très bien Cristalle de Chanel par exemple, bien qu’il soit assez diffèrent…)
Bien sûr, il n’y a pas vraiment d’abstraction chez Annick Goutal, on est dans le figuratif, le poétique. La maison aurait presque l’air nunuche et mièvre pourtant, elle possède derrière ses comptoirs girly, un peu trop Marie-Antoinette, des petits bijoux intenses, même lorsqu’ils sont sans ombres. C’est peut-être logique qu’il n’y ai pas de parfum spécial garce frigide attitude. Mais en même temps, décréter que la vie est belle, poétique, ça n’a rien d’effrayant.

Voilà, j’ai un peu l’impression d’être un apostat. En même temps, on ne peut dire non plus que je vende mon âme au diable. (Bien que Lutens sente parfois le souffre !) En fait pour l’instant, j’ai des réserves à terminer, alors, c’est assez facile de dire « Moi, Chanel, plus jamais… » Mais quand ma dernière goutte de N°5 sera partie ? Quand il n’y aura plus de bois des Îles ? Plus de 19 ? 

Illustrations: mes propres flacons à moi.

mardi 2 août 2011

Parfums: la course à la nouveauté...

L'actualité, la nouveauté, la dernière tendance... Il n'y en a que pour cela. Il faut faire du neuf. Et il faut parler du neuf, porter du neuf. Cette tendance nous vient directement de la mode qui a tant à voir depuis Chanel et son N°5, une mode prétexte à vendre des parfums, des parfums marchandises plus que des oeuvre d'art, des parfums qui pourtant sont parfois, c'est le cas pour la maison Chanel, des piliers d'un style, les éternels, les intemporels qui défient la mode et le temps. Il fut un temps ou un parfum pouvait s'installer et se vendait indéfiniment, soutenu par d'habiles campagnes publicitaires qui entretenaient le mythe. Un temps ou le parfums finissait même par éclipser la mode. Hélas les lancements se multiplient et tous, nous nous précipitons pour sentir, frémissant à l'idée de sentir le nouveau X ou Y, surtout si c'est un peu avant les autres, oubliant joyeusement les merveilles qui traînent parfois dans les rayonnages des boutiques.

Sentir le nouveau Lutens. La belle affaire! La grande affaire! Qui occupe tout le monde en ce moment. Il faut gloser autour de la prose de Serge Lutens. Ce n'est pas un lancement, c'est une mise en scène avec des éléments de psychodrame en coulisses, une hystérie de service de presse qui contaminent fans et rédacteurs, un emballement façon tempête dans un verre d'eau qui semble oublier qu'il ne s'agit "que" du lancement d'un nouveau parfum. Un parfum de plus. On oublie de penser, on s'empoigne plutôt que de sentir et se faire un avis. Personnellement, je n'ai pas envie de cela. J'ai pris l'exemple de Lutens parce que j'aime vraiment beaucoup son travail, sa vision. Je préfère cet été redécouvrir des choses anciennes dont tout le monde a déjà parlé, des chapitres qui semblent clos.

Cet été, j'ai redécouvert Un Lys, un parfum qui date de 1994. Un parfum tout simplement merveilleux dont j'ai envie de parler parce qu'il faut aller le sentir... Un Lys est tout illusion, transformation, un jeu sur l'idée de fleur blanche et pure. Un Lys démarre sur des notes de lilas, très vite, un peu vertes, transparentes, comme portées par une brise de printemps. Rapidement, on s’aperçoit que le muguet a pris la place du lilas et on se demande si ce n'était pas un songe. La fleur de mai est la, capiteuse, veloutée, souriante: une idée de bouquet artistement composé, un bouquet romantique et joyeux à la fois. Un bouquet séduisant pour moi qui n'aime pas le muguet. Ensuite apparaît le lys: pur et blanc, majestueux, satiné. L'idée même de la fleur. Un lys porté par un soupçon de vanille. Ce parfum est une aura de bonheur. Un parfum de grande qualité qui ne cède absolument pas à la facilité du genre floral... Un Lys est hypnotique, merveilleusement beau dans la chaleur de l'été. 

