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mercredi 8 février 2012

niche High Church

La parfumerie de niche semble n’être qu’un nouveau mainstream, multipliant  marques, points de ventes et sorties à une vitesse prodigieuse. La seule différence réside dans la qualité ou  l’originalité des jus, parfois les deux en même temps dans le meilleur des cas… Seule différence, le marketing qui s’appuie sur les forums, les blogs et les réseaux sociaux en distillant informations, confidences et petites indiscrétions aux initiés que l’on tient en haleine. Frédéric Malle lance son prochain jus comme Lady Gaga lance ses chansons, avec juste un peu de prétention en plus puisque la niche se veut élitiste. C’est bien malheureux d’autant que cette gamme en particulier est l’une des plus belles du marché et qu’elle se passerait fort bien de ce genre de racolage un peu cheap.

Difficile dans ces conditions de se faire remarquer, d’attirer l’attention, de se distinguer. Parmi les marques discrètes, il en est une qui m’intéresse de plus en plus : James Heeley. À priori, rien de révolutionnaire : des formes classiques de type bouquet floral, cologne, etc., ou des standard de la niche comme la monomatière joliment sertie, mais en y prêtant attention, on y trouve une belle qualité et un petit quelque chose de diffèrent qui rend ces parfums vraiment attachants et intéressants, bien plus que je ne l’aurais cru au premier sniff. Celui qui m’a le plus attiré, c’était Cardinal : un encens, un encens-église, une des figures clefs de la niche, qui n’appartient qu’à elle mais qui est déjà représentée par quelque classiques très réussi. La référence, c’est Avignon (Comme des Garçons), église froide et humide, Messe de Minuit (Etro) qui évoque Noël en ajoutant épice et fruits confits, Encens et Lavande (Lutens) qui ouvre les portes de la chapelle sur les champs de lavande, Encens Flamboyant (Goutal) qui nous fait visiter une petite église après une ballade dans une foret de pin en hiver… Difficile de venir s’ajouter et d’avoir quelque chose à dire, difficile de séduire.

Cardinal place ses volutes bleutée dans le cadre d’un oratoire privé et douillet, tout est patiné, assourdis, de riches tentures et dans le confort coussins moelleux. Il se développe et s’adoucit tout au long du jour, se veloute et vous entoure de son cocon de douceur luxueuse. C’est mystique, mais sans mortification, particulièrement agréable et confortable. La séduction du parfum s’impose d’emblée, avec un seul échantillon entamé, j’y ai converti deux personnes de mon entourage pourtant assez insensible aux parfums et particulièrement ignorante du phénomène niche en parfumerie. Oui, ce parfum a un petit quelque chose qui le rend diffèrent des autres encens, qui le rend indispensable, d’autant que toute la ligne Heeley associe belles matières, tenue et sillage sans reproche. Pour moi, il a surpassé cette référence qu’est pourtant Avignon qui à ses côtés parait subitement un peu trop dur, métallique disent certains, dans sa belle austérité religieuse. Je suis assurément plus High Church qu’ascète cistercien.

Cardinal, James Heeley, 2006

samedi 14 mai 2011

et si je m'offrais de l'art contemporain?

M/Mink a pour moi tout de la mauvaise idée. Depuis que je l'ai senti, et plus je le sens, il me fait envie, je le veux. Pourtant, je sais bien que ce n'est pas mon genre, que je ne le porterai pas, ou si peu.Je sais tout cela. Je me dis que si je ne porte pas les quelques ml que je possède, c'est parce que c'est plus un parfum d'hiver et en me disant cela, je sais aussi que j'ai eu ces ml alors qu'il faisait frais et qu'en plus je me suis dit en le portant au creux de coude quand la température montait que la belle saison lui allait bien, révélait des faces nouvelles, l'adoucissait un peu plus... Bref, je me disais bel et bien que j'étais de mauvaise foi!

L'objet de la tentation est indescriptible autrement que par des sensations très physique, plus qu'olfactive. Il y a d'abord l'impression du vent froid qui vient du nord en hiver, quelque chose de piquant, entre ozone et métal, et en même temps, il y a autre chose qui va se dégager peu à peu pour me faire comprendre qu'il fait peut-être froid mais que je suis bien protégé quelque chose de doux, un peu fumée,un peu animal. M/Mink surprend mais il est très rassurant. Il semble moderne, infiniment, mais a un fond très classique, tel qu'on en fait plus ai-je envie de dire. M/Mink prend son temps pour faire voir toute sa beauté à la façon des anciens chypres.

