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mardi 6 novembre 2012

aldéhydes altiers


Certains parfums vous soutiennent, à ceux-là, on peut demander beaucoup.

Calèche n’est pas exactement ce genre de parfum, il est plutôt à l’opposé : il demande, il réclame,  il exige. Il élance ses aldéhydes, poudre et savon, vous les jette à la figure, vous emballe dedans. Dans sa catégorie, en dépit des reformulations, il est le seul à les oser à des doses pareilles. Calèche vous prend et vous embourgeoise, pire, il vous aristocratise, il vous fait voir la vie du côté altier, hautain, méprisant, de la barrière. Son cœur floral, étouffé sous les aldéhydes, semble plutôt les soutenir en leur apportant une touche de raffinement, mais pas nécessairement d’humanité… Arrivent enfin le fond, les bois, pas vraiment de la  douceur mais de la richesse, terriblement sobre tout en évitant d’être puritaine ou austère.  Jusqu’au bout, le parfum refuse toute facilité.

S’il ne vous ménage pas, mais vous prie instamment d’être à la hauteur, Calèche est un parfum qui fait du bien, qui tiendrait presque lieu de morale tant il empêche le laisser-aller. Quand pour donner le meilleur de soi-même, on a besoin qu’on nous demande beaucoup, il est temps de passer à Calèche.

Calèche, Guy Robert (pour la version originale), Hermès, 1961

vendredi 5 octobre 2012

aldéhydes pauvres


J’ai fait mes devoirs et me suis emparé d’un flacon vintage de Cléa d’Yves Rocher. Ouvert à toutes les expériences, prêt à l’extrême et à admettre mon flagrant délit de snobisme  au cas où…

Lancé en 1980, Cléa reprenait les codes du chic des décennies précédentes et offrait à toutes les femmes la chance de porter de l’aldéhydé grand genre. L’ouverture est séduisante : la bouffée d’aldéhydes poudreux-savonneux évoque clairement Madame Rochas que j’adore. C’est très joliment et finement réalisé, moi qui adore ce genre, j’avoue, j’aime beaucoup. Hélas, sans surprise, tout se gâche assez vite, une fois la tête envolée, ne reste sur peau qu’une odeur de savon assez sèche. Où sont les fleurs ? Où est le fond ? On retombe de haut ! Certes, ça sent le propre, mais franchement cheap ! Le côté sec peut faire penser à Calèche, je veux bien, mais là ou Hermès donne de la retenue aristocratique à son parfum avec un fond boisé-sale, Yves Rocher fait franchement figure de parent pauvre, de cousine nécessiteuse alors justement qu’il s’aventure sur le domaine du parfum bourgeois par excellence. Quand on a qu’une robe rapiécée à offrir en spectacle, on ferait mieux de s’abstenir et de ne paraître dans le monde.

Je suis le premier à admettre que mes goûts sont ceux d’une cocotte, plus encore que ceux d’une bourgeoise, mais être une cocotte, ça ne supporte pas la médiocrité, ça doit être joué  grand genre ! Garder loin de moi ces bijoux de pacotille, ces oripeaux mal coupés, je veux du luxe, du vrai et jamais une pâle imitation ne pourra me convenir ! OK, je suis snob.

Cléa, Yves Rocher, 1980.

dimanche 30 septembre 2012

le cas K



Au début de Butterfield 8, une jeune Elizabeth Taylor erre dévêtue dans un appartement ou elle a suivi le soir qui précédait un homme. Elle découvre qu’en partant il lui a laissé des billets, la prenant, à tort, pour une prostituée. C’est exactement le genre de sensation que fait naître K de Krizia.


Le parfum démarre furieusement laissant craindre un chypré ’80 typique (Paloma Picasso par exemple) mais se calme assez rapidement pour devenir un floral aldéhydé assez classique (dans une veine N°5), élégamment poudré qui doit à l’époque qui l’a vu naître son opulence un peu lourde. Le plus surprenant est la base animale, très vite présente, entre cuir et civette. Elle lui donne une certaine étrangeté, en fait un parfum comme on n’en voit plus. Et, effectivement, donne l’impression d’être une prostituée de luxe. 

En ce sens, il me donne un peu la même impression que My Sin de Lanvin, mais en moins daté : là ou My Sin offre un fond animal gras et lourd comme on en fait définitivement plus, K mise sur l’animal et le cuir : c’est plus moderne. Mais pas franchement plus décent.