Je n'ai pas envie, moi, de parler de Vitriol d'Oeillet, celui-là ne m’intéresse pas , et les mines extatiques des vendeuses répétant qu'il s'agit d'un "oeillet énervé" quand je dis que l'ouverture poivre me donne envie de leur rire au nez. Le poivre, je trouve ça déjà vu. Le poivre, je ne l'aime qu'en cuisine. Et l'oeillet, je l'aime bien, mais dans ce parfum, je me contente de le chercher. Alors, non, non et non.

Et chez Chanel, pour faire du neuf avec de l'ancien, alors que tout les efforts sont depuis des années centrer sur le N°5, on décide de lancer un "nouveau N°19, parce qu'il faut relancer la machine, faire parler de soi, faire neuf, comme l'a si bien fait Dior avec son infâme chérie. Et on nous parle de poudre et d'Iris, de nouvelle version de la formule remise au goût du jour et... Et pourquoi pas? Mais le résultat? Oui, c'est neuf, mais bravo pour la nouveauté: un peu de vert, mais très vite, il faut être rapide pour le saisir, ensuite l'iris... L'iris, vraiment? une vague sensation, moins présente que dans l'originale, juste plus rapide! Et l'effet poudré. Très. Terriblement cosmétique entre l'Infusion d'Iris de Prada et Ombre Rose, ce n'est pas déplaisant, un peu trop discret mais pas vraiment intéressant. Le nouveau 19 est la transformation d'un parfum altier et intelligent en une petite chose proprette, sans relief, qui a l'air plus vieillotte que la version originale 40 ans après. Vraiment, non, je n'ai pas envie de féliciter les équipes Chanel, ni de crier Bravo c'est neuf. 

Mais pourquoi voulons nous toujours du neuf? Pourquoi ne prenons nous de plaisir à ressortir d'anciens flacons de nos armoires? J'aime beaucoup retrouver d'anciens parfums que j'ai aimé dans ma jeunesse, des parfums âgés que j'ai porté alors qu'ils étaient sorti depuis longtemps, des parfums que j'ai senti sur d'autres. J'aime dénicher ces parfums qui ont connu leurs heures de gloire, qui ont pris la poussière, qui sont devenus rares. Pas nécessairement précieux. Pas nécessairement plus beau. Je ne boude pas la nouveauté par principe; elle donne de très belles surprises, de vraies émotions aussi. Simplement, je ne lui voue pas un culte, je ne luis court pas après. Chaque chose en son temps. Et j'ai besoin de temps. Le parfum demande du temps, c'est une rencontre. Une rencontre qui parfois prend beaucoup de temps, des mois, des années. 


samedi 16 juillet 2011

Pas ce soir! (ou "je ne baise pas, j'ai mis de l'iris!")


A l'heure ou triomphe ce que l'une de nos internautes préférées appelle la "putasserie putassière", ou le moindre communiqué de presse fait forcément appel à des mots comme "révéler la sensualité" et autre niaiseries du même acabit qui semble limiter notre univers à l'exploration de la sexualité, j'ai envie de protester! Ce n'est pas une crise de puritanisme, non, pas du tout! Je n'ai rien contre le sexe, je ne suis pas hostile à la sensualité. Simplement, mon univers personnel ne se résume pas à cela et je suis un peu plus complexe que l'imagerie traditionnelle qui ne va pas au-delà du simple "je veux plaire" dans l'espoir de consommer. Et que ça me rapporte le jack pot dans certains cas. (Dernières campagnes Paco Rabanne qui touche vraiment le fond en terme de racolage, en plus de faire des parfums médiocre dans d'ignobles flacons.) Oui, dans ma vie, il y a de l'art, des idées, des convictions, etc... Et pour protester, je me repenche sur la famille la moins en chaleur de toute: celle de l'iris, fleur complexe, qui peut être toute douceur et sensualité, mais pas que... (Et que je ne prise guère dans les versions guerlinisées, en fait.)