Son univers semble à la croisée de plusieurs chemins: entre l'avant garde de Comme des garçons et une parfumerie classique de très bonne qualité. Il a aussi un petit quelque chose d'Etat Libre d'Orange et fait penser à Sécrétions Magnifiques. Mais là ou l'avant-garde est importable, pose question, mais ne touche pas, là ou ELO a eu une bonne idée mais n'a pas su la faire aboutir, là ou des maisons traditionnelles s'ennuient un peu et nous lassent en refaisant très bien la même chose encore et encore, Byredo réussi à surprendre et à séduire. Alors oui, je le veux, je le veux, je le veux! Sauf que je sais très bien que je ne le porterai pas. Je le laisserai enfermé dans une armoire, le sentant de temps en temps et c'est tout, j'ai beau l'adorer, je ne me sens bien qua dans de vieille choses ou des nouveauté faussement vintage. L'offrir? Peut-être une bonne idée. Ou lancer une petite annonce sur site de rencontres: Recherche porteur/euse de M/Mink pour rencontre et plus si affinité? NOOON. Je vais résister, c'est tout.

M/Mink, Jerôme Epinette pour Byredo, 2010

lundi 25 avril 2011

Carnation: de blonde à brune...

Marilyn  Monroe
par André De Diens
Carnation annonce la couleur, on s'attend à un oeillet, une espagnolade, on se prépare à juger selon les critères habituels du genre: rendu naturaliste ou stylisé? En contexte ou pur et dur? Etc.

J'ai eu presque l'impression d'être trompé sur la marchandise au premières notes: c'est une blonde ébouriffée, un peu Lolita, joues rouges, un léger voile de sueur sur la lèvre supérieure. Elle fait son apparition au milieu d'aldéhyde, jolie fleur décoiffée et on se dit que c'est donc cela l'effet oeillet: ce coté chiffonné un peu poivré, cette rougeur au joue due à la chaleur de la course, du rire, d'émois plus inavouables? Séduisante mais surtout surprenante.

Lauren Bacall
Peu à peu, les choses changent, les cheveux se lissent, s'assombrissent, l'apparence mûrit se fait plus séductrice avertie... on sent vraiment l'oeillet tout d'un coup: léger, transparent, mêlés de rose et jasmin et surtout terriblement girofle (mais sans jamais évoqué le dentiste!) et poivré. L'atmosphère devient plus équivoque, troublante. Pas fatale mais presque. Nettement moins naïve. On est passé d'une comédie légère à un film noir. Je sortais avec une jeune Norma Jean et tout d'un coup, Je suis en compagnie de Lauren...

Comme des Garçons a vraiment réussi son coup: une note qu'on ne trouve plus nulle part, hélas, modernisée, et rajeunie par sa transparence qui sait rester classique en ayant échapper à la tentation de faire une reconstitution à l'ancienne, un peu passéiste. Cette Carnation m'a entouré, charmé toute la journée, présente mais jamais lourde, stylisée, mais avec le coté très naturel de la chose bien faite. Un parfum original, sans excentricité, facile à porter, qui sait être jeune et séducteur en évitant le piège de la gourmandise et de la lourdeur dans l'intention qui a fait tant de ravages depuis Angel. Et quel plaisir que ces parfum évolutifs, changeant, en comparaison de l'ennui garanti de certains monolithes. 


Carnation, Series 2: Red,  Evelyne Boulanger pour Comme des Garçons, 2001

vendredi 4 mars 2011

Bienvenue dans le futur

Il y a des jours ou je n'ai pas envie d'humain et ou je me tourne vers les odeurs de Comme des Garçons qui ont été voulues inorganiques et présentent un coté extrêmement apaisant et facile. Au départ, l'idée était de faire avec Odeur 53 (1998) un anti-parfum: une odeur qui correspondrait à une atmosphère que l'on pourrait créer autour de soi, une atmosphère que l'on emmènerait partout avec soi.

