Certains parfums vous soutiennent, à ceux-là, on peut
demander beaucoup.
Calèche n’est pas exactement ce genre de parfum, il est
plutôt à l’opposé : il demande, il réclame, il exige. Il élance ses aldéhydes, poudre et
savon, vous les jette à la figure, vous emballe dedans. Dans sa catégorie, en
dépit des reformulations, il est le seul à les oser à des doses pareilles.
Calèche vous prend et vous embourgeoise, pire, il vous aristocratise, il vous
fait voir la vie du côté altier, hautain, méprisant, de la barrière. Son cœur floral,
étouffé sous les aldéhydes, semble plutôt les soutenir en leur apportant une
touche de raffinement, mais pas nécessairement d’humanité… Arrivent enfin le
fond, les bois, pas vraiment de la douceur mais de la richesse, terriblement
sobre tout en évitant d’être puritaine ou austère. Jusqu’au bout, le parfum refuse toute
facilité.
S’il ne vous ménage pas, mais vous prie instamment d’être à
la hauteur, Calèche est un parfum qui fait du bien, qui tiendrait presque lieu
de morale tant il empêche le laisser-aller. Quand pour donner le meilleur de soi-même,
on a besoin qu’on nous demande beaucoup, il est temps de passer à Calèche.
Calèche, Guy Robert (pour la version originale), Hermès,
1961