"J'ai raison!"
Le N°19, c'est un peu le parfum originel du genre. Certes, il y en eu d'autres mais disparus ou méconnus, alors que celui-là est toujours présent. C'est le plus Mademoiselle des parfum Chanel, celui d'une vieille fille redevenue vierge qui aimait à discuter pendant des heures et ne souffrait pas de ne pas avoir le dernier mot. Il tire sa salve de galbanum et vous descend en flèche, impose son iris soyeux sans vous en laisser placer une et se réchauffe doucement. Autoritaire, chicaneur, il a pourtant un bon fond, c'est juste qu'il a toujours raison, toujours le dernier mot! Pensez à Katharine Hepburn face à Spencer Tracy dans Adam's rib. (Madame porte la culotte dans sa version française...) D'ailleurs, quand on a voulu monter la vie de Coco Chanel à Broadway, c'est à Hepburn que le rôle fut confié...
Le N°19 n'a rien contre la bagatelle, c'est juste qu'il passe beaucoup plus de temps à défendre ses opinions! N'hésitez pas à l'affronter de face, c'est comme ça qu'il vous respectera; Sans ça, il vous méprisera impitoyablement et vous n'arriverez à rien.

Dialogue intérieur ou "je t'ignore"
Iris Silver Mist de Serge Lutens est l'iris en majesté, celui qui se suffit à lui-même. Sa superbe vous ignore, sa complexité propre lui suffit, il explore sa richesse intérieur avec orgueil sans voir le reste du monde. Celui-là, c'est Elizabeth (incarnée par Cate Blanchett), indomptable dans sa blanche Albion, laissant l'univers se déchirer mais décidant pour elle-seule, réunissant tout le pouvoir dans ses blanche main, refusant le roi d'Espagne, regardant couler son Invincible Armada, laissant le pape trépigner...
Elle sait, nourrie de l'adoration de ses sujets, royale, unique, glorieuse dans son splendide isolement. Seule, si seule, mais si belle.
Porter Iris Silver Mist, c'est être soi-même, pêcher par orgueil. N'espérez rien de lui, adorez-le à genoux et il vous emmènera peut-être dans son voyage intérieur profondément nostalgique.

"Si vous aimez souffrir, vous allez être servis!"
Bas de soie, toujours Serge Lutens, est à la limite du sadisme. Si vous aimez vous prendre pour la cabotine Bette Davis, vous allez adorer. Comme elle, Bas de Soie gifle, à coup de galbanum, comme elle, il serre les lèvres avec la jacinthe, comme elle, son iris soyeux, même dans ses pires moments est d'une très grande classe! Voila un parfum qui adore distiller son venin, sait vous assassiner en trois phrase mais prendra plaisir à vous en asséner 15, histoire que vous ne vous releviez jamais, tout comme Bette!  Mais comme elle dans Little Foxes (la Vipère), il sait aussi se taire, rester silencieux, raide, incroyablement froid et dur, pour vous regarder vous débattre dans les affres de l'agonie. Attention, il tire sur tout ce qui passe à sa portée, aime contrôler les choses et, pour cela, dissèque, tranche dans le vif.

