Un
de ces matins ou tout est noir autour de moi. M’éveiller, hagard, le corps
engourdi et l’esprit embrumé. N’agir, ne vivre, que par réflexe, dans une
inconscience presque totale qui ne laisse place qu’à l’automatisme le plus
primaire. Choisir dans la garde-robe au hasard une tenue de secours,
passe-partout, seyante et adaptée à toutes les circonstances, jeans et col
roulé noir ou chemise blanche suivant les températures. Vous connaissez ces
matins aussi. Ces matins où on ne sait de quoi la journée sera faite, ces
matins où on ne sait qui on sera, quel(s) rôle(s) nous jouerons.
En
ces journées, forts nombreuses en ce début d’hiver, ma main se tend
instinctivement vers la partie « parfum de secours » de mon armoire à
parfum. Mes parfums de secours brillent sans doute plus aux premiers abords par
leur absence de défaut et ils ne sont pas nécessairement ceux qui furent choisi
le plus vite, par coup de cœur. Le parfum par défaut est celui qui s’adapte à
toutes les circonstances, ne fige pas dans un rôle ; il est confortable et
terriblement sociable, il ne dérangera personne pour être plus facile à
assumer. Je ne dirais pas que c’est un couard ou une demi-mesure. Un peu
de discrétion, de sobriété, ne fait de mal à personne de temps à autre. Un
positionnement fort continuel fini par n’être qu’une pause, une posture, qui
finit par tourner à la Drama Queen attitude, un peu fatigante.
Mes
basics : l’Eau du Sud d’Annick Goutal et ses accents bergamotés-chyprès
est parfaite, à la fois élégante et discrète, pas d’une originalité folle, elle
s’inscrit dans la tradition classique, éprouvée, de l’Eau Sauvage, tout en se
distinguant par sa qualité. Autre parfum dont je me rends compte qu’il vient à
ma rescousse, Love Chloé a réussi à me séduire avec ses airs de salle de bain
rétro qui sent bon le propre et la poudre. Confortable et faussement vintage,
il est de son époque, mais pas trop, un peu anonyme et signé à la fois : je
le trouverais un peu trop impersonnel pour en faire un parfum signature mais il
est parfait pour ces jours d’incertitudes.


