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mercredi 10 octobre 2012

Cartier voit la vie en rose


Déclaration d’un soir a des liens évidents avec Déclaration : un fond boisé, le cumin qui le traverse, ce même effet chaud/froid. (ou propre/sale) À la place d’un thé Earl Grey, une rose, timide, en bouton, qui s’épanouit joliment, délicatement. C’est fin, ciselé et je ne peux m’empêcher de penser que Mathilde Laurent a voulu donner un cavalier à la jeune femme Baiser Volé donnant à la ligne grand public de Cartier une direction dont elle manquait peut-être, celle d’un romantisme délicat.

La succession de Nina Ricci, maison reine du genre avec son Air du Temps, était à reprendre depuis que Ricci se vautre dorénavant dans le sucraillon. Le pari est un peu risqué, un peu déphasé par rapport à notre époque, mais c’est si joliment réalisé (si on met de côté l’insipide Cartier de Lune) que je ne peux qu’aimer sans pour autant avoir envie de porter : j’ai passé l’âge de rêvasser devant les posters de David Hamilton. Pourtant, je n’irais pas traiter ce « Déclaration d’un soir » de mièvre : il est tendre, délicat, plus intéressant, finalement, que sa cavalière, juste un peu sage, un peu trop retenu.

Cartier est donc l’une des marques à suivre, prometteuses, de celles qui pourraient devenir les grandes classiques de demain puisque les marques de parfums plus anciennes ne semblent plus capables que de suivre les tendances en dupliquant, à grand renfort d’égéries, les patchoufruits à l’infini. Avis perso, mais je trouve les masculins Cartier plus intéressants que les féminins et pour une fois j’invite les filles à se servir au rayons garçon. Ça change !

Déclaration d’un soir, Mathilde Laurent pour Cartier, 2012.

mercredi 23 novembre 2011

la reine et le palefrenier


J'aime l'hiver. Bien sûr, j'ai horreur du froid et de l'humidité et j'ai toujours peur de me tuer en glissant sur la neige, mais j'adore les parfums en hiver, le rendu dans le froid est plus net, plus pur, plus beaux. Les seuls parfums qui gagnent à être senti en été sont les fleurs blanches, plus capiteuses, plus indoliques, plus profondes, plus belles et plus dérangeantes. Mais l'hiver, il faut sentir ces merveilleux parfums verts (Cfr Osez le vert en hiver du Dr Phoebus) qui sont encore plus incisifs, et la bergamote, soi-disant délice d'été, encore plus vibrante et amère dans l'Eau du Sud de Goutal par exemple… Et puis, il y a ces parfums auxquels il faut donner une deuxième chance, parce qu'ils ont été sentis dans des conditions qui ne leur rendaient pas justice. Comme l'Heure Fougueuse.

Définitivement, cette IVème Heure est l'heure de la campagne anglaise avec son départ Earl Grey, thé Assam parfumé à la bergamote, qui se poursuit cuir et peau, évocateur d'activité de grand air, de sport, de chasse, de cheval peut-être, je avoue, je n'en sais rien, je ne fréquente pas les chevaux pour cause d'allergie. Et il y a la sueur, mais sans les côtés écœurants de la saleté, de la crasse façon transports en commun en fin de journée. Non, c'est beaucoup plus séduisant que ça, plutôt la brillance humide qui fait miroiter la peau, lui donne un goût légèrement salé. Mais le tout est terriblement maîtrisé, sous contrôle. Si ce parfum raconte une histoire, elle est faite de non-dit. C'est peut-être celle de Victoria et John Brown, la reine et le palefrenier.

Bien sûr, le parfum reste ridiculement cher si on s'en tient à un simple rapport qualité-prix des matières et des flacons. Mais en même temps, il ne s'en vendra pas beaucoup : il n'est pas si séduisant et facile que pour connaître un large succès. Si le fait d'être vendu cher, trop cher, lui permet d'exister, d'être porté par quelques-uns, je ne le regratterai pas, me disant juste qu'il est quand même dommage que le beau soit si exclusif. Peut-on reprocher à Cartier de n'avoir pas osé ?

Retenue, avec une part d'animalité, comment ai-je pu ne pas succomber at first sight ?

L'Heure Fougueuse, Mathilde Laurent pour Cartier, 2010.