"Je ne suis pas celle que vous croyez"
Prada avec son Infusion d'Iris a frappé un grand coup: créer un parfum mainstream qualitatif digne des plus exigeantes niches! (Beaucoup de parfums soit-disant rares et exclusifs ne lui arrivent pas à la cheville!) Résultat, un grand parfum accessible partout dans le monde mais hautement qualitatif que ce soit en version originale ou en version homme. Il nous la joue charme discret de la bourgeoisie very hitchcockien. Élégant, racé, aimable mais certain de sa supériorité, il semble ne pas tenir le choc face aux hurleurs et aux vamps ravageuse. Pourtant à l'instar de Grace Kelly, son chic bourgeois, conventionnel et un peu hautain, se révèle troublant et obsédant. On pense l'avoir oublié, mais il revient au moment ou on ne l'attendait plus, alors qu'on s'est déjà lassé des bombasses... Sa perfection, sa retenue, sa façon de ne rien vous laisser espérer, sous ses airs bien comme il faut, sont finalement irrésistibles. Et souvenez-vous d'Hitchcock parlant de ses actrices et disant qu'il aimait "les dames, les vraies, celle qui se transforment en putains une fois passée la porte de la chambre à coucher..."
Méfiez-vous donc de son badinage mondain, de son apparente simplicité: il cache une vraie complexité sous son apparence lisse. Pensez Marnie la voleuse et ses refoulements, Vertigo et ses jeux sur l'identité, ou Grace Kelly aventureuse dans to catch a thief

Immaculé
S'il en est un qui est innocent, c'est bien l'Hiris d'Hermès: vierge de toute faute, il est l'iris d'avant la chute, une nymphe sortie du bois, vue et sans pudeur, parce qu'elle ignore le vice. Tout y est, la tige et la fleur pour un effet de nature terriblement aimable. L'homme ne l'a pas pervertie et elle vous contemple avec de grand yeux de biches effarouchée, sans comprendre le vice. Diane la protège. C'est Lilian Gish, l'une des premières superstars du cinéma, tout droit sortie d'un tableau préraphaélite qui régna sur le muet en éternelle vierge de conte de fée.

Tendresse
L'iris selon Goutal, l'Heure Exquise, si bien nommé est infiniment gracieux: son départ de galbanum est joliment vert, comme un jardin proustien, son bouquet complexe se fait léger et transparent, une rose jolie, bien élevée, rosissante, et l'iris est particulièrement soyeux, avec un soupçon de poudre, pas le maquillage des cocotte, non, la voilette des femmes pudique qui voilent leurs émotions à fleur de peau. Celui-là est complexe et sublimé: élégant, tout en tendresse, et maternel. Une maternité qui ne va pas sans douceur et sans une forme de sensualité, celle des caresses à l'enfant, des caresses au père. Complexe et romantique, il est sentiment par excellence, avec ce que cela peut comporter de force et d'intensité, avec un bon goût imparable et de l'esprit en prime. Penser à Norma Shearer dans Women de Cukor: fidèle, aimante, prête à se sacrifier, bonne au point qu'on pourrait la croire naïve mais sachant sortir ses griffes peinte de Jungle Red quand il le faut. Encore une fois, les Vamps n'ont qu'à bien se tenir, car il leur en coûtera toujours de se mesurer à l'iris!


lundi 27 juin 2011

Jours sans…

Il y a des jours comme aujourd’hui (et hier et avant-hier et…) ou je n’ai pas envie, de rien, pas le moral, ou je suis grognon… La faute au manque de sommeil, à une vie professionnelle assez navrante, à une vie privée parfois chaotique et… et… et… En gros, il y a des jours sans, des jours ou j’ai besoin de vacances. Et en attendant, au bord de l’épuisement, je tiens sur les nerfs, mécontent de tout et de toput le monde, à commencer par moi. Je suis certain que vous connaissez.

Ces moments-là ne sont pas propices à la lecture, j’ai vraiment du mal à me tenir à un livre parce quie je n’arrive pas à me concentrer, rien ne me plait, etc. Et bien sûr, je dois quand même lire, sinon, je meurs, et je dois prévoir ma pile pour les vacances alors que je ne suis pas forcément dans les meilleures dispositions pour ça. A éviter à tous prix : tout ce qui est un peu mollasson, dégoulinant de bons sentiments et d’optimisme. Ça ne colle pas avec mon humeur et ça me déprime, c’est le meilleurs moyen de s’effondrer, àalors que je dois tenir un peu. (Surtout ne pas relâcher la tension sous peine d’écroulement immédiat) Méfiance aussi vis-à-vis des classiques un peu trop perspicace au point de vue psychologie, ce n’est pas le moment de me remettre en question et de fouiller ma psyché.

