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mardi 2 octobre 2012

Scènes de ménage: quel parfums porter?


Parce que la vie du couple n’est, hélas, pas un long fleuve tranquille mais se révèle être souvent pleine de remous, il me faut, dans un sincère désir de bien vous conseiller, aborder le douloureux chapitre de la dispute avec l’envie, bien entendu, que tout cela se termine au mieux ! Voyons les différentes situations au cas par cas.

J’ai tort et tout le monde le sais. 

(Mais jamais je ne l’avouerai !)

Honnêtement, dans ce genre de situation un peu désespérée, je pencherais volontiers pour un parfum innocent et modeste qui permettent de jouer les évaporées, de ne rien admettre sans trop nier les évidences. Une violette me parait un choix judicieux, particulièrement une violette timide dans un contexte vert. Dans son sous-bois, essayez la violette de Fahrenheit de Dior qui fut quand même novateur en son temps en reprenant une note devenue typiquement féminine. Plus aqueuse, le Verte Violette de l’Artisan Parfumeur est à essayer aussi. Si votre âge vous l’autorise vous pouvez aussi tenter la violette Lolita d’Insolence entre bonbon et tradition Guerlain, elle est charmeuse et faussement innocente. Cela se voit, mais plait tellement si vous savez vous y prendre, qu’on vous pardonnera.

J’ai raison. (Et je ne céderai pas !)

Misez sur du vert, une bonne dose de galbanum, un peu de jacinthe, un iris un peu froid, voilà qui peut faire se traîner à vos pied l’amant repentant, l’amoureuse humiliée. Le N°19 de Chanel, inflexible et intellectuel ou, plus radical, le Bas de Soie de Lutens sont sans concession. Si vous ne vous sentez pas d’envie de cruauté, voyez plutôt du côté de Balenciaga Essence, iris élégamment froid, ou de la Bluebell de Penhaligon’s, jacinthe terreuse et feuillue.

Et si tout ça dans le fond n’était que plaisants préliminaires ?

Oui, il y a des couples comme ça, ou les disputes ne sont qu’un piment, un ingrédient nécessaire à l’amour ou les cris de rage ne sont que préludes aux morsures de la passion et aux râles du plaisir frénétique… Alors, il faut oser les épices : Bang de Marc Jacobs qui nous sert le poivre ou le Noir Epice de frédéric Malle, muscade, cannelle, girofle et poivre. Ça s’enflamme, ça brûle et c’est tellement bon…

Illustrations: Katherine Heburn et Spencer Tracy dans Adam's Rib de G Cukor

dimanche 2 septembre 2012

les années noires


Jodie Foster
Taxi Driver
La maison qu'elle a fondée rend une fois de plus hommage à Gabrielle Chanel à travers un parfum. L'inspiration officieuse est très probablement ces années sombres qui ont valu à Gabrielle son surnom de Coco, ces années où elle était chanteuses de beuglant dans des villes de garnison, quasiment de fille à soldats, ces années des débuts difficiles qu'elle prenait tant de soin à faire oublier, elle qui voulait tant être une femme respectable, libre, bien différente des cocottes qu'elle avait croisées à ses débuts.

Coco Noir est un patchouli écœurant, poisseux, collant, doté de l'inévitable couche de sucre qu'il faut pour séduire le public le plus large puisque les clientes élégantes, parties chez Prada, n'ont pas voulu revenir après le N°19 Poudré. Ça se veut jeune, c'est fruité, et ça plaira probablement à toutes les petites grues qui rêvent d'un destin à la Zahia ou à la Ruby. Pas certain que Mademoiselle eut apprécié l'hommage.

Coco Noir, Jacques Polge et Christopher Sheldrake pour Chanel, 2012

mardi 8 novembre 2011

Bleu Marine


Côté mode, je suis de nouveau en forme et je poursuis sur ma lancée des vrais vêtements pour les vrais gens en m'adonnant à ma passion pour le marin : le truc indémodable et indispensable depuis que le bord de mer est à la mode pour les vacances. Après tout, Gabrielle Chanel l'a porté. Et elle a souvent piqué, volé, détourné des vêtements qui n'étaient pas au départ pour elle. Le marin, à la ville, en hiver, il n'y a pas de souci, c'est toujours joli. Pratique. Et chaud. (Parce que les vrais marins ont une vie en dehors des ports de plaisance, et ce même l'hiver. Si ! Si !) Donc, je me rue sur les collections Saint-James ou je craque pour le rayé et l'uni parce que le bleu marine, de toute façon, c'est bien plus joli que le noir ! (Le noir me donne mauvaise mine comme à 89% de la population !)

Dans le même ordre d'idée, j'ai trouvé un manteau de policier vintage (modèle années '80), croisé, bien coupé, chaud, qui s'arrête au genou en marine : il me va comme un gant et ne m'a quasi rien couté. Le résultat avec le pull marin et un simple jeans est à tomber de chic je-m'en-foutiste. Et pourquoi pas ? Chanel avait bien détourné le gilet des domestiques du duc de Westminster pour s'en faire des cardigans ?

John Garfield, the sea wolf

vendredi 28 octobre 2011

je reste, je change...


Arrivé au fond du flacon de Néroli, je me pose la question de savoir si je rachète ou pas. J'ai des arguments pour : j'aime beaucoup la fleur d'oranger et celle-là, clairement signée et identifiable grâce au côté juteux des Goutal est particulièrement réussie, elle évite le coté alimentaire et le coté enfantin, elle est fraîche comme une Cologne et j'aime beaucoup son départ crissant, presque vert, mais a une tenue d'enfer (deux jours de parfumage sur une écharpe), j'ai vidé la bouteille très vite et j'ai pris beaucoup de plaisir à chaque fois. Sauf que me poser la question, c'est un peu y répondre, ça range le parfum, si beau et agréable soit-il dans la catégorie « pas indispensable » mais en même temps, peut-être que j'y reviendrai un jour.

Curieusement, un parfum pour lequel, je ne me suis JAMAIS posé la question et aussi un de ceux que je porte le moins : l'Heure Exquise, toujours chez Goutal. Je me dis juste que je ne peux pas vivre sans ce si bel iris aux tonalités rosées, ce parfum rare qui pour moi est terriblement intime au point que je me dise parfois que « non, je ne peux pas le porter aujourd'hui, pas pour ces cons » et que je garde pour le petit cercle, finalement très restreint des gens avec lesquels je me sens bien. Je suis bien persuadé que je suis le seul à en profiter et que la plupart des gens n'en ont rien à faire de mon parfum. (« Je ne suis pas folle, vous savez ! ») N'empêche.

