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mercredi 21 novembre 2012

parfums de secours


Un de ces matins ou tout est noir autour de moi. M’éveiller, hagard, le corps engourdi et l’esprit embrumé. N’agir, ne vivre, que par réflexe, dans une inconscience presque totale qui ne laisse place qu’à l’automatisme le plus primaire. Choisir dans la garde-robe au hasard une tenue de secours, passe-partout, seyante et adaptée à toutes les circonstances, jeans et col roulé noir ou chemise blanche suivant les températures. Vous connaissez ces matins aussi. Ces matins où on ne sait de quoi la journée sera faite, ces matins où on ne sait qui on sera, quel(s) rôle(s) nous jouerons.

En ces journées, forts nombreuses en ce début d’hiver, ma main se tend instinctivement vers la partie « parfum de secours » de mon armoire à parfum. Mes parfums de secours brillent sans doute plus aux premiers abords par leur absence de défaut et ils ne sont pas nécessairement ceux qui furent choisi le plus vite, par coup de cœur. Le parfum par défaut est celui qui s’adapte à toutes les circonstances, ne fige pas dans un rôle ; il est confortable et terriblement sociable, il ne dérangera personne pour être plus facile à assumer. Je ne dirais pas que c’est un couard ou une demi-mesure.  Un peu de discrétion, de sobriété, ne fait de mal à personne de temps à autre. Un positionnement fort continuel fini par n’être qu’une pause, une posture, qui finit par tourner à la Drama Queen attitude, un peu fatigante.

Mes basics : l’Eau du Sud d’Annick Goutal et ses accents bergamotés-chyprès est parfaite, à la fois élégante et discrète, pas d’une originalité folle, elle s’inscrit dans la tradition classique, éprouvée, de l’Eau Sauvage, tout en se distinguant par sa qualité. Autre parfum dont je me rends compte qu’il vient à ma rescousse, Love Chloé a réussi à me séduire avec ses airs de salle de bain rétro qui sent bon le propre et la poudre. Confortable et faussement vintage, il est de son époque, mais pas trop, un peu anonyme et signé à la fois : je le trouverais un peu trop impersonnel pour en faire un parfum signature mais il est parfait pour ces jours d’incertitudes.

jeudi 29 mars 2012

Rétro 2.0


Je n'ai compris que très récemment Love Chloé en écoutant l'album de Lana Del Rey : tous les deux partagent en effet la même esthétique directement pompée d'un blog à la page sur Tumblr. Il y a là un aspect vintage, un ensemble de références à des choses connues, un faux côté rétro, des couleurs saturées et réchauffées via Instagram, pour mettre en scène une adolescente d'aujourd'hui, un peu boudeuse, un peu sexy, qui prends des pauses d'autrefois dans ses fringue Forever 21. On est à la fois en terrain connu, tout en ayant ce vague frisson de nouveauté. Lana n'aurait pas sorti les mêmes musiques, terriblement produites et formatée, il y a 20, 30, 40, etc. ans. Chloé n'aurait pas sorti le même parfum, à la production tout aussi soignée, non plus.

Love Chloé joue sur l'effet aldéhyde-poudre, salle de bain chic et cosmétique de luxe, d'un propre rétro et de bon ton, se donne des airs d'anciens à la fleur d'oranger… Pourtant pas un parfum vintage ne sent comme lui, il est bien de 2010, on ne s'y trompe pas. Des parfums actuels, il a la présence légère, la clarté. Il fait seulement penser à maman et à Lauren Bacall, la jeune fille qui rêve en feuilletant de vieux magazines de mode. Chloé surfe sur la vague, réussi encore une fois à exprimer mieux que quiconque l'air du temps, mais prend aussi le risque de la démode car finalement ni le parfum éponyme, ni celui-ci n'ont vraiment autre chose à dire que refléter leur époque, c'est risquer de se laisser dépasser, oublier… Ce qui serait dommage car Love Chloé est un joli parfum.

Love Chloé, Louise Turner et Nathalie Gracia-Cetto pour Chloé, 2010




PS : plusieurs fois sur Tumblr, je me suis d'ailleurs fait la réflexion : Chloé a vraiment réussi ses flacons, terriblement photogéniques.

mardi 20 mars 2012

une citadine à la campagne?

l’Eau de Chloé commence par le brouillard lessiviel caractéristique de Chloé, propre, un peu froid, terriblement BCBG, que l’on aime ou que l’on déteste mais qui a fait de Chloé un succès. Très vite, les brumes de lessives se lève et dévoilent une rose verte et fraiche, humide de rosée, très jolie, qui s’épanouit sur des muscs propres comme elle pourrait le faire chez Goutal ou chez Rosine. Cette rose que l’ou pourrait croire légère ou éphémère tient le pari de durer longtemps sur la peau. Ces muscs blancs, bien maitrisés sont quand même fantastique qui permettent ce qui ne devrait pas être sans effet figé ou cartonné comme c’est parfois le cas quand on tente de faire de la fraicheur et de la légèreté longue durée…

Chloé est peut-être une réussite, mais je me pose des questions : Est-ce un parfum cohérent, pris entre jeune citadine fashion et balade à la campagne par un clair matin de ma ? Rencontrera-t-il son public ? On peut certes aimer les deux univers, mais le passage de l’un à l’autre surprend un peu. Et j’avoue que je préférerais posséder un flacon du Chloé Original et un flacon d’un parfum de Rosine ou de la Rose Splendide de Goutal que posséder cette Eau qui passe de l’un à l’autre. En fait, je me contenterai d’un flacon de Goutal ou de Rosine…

L'eau de Chloé, Michel Almairac pour Chloé, 2012