K, Maurice Roucel pour Krizia, 1981

mardi 21 août 2012

arpège vintage


Avez-vous remarqué comme ces deux mots vont bien ensemble ? Comme ils semblent fait l'un pour l'autre, dans une rime parfaite, musicale, presqu'un mantra, une incantation. À croire que la langue française est allée chercher l'anglais pour le seul profit d'Arpège... (Et je précise que, très diffèrent, le Arpège actuel n'est pas mal du tout. C'est juste qu'il n'a pas grand-chose à voir)
Arpège est le classique des classique. Né à la fin des années folles, il préfigure le néo-classicisme des années '30. Au misérabilisme de luxe de Chanel, au tape à l'œil lamé or des garçonnes Art Déco, Jeanne Lanvin opposait une élégance plus conventionnelle qui séduisait les riches élégantes avec ses lignes adoucies, ses robes de style inspirées des costumes d'époques plus anciennes, sa palette de couleurs subtiles dont le célèbre bleu Lanvin. La muse, l'inspiratrice, l'objet de tous les hommages, de toutes les attentions, c'était Marie-Blanche, la fille chérie, pour laquelle s'était bâti un empire. Lanvin faisait déjà des parfums, mais le chef d'œuvre, la pièce rare, ce fut Arpège en 1927. Pour Arpège, on alla voir du côté des grands floraux aldéhydés dont la mode avait été lancée par le N°5, mais à l'éclat tapageur de celui-ci, à sa splendeur dorée, un peu parvenue, on allait substituer une patine automnale.
J'ai toujours perçu les aldéhydes comme un halo doré : Arpège tire les siens vers des tonalités d'or bruni, une chaleur de soleil couchant qui font osciller discrètement le parfum entre poudreux et savonneux, avant d'enchaîner avec le bouquet ultra-classique rose-jasmin. La rose domine, mais selon les versions, on perçoit plus ou moins le jasmin. La version eau de parfum des années '80 était la plus jasminées selon moi. Le tout est très lié, fondu, pas en une masse compacte mais semble plutôt couler de façon soyeuse sans les pénibles et brutales transitions que beaucoup de parfums actuels nous imposent. Arpège continue sa balade automnale en mêlant les bois à un fond traditionnel ambré animalisé, se donnant des airs de fourrure toute douce. Au final, Ce parfum sent véritablement la grande dame, il est toute élégance, raffinement sans tapage, avec cette assurance innée, cette présence des gens bien nés qui n'ont jamais fréquenté que le meilleur monde, qui savent tenir leur rang, le premier.

Arpège, André Fraysse pour Lanvin, 1927

dimanche 24 juin 2012

Housewife of the year (1978)


Estée Lauder avait conquis le monde avec ses crèmes et des parfums de jet-setteuses ou de vamps hollywoodiennes, mais elle allait conquérir l'Amérique puritaine en 1978 en lui donnant ce qui allait être sa référence en termes de parfum religieusement sain et propre : White Linen. Les aldéhydes dominent, crissants, immaculés, mariés à un bouquet floral pour un effet linge propre d'une fraîcheur qui confine à la maniaquerie hygiéniste. White Linen est parfait pour l'office du dimanche : parfum de bourgeoise impeccable dans ses ensembles amidonnés, il m'a toujours donné l'impression de porter des gants de coton blanc.

À redécouvrir car les classiques de Lauder sont tous de grands parfums. Beaucoup de parfums modernes à effet propre et lessiviel lui doivent beaucoup sans forcément l'égaler.

White Linen, Sophia Grojsman pour Estée Lauder 1978

samedi 28 avril 2012

immaculée


Née en 1960, Madame Rochas semble un condensé des années '50. Conventionnelle, elle emprunte sa beauté à des formes classiques, celle du N°5 et d'Arpège, qu'elle débarrasse de tout ce qui pourrait être inconvenant. Le grand aldéhydé floral n'a plus rien d'animalisé ; il n'est plus que fleurs, savonneux, poudreux, à l'image de la bourgeoise de cette époque dont le New Look emprunte au passé ses formes opulentes et sa morale bienpensante. Corsetée, bien éduquée, jolie petite femme-objet, Madame Rochas est finalement plus démodée que ses ainées dont elle n'a pas l'entrain, la fougue. Gabrielle Chanel et Jeanne Lanvin avaient créé leurs maisons et leurs parfums, Hélène Rochas n'était que la veuve de Marcel Rochas : son parfum est avant tout élégant et respectable, idéal pour assister à l'office du dimanche en compagnie de sa belle-mère.