Il y a peu, en fouillant dans mon stock d'échantillons, je me suis rendu compte que je pouvais aimer la rose, domaine que je n'ai encore jamais exploré, qui me faisait plisser le nez. Et là, je sens que j'ai envie d'investiguer un peu, d'aller voir si... Finalement de vivre avec un nombre restreint de parfums, c'est assez facile, même pour moi. J'ai juste légèrement revu mon critère : plutôt que « rester sous la barre des dix » j'opte pour « tout doit tenir dans ma trousse de toilette », ce qui ne change pas grand-chose en pratique, mais se visualise mieux. En tous cas, c'est bien plus simple le matin et je me prends moins la tête. Pour ce qui est de se passer de la maison Chanel, c'est aussi plus facile que je ne l'eu cru d'abord : le seul pour qui j'éprouve des regrets de temps à autre, c'est Bois des Îles. Je ne m'en rendais pas compte, mais c'est le plus beau, le plus riche, de la bande, celui qui pourrait valoir tous les autres et bien plus. Maintenant, je sais. (Et je ne suis pas particulièrement accro au santal…) Je crois que j'aurais plus de mal à me passer de Goutal.

mardi 27 septembre 2011

The final cut


Je me suis mis à la tâche un soir de cette semaine, triant les flacons dans mon armoire, assez vite, me surprenant à arriver assez facilement sous les 10, laissant même de la place pour des parfums à intégrer, finalement. C'est assez simple de savoir ce que j'aime, ce dont j'ai besoin, envie. Il suffisait de s'y mettre, de ne pas être paresseux. J'ai atteint une short list de 5 Parfums (oui, seulement 5 vous avez bien lu) dont je ne peux pas me passer, absolument, sous aucun prétexte, et puis c'est tout, et ça ne se discute pas.

Iris Silver Mist, L'Heure Exquise, Bas de Soie, L'eau du Sud et le Néroli.
Trois Iris, Trois Goutal et deux Lutens. Objectivement, des parfums plutôt froids, pas très sympathiques.

Iris Silver Mist parce que c'est le plus bel iris, que même sans le porter, il faut l'avoir à portée de la main, il pourrait remplacer tous les autres mais il n'est pas très portable en été, c'est là son seul défaut. Son capital sympathie est au plus bas, c'est, par excellence, la monomatière qui se sait sublime et s'abime dans son narcissisme à la limite de l'autisme en niant totalement le reste du monde.

Bas de Soie aurait pu être hors liste, remplacé par le N°19 mais… Coté friendly attitude, on a vu mieux que cet intellectuel austère qui discoure en imposant le silence autour de lui. (« Et baisse les yeux quand tu m'écoute ! »)

L'Heure Exquise est la facette sentimentale de l'Iris, proustienne, gracieuse, maternelle, réconfortante. Faussement rétro : si tous les codes du parfum à l'ancienne semblent y être, sa légèreté, sa transparence qui donne à ses notes poudrées des transparences de mousselines l'inscrivent dans la modernité. Par rapport à sa date de création, il peut sembler rétro ou précurseur suivant que l'on s'attarde sur l'un ou l'autre aspect. Point commun entre l'Heure Exquise et le Bas de Soie à part l'iris, le galbanum. Et ça, c'est vraiment mon désespoir, je n'ai pas trouvé un seul beau vert, un seul galbanum qui me plaise. A Scent de Miyake n'est pas mal, le parfum de Margiela est bien, mais non, ils ne collent pas parfaitement à ce que je cherche. Et je préfère passer et attendre d'avoir trouver celui que je cherche. Se limiter, c'est n'avoir que ce qui correspond entièrement à nos attente. Et ça, c'est bien.

Le Néroli de Goutal, c'est vraiment l'une des toutes belles réussites d'une maison douée pour les soliflores qui n'en sont pas vraiment. Le départ est crissant, plus que frais, et l'évocation de la fleur d'oranger est vraiment réussie : épicée, un peu miellée, mais pas « alimentaire » pour deux sous. Le départ le fait plutôt classer dans les pas sympas. Coté tenue : pas exceptionnelle sur peau mais vraiment longue durée sur tissus. Étrange  Indispensable.

L'Eau du Sud est avec le Néroli le parfum le plus simple à porter. Un peu vert, un peu hespéridé, un peu chypré, il tient des heures, presque des jours sur tissus et succède naturellement à de grands classiques : Pour Monsieur de Chanel, horriblement défiguré par une reformulation qui l'a défiguré, l'Eau Sauvage de Dior qui semble plus monolithique et plus artificielle. Vraiment beau. Je le préfère à l'Eau d'Hadrien car plus complexe. D'autant qu'aussi belle qu'elle soit, l'Eau d'Hadrien n'a aucune tenue. Un internaute très avisé, (oui, Thierry, c'est de vous que je parle) m'a d'ailleurs dit avec sagesse : « quand on a aimé pour Monsieur, Eau sauvage et Hadrien, c'est une évidence ! » Oui, pour moi, ce parfum est une évidence, quelque chose de facile, léger, rieur et terriblement élégant dans sa nonchalance. (Et je précise que la crème pour le corps assortie est plus que réussie : on peut pratiquement passer de la version eau de toilette.)

Je rajoute trois parfums qui sont peut-être susceptibles de changer, d'être remplacés mais qui sont à peu près ce que j'ai trouvés de mieux dans leur genre : à La Nuit, Fracas et Baghari. Tiens, deux Piguet, des anciens, et un Lutens, à nouveau, comme pour équilibrer avec le Goutal de la short list.

À la Nuit est pour moi l'un des plus beaux jasmins actuels. Avec le N°5 que je me refuse désormais à porter, sur lequel il a l'avantage d'être beaucoup plus explicitement sexuel, passé les premier instants un peu verts, il se fait terriblement animal, indolique, semblant très directement dire « ce soir, je baise » en vous regardant droit dans les yeux. Ce n'est pas exactement mon style de jouer les bombasses, mais il peut m'arriver occasionnellement d'être hot. On devrait toujours avoir un parfum torride sous la main. L'avantage du Lutens, c'est qu'avec son coté floral, il réussit à être élégant et à parler de cul avec un minimum de subtilité et de bonnes manières. (Et, oui, j'ai dit un gros mot parce qu'il fout appeler un chat un chat)

Fracas rentre volontiers selon certain dans la catégorie chaudasse, mais pas pour moi, son coté enveloppé, travaillé, le place dans une catégorie élégante assez contenue. En outre, la tubéreuse ne m'a jamais semblé particulièrement sexuelle. Narcotique, hypnotique, fascinante à l'occasion, comme la Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens, mais pas si sensuelle même si c'est une bombe qui attend d'exploser. En fait, la tubéreuse pour moi signifie chieuse depuis que je l'ai rencontrée avec Poison en 1985. La tubéreuse se contient parfois, c'est le cas de Fracas, mais avec peine, on sent très bien qu'elle tapote du pied de façon charmante quoi qu'un peu impatiente, mais qu'elle est au bord de l'éclat. La tubéreuse, pas sympathique non plus, est le parfum qu'il faut lorsqu'on veut claquer les portes et hausser le ton. Je dois dire que la capacité de Fracas à diffuser me fascine : voilà un parfum capable de remplir une pièce sans être lourd. Et son intensité ne semble pas varier suivant la distance. Exemplaire là ou beaucoup sont écœurants lorsqu'on approche du porteur, son sillage n'a pas besoin d'en faire trop. Mais à l'avenir, je pourrais tout à fait le remplacer par une autre tubéreuse ou un autre bouquet. La très pure Tubéreuse de Goutal, ou le bouquet distingué du Fleurissimo de Creed par exemple.