Odeur 53 évoque la ville, un décor industriel déserté, post-apocalyptique: des senteurs de vernis, d'ozone, de métal chauffé, de flaques d'eau, le tout chauffé à blanc par un soleil haut alors que l'horizon devient sombre: l'air est électrique, l'orage approche. La senteur est curieusement tiède, ni véritablement fraîche, ni véritablement chaude, un peu sale, tout en étant terriblement transparente. Étrange. Mais ou sont les gens? ou est la vie? définitivement disparue? 

La réponse est peut-être à chercher dans Odeur 71 (2000) qui continue le même principe et nous compte un autre monde, toujours déshumanisé, qui me fait un peu penser au film Gattaca: un monde froid, scientifique, rationnel qui ne laisse aucune place au sentiment dans une espèce de logique totalitaire ou naît une certaine esthétique. Le parfum démarre sur une note métallique, froide, proche de celle que l'on retrouvera dans Sécrétion Magnifique d'Etat Libre d'Orange, mais beaucoup plus facile à apprivoiser par son contexte plus"naturel": un décor futuriste de circuits intégrés, d'écrans surchauffés, de traces de désinfectant et de poussière. Il finit par évoquer la photocopieuse qui a beaucoup chauffé. C'est un univers d'humanoïdes solitaires, de robots et de machines. Odeur 71 peut sembler, sur papier, assez peu plaisant et cheap avec son coté plastique revendiqué. A l'essai, je le trouve pourtant réconfortant et plaisant. Assez facile: léger, neutre, c'est peut-être le parfum idéal pour le bureau. (Mais il sent déjà un peu le bureau...) Le curieux diptyque de la modernité qu'il réalise avec Odeur 53 est parfait lorsqu'on ne veut rien donner de soi, même pas la trace d'un parfum.

Ethan Hawk dans Gattaca


vendredi 17 décembre 2010

Sécrétions pas si Magnifiques....

J'aime bien l'avant-garde et le concept d'odeur plus que de parfum, c'est pourquoi malgré mon coté très "grande bourgeoise" olfactif, j’apprécie beaucoup Comme des Garçons en parfums alors qu'en terme de vêtements, je suis plus réservé: le concept tombe mal sur moi et je ne sais pas le porter autrement que "chiffon mal coupé" ce que je regrette amèrement, j'adorerais faire partie de l’intelligentsia austère du concept au chic codé pour initié.

Etat Libre d'Orange me laisse assez sceptique bien que j'apprécie la démarche de renouvellement par dynamitage intérieur et humour mais, simplement, j'ai tendance à ne voir souvent que des parfums relativement classiques plutôt mal exécuté même si certains ne sont pas sans évocations plaisantes. Putain des Palaces est une odeur de vamp classique, plutôt bâclée, Vraie Blonde voudrait renouveler en rendant hommage aux aldéhydes et à Marilyn mais est tout juste plat et acceptable comme bain mousse etc. J'avoue que Charogne ne me plait pas vraiment mais propose quelque chose d’intéressant, un semblant de piste bien que le coté "explorons le coté sombre" me paraisse un peu surfait. Etc. 

Sécrétions Magnifiques va un peu plus loin et semble vouloir battre la Marque de Rei Kawakubo sur son propre terrain en osant l'odeur et annonce ce qu'il y a de pire: sang, salive, sperme... La provocation étant habituelle chez ELO, on ne s'attend pas forcément au pire. Peut-être à tort cette fois...