En ce moment, il me faut du polar sangleant et effrayant. Ça tombe bien, un Mo Hayder vient de sortir en poche. Cette vilaine fille a l’art de fouiller les recoins les plus tordus des âmes humaines les plus déviantes avec des accents hyper réalistes et supra flippant qui tiennent en haleine tout au long d’un suspens bien construit. Mo ne m’a jamais déçu ! J’ai pris aussi un Preston & Child hors de la série des Pendergast qui me plait tant. Je me dis que ce duos là doit bien réussir aussi son coup sans son inspecteur fétiche. Rien pour passer de bonnes nuits, nous sommes d’accord. Pas que je fasse de mauvais rêve, mais si le livre est prenant, je lutte pour ne pas m’endormir et continuer encore un peu. Bien sûr que c’est idiot, mais la lecture est une addiction comme une autre, parfois aussi dangereuse pour la santé.


Alice Sapritch dans La cousine Bette adapté pour la télévision
 Au chapitre des relectures, j’ai commencé un Sagan : la femme fardée : faussement léger, avec beaucoup de fond sous la jolie surface et une ironie qui va parfois jusqu’au cynisme, avec beaucoup de drôlerie, parce qu’on ne peut pas pleurer tout le temps, ce ne serait pas élégant. Et je pense me faire l’un ou l’autre Balzac, assez sombres dans leurs genres. J’ai en tête la cousine Bette et Eugénie Grandet. Oui, décidément quand je n’ai pas le moral, j’ai besoin de sordidité et de noirceur et Balzac fait très bien ça, dépeindre la cruauté quotidienne au sein des familles, l’avarice d’un père qui fait le malheur de sa fille, la revanche d’une cousine aigrie qui médite patiemment la ruine des siens…

Coté parfums, pas question de me relâcher non plus, pas pour moi, les parfums doudous, les douceurs régressives et consolantes, les senteurs délicates et mièvre qui vous parle d’un monde meilleur : il me faut du fort, de l’intense. Bas de Soie, la belle sadique de Lutens m’accompagne beaucoup : gifle de galbanum, jacinthe cruelle et iris méprisant, c’est tout ce qu’il me faut. Un parfum sous tension prêt à sabrer la vie, à trancher dans le vif. Une tubéreuse aussi ! La tubéreuse, je l’ui ai toujours trouvé des airs de fille qui fait la gueule, ou du moins la moue, prête à taper du pied et pousser les hauts cris! Ce fut mon ressenti avec Poison et je n’ai jamais changé d’avis depuis.Remarquez, j’aime assez, c’est très séduisant : pensez moue d’une BB de 20 ans (avant qu’on ne découvre qu’elle n’avait pas que l’air bête) ou Isabelle A dans l’été meurtier… Bon, il y a plus subtil que Poison, ce bon vieux Poison, diva de loin avec ses fleurs blanches et ses épices, drag queen de plus près parce que seul une drag queen peut oser ce maquillage à la truelle un peu bâclé, et assez popote au quotidien dans le fond avec tous ses fruits façon tartelette…. Quelque chose en vous est Dior, peut-être, mais je ne sais pas trop quoi, je suis plus fracassant, je sais me tenir, moi, Madame !

En fond musical : Beth Ditto, Open heart surgery.

jeudi 9 juin 2011

White Flower Power



Avec la chaleur qui s’abat sur moi, j’ai envie de m’enivrer du parfum capiteux des fleurs blanches dans leurs versions les plus animales ou les plus faisandée. Avez-vous déjà senti des fleurs d’oranger agonisant entre vos doigts ? Senti Les Lys se fanant en vase dans un appartement aux fenêtres closes ? Les fleurs blanches sont fatales, létales, mortifères et décadentes. Elles n’ont rien des prémices, rien de la pureté. La fleur blanche est capiteuse et enivrante, charnelle et animale. C’est une caresse morbide sur le corps dans la chaleur de la nuit, un outrage à la pudeur. La fleur blanche est une princesse peinte par Jean Lorrain, une statuette chryséléphantine à l’ivoire poli, qui se bruni, dont l’or se corrompt. Une fleur blanche n’annonce pas le printemps mais sa propre mort et la nôtre.