Baghari. Je l'avoue, je ne sais trop si me passer de Chanel et continuer un aldéhyde fait sens. C'est Bois des Îles qui me manque le plus chez Chanel finalement. Mais Baghari est assez beau pour me consoler partiellement et assez distinct des variations Chanel pour ne pas entretenir la nostalgie. Ses incontestables cotés aristocratiques, son orange légèrement amère joint à ses fleurs blanches lui donne ce je ne sais quoi de propre mais pas nécessairement pur qui fait l'intérêt de la famille. Voilà un parfum qui sait être hautain mais dont on devine qu'il peut à l'occasion s'abandonner. À peu près aussi sympathique et chaleureux que les bourgeoises très élégantes de Newton qui se font prendre par le premier inconnu qui passe sans défaire leurs brushings.



Je me suis rendu compte en triant que je préférais certains parfums en bougies ou parfums d'ambiance plutôt qu'en parfum pour moi. L'encens d'Eglise par exemple : rien ne vaut la bougie Spiritus Sancti de Trudon. De même, je préfère la bougie Trianon de la même marque et son évocation des jacinthes au Jardin Clos de Diptyque. Et je pourrais multiplier les exemples à l'infini.

Illustations: Helmut Newton


samedi 20 août 2011

La goutte qui fait déborder le flacon ?

Dans un couple, il y a des moments où on se rend compte que ça ne va plus très fort. Qu’on a changé. Ou que l’autre a changé. Et qu’il est peut-être temps d’en finir. J’en suis à ce stade de ma relation avec Chanel. Je suis toujours autant en amour avec les anciens mais les  modernes me déroutent de plus en plus et je ne parviens plus à me dire que je n’achète que ceux qui ont été conçus du vivant de Mademoiselle parce que bon.

Tout a commencé avec l’eau de parfum N°5 qui d’après moi était un sacré ratage, un lifting totalement raté. Ensuite, il y a eu les flankers inutiles : une eau de toilette concentrée pour Monsieur, un Egoïste Platinum d’autant plus ridicule qu’on ne massacre pas un nom aussi génialement trouvé que celui-là. Il y eu le cas Allure et ses multiples incarnations toutes d’après moi plus dispensables les unes que les autres. Bien faites, mais j’attendais plus de Chanel qu’un simple bien. Un parfum Chanel, pour moi, c’était autre chose, une affirmation catégorique, de mauvaise foi même, pas juste une odeur agréable qui dit je suis propre, je sens bon… Coco Mademoiselle : LE flanker minable qui défigurait la seule vraie réussite de Polge chez Chanel et qui en plus lançait l’une des plus infâmes modes du XXIème siècle : les néo-chypres. Les exclusifs : un vrai scandale : Les classiques déjà existants vendu plus cher sans raison et des nouveautés bien faites inaccessibles pour beaucoup alors que la moindre parfumerie de province est encombrée de flankers à la pelle. (Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à suivre l’état des déclinaisons de la version masculine d’Allure) Bleu : le parfum aux jolies matières pour un résultat au-delà du déjà-vu: THE parfum générique par excellence, l’absence totale de signature… Et maintenant, le N°19 Poudré. L’erreur de trop. Une révision du N°19 à pleurer puisqu’on en retire tout ce qui en fait l’intérêt, certes, c’est plus facile à porter, avec une absence complète de sillage et même pas l’argument parfum de peau puisqu’il n’y a pas la moindre tenue.

Et là, je me demande s’il ne faut pas rompre définitivement et se tourner vers d’autres cieux, implorer d’autres divinités. En même temps, je n’ai pas envie de tomber dans le travers du tout à la niche, je crois encore aux jolies surprises de la grande diffusion. Après tout, Prada, sans prétendre innover complètement a réussi à faire de jolis parfums, de bonne qualité, terriblement élégant, avec une vraie personnalité même si elle ne prétend pas à une originalité qui ne correspondrait pas au personnage néo-classique de la Pradette. Il y a aussi Mugler par exemple qui innove avec qualité. Léger détail mais qui a son importance, j’ai beau trouver bien fait et réussi tous les lancements de Mugler, il n’y en a aucun que j’aime et que je juge portable.

Et puis bon, il y a Lutens. Je n’aime pas tout, loin de là, moi qui boude l’Orient et ne supporte l’alimentaire. Mais Bas de Soie et l’un des plus beau dérivé du N°19. Quelques floraux sont magnifiques, les boisés sublimes et il y a Iris Silver Mist, l’iris en majesté, celui qui mérite qu’on se mette à genoux, celui dont on ne devrait prononcer le nom sans se signer…

Et Goutal. Goutal dont j’aime à peu près tout le catalogue. Goutal et sa version bouleversante du N°19 : l’Heure Exquise. Goutal qui fait des parfums avec un vrai caractère, tellement qu’on identifie un soliflore signé Goutal parmi ses semblables. Goutal qui souffre d’un léger handicap : pas un seul parfum vraiment bitchy… Des tubéreuses passionnées, une Petite Chérie qui est un peu peste, mais pas de garce attitude. Peut-être bien mon parfum chéri, mais je ne l’aime guère celui-là. Comme me l’a fait remarquer très intelligemment Mr Phoebus, il y a le Néroli qui est assez crissant, à la limite du cassant qui peut faire office de. Le coté fruité juteux-craquant est presqu’acide. La faute au petit grain qui lance le parfum de façon presque verte ? Mais voilà bien la plus fraîche des fleurs d’oranger dont la tenue se révèle étonnante pour un parfum aussi frais. (Il remplace très bien Cristalle de Chanel par exemple, bien qu’il soit assez diffèrent…)
Bien sûr, il n’y a pas vraiment d’abstraction chez Annick Goutal, on est dans le figuratif, le poétique. La maison aurait presque l’air nunuche et mièvre pourtant, elle possède derrière ses comptoirs girly, un peu trop Marie-Antoinette, des petits bijoux intenses, même lorsqu’ils sont sans ombres. C’est peut-être logique qu’il n’y ai pas de parfum spécial garce frigide attitude. Mais en même temps, décréter que la vie est belle, poétique, ça n’a rien d’effrayant.

Voilà, j’ai un peu l’impression d’être un apostat. En même temps, on ne peut dire non plus que je vende mon âme au diable. (Bien que Lutens sente parfois le souffre !) En fait pour l’instant, j’ai des réserves à terminer, alors, c’est assez facile de dire « Moi, Chanel, plus jamais… » Mais quand ma dernière goutte de N°5 sera partie ? Quand il n’y aura plus de bois des Îles ? Plus de 19 ? 

