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mercredi 19 décembre 2012

cocotte

Émilienne d'Aleçon
Reutlinger

La Fleur d’Oranger selon Lutens se débarrasse de ses attributions traditionnelles qui la voue aux enfants innocents et au vierges marchant à l’autel pour redevenir la séductrice impudente que la nature à créée. Sentie dans une plantation à Murcie, elle m’enchante de sa langueur de fleur blanche qui en mourant exhale des relents rappelant la chair faisandée… 

Dans le flacon de Monsieur Lutens, je la retrouve enfin, ornée d’épices, entourée de ses sœurs blanches, tubéreuse et jasmin, infiniment belle, parée de bijoux insolites et de robes extravagantes, brillant de mille feux, théâtrale et belle. C’est une fille fleur 1900, une femme fatale Modern Style, vénéneuse et narcotique qui envoûte tous les hommes sur son passage, n’en aimant aucun, ne respectant que la comédie de l’amour. Assurément, un tel parfum demande du cran, s’assume. Un vrai parfum de cocotte, à la fois beau, provocant et quelque peu indécent.

Fleurs d’Oranger, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 1995

samedi 10 novembre 2012

intimités


Je l’ai déjà dit à propos de l’Air du Temps, mais j’aime les œillets, l’aspect chiffonné échevelé de la fleur sur sa grêle tige toute raide et son parfum entre fleur et épice. On n’en offre plus beaucoup de nos jours, mais je continue d’en orner mes jardinières et d’en fleurir mon appartement. Forcément, il fallait bien qu’un jour je tombe sur Bellodgia, l’autre grand classique, le rétro, celui qui est signé Caron.

Bellodgia se pose sur ma peau en douceur, cet œillet-là n’est pas un œillet de sillage comme le Ricci, c’est un œillet intime et sombre, qui épouse d’autres fleurs, mais reste au centre de la composition, passant du poudré au crémeux. Bellodgia est parfait pour l’intimité du boudoir, il se réchauffe et s’adouci sur la peau, traîne sur les vêtements, s’offrirait presque des langueurs. Old fashioned et rétro, peut-être, mais avec cette petite touche hors du temps qu’as la beauté : il est aussi fascinant que les vamps de mélo des années ’30, les femmes fatales des polars des années ’40. La beauté se suffit à elle-même et transcende les modes. L’œillet signé Caron est intemporel.

Bellodgia, Ernest Daltroff, Caron, 1927

mercredi 17 octobre 2012

Œillet préraphaélite



L’Air du temps est un bouquet épicé dominé par l’œillet, mis en valeur par quelques aldéhydes à effet « laque Elnett », et soutenu par un fond boisé qui reste discret. C’est incontestablement vrai, mais terriblement réducteur. C’est un classique en dépit de son nom, hors du temps dont je me plais à penser qu’il n’a jamais appartenu à l’une ou l’autre époque. 
L’Air du Temps est une transparente mousseline de soie qui s’enroule autour de moi sans jamais se faire pesant. Linéaire et simple, le romantisme sage du parfum crée une aura apaisée et pourtant un peu triste, pensive à la manière d’un portrait préraphaélite. Je l’imagine volontiers sur Jane Burden.


L’Air du Temps, Francis Fabron pour Nina Ricci, 1948


La version actuelle reste une jolie senteur, un peu plate, mais n’a plus grand-chose à voir avec le parfum d’origine. La législation rendant impensable un vrai œillet, il faut, hélas, faire son deuil de l’air du temps.