Hélène Rochas
Porter Madame Rochas me donne l'impression de porter des gants blancs, un collier de perles, plus qu'aucun autre. Soyeux, toujours aimable, il a une aura grande dame difficilement portable au premier degré. Ce parfum a besoin d'être bousculé, détourné, encanaillé, sans quoi il tourne à la caricature. Pas forcément indispensable, je trouve néanmoins salutaire de posséder un parfum qui rendent incapable de prononcer le moindre gros mot.

Madame Rochas, Guy Robert pour Rochas, 1960.

vendredi 6 avril 2012

Ma Griffe (Vintage, bien sûr !)*


Ma Griffe de Carven est encore facile à trouver en version ancienne à des prix très raisonnables car sa popularité n'est plus, hélas, ce qu'elle a été. Pourtant, ce parfum a été un succès, pendant longtemps. Pas vraiment plus daté que d'autre, il doit au manque de soutien et au déclin généralisé de la marque Carven d'avoir été oublié alors qu'il fut une valeur sûre de la parfumerie.

Ma Griffe est né en 1946, créé par Jean Carles pour Madame Carven qui connaissait un succès certain avec sa maison de couture. Bien sûr elle n'était pas et ne deviendrait pas Balenciaga, Dior, Fath ou Balmain, mais elle avait sa clientèle de femmes élégantes, jeunes et dynamiques qui n'avait pas nécessairement les moyens d'aller chez ces messieurs et qui voulait une mode plus jeune, plus sport, un peu moins madame. Le parfum ressemble à ceux à la mode à cette époque : un chypré vert avec sa dose d'aldéhydes. Ressemble, mais se distingue et s'affirme. Ma Griffe démarre par une bouffée d'aldéhydes, mais loin de l'effet solaire, doré, du nimbe bourgeois et cossu du N°5, il explore un aspect métallique, incisif, qu'on retrouvera plus tard dans Calandre ou dans Rive Gauche. Le vert s'installe, mais pas de galbanum petit pois ici, plutôt la sauge et ses effets de feuillages exotiques pour un vert chaud qui va révéler les fleurs : jasmin, ylang, rose, mais l'effet général est surtout gardénia. Ensuite, vétiver, tonka, et surtout la mousse de chêne, la vraie, la belle, celle qu'on aime. Evidemment, il y a, dans le parfum, cette patine légèrement poudrée, cette fluidité dans l'évolution, cette complexité typique des anciens parfums qui font toujours paraître les parfums actuel un peu brutaux, heurtés.

On pense un peu à Miss Dior, mais le Carven n'a pas à rougir, Jean Carles l'a fait plus chaud, mais surtout plus libre, moins classique et corseté. Ma Griffe fait irrésistiblement penser à cette image d'Épinal de la parisienne des années '50, pleine de charme, plus que belle, avec du chic et du chien, plus de goût que de moyens, mais qui réussit avec une robe, deux tailleurs et trois foulards à être toujours élégante et surprenante. Son parfum la précède, la suit, annonçant qu'elle a de l'esprit, l'humeur joyeuse et -qui sait ?- peut-être amoureuse.

Ma Griffe, Jean Carles pour Carven, 1946.




* Ce (Vintage Bien sûr !) est un hommage à une incarnation actuelle de cette parisienne idéale qui se reconnaîtra peut-être.

jeudi 29 mars 2012

Rétro 2.0


Je n'ai compris que très récemment Love Chloé en écoutant l'album de Lana Del Rey : tous les deux partagent en effet la même esthétique directement pompée d'un blog à la page sur Tumblr. Il y a là un aspect vintage, un ensemble de références à des choses connues, un faux côté rétro, des couleurs saturées et réchauffées via Instagram, pour mettre en scène une adolescente d'aujourd'hui, un peu boudeuse, un peu sexy, qui prends des pauses d'autrefois dans ses fringue Forever 21. On est à la fois en terrain connu, tout en ayant ce vague frisson de nouveauté. Lana n'aurait pas sorti les mêmes musiques, terriblement produites et formatée, il y a 20, 30, 40, etc. ans. Chloé n'aurait pas sorti le même parfum, à la production tout aussi soignée, non plus.