Illustrations: mes propres flacons à moi.

mardi 2 août 2011

Parfums: la course à la nouveauté...

L'actualité, la nouveauté, la dernière tendance... Il n'y en a que pour cela. Il faut faire du neuf. Et il faut parler du neuf, porter du neuf. Cette tendance nous vient directement de la mode qui a tant à voir depuis Chanel et son N°5, une mode prétexte à vendre des parfums, des parfums marchandises plus que des oeuvre d'art, des parfums qui pourtant sont parfois, c'est le cas pour la maison Chanel, des piliers d'un style, les éternels, les intemporels qui défient la mode et le temps. Il fut un temps ou un parfum pouvait s'installer et se vendait indéfiniment, soutenu par d'habiles campagnes publicitaires qui entretenaient le mythe. Un temps ou le parfums finissait même par éclipser la mode. Hélas les lancements se multiplient et tous, nous nous précipitons pour sentir, frémissant à l'idée de sentir le nouveau X ou Y, surtout si c'est un peu avant les autres, oubliant joyeusement les merveilles qui traînent parfois dans les rayonnages des boutiques.

Sentir le nouveau Lutens. La belle affaire! La grande affaire! Qui occupe tout le monde en ce moment. Il faut gloser autour de la prose de Serge Lutens. Ce n'est pas un lancement, c'est une mise en scène avec des éléments de psychodrame en coulisses, une hystérie de service de presse qui contaminent fans et rédacteurs, un emballement façon tempête dans un verre d'eau qui semble oublier qu'il ne s'agit "que" du lancement d'un nouveau parfum. Un parfum de plus. On oublie de penser, on s'empoigne plutôt que de sentir et se faire un avis. Personnellement, je n'ai pas envie de cela. J'ai pris l'exemple de Lutens parce que j'aime vraiment beaucoup son travail, sa vision. Je préfère cet été redécouvrir des choses anciennes dont tout le monde a déjà parlé, des chapitres qui semblent clos.

Cet été, j'ai redécouvert Un Lys, un parfum qui date de 1994. Un parfum tout simplement merveilleux dont j'ai envie de parler parce qu'il faut aller le sentir... Un Lys est tout illusion, transformation, un jeu sur l'idée de fleur blanche et pure. Un Lys démarre sur des notes de lilas, très vite, un peu vertes, transparentes, comme portées par une brise de printemps. Rapidement, on s’aperçoit que le muguet a pris la place du lilas et on se demande si ce n'était pas un songe. La fleur de mai est la, capiteuse, veloutée, souriante: une idée de bouquet artistement composé, un bouquet romantique et joyeux à la fois. Un bouquet séduisant pour moi qui n'aime pas le muguet. Ensuite apparaît le lys: pur et blanc, majestueux, satiné. L'idée même de la fleur. Un lys porté par un soupçon de vanille. Ce parfum est une aura de bonheur. Un parfum de grande qualité qui ne cède absolument pas à la facilité du genre floral... Un Lys est hypnotique, merveilleusement beau dans la chaleur de l'été. 

Je n'ai pas envie, moi, de parler de Vitriol d'Oeillet, celui-là ne m’intéresse pas , et les mines extatiques des vendeuses répétant qu'il s'agit d'un "oeillet énervé" quand je dis que l'ouverture poivre me donne envie de leur rire au nez. Le poivre, je trouve ça déjà vu. Le poivre, je ne l'aime qu'en cuisine. Et l'oeillet, je l'aime bien, mais dans ce parfum, je me contente de le chercher. Alors, non, non et non.

Et chez Chanel, pour faire du neuf avec de l'ancien, alors que tout les efforts sont depuis des années centrer sur le N°5, on décide de lancer un "nouveau N°19, parce qu'il faut relancer la machine, faire parler de soi, faire neuf, comme l'a si bien fait Dior avec son infâme chérie. Et on nous parle de poudre et d'Iris, de nouvelle version de la formule remise au goût du jour et... Et pourquoi pas? Mais le résultat? Oui, c'est neuf, mais bravo pour la nouveauté: un peu de vert, mais très vite, il faut être rapide pour le saisir, ensuite l'iris... L'iris, vraiment? une vague sensation, moins présente que dans l'originale, juste plus rapide! Et l'effet poudré. Très. Terriblement cosmétique entre l'Infusion d'Iris de Prada et Ombre Rose, ce n'est pas déplaisant, un peu trop discret mais pas vraiment intéressant. Le nouveau 19 est la transformation d'un parfum altier et intelligent en une petite chose proprette, sans relief, qui a l'air plus vieillotte que la version originale 40 ans après. Vraiment, non, je n'ai pas envie de féliciter les équipes Chanel, ni de crier Bravo c'est neuf. 

Mais pourquoi voulons nous toujours du neuf? Pourquoi ne prenons nous de plaisir à ressortir d'anciens flacons de nos armoires? J'aime beaucoup retrouver d'anciens parfums que j'ai aimé dans ma jeunesse, des parfums âgés que j'ai porté alors qu'ils étaient sorti depuis longtemps, des parfums que j'ai senti sur d'autres. J'aime dénicher ces parfums qui ont connu leurs heures de gloire, qui ont pris la poussière, qui sont devenus rares. Pas nécessairement précieux. Pas nécessairement plus beau. Je ne boude pas la nouveauté par principe; elle donne de très belles surprises, de vraies émotions aussi. Simplement, je ne lui voue pas un culte, je ne luis court pas après. Chaque chose en son temps. Et j'ai besoin de temps. Le parfum demande du temps, c'est une rencontre. Une rencontre qui parfois prend beaucoup de temps, des mois, des années. 


mercredi 20 juillet 2011

Je ne suis pas Égoïste

Le temps ne change peut-être pas tant les choses que notre façon de les voir…En 1990 Egoïste était un enchantement typiquement Chanel qui pouvait paradé au bras de la belle Coco, garçonne au longue jambe qui savait si bien arborer gouaille et paillettes dans un esprit terriblement "chic parisien" comme les japonais aiment le prendre en photo. Égoïste démarrait fraîchement, imposait son bouquet de fleur rapidement avant de s’alanguir en bois, le tout dominé par des épices, cannelle en tête. C’était très joli, délicieusement androgyne et il y avait un poil de sucre qui le rendait irrésistible bien avant l’air du bonbon hypercalorique cher à tant de maisons actuelles.


Et puis…

Et puis, j’ai connu Bois des Îles, si terriblement Chanel, si proche du N°5 en fleuri aldéhydé, si parisiennement exotique avec son joli santal peau de pêche. Subitement aujourd’hui, j’ai eu envie de ressentir cet Égoïste qui m’avait laissé un bon souvenir après que je sois passé à autre chose. Oui, il a quelque chose de Chanel, indubitablement, mais il est agressif là ou l’autre est assuré, il semble presque aigre, aigris, là ou Bois des Îles est toute douceur. L’Egoïste est du genre à faire l’amour en vitesse alors que la langueur de Bois des Îles prend tout son temps. Ou est la richesse de l’accord floral, la douceur du santal à effet de peau exotique ? Cet Égoïste-là n’est qu’un cadre dynamique et pressé ! Je reprendrai plutôt l’invitation au voyage et tant pis pour la modernité ! Je ne suis pas un Égoïste, c'est plutôt une bonne nouvelle, non?

