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lundi 16 avril 2012

Mimosa pour moi


Mimosa pour moi a 20 ans cette année, un anniversaire qu'on ne fêtera probablement pas chez l'Artisan  Parfumeur : ce parfum comme bien d'autre appartient à une autre époque, celle ou la maison s'inspirait de la campagne française, des souvenir d'enfance, d'une nature très XVIIIème siècle, entre Rousseau et Marie-Antoinette, une nature terriblement « toile de Jouy »…

Le mimosa y est stylisé, transparent, délicat, à peine poudré, avec un petit quelque chose de sale en fond qui le rend bien humain et permet de le faire soi sans se sentir déguisé en bouquet géant. Mimosa pour moi nous parle d'été et de soleil en hiver comme les bouquets de mimosa qu'on aime tellement offrir et recevoir dans le nord, ces bouquets qui nous parlent du sud et des beaux jours, qui donnent un air de fête aux journées tristes et grises. Mimosa pour moi est un parfum qui fait plaisir quand les beaux jours se font attendre.




Maintenant, l'Artisan Parfumeur envoie les parfumeurs en voyages, nous parle d'exotisme ou s'adresse à l'international, perdant un peu de son âme et un peu de son charme, c'est bien dommage. Reste quelques petits bijoux, tant qu'ils ne sont pas reformulés comme c'est le cas pour Mure et Musc passé du côté fruité de la force alors qu'il était si délicieusement équilibré, ou retirés de la vente pour faire place à des nouveautés parfois fort peu intéressantes. Mimosas pour moi est l'une de ses petites délicatesses, jolies et bien faites, un de ces parfums typiques de cette période de l'Artisan Parfumeur, celle du parfum pour soi, égoïste, un peu sentimental

mardi 14 février 2012

Brésil low-cost

L’artisan Parfumeur s’est fait agent de voyage le temps d’un lancement, Batucada nous invitant à visiter le Brésil. Le Parfum démarre par un cocktail exotique à base de limette, menthe, une de ces cocktails enchanteurs et trompeurs qui se boivent comme de la limonade, tant ils sont frais et fruités, et vous laissent assez vite sérieusement pompette ; ensuite tout s’enchaine avec une note entre fleur et fruit qui évoque la banane mure. Ça pourrait être écœurant mais c’est très plaisant, rappelant un peu l’effet melon blet qu’on trouve dans le Parfum de Thérèse et dans Cristalle. (Références assez avouables) L’effet est plaisamment solaire, plus seyant et plus original que l’éternel effet ambre solaire et tiaré qu’on nous sert habituellement. Le contrat est donc rempli et les clients de l’agent de voyage-Artisan ne seront pas volés.

Il fut un temps ou l’Artisan Parfumeur nous faisait voyager par sa poésie qui nous ramenait en nous même, à des souvenirs chers et intimes, il semble céder à la mode de l’exotisme, avec talent, certes, et je le regrette un peu. La marque que j’ai connue me manque, elle semble avoir perdu son âme. Le bonheur de créer s’efface depuis quelques années devant le plaisir de vendre : L’Artisan Parfumeur est devenu un fournisseur, honnête et de qualité, rien de moins, mais pas grand-chose de plus.

Batucada, Karine Vinchon & Elisabeth Maier pour L'Artisan Parfumeur, 2010


dimanche 26 décembre 2010

On traverse le Bosphore? Ou pas.

Je l'ai eu sur la main et sur touche. Je me suis penché dessus et ai trouvé pas mal ce coté un peu poudré sucré mais sans excès calorique, cette douceur, cette rondeur, puis me suis encore penché en me disant... Et puis finalement, non. Je n'avais pas envie de me pencher en fait. J'avais juste envie d'aimer ce parfum parce qu'il est signé d'une marque que j'adore et qu'il a bonne presse alors qu'en réalité, je le trouve sans intérêt. Je ne le trouve pas exactement raté, non, vraiment, ce n'est pas ça, juste banal et franchement pas indispensable au catalogue de l'Artisan. Oui, je peux lui trouver des qualités à ce parfum agréable et confortable, je veux même bien le trouver réussi, mais ces qualités, on les retrouve ailleurs, dans d'autres parfums, plus éclatantes et mieux exprimées; du coup, ce parfum ne me fait pas envie, n'apporterait rien à ma collection. Parfait en revanche pour qui ne s’intéresserait pas vraiment au parfum, n'en porterait qu'un pour compléter son allure, de façon très sociale pour plaire à l'entourage? Peut-être, mais pourquoi courir dans une boutique de l'Artisan pour ça? Franchement, le premier Guerlain grande diffusion fait aussi bien et même mieux avec l'avantage d'être beaucoup plus simple à se procurer... Ici, il y a bien une certaine richesse mais qui tourne plus à la confusion qu'autre chose, j'aurais pu aimer cette Traversée si elle avait été plus lisible. C'est possible aussi que je n'arrive pas à entrer dans sa complexité, mais au final, j'aurais l'impression de perdre mon temps à essayer.

Tout ça m'a fait penser à Allure que j’avais tellement envie d'aimer aussi  parce que c'était signé Chanel et que je n'avais jamais été déçu, que Coco et Égoïste était si bien réussi etc. Le concept me plaisait. Le parfum, je suis allé jusqu'à l'acheter avant de réaliser qu'en fait, je le trouvais bien fait dans un genre banal que je n’appréciais pas et ne voulais surtout pas porter, finissant par le détester franchement.

Résultat, je me suis rendu compte à temps que je n'allais pas traverser le Bosphore et qu'ainsi, je trouverais le parfum agréable sur d'autres en me protégeant de sa banalité qui mettrait les parfums plus splendides de ma collection en valeur. Mais je regrette quand même qu'il soit sorti, qu'il y ait trop de sortie maison d'ailleurs, faisant le bonheur de la presse, parler de l'Artisan, mais n'apportant pas grand chose. Pourquoi cette accélération des lancements partout? Pourquoi ne pas comprendre que tous les jus sortis des labos ne méritent pas d'être exploités? Dans Le cas de la Traversée du Bosphore, je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'est pas forcément bon que le nez soit à la tête de la marque, ai un trop grand pouvoir de décision, comme Elléna chez Hermès qui nous sort aussi tout ce qu'il a essayé... Non, le moindre exercice ne mérite pas la commercialisation. Si le mainstream n'ose pas et nous sort des clones à la pelle, les niches osent trop, prises d'un délire créatif qui semble estimer que toute création vaut d'être montrée. Je l'ai déjà dit, mais je suis saoulé, lassé.


La traversée du Bosphore, Bertrand Duchaufour pour L'Artisan Parfumeur, 2010

lundi 13 décembre 2010

Goûter chez Gauguin

Il y a des parfums à coté desquels on passe parce que ce n'est pas le bon moment, exactement comme on passe à coté de certains livres. J'ai lu la Princesse de Clèves trop jeune, ou trop romantique: elle m'énervait, je ne lui voyais aucune noblesse, juste de la bêtise. Pour Timbuktu, je suis incapable de dire ce qui s'est passé, mais l'autre jour, je l'ai recroisé pour