Love Chloé joue sur l'effet aldéhyde-poudre, salle de bain chic et cosmétique de luxe, d'un propre rétro et de bon ton, se donne des airs d'anciens à la fleur d'oranger… Pourtant pas un parfum vintage ne sent comme lui, il est bien de 2010, on ne s'y trompe pas. Des parfums actuels, il a la présence légère, la clarté. Il fait seulement penser à maman et à Lauren Bacall, la jeune fille qui rêve en feuilletant de vieux magazines de mode. Chloé surfe sur la vague, réussi encore une fois à exprimer mieux que quiconque l'air du temps, mais prend aussi le risque de la démode car finalement ni le parfum éponyme, ni celui-ci n'ont vraiment autre chose à dire que refléter leur époque, c'est risquer de se laisser dépasser, oublier… Ce qui serait dommage car Love Chloé est un joli parfum.

Love Chloé, Louise Turner et Nathalie Gracia-Cetto pour Chloé, 2010




PS : plusieurs fois sur Tumblr, je me suis d'ailleurs fait la réflexion : Chloé a vraiment réussi ses flacons, terriblement photogéniques.

mercredi 28 mars 2012

Politiquement incorrect


 Ce weekend, j'ai dû assister à un baptême et comme tous les jours, je ne savais pas quoi me mettre jusqu'à ce que l'évidence s'impose : il me fallait My Sin de Lanvin. À cause du nom, bien sûr, les cérémonies religieuses me faisant toujours me sentir un abominable pêcheur. Lisez le Catéchisme de l'Eglise Catholique, cela devrait suffire à vous convaincre que vous aussi, tant l'Eglise cherche à voir la paille dans l'œil de tous. Mais je m'égare. Bref, pour me sentir Satan dans un bénitier, le parfum de Lanvin, signé Madame Zed en 1924 était parfait.


My Sin démarre par des aldéhydes à la pelle et des fleurs en abondance, doré, opulent, empli d'un orgueil qui dit « voyez ma beauté, voyez ma richesse » insolent, et provocant, défit de la grande cocotte qui mène la grande vie à l'heure ou la petite bourgeoise s'ennuie chez elle. Ensuite, les choses se corsent, sous la patine affleure la bête, le sombre, mais attention « always with style » : il est question de peau nue sous manteau de fourrure, pas de sueur et de mal lavé comme c'est souvent le cas avec les parfums modernes lorsqu'il est question d'animalité. Relisez la Venus à la fourrure de Sacher-Masoch pour comprendre. My Sin chante avec sa belle rondeur, dorée et vicieuse, les joies de l'interdit, les charmes de l'adultères, les plaisirs du triangle amoureux, le vice facile et hédoniste, à l'instar de Gloria Swanson, la plus grande star de ces années-là qui sur les portraits que nous avons conservés d'elle semble s'être adonnée à tous les fétichismes et à tous les luxes. Le parfum fini en laque de Chine, absolument noire, intense et pourtant terriblement brillante.


Gloria Swanson
My Sin n'est pas un de ces parfums doudous comme les affectionne notre parfois bien triste époque, mais un parfum qui se porte comme un défi. Il y a celle qui font la moue, les niaiseuse en sucraillons, qui essayent de vous avoir en vous faisant du charme, en étant mignonnes, trop mignonnes pour qu'on puisse leur en vouloir, My Sin vous rit au nez, vous nargue. My Sin, c'est Mon Péché, pas votre avis, un parfum qui s'assume.

My Sin, Madame Zed pour Lanvin, 1924.
discontinué (chienne de vie!)

mercredi 13 avril 2011

Retour en arrière


Lauren Bacall
 Avec les beaux jours, ma passion pour les grands aldéhydés floraux reprend de plus belle. Je me plonge avec joie dans ces parfums anciens et trop souvent délaissés au profit de formules moins belles mais plus faciles, plus accessibles. Tous un peu dérivés de mon cher N°5 et de son jumeau secret N°22, ils ont été furieusement à la mode et avec le recul, nous contemplons les vestiges de leur splendeurs passées en les confondant un peu tous, n’accordant notre attention qu’au seul chef d’œuvre de Chanel et traitant tous les autres comme de vagues imitations, de simples dérivés. C’est un peu injuste, car si comme tous les enfants d’une même famille ils présentent de fortes ressemblances, ils ont des personnalités distinctes, des qualités propres.