Confirmation de la vendeuse qui me le faisait tester: à coté de l'exclusif, l'Égoïste ne tient pas vraiment le coup. Mais alors, pourquoi lui? Besoin de nouveauté et volonté de sortir un produit clairement labellisé "masculin" chez Chanel qui n'avait que l'ancien, mais joli, Chanel pour Monsieur. C'est donc cela être un homme? Durcir le ton?

François Demachy et Jacques Polges pour Chanel, 1990.

samedi 16 juillet 2011

Pas ce soir! (ou "je ne baise pas, j'ai mis de l'iris!")


A l'heure ou triomphe ce que l'une de nos internautes préférées appelle la "putasserie putassière", ou le moindre communiqué de presse fait forcément appel à des mots comme "révéler la sensualité" et autre niaiseries du même acabit qui semble limiter notre univers à l'exploration de la sexualité, j'ai envie de protester! Ce n'est pas une crise de puritanisme, non, pas du tout! Je n'ai rien contre le sexe, je ne suis pas hostile à la sensualité. Simplement, mon univers personnel ne se résume pas à cela et je suis un peu plus complexe que l'imagerie traditionnelle qui ne va pas au-delà du simple "je veux plaire" dans l'espoir de consommer. Et que ça me rapporte le jack pot dans certains cas. (Dernières campagnes Paco Rabanne qui touche vraiment le fond en terme de racolage, en plus de faire des parfums médiocre dans d'ignobles flacons.) Oui, dans ma vie, il y a de l'art, des idées, des convictions, etc... Et pour protester, je me repenche sur la famille la moins en chaleur de toute: celle de l'iris, fleur complexe, qui peut être toute douceur et sensualité, mais pas que... (Et que je ne prise guère dans les versions guerlinisées, en fait.)

"J'ai raison!"
Le N°19, c'est un peu le parfum originel du genre. Certes, il y en eu d'autres mais disparus ou méconnus, alors que celui-là est toujours présent. C'est le plus Mademoiselle des parfum Chanel, celui d'une vieille fille redevenue vierge qui aimait à discuter pendant des heures et ne souffrait pas de ne pas avoir le dernier mot. Il tire sa salve de galbanum et vous descend en flèche, impose son iris soyeux sans vous en laisser placer une et se réchauffe doucement. Autoritaire, chicaneur, il a pourtant un bon fond, c'est juste qu'il a toujours raison, toujours le dernier mot! Pensez à Katharine Hepburn face à Spencer Tracy dans Adam's rib. (Madame porte la culotte dans sa version française...) D'ailleurs, quand on a voulu monter la vie de Coco Chanel à Broadway, c'est à Hepburn que le rôle fut confié...
Le N°19 n'a rien contre la bagatelle, c'est juste qu'il passe beaucoup plus de temps à défendre ses opinions! N'hésitez pas à l'affronter de face, c'est comme ça qu'il vous respectera; Sans ça, il vous méprisera impitoyablement et vous n'arriverez à rien.

Dialogue intérieur ou "je t'ignore"
Iris Silver Mist de Serge Lutens est l'iris en majesté, celui qui se suffit à lui-même. Sa superbe vous ignore, sa complexité propre lui suffit, il explore sa richesse intérieur avec orgueil sans voir le reste du monde. Celui-là, c'est Elizabeth (incarnée par Cate Blanchett), indomptable dans sa blanche Albion, laissant l'univers se déchirer mais décidant pour elle-seule, réunissant tout le pouvoir dans ses blanche main, refusant le roi d'Espagne, regardant couler son Invincible Armada, laissant le pape trépigner...
Elle sait, nourrie de l'adoration de ses sujets, royale, unique, glorieuse dans son splendide isolement. Seule, si seule, mais si belle.
Porter Iris Silver Mist, c'est être soi-même, pêcher par orgueil. N'espérez rien de lui, adorez-le à genoux et il vous emmènera peut-être dans son voyage intérieur profondément nostalgique.

"Si vous aimez souffrir, vous allez être servis!"
Bas de soie, toujours Serge Lutens, est à la limite du sadisme. Si vous aimez vous prendre pour la cabotine Bette Davis, vous allez adorer. Comme elle, Bas de Soie gifle, à coup de galbanum, comme elle, il serre les lèvres avec la jacinthe, comme elle, son iris soyeux, même dans ses pires moments est d'une très grande classe! Voila un parfum qui adore distiller son venin, sait vous assassiner en trois phrase mais prendra plaisir à vous en asséner 15, histoire que vous ne vous releviez jamais, tout comme Bette!  Mais comme elle dans Little Foxes (la Vipère), il sait aussi se taire, rester silencieux, raide, incroyablement froid et dur, pour vous regarder vous débattre dans les affres de l'agonie. Attention, il tire sur tout ce qui passe à sa portée, aime contrôler les choses et, pour cela, dissèque, tranche dans le vif.

"Je ne suis pas celle que vous croyez"
Prada avec son Infusion d'Iris a frappé un grand coup: créer un parfum mainstream qualitatif digne des plus exigeantes niches! (Beaucoup de parfums soit-disant rares et exclusifs ne lui arrivent pas à la cheville!) Résultat, un grand parfum accessible partout dans le monde mais hautement qualitatif que ce soit en version originale ou en version homme. Il nous la joue charme discret de la bourgeoisie very hitchcockien. Élégant, racé, aimable mais certain de sa supériorité, il semble ne pas tenir le choc face aux hurleurs et aux vamps ravageuse. Pourtant à l'instar de Grace Kelly, son chic bourgeois, conventionnel et un peu hautain, se révèle troublant et obsédant. On pense l'avoir oublié, mais il revient au moment ou on ne l'attendait plus, alors qu'on s'est déjà lassé des bombasses... Sa perfection, sa retenue, sa façon de ne rien vous laisser espérer, sous ses airs bien comme il faut, sont finalement irrésistibles. Et souvenez-vous d'Hitchcock parlant de ses actrices et disant qu'il aimait "les dames, les vraies, celle qui se transforment en putains une fois passée la porte de la chambre à coucher..."
Méfiez-vous donc de son badinage mondain, de son apparente simplicité: il cache une vraie complexité sous son apparence lisse. Pensez Marnie la voleuse et ses refoulements, Vertigo et ses jeux sur l'identité, ou Grace Kelly aventureuse dans to catch a thief

Immaculé
S'il en est un qui est innocent, c'est bien l'Hiris d'Hermès: vierge de toute faute, il est l'iris d'avant la chute, une nymphe sortie du bois, vue et sans pudeur, parce qu'elle ignore le vice. Tout y est, la tige et la fleur pour un effet de nature terriblement aimable. L'homme ne l'a pas pervertie et elle vous contemple avec de grand yeux de biches effarouchée, sans comprendre le vice. Diane la protège. C'est Lilian Gish, l'une des premières superstars du cinéma, tout droit sortie d'un tableau préraphaélite qui régna sur le muet en éternelle vierge de conte de fée.