Ma wish list pour l’été :
Fleur d’Oranger et Un Lys, Serge Lutens
Gardénia Passion et la Tubéreuse, Annick Goutal
Jardin Blanc, Maître Parfumeur et Gantier
Fleurissimo de Creed

Illustrations: peintures de Geaorgia O'Keeffe

mardi 24 mai 2011

les nuits de la princesse Jasmin

En visite chez vos amis les ***, vous ne pouvez manquer de la remarquer : elle trône, petite déesse asiatique, sur le plus beau, le plus soyeux des coussins de la maison, offrant à contempler sont pelage beige orné de ses gantelets et de son petit masque de velours brun, impériale petite chatte venue du Siam, aristocrate mince et jeune,  princesse précieuse et choyée tant pour sa beauté que pour ses dédains. On vous la présentera mais vous aurez beau appeler son nom "Jasmin ! Jasmin !" vous n’aurez pas l’aumône d’un regard. Que du contraire son altesse Jasmin va ostensiblement tourner sa tête et couler son regard bleuté par-dessus son épaule pour fixer le point de la pièce qui est le plus opposé à votre direction, méprisante petite créature dont la maîtresse dira que c’est probablement du à votre vêture car "jamais on n’a vu Jasmin sur du jeans, la pauvre est si délicate, elle n’aime que la soie. Elle est si délicate…"


Musidora

Pourtant, il faut la voir à la nuit tombée cette petite créature raffinée, distinguée, il faut la voir échapper à ses maître pour parcourir les routes et les sentiers, courir parmi les verdures, son petit masque déformé par la plus intense convoitise. Voyez Son Altesse en chasse, à la recherche du mâle, prête à tout, avec tous pour assouvir son désir. Jasmin court sous la lumière de la lune en feulant, en modulant son appel, petite enragée prête à parcourir des kilomètres, souple et mince, brûlante de fièvre, voyez sa prunelle démesurément agrandie, assombrie, pleine de la passion effrénée des bacchantes. Quand enfin apparaît le mêle, peut importe qu’il soit jeune et beau, vieux et gros, elle s’en fiche, un frisson parcours son corps comme une décharge électrique, d’ailleurs, ne vous avisez pas de l’approcher à ce moment, il pourrait vous en cuire, dissimulée dans ses gants de velours, ses griffes n’en son pas moins acérées, prêtes à jaillir et à lacérer quiconque s’interposerait entre Jasmin et son désir. Jasmin, se glisse, subitement devenue ombre claire, derrière les buissons et écoutez-là se donner sans vergogne, se rouler dans la boue, petite traînée toute entière livrée aux plaisirs de la débauche, fauve déchaîné, hurlant son plaisir à la nuit…

N’ayez crainte, au petit matin, elle rentrera sagement à la maison, reprendra ses mines de divinité mystérieuse et lointaine, jouera les gracieuses inaccessibles, les princesses au petit pois, vous toisant, vous méprisant de toute sa hauteur de Princesse Jasmin…

à la nuit, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 2000

dimanche 22 mai 2011

Le gant de Séverine

En sortant de ce train de banlieue vous trouvez un gant et instinctivement le ramassez. Un gant de femme, en cuir noir. La femme doit avoir de longues mains, fines. Vous remarquez, un peu déçu, curieusement, à l'un des doigts la marque d'une bague qui déforme le gant. La marque d'un anneau. Probablement une alliance. Et sans raison, sans savoir pourquoi, cela vous désole un peu.


Vous approcher le gant de votre visage comme pour un baisemain. Lentement. Il y a l'odeur du cuir qui vous arrive. Un relent de fumée aussi. Et un parfum qui monte, celui de l'inconnue qui à perdu son gant. Elle doit parfumer ses poignets avant de sortir et d'enfiler ses gants... Un parfum très doux, fleuri. De la fleur d'oranger? Doucement ambré... Un Guerlain? L'Heure Bleue?


