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mardi 6 novembre 2012

aldéhydes altiers


Certains parfums vous soutiennent, à ceux-là, on peut demander beaucoup.

Calèche n’est pas exactement ce genre de parfum, il est plutôt à l’opposé : il demande, il réclame,  il exige. Il élance ses aldéhydes, poudre et savon, vous les jette à la figure, vous emballe dedans. Dans sa catégorie, en dépit des reformulations, il est le seul à les oser à des doses pareilles. Calèche vous prend et vous embourgeoise, pire, il vous aristocratise, il vous fait voir la vie du côté altier, hautain, méprisant, de la barrière. Son cœur floral, étouffé sous les aldéhydes, semble plutôt les soutenir en leur apportant une touche de raffinement, mais pas nécessairement d’humanité… Arrivent enfin le fond, les bois, pas vraiment de la  douceur mais de la richesse, terriblement sobre tout en évitant d’être puritaine ou austère.  Jusqu’au bout, le parfum refuse toute facilité.

S’il ne vous ménage pas, mais vous prie instamment d’être à la hauteur, Calèche est un parfum qui fait du bien, qui tiendrait presque lieu de morale tant il empêche le laisser-aller. Quand pour donner le meilleur de soi-même, on a besoin qu’on nous demande beaucoup, il est temps de passer à Calèche.

Calèche, Guy Robert (pour la version originale), Hermès, 1961

lundi 17 septembre 2012

douceur amère


L’Eau de Gentiane Blanche prend place parmi les cologne car elle est un plaisir égoïste et discret, totalement androgyne. Le risque serait de passer à côté en n’y voyant qu’une cologne, un jeu sur les agrumes. Donnez-lui sa chance ! et allez la sentir et vous découvrirez…

Entre eau de vie et infusion, la gentiane blanche par son amertume est un peu médicamenteuse : sur fond de muscs blancs, touchée d’iris, elle possède une grâce tranquille et réconfortante. Le parfum rassure, a des douceurs de cocon familial. Totalement originale dans une époque qui mise fort peu sur l’amertume, cette cologne a pourtant immédiatement des airs de déjà-vu tant elle évoque des ambiances lointaines, chaleureuses et réconfortantes, d’après-midi chez les grands-parents, tous réunis autour de la table, à traîner en parlant de tout et de rien…

Cette élégante discrète se révèle tenace, s’accrochant aux vêtements, se répandant subtilement. L’appellation cologne semblerait presqu’usurpée ! Elle fait partie des parfums que je préfère porter chez moi, pour traîner en robe de chambre, pour la simple et bonne raison que j’en profite mieux, que je suis plus à leur écoute.

Eau de Gentiane Blanche, Jean-Claude Ellena pour Hermès, 2009

jeudi 21 juin 2012

c’est l’été


louise brooks
Enfin... 

L'été, la chaleur, le soleil et cette paresse, cette langueur qui s'empare de moi, me pousse à rechercher l'ombre, à m'étendre sur la méridienne ou le lit, mollement, comme si soudainement mon corps était de coton et non plus de chair et d'os. Laissez-moi, couché, avec un livre à la main, rêvasser, oublier la chaleur qui m'accable. N'attendez rien de moi, ne me parlez même pas. Je serai de nouveau à vous quand l'été sera terminé. Je reviendrai à moi avec l'agitation, l'effervescence de la rentrée. D'ici là, je ne veux rien, rien que la paix et une figue juteuse. La figue, l'un des rares fruits qui me séduise par ses facettes changeantes, tour à tour vertes, sucrée, laiteuses…

Je ne le cite pas toute, juste mes deux préférées, qui ne sont pas les plus pures, car la simple matière ne me plait pas tant que cela. Pour commencer, le Jardin en Méditerranée de Jean-Claude Ellena pour Hermès (2003), la plus élégante des figues, celle qui se pare de fleurs, se savoure en bouquet piqué d'agrume, se nuance de bois et d'eau, toute en transparences, jolie citadine qui porte des sandales lamée or quand les autres sont en espadrilles. A l'opposé, Ninfeo Mio d'Isabelle Doyen et Camille Goutal pour la maison Goutal (2010) s'avance échevelée, pieds nus, dans le jardin des Hespérides pour trouver la fraîcheur à l'ombre verte des grands arbres.

Donnez-moi l'été et ces deux parfums et je suis si bien…