Tendresse
L'iris selon Goutal, l'Heure Exquise, si bien nommé est infiniment gracieux: son départ de galbanum est joliment vert, comme un jardin proustien, son bouquet complexe se fait léger et transparent, une rose jolie, bien élevée, rosissante, et l'iris est particulièrement soyeux, avec un soupçon de poudre, pas le maquillage des cocotte, non, la voilette des femmes pudique qui voilent leurs émotions à fleur de peau. Celui-là est complexe et sublimé: élégant, tout en tendresse, et maternel. Une maternité qui ne va pas sans douceur et sans une forme de sensualité, celle des caresses à l'enfant, des caresses au père. Complexe et romantique, il est sentiment par excellence, avec ce que cela peut comporter de force et d'intensité, avec un bon goût imparable et de l'esprit en prime. Penser à Norma Shearer dans Women de Cukor: fidèle, aimante, prête à se sacrifier, bonne au point qu'on pourrait la croire naïve mais sachant sortir ses griffes peinte de Jungle Red quand il le faut. Encore une fois, les Vamps n'ont qu'à bien se tenir, car il leur en coûtera toujours de se mesurer à l'iris!


mardi 14 juin 2011

Les variations Chanel

Plus le temps passe et mieux je me sens dans ce que j’appelle les variations Chanel, ces trois parfums qui ont tant en commun, N°5, N°22 et Bois des Îles. L'air de famille m’a tout de suite semblé évident entre le N°5 et Bois des Îles, impression confirmée par mon entourage capable de reconnaître à l’aveugle un Chanel, moins avec le N°22 dont tout le monde dit pourtant qu’il n’est qu’une variation du N°5. Je lui trouve moi, une personnalité propre et peinais vraiment à leur trouver tant de points communs tant l’un me semblait doré, solaire et l’autre pâle, blanc et lunaire. Même si la construction aldéhydes - bouquet floral sur fond plus sombre est identique. Mais alors que le N°5 est légèrement savonneux, le N°22 est carrément talqué. (Oui, talqué plus que poudré mais avec en même temps un coté scintillant comme si ce talc contenait des paillettes)  Et puis un jour, en portant le N°22, je me suis surpris à renifler autour de moi en me disant que ça sentait le N°5 avant de réaliser que c'était moi qui sentait si bon. (Toujours agréable ça!)


Même si on reconnaît le jasmin du N°5 et le Santal de Bois de Îles, ils ne sont pas trop reliés à un ingrédient particulier, on conserve une impression d'ensemble, un aspect homogène qui me plaît tout particulièrement; j'avoue ne pas aimer plus que ça reconnaître les différentes facettes qui se succèdent, identifier les ingrédients un à un. Oui, je préfère vraiment m'entendre dire "tu sens Chanel" que "tu sens la violette, l'ambre etc..." Chacun ses petits snobismes n'est-ce pas?


Ils sont proches, mais finalement pas tant que ça. D'autant que les variations sur le N°5 à l'intérieur de la ligne de l'eau de toilette à l'extrait en passant pas la petite dernière Eau première permettent déjà pas mal de variations très identifiables, on est loin du quart de ton que certain propose, on sent une vraie différence. Personnellement, je ne peux pas supporter la version eau de parfum, beaucoup trop éloignée du N°5 original (original = extrait) et selon moi pas spécialement plaisante... Le N°5 est pour moi terriblement été, version côte d'azur élégante. Le jasmin, ça me semble quand même plus du sud que du pavé parisien. L'eau de toilette est peut-être plus parisienne que l'extrait en fait avec son coté très laque et vernis à ongle. D'ailleurs, elle diffuse mieux, a plus de sillage. Quelque part, elle est plus bourgeoise, sociale, plus pour les autres. Au printemps, la version Eau première rend bien dans sa simplicité très transparente quand il fait beau et pas trop chaud. Le N°22 se marie à merveilles aux brumes, à la neige avec son coté aristocratique, un peu froid et distant... Certains le trouvent romantique, je veux bien, mais alors, c'est le romantisme très dédaigneux d'une princesse au petit pois. Pas spécialement tendre. Très Duchesse de Guermantes. 

Bois des Îles, c'est l'exotisme du santal, l'exotisme d'une peau bronzée, le week end, les vacances, le soleil. L'exotisme à domicile, pas une expédition dangereuse en Amazonie ou quelque chose du genre, non, un roman sur une expédition ou une exposition dans un musée...


Et bien sûr, il faudrait ajouter les variations autour du N°5 faites par les autres maison, parce qu'un tel succès, c'est vrai, c'est imité. Un chef de file, ça a une descendance légitime et illégitime. Beaux et Chanel ont trouvé une formule magique, d'autres ont su la récupérer. Et je les aime aussi ces variations sur le thème, mais ces trois-là, si semblable et si différents pourrait me suffire. Ce qui est amusant, c'est que je les portes de plus en plus alors que je m'habille de moins en moins. On les dit habillés, élégants mais moi, je les porte avec des tennis un jeans et un T-shirt, mon uniforme du moment pas vraiment élégant. Et je les trouve assez cool finalement ces parfums, surtout Bois des Îles, le plus facile à porter de la bande à Chanel, et en ce moment, j'ai besoin de cool, cool de luxe, moi qui dans le fond, ne le suis pas et ne le serai jamais. Bon, N°22 pour l'hiver demande plus d'effort, mais d'ici l'hiver j'ai le temps de faire des efforts pour lui assortir un peu plus ma garde-robe. Encore que j'aime bien les contrastes....

vendredi 27 mai 2011

Exotismes

Noire et blanche, Kiki de Montparnasse par Man Ray
Alors que la pluie se déchaîne au dehors, moi qui m'étais déjà habitué à la chaleur et à la douceur, je me cloître dans mon appartement et refuse de voir ce monde ou tout est gris. Alangui sur mon canapé beige, je prends le thé, feuillette un livre et écoute mon parfum me parler d'ailleurs...

Ce sont d'abord quelque notes très parisienne, échappée directement du N°5, beaucoup d'aldéhydes et un bouquet de fleurs dont le jasmin, un parfum d'élégantes modernes, aux jours beiges et aux nuits noires. C'est un Paris Art Déco que je vois, le Paris de l'Exposition Coloniale, qui voit venir des quatre coin de l'empire l'exotique, le rare et le précieux. Un paris qui rêve d'Afrique et d'Indochine. Un Paris qui applaudit Joséphine Baker dans la Revue Nègre...