"Monsieur, vous avez trouvez mon gant? Merci!"


Une voix rapide, au timbre net et pressé. L'inconnue s'est emparée de son gant, vite, a fait demi-tour, encore plus vite, et avance, court presque, silhouette élégante de jeune fille sage, terriblement Saint Laurent, trop sage pour son gant, ne laissant derrière elle que l'écho de ses talons qui claquent sur le pavé. Mais vous l'avez reconnue: c'est Belle de Jour. Son parfum? Cuir Mauresque.


Catherine Deneuve dans Belle de jour de Luis Buñuel
Cuir Mauresque, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salon de Palais Royal Shiseido, 1996

mardi 3 mai 2011

Freaks?



Beth Ditto, cover de Love

Regardez bien la nouvelle campagne de pub A Men de Mugler. Ça ne se remarque pas au premier abord mais le mannequin (Oscar Pistorius) est handicapé. Ses prothèses ne choquent pas du tout, on les remarque à peine. Coup de pub ou véritable intégration de la différence ? Il y a quelques années, McQueen avait fait défiler des handicapés et l’effet était assez désagréable, entre voyeurisme, exhibition de monstres, assez proche de la provocation gratuite. Pourtant, je ne pense pas que la démarche de McQueen était volontairement malsaine. L’époque n’avait pas été préparée. Dans le cas Mugler, il y a un univers qui se prète, la prothèse semble « naturelle » dans ce visuel. Et l’époque à (un peu, très peu, trop peu) changé. Beth Ditto s’est exhibée nue dans les magasine avec ses kilos en trop, imposant son physique hors norme. Des images dérangeantes, mais belles, qui nous ont appris que la beauté n’était pas dans les standards imposés.

Pour l’instant, la démarche reste isolée et excentrique. Coté couleur, ce n’est pas gagné non plus. Je pense à Naomi Campbell qui expliquait il n’y a pas si longtemps que certes, elle était devenue une star mais qu’elle avait beaucoup ramé parce que s’il n’y avait pas de problème pour les défilés, pour avoir de grandes campagnes, ce n’étais pas évident au début. Et elle précisait qu’elle savait que jamais elle n’aurait une campagne parfum parce que vous savez ce qu’on dit : les noirs, ça pue. Effectivement, on reste au standard de la belle blanche… Quand on pense qu’une maison comme Guerlain à fait de l’exotisme son fond de commerce avec Mitsouko, la japonaise, Shalimar, l’histoire d’amour en inde etc, on se demade pourquoi on ne voit pas des campagnes mettant en scène des indiens et une japonaise. Les mots de Jean-Paul Guerlain nous éclairent un peu sur la mentalité de ces vénérables maisons. On me dira que Guerlain, c’est Paris et la parisienne. Ok, mais Hillary Swank et Natalia Vodianova, elles sont vraiment parisiennes ? On reste dans un stéréotype et une norme…


Serge Lutens pour Shiseido

Je pense que c’est que j’ai toujours aimé les visuels de Serge Lutens époque Shiseido parce qu’ils n’étaient pas normatifs. C’était des visions, des sources d’inspiration, mais absolument pas des modèles auxquels il fallait se conformer. Le travail réalisé était évident et n’essayais pas de passer pour réaliste. On ne savait pas à quoi ressemblait la fille en dessous. Il y a vait juste l’excès de beauté, quelque chose d’incompatible avec la vie quotidienne.  A chacun de s’approprier l’image. La beauté selon Lutens était extrême mais pas culpabilisante, libératrice…

J’ai repensé en voyant tout cela au film Freaks, la monstrueuse parade, 1932, qui dépeint un petit monde ou chacun est un monstre. Dans cette foire aux monstres, seule l’écuyère est normale et belle selon les critères hollywoodiens. Evidement, c’est une garce, mais passons. Ce qui est frappant, c’est que dans ce film, tout le monde étant diffèrent, tout le monde étant un freak, tout le monde est finalement normal. Peut-être que nous devrions libérer le freak en nous. Pour un monde plus beau et meilleur. Peut-être que nous devrions aller jusqu’au bout de nos délires à la façon des images de Lutens, comme Beth. Excessifs, mais inspirés. Parce que la beauté, elle est dans le regard, celui de l’autre peut-être, mais aussi celui que nous posons sur nous même.