Lauren Bacall
Baghari de Robert Piguet est réédité depuis quelques années. Je ne sais à quel point la formule a été revue, mais l’effet vintage est bien présent. C’est un long flashback vers les années ’50 qui nous saisi et nous plonge dans une atmosphère de laque, jupes amples, tailles étranglées, manteaux de fourrures, etc. Les aldéhydes sont extrêmement présents, entre savon et poudre, évoquant le brushing, pour un effet brillant, scintillant qui se fait remarquer. L’effet surprend : nous nous sommes habitués à les considérer comme de simples adjuvants, oubliant qu’ils peuvent avoir une valeur propre. Baghari ne prétend pas à la discrétion, il est élégant, jouant la carte classique rose et jasmin, pas tapageur mais bien présent, restant longtemps sur la peau en jouant le poudré vanillé ambré. L’ouverture, assez longue, est absolument fascinante, impossible de m’en lasser : c’est une coupe de champagne qui pétille, un peu amère, un peu aigre, totalement addictive.


Lauren Bacall

Le parfum semble fonctionner par trace, par souvenir : sillage d’une inconnue dans les couloirs d’un grand hôtel, trace de poudre dans une salle de bain, reste de chaleur dans une fourrure. Il n’évoque pas de souvenirs précis, mais crée sa propre histoire, sa fiction bien à lui: adultère mondain ou Duchesse de Langeais 1950. Il y a du mystère, des non-dits. Des répliques drôles, spirituelles, un peu désabusée. Je vois bien le rôle joué par Lauren Bacall.

La dame qui habite ce parfum est autoritaire, plus élégante que belle, peut-être, et pleine d’intentions qui risquent de vous échapper : elles ne sont pas exprimées directement. Baghari est une lady : elle ne peut pas se balader avec « baise-moi » écrit sur le front. Pour ça, il y a d’autres parfums, plus modernes, plus directs. Tellement moins intéressants. En attendant, laisser-moi encore un peu dans mon petit monde, loin de la réalité.



Baghari, Francis Fabron (1950) Aurélien Guichard (2006) pour Robert Piguet

dimanche 20 mars 2011

parfums:avoir un style?

Avez-vous un genre? Du style? Vous savez, le style, cette petite signature personnelle qui fait qu'une chose, un parfum est vous, une signature, presqu'un emblème, qui fera dire "j'ai tout de suite pensé à toi" ou "ah  non, ça, c'est pas toi" parce que justement, le style, c'est aussi un truc à casser  de temps en temps pour surprendre, ne pas s'encroûter dans ses habitudes...


Pour moi, la réponse est oui, et elle se dégage de jours en jours. J'ai longtemps navigué entre les extrêmes, le vert et l'orient, ai cru un moment trouver une solution avec le chypre, qui unissait les contraires Malheureusement, le chypre est mort, tué par la mode qui voulait des parfums faciles, tout le contraire du chypre qui demande à être apprivoisé, et achevé par les restrictions interdisant la mousse de chêne. Soyons honnêtes, le chypre sans mousse de chêne, c'est un peu comme la tarte tatin sans pomme...

Et finalement, aujourd'hui, je me retrouve ou je n'aurais pas cru aller: dans le floral vintage: peu de choses récentes, plutôt des créations anciennes: bouquets abstraits, avec des aldéhydes, c'est encore mieux, un soupçon de poudre, c'est parfait ou soliflore à l'iris. Totalement Chanel, totalement N°5, finalement: peut-être le genre qui me colle le plus à la peau.  Mais en général, j'aime surtout une impression d'ensemble rétro-riche, une opulence old fashion. Étonnant que je n'accroche pas vraiment avec Guerlain mais la marque n'a jamais vraiment réussi à me satisfaire autrement qu'avec Après l'ondée, hélas disparu sous sa forme d'extrait. Je n'aime pas trop ce qui est figuratif, détestant qu'on me dise "ton parfum me rappelle..." Moi, je veux que mon parfum ne soit que moi. Grand avantage donc à la niche, hélas de moins en moins abstraite, et aux grands anciens délaissés. 

Ce qui est amusant, c'est qu'avec mon obsession des contraires et du contraste, je m'habille de plus en plus simplement et de façon de plus en plus neutre, ressentant de plus en plus le besoin de casser l'aspect très orné, passablement "laque et fourrure" de mes parfums. Pas de minimalisme pour autant, parce qu'il est plus question de simplicité asexuée, de pauvreté choisie en guise de faire-valoir, que d'une position esthétique inspirée par l'art ou la morale et qui serait primordiale. Ayant fini par céder aux charmes de Lipstick Rose, pourtant extrêmement connoté et chargé d'évocation, il a fallu que je prenne le contre pied et me tondant les cheveux ne pouvant imaginer ce parfum de pin up, joliment porté qu'avec une austérité monacale. Peut-être que c'est lié au fait d'aimer une esthétique passée tout en condamnant la morale des époques passées. Peut-être. 