Cet envie d'exotisme est aussi la mienne et je savoure ces notes qui s’égrènent, se mêlent et s'entremêlent: l'ilang, la pêche et ensuite le santal, le santal traité comme je l'aime, et je me fiche bien de savoir à quel point cette façon de le montrer est la plus juste ou la plus belle: le santal traité en parfum de peau, une peau bronzée, dorée, une peau qui à pris le soleil et s'est épicée. Tout se bouscule: suis-je toujours bien à Paris ou l'univers vient déposer ses merveilles à mes pieds ou ai-je embarqué avec de charmantes parisiennes pour une croisières dans les îles sur un de ces bateaux dessinés par Cassandre?

Je me réveille. Hélas!

Bois des Îles, Ernest Beaux pour Chanel, 1926


mercredi 4 mai 2011

Never Be The Same Again

"It's just the beginning it's not the end.
Things will never be the same again.
It's not a secret anymore.
Now we've opened up the door.
Starting tonight and from now on.
We'll never, never be the same again."
Mel C

Je lisais la critique d’Azzaro sur le blog (excellent) Poivre Bleu et je réfléchissais à ce qui faisait la modernité en parfum. Quels étaient les éléments qui avaient changés depuis ma jeunesse. Ma jeunesse est une époque pas si lointaine (fin ’70–’80) mais ou les anciens n’étaient pas encore reformulés à tout va.

Il me semble qu’à l’époque, les parfums étaient plus opaques. Dans le sens : sombre, lourds, saturées. J’évoque ici une idée de matière, de richesse qui n’est pas sans s’accompagné d’une certaine lourdeur. Je pense aussi à quelque chose de complexe, d’abstrait, quelque chose d’indéchiffrable qui se traduit en sensations, en impressions, parce qu’on ne sait pas comment en parler, comment l’aborder. Forcément, je pense un peu à Chanel, et à son N°5, qui réclamait quelque chose d'artificiel, de construit, "parce qu'une femme n'a pas envie de sentir le parterre de rose!"

Les parfums actuels me semblent plus transparents, plus légers. Nettement plus portable de la première à la dernière heure du jour contrairement à leurs aînés. Dans certain cas, cette transparence diffuse remarquablement bien mais dans le pire des cas, on peu avoir de l’inconsistance complété. Même les plus collants des sirops de fruit me semblent avoir la texture du vitrail (de la gelée serait plus correct ?) plutôt que le réalisme du fruit. Mais surtout, les petits nouveaux me semblent particulièrement lisibles. Et pas seulement les mono-matières. Les parfums plus composés me semblent comme le remarquait Nez Bavard pour le nouvel Azzaro, semblent détachées les unes des autres, égrenées, passant chacune à leur tour, se faisant bien voir, saluant, avant de regagner la coulisse pour laisser place au suivantes. C’est à la fois excitant car il nous est permis de lire le parfum, de pouvoir le décrire ; l’analyser, mais il me semble y perdre un peu en poétique par comparaison avec ces monuments anciens qu’on ne savait aborder que par métaphore, comparaisons descriptives de nos sensations et émotions. Si la maison Chanel a retravaillé le N°5 pour en donner une version actuelle avec l'Eau Première, je pense que sans le mythe N°5, un tel parfum aurait eu du mal à voir le jour. Trop abstrait, trop peu évocateur d'autre chose que lui même. Pourtant, sa transparence le place bien dans l'air du temps, le lifting est une réussite. (Mais heureusement qu'on conserver l'original!)

En écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que je suis un vieux nostalgique (enfin, pas vieux, non, vintage !) qui lit Proust et recherche le temps perdu. Pourtant, je trouve que de vraies beautés naissent de nos jours, dans tous les styles. Je pense par exemple à la maison Goutal, que j’apprécie de plus en plus, qui uni si bien les deux tendances en faisant des parfums encore complexes, qui donnent de vraies émotions, sans se rattacher à des matières trop précises, des parfums complexes, désuets par certains cotés, mais incroyablement transparents et légers.J'ai particulièrement en tête le Matin d'Orage, qui réussi si bien à nous transporter sans trop se laisser disséquer, mais avec une vraie modernité dans le traitement.

Oui, la parfumerie a encore de beaux jours devant elle, il nous reste quantités d'émotions à découvrir.

dimanche 1 mai 2011

Inspiration: Même pas vintage...

Aujourd'hui, c'est mon anniversaire et j'ai envie de me faire un petit plaisir en pensant à toute ces choses qui comme moi on tellement bien vieilli qu'elles ne sont même pas vintage, mais toujours terriblement jeunes!

 la marinière

Françoise Sagan
le polo
Clint Eastwood
Marlon Brando
Le jeans
Marilyn Monroe

James Dean (et Nathalie Wood)
La chemise Blanche

Marlene Dietrich

Lauren Bacall


le col roulé

Audrey Hepburn
Clark Gable
la veste en jeans
Montgomery Cliff
les parfums numérotés Chanel 




vendredi 22 avril 2011

une biographie de Chanel (de plus)

Encore une biographie de Chanel. Une de plus? Une de trop? Indispensable ou pas?

Justine Picardie a fait du bon boulot: elle passe en revue les différentes versions de l'histoire et essaye de deviner la vérité derrière les invention, la légende. On le sait, Gabrielle Chanel était menteuse, brodait, coupait, bâtissait de toutes pièces une vie qui lui convenait. Peut-être peut-on lire à travers les mensonges. Peut-être. Le lien avec la mode et le parfum est fait, puisque même pour ça, Chanel trafiquait le vérité, se voulait seule à la barre, éliminant tout ce qui l’encombrait, pouvait lui faire de l'ombre, la ternir. Mais c'est un ouvrage sur la vie de Chanel, pas une analyse de sa place dans l'Histoire avec un grand H, ni dans l'histoire de la mode. Dommage, car cette biographie-là reste à écrire, qui m’intéresserait plus. L'ouvrage est complet, joliment illustré par Lagerfeld qui illustre à tour de bras dès qu'il est question de Chanel. Aussi, surtout, il y a les photos, bien choisies, dont certaines m'était inconnue. Ce n'est pas mal écrit (traduit) et ça se lit facilement, plaisamment.

Mais. Mais à choisir, j'en préfère d'autres. Celle d'Edmonde Charles-Roux par exemple qui avait la même approche et se lisait comme un roman. On celle de Paul Morand: l'allure de Chanel (qui a aussi été illustrée par Lagerfeld dans une réédition), qui a été faite sous la dictée de la couturière, dans les années '50,avant son retour, et qui, certes, gobe toutes les invention de Mademoiselle, mais semble nous restituer sa voix telle que les enregistrements nous l'on transmise:  ton se croit à sa place dans un canapé à coté de Mademoiselle Chanel a l'écouter se raconter, un peu et si faussement, mais aussi émettre les sentences cruelles, prophétiques et méprisantes dont elle avait le secret, coupante, égoïste, orgueilleuse.