Et si on faisait tous comme Brigitte Fontaine?
"je suis vieille et je vous encule avec mon look de libellule"
(Prohibition, 2009)


lundi 28 mars 2011

Quand Serge Lutens nous materne.

Jeux de peau à générer un vrai débat, certains l'aimant, d'autres pas: j'ai envie de dire comme toujours avec Lutens, ce qui prouve qu'il a réussi à créer une vraie marque avec un univers, une marque cohérente qui crée des attentes. Et qui dit attente, dit souvent déception. La tache est rude pour Serge Lutens, s'il reste dans son univers, on risque de le taxer de redite, ce qui n'est pas entièrement faux, et presqu'obligatoire au vu du nombre de parfums crées sur assez peu de temps finalement, soit on l'accuse de trahison s'il nous surprend trop. Un peu le même genre de débat qu'avec l'univers Guerlain. (U,nivers en perdition selon moi, mais c'est un autre débat) Au moins, Lutens est une marque forte, une marque qui compte.

Le communiqué de presse connu longtemps avant la sortie était alléchant: une odeur baguette, boulangerie, etc. avec tout un petit discours poétique, le genre de chose que je n'aurais pas du connaître car l'odeur des boulangerie est l'un de mes fantasmes olfactifs. (Petit, j’habitais entre une boulangerie et un fleuriste) En même temps, ai-je vraiment envie de sentir le pain frais collé sur moi toute la journée? Je ne suis pas certain en grand allergique aux senteurs alimentaire utilisée en parfumerie.

Sur la peau, c'est un départ grillé, une ambiance pain et petit déjeuner dans lequel il me semble appercevoir des graines de sésame. Une ambiance chaude, chaleureuse et rassurante qui évolue, bouge assez vite, effleurant d'autres motifsLutensiens, pour faire place à Santal Blanc que j'ai retrouvé avec plaisir, onctueux, crèmeux, très doux et bien intégré à cette ambiance . Oui, c'est du déjà vu, comme un écrivain reprend inlassablement les mêmes thèmes et les mêmes motifs et là, forcément, je pense à Proust, à son thême de l'amour maladivement jaloux, incarné dans la seule Recherche par Gilberte, Odette, Morel, Albertine etc...


Raffael

Santal Blanc m'avait séduit par sa douceur me faisant une impression de sein maternel, mais m'avait semblé un peu lassant par son coté monolithique, plan fixe. Jeux de peau accentue cette douce et chaleureuse impression de sein maternel dans un contexte plus nourricier. Le parfum  a vraiment quelque chose du cocon familiale, de ces moments effectivement "déjeuner" ou on se sent bien, encore dans un demi sommeil, les paupières lourdes de  la nuit passée, avec la présence réconfortante de maman. On n'est pas encore prêt à affronter le monde, mais on se sent tellement bien qu'on va tenter de faire durer un peu cet instant. 

Il y a selon moi une vraie démarche d'auteur chez Lutens, on est dans la variation, mais pas dans la redite, je parlerais même de perfectionnement, d'affinement. Et j'avoue être séduit par cette douce chaleur, ce parfum de peau qui reste présent longtemps. Instinctivement, je l'associe plus à l'été et je le trouve facile à porter, à s'approprier, ce qui n'est pas toujours le cas des Lutens. Et c'est bien agréable d'avoir un parfum pour les jours "sans" qui soit quand même bien fait et très signé sans aucun des aspects confiseries orientalisantes qui m'écoeurent toujours un peu.