Et vous? Vous évoluez? Vous êtes éclectiques? Monomaniaques?


vendredi 29 octobre 2010

Retour en grâce

Après m'être vautré dan le cambouis avec un mécanicien (Marcel et son chauffeur?), il est temps de retourner voir les grandes dames dans leurs beaux salons et de me faire pardonner mes péchés. S'il en est une parmi toutes qui est susceptible de m'absoudre, c'est bien la bienveillante et très gracieuse princesse Arpège qui  tient peut-être de l'amour dévorant de Jeanne pour Marie-Blanche cette immense bonté qu'elle déverse sur la plèbe, c'est à dire quasiment tout le monde puisque face à ses quartiers de noblesse, peu ne font pas bassement figure de roture ignoblement parvenue. 

Sa grandeur altière est aujourd'hui bien oubliée du grand public qui préfère suivre dans d'infâmes revues people les exploits des starlettes arrogantes, et parce qu'Arpège est un aldéhydé fleuri, on le range dans la famille des sous-N°5, d'une façon absolument injuste.

Il y a ici un bouquet classique (rose, jasmin, beaucoup de jasmin, Ylang) soutenu par les aldéhyde. l'effet est dont radicalement diffèrent, beaucoup plus discret. il y a une envolée mais pas ce sentiment d’agressivité que peuvent donner les surdose de Chanel. de l'iris pour le poudré très légèrement, un fond doux ambré et musqué (autrefois beaucoup plus musc, le parfum a été assez diminué, nous sommes passé de la fourrure au cachemire) un peu boisé, très crèmeux  qui traîne longtemps sur la peau. même diminué Arpège reste un monument d'élégance soyeuse, impeccablement coupée, très nuancé. 

C'est une misère que Lanvin ne le soutienne pas, la dernière campagne remonte probablement à 20 ans. résultat, Le magnifique flacon boule noire (en principe, je me fiche des flacon et n'aime que l'ivresse, mais là, je craque devant ce monument Art Déco) est donc maintenant dissimulé dans les rayonnages du bas, à l'ombre pourtant bien pâlichonne de Jeanne ou de Marry Me. Il faut redécouvrir d'urgence sa leçon de raffinement bien éduqué. Je conseille personnellement d'en mettre toujours un peu sur une écharpe ou un foulard afin de pouvoir se souvenir dans ce monde impitoyable que le bon goût, la politesse, le raffinement sont des choses qui existent. Je l'aime tout particulièrement en automne, la rentrée étant propice aux déploiement d'élégance.

Arpège,André Fraysse pour Lanvin, 1927
Flacon original dessiné par Armand Rateau orné du logo Lanvin dessiné par Paul Iribe. 

lundi 18 octobre 2010

N°22, Oriane de Guermantes chez Chanel

Difficile d’exister aux yeux du grand public à coté du N°5. Pourtant à coté de cette Verdurin, arriviste, carriériste, orgueilleuse et têtue qui veut son salon, les honneurs de la presse et mener son monde à la baguette, le N°22 ne se débrouille pas si mal en duchesse de Guermantes, gracieusement à contretemps, drapée dans sa magnificence connue des seuls intimes sur lesquels elle règne sans partage. Et en vérité pourquoi se donner la peine de conquérir l’univers quant seul le Monde compte?
Cate Blanchett
Le 22 commence par une blancheur aldéhydée, éblouissante comme un paysage enneigé sous le soleil pâle des premières heures du jours.  Viennent ensuite des fleurs blanches, givrées, roses et tubéreuses qui le réchauffent doucement, enveloppantes comme une pelisse de zibeline.  Puis, intrigué par une odeur d’iris entre crème et poudre, on sort de sa méditation et on l’aperçois enfin, Oriane, scintillante dans les reflets des vitaux de l’église de Cambray, gracieuse, au doux sourire nostalgique et doux, un peu féerique en fait, à sa façon très personnelle de reine des neiges moderne. 
Son destin est peut-être plus secret, il n’en est pas moins exceptionnel: née de la même portée que son aînée, elle fut présentée un an plus tard, resta dans l’ombre, à la fois proche et lointaine, plus pâle, plus raffinée, toujours un peu gothique dans le fond à coté de la belle aventurière faite pour l’or et les triomphes; ça n’a pas empêché  les poètes de l’aimer et bien que demoiselle d’avoir eu une postérité nombreuse et pas toujours reconnue. Essayez de la rechercher, de la découvrir et peut-être vous laissera t’elle pénétrer dans son cercle enchanté, vous avez-tout à y gagner.