Justine Picardie, Chanel, sa vie, illustrations de Karl Lagerfeld, Steidl, 2011

lundi 18 avril 2011

villégiatures

Les beaux jours sont là et soudain les invitations pleuvent. Quelques jours à la mer, un week end à la campagne, un barbecue... Et j'avoue que ce n'est pas vraiment mon truc. Je déteste m'entasser dans une maison trop petite pour le nombre d'invités, ne pas avoir de place dans la salle de bain pour poser mes deux sérums et mes trois crèmes, je déteste manger en plein soleil en risquant la ride et l'insolation, entouré d'insecte qui convoitent mon assiette ou mon sang, je déteste être enfumé et me voir servir de la la viande trop cuite à l'extérieur et un peu crue à l'intérieur. Je déteste. OK, je ne suis pas sympathique et passablement ingrat. Mais déjà, je n'ai rien à me mettre pour l'occasion. Surtout pour la campagne, comme j'adore la marinière signée Agnès B ou Saint-James, je peux difficilement prétendre que je n'ai rien à porter pour le bord de mer. La marinière est très jolie à la ville mais tout à fait déplacée à la campagne non? En réalité, c'est surtout moi qui suis déplacé à la campagne. J'aime mon confort et je ne vois pas pourquoi subitement des gens parfaitement sensés par ailleurs renonce aux joies d'une jolie salle à manger et d'un ravissant service en porcelaine au profit de bric et de broc dans le fond de leur jardin. Je en vois pas pourquoi des gens doté d'un goût exquis et d'une très jolie chambre à coucher veulent soudain aller s'entasser sur des paillasse ou il est impossible de dormir correctement avant 4 heures du matin, l'heure ou le coq chante et ou on conduit les vaches au pré. (Je vous jure, j'ai donné, ça existe vraiment, ce n'est pas qu'un lieu commun de la littérature à destination des citadins.) Évidemment, je ne suis pas masochiste, il y a le bonheur d'être avec ceux que j'aime.  Sinon, je ne bouge pas de chez moi. Le plaisir d'être avec eux. De rire avec eux.

On se reportera à Proust pour la description de l'hostilité patente des chambres qui ne sont pas encore les nôtres: De la place, il n'y en avait pas pour moi dans ma chambre de Balbec (mienne de nom seulement) Dans à l'ombre des jeunes filles en fleur au  début de la deuxième partie. Chanel avouait aimer les paravents pour pouvoir recréer son univers partout. C'était "sa tente de nomade" qui l'a suivie toute sa vie. Personnellement, j'ai aussi besoin de recréer mon univers un peu partout ou je me trouve et pour ça je dépose mes livres, celui en cours, ceux à venir et parfois, lorsque je pars plus que quelques jours, quelques uns de mes préférés: forcément la Recherche. Oui, même sans la lire, sans avoir aucune intention de la lire, juste parce que je peux avoir envie à tous moment de saisir l'un ou l'autre volume pour me replonger dans un passage que j'aime, qui me parle en ce moment bien précis.

Et je prend avec moi mon flacon de N°5 en extrait. ou que j'aille. Comme un talisman, un fétiche. Pour me sentir moi, me sentir chez moi. Même si je prends d'autres parfums plus adaptés aux lieux ou aux circonstances.  Plus légers, plus été, plus campagnes etc. Mais c'est celui-là qui me rassure, mon petit morceaux de civilisation au milieu de la barbarie, mon affirmation de moi-même dans un monde étranger. (et forcément un peu hostile) Peut-être qu'un jour je n'irai plus voir ailleurs et je lui serai fidèle. 

lundi 21 mars 2011

L’univers du N°5


Je suis peut-être influence par la photo de Gabrielle Chanel dans le sud avec son pantalon et sa marinière. Ou par l’odeur du jasmin qui m’évoque la côte d’Azur, Nice, la baie des Anges, le Negresco, la promenade des anglais, etc, tout ce qui était à la mode dans les années ’20. Ou simplement, c’est l’aspect solaire du parfum, son aura dorée qui m’influence et me fait penser « soleil et grand bleu » mais je ne peux pas m’empêcher de l’associer au costume marin, aux vacances, au bateau…






dimanche 20 mars 2011

parfums:avoir un style?

Avez-vous un genre? Du style? Vous savez, le style, cette petite signature personnelle qui fait qu'une chose, un parfum est vous, une signature, presqu'un emblème, qui fera dire "j'ai tout de suite pensé à toi" ou "ah  non, ça, c'est pas toi" parce que justement, le style, c'est aussi un truc à casser  de temps en temps pour surprendre, ne pas s'encroûter dans ses habitudes...


Pour moi, la réponse est oui, et elle se dégage de jours en jours. J'ai longtemps navigué entre les extrêmes, le vert et l'orient, ai cru un moment trouver une solution avec le chypre, qui unissait les contraires Malheureusement, le chypre est mort, tué par la mode qui voulait des parfums faciles, tout le contraire du chypre qui demande à être apprivoisé, et achevé par les restrictions interdisant la mousse de chêne. Soyons honnêtes, le chypre sans mousse de chêne, c'est un peu comme la tarte tatin sans pomme...

Et finalement, aujourd'hui, je me retrouve ou je n'aurais pas cru aller: dans le floral vintage: peu de choses récentes, plutôt des créations anciennes: bouquets abstraits, avec des aldéhydes, c'est encore mieux, un soupçon de poudre, c'est parfait ou soliflore à l'iris. Totalement Chanel, totalement N°5, finalement: peut-être le genre qui me colle le plus à la peau.  Mais en général, j'aime surtout une impression d'ensemble rétro-riche, une opulence old fashion. Étonnant que je n'accroche pas vraiment avec Guerlain mais la marque n'a jamais vraiment réussi à me satisfaire autrement qu'avec Après l'ondée, hélas disparu sous sa forme d'extrait. Je n'aime pas trop ce qui est figuratif, détestant qu'on me dise "ton parfum me rappelle..." Moi, je veux que mon parfum ne soit que moi. Grand avantage donc à la niche, hélas de moins en moins abstraite, et aux grands anciens délaissés. 

Ce qui est amusant, c'est qu'avec mon obsession des contraires et du contraste, je m'habille de plus en plus simplement et de façon de plus en plus neutre, ressentant de plus en plus le besoin de casser l'aspect très orné, passablement "laque et fourrure" de mes parfums. Pas de minimalisme pour autant, parce qu'il est plus question de simplicité asexuée, de pauvreté choisie en guise de faire-valoir, que d'une position esthétique inspirée par l'art ou la morale et qui serait primordiale. Ayant fini par céder aux charmes de Lipstick Rose, pourtant extrêmement connoté et chargé d'évocation, il a fallu que je prenne le contre pied et me tondant les cheveux ne pouvant imaginer ce parfum de pin up, joliment porté qu'avec une austérité monacale. Peut-être que c'est lié au fait d'aimer une esthétique passée tout en condamnant la morale des époques passées. Peut-être. 

Et vous? Vous évoluez? Vous êtes éclectiques? Monomaniaques?