Le parfum démarre sur une note métallique intense et glacée qui évoque le goût du métal en bouche, peut-être le sang, effectivement mais avec toute la barre métallique qui l'a fait couler... Et cette barre de métal, il semble que l'on doive la lécher et la savourer pendant des heures aussi pénible que ça puisse être. On pourra reprocher bien des choses à Sécrétions, mais pas de manquer de tenue ou de sillage. Juste quand j'étais sur le point de craquer et envisageais la douche comme remède est apparu le "fond" sale qui ne m'a pas particulièrement évoquer la plongée dans un slip usagé barbouillé de sperme comme l’intitulé, la publicité et la ravissante étiquette collée sur le flacon pouvaient le laisser présager mais je n'en ai pas soupiré d'aise pour autant: ce que j'ai découvert ne valait pas mieux, n'étant pas plus propre ou appétissant, juste moins sexuel puisque sous ce métal qui n'en finissait pas est finalement apparu ce qui m'a évoqué la chaussure pourrie, trop portée par un pied trop sujet à la transpiration. 
J'avoue que ce coté sordide brut de décoffrage m'a un peu laissé dans le doute une fois de plus. Bien sûr, l'idée de départ est intéressante mais en même temps, quoi de vraiment neuf au pays du sent bon? La note métallique, on la perçoit depuis longtemps depuis Calandre il me semble.  Très présente et reconnaissable, je pense à Odeur 71 de Comme des, justement, ou elle est entourée, réchauffée par des comparses aussi étranges qu'elle, poussières, plastiques qui évoquent le bureau et le site industriel  dans une version portable et assez séduisante pour l'entourage. Le fond sale? Mais il me semble que c'est l'un des pilier de la parfumerie française la plus classique, perceptible dans mon cher N°5, dans Shalimar ou Jicky et... et... et... (liste sans fin) Je ne dirais pas que Sécrétions manque d'enrobage, c'est juste qu'il n'a pas de construction, tout simplement et que l'idée amusante de départ tourne court parce qu'Antoine Lie n'a pas crée un parfum, juste assemblé une note de tête envahissante et une note de fond repoussante en oubliant que pour être délicieuses elles devaient faire un bon mariage. Et c'est vraiment cette incomplétude qui me dérange. J'aurais tant aimé être bousculé par quelque chose qui serait une vraie oeuvre pas juste une piste, une idée de... Un parfum sorti trop tôt et qui se serait plus justement appelé "éjaculation précoce" comme souvent chez ELO?

Détat Libre d'Orange, j'ai envie de dire en citant Shakespeare "beaucoup de bruit pour rien" mais ce serait un peu injuste. "Beaucoup de bruit pour pas grand chose" est non seulement plus fair play, mais plus exact. Je trouve qu'il faut laisser une chance à la marque: après tout Guerlain par rapport au nombre de produits lancés sur le marché depuis sa création ne compte qu'un petit nombre d' oeuvres capitales! Et ELO essaye vraiment de faire quelque chose de diffèrent. Si simplement, ils délaissaient un peu les effets d'annonce au profit d'une vraie créativité, d'un véritable travail sur le parfum.

Sécrétions Magnifiques, Antoine Lie pour Etat Libre d'Orange, 2006

dimanche 14 novembre 2010

À chacun ses madeleines…

Plus je fréquente Comme des Garçons, et tout particulièrement la série synthétique, plus j’apprécie le travail effectué. Oui, c’est déconcertant, mais je trouve que c’est résolument actuel et novateur. Le coté chimique est parfaitement assumé et l’inspiration radicalement contemporaine peut véritablement toucher le pur urbain que je suis. Je n’ai pas connu des vacances à la campagne, chez une grand-mère tant aimée qui portait l’Heure Bleue, passant des heures à jouer à chat avec ma petite cousine habillée de vichy rose d’une façon très  petites filles modèles…  Mon imaginaire est autre, un peu moins aristocratique, un peu moins bourgeois. Ou peut-être suis-je juste lassé des éternels mêmes clichés. 

Original
Tar me parle. Résolument orienté "bleu de travail", il évoque le goudron de façon très directe, jusqu’au malaise, tant on perçoit la réalité de la matière: noire, dense et luisante. C’est une odeur de route des vacances, au moment de l’embouteillage pour cause de réparation de la route: les fenêtres de la voiture sont ouvertes et sur la banquette arrière, accablé de chaleur, je regarde,un peu nauséeux, troublé par l’odeur qui envahi l’habitacle sans comprendre qu’il s’agit de sensualité, les ouvriers qui réparent la chaussée, sans vraiment les voir, rêvant à demi. Assez vite, le parfum gagne de la vitesse et l’odeur, quittant l‘embouteillage, se fait plus transparent et voilé d’un nuage de poussière, évoluant vers une tonalité un peu plus caoutchouteuse. Je parle de poussière, parce que le contexte n’admet pas vraiment des termes comme poudreux ou soyeux, mais c’est pourtant bien dans le même ordre d’idée…

C’est assez fascinant. Terriblement inhabituel mais au final, pas plus dérangeant ou importable qu’un autre parfum lourd. La plupart des gens ne vont pas directement reconnaître l’odeur de l’asphalte et, si la tenue est bonne, surtout sur les vêtements, on ne peut pas franchement parler de sillage, ce goudron étant plutôt un parfum de peau.


Tar, Series6, Comme des Garçons, 2004

mardi 9 novembre 2010

Confessions extatiques

Il faut que je commence par confesser un rapport particulier avec cette matière qu’est l’encens, dû peut-être à une éducation ou mes institutrices furent notamment des bonnes sœurs et certain professeurs des prêtres en soutanes ou à un goût "fin de siècle" dépravé qui aime voir flamboyer le gothique…

Oubliez le bâtonnet d’encens à l’austérité protestante Low Church. Comme des Garçon avec Avignon nous invite à redécouvrir les splendeurs du rite romain.

Sainte Thérèse, Le Bernin
Un prêtre s’avance balançant un énorme encensoir en vermeille qui scintille à la lueur des cierges votifs. Il semble défaillir mais est-ce sous le poids de l’objet, massif, ou sous la volupté de la fumée bleuâtre qui s’en échappe ? Les volutes de l’encens à l’odeur riche et résineuse se tordent dans les jeux de la lumière filtrée par les vitraux, elles vont caresser les monstres sculptés dans la pierre froide, humide, et s’unir au bois des antiques crucifix… J’avoue que dans cet espace magique tout en clair obscur, coloré, je suis moi-même un peu haletant, prisonnier d’une ivresse sacrée, peut-être près d’atteindre cette volupté que je distingue subitement lorsque l’encens va soudain caresser la statue d’une Sainte Thérèse extatique, ou lécher le tableau d’un Saint Sébastien languissant.

Avignon, conduit à une extase un peu mystique, ne s’explique pas, mais se révèle.

A éviter par ceux à qui l’église n’évoque que les enterrements. Son sillage discret le rend plus facile à porter, car il peut révulser autant que séduire l’entourage, jouant très fort avec l’imaginaire occidental, il ne laissera pas, en tous cas, indiffèrent. C’est un vrai bonheur de voir, le travail de Comme des Garçons qui nous a habitué à des expériences fortes, intéressantes et dérangeantes, s’engager vers une forme plus classique, parce que ça reste loin de la facilité ou de la sécurité.


Avignon, Series3,Bertrand Duchaufour pour  Comme des Garçons, 2002


mercredi 27 octobre 2010

Get Dirty!

Comme des Garçons ose. Le premier parfum pouvait passer pour classique, les anti-parfums Odeur 53 et Odeur 71 étaient partis dans des directions nouvelles : les odeurs du quotidien, l’inorganique, créant la surprise, mais finalement sans trop choquer : l’effet était intriguant, déroutant mais assez séduisant. Ces deux parfums, surtout le premier, sont relativement inconnu mais à l’usage assez populaire auprès de l’entourage qui globalement trouve que « ça sent bon ! »

La marque de Rei Kawakubo a depuis dépassé les limites du parfum, ou de l’odeur à porter pour s’aventurer vers l’expérimental franchement difficile à assumer. La série Synthetic6 présente quelques œuvres passionnantes à sentir dont on se dit cependant qu’elles sont plus dignes du musée destinées à orner les décolletés.

Garage évoque le gasoil, l’huile de moteur, une crasse noire et grasse, avec des accents qui vont du poussiéreux au caoutchouc brûlé en passant par du métal chauffé. C’est un peu passer, après l’accent animal des parfums fourrures à l’accent minéral du parfum doudoune, dans une vision futuriste plus proche de Mad Max ou Blade Runner que de 2001 Odyssée de l’espace. Curieux et dérangeant dans son réalisme, l’effet est radical : vous haïrez ou vous adorerez cette odeur, de même que certains aiment l’odeur de l’essence ou la détestent. Garage m’a donné l’impression d’être malmené à la façon d’une Blanche Dubois violentée par un Stanley Kowalsky rentrant de l’usine dans a Streetcar named Desir. En portant Garage, on se sent sale, souillé. C’est assez troublant parce que j’ai aimé et détesté l’odeur sans parvenir à savoir si ce qui me dégoûtait, c’était cet aspect sale ou que je puisse aimer me sentir sale. Pourtant, l’odeur, débarrassée de toutes connotation et référence pourrait être jugée comme ronde et chaleureuse

La portabilité de la chose est quasiment nulle : Qui a vraiment envie de sentir comme un garagiste après une journée de travail ? Même pas les garagistes, je pense. Mais c’est à essayer, voir à posséder.

Garage, Series6 : Synthetic, Comme des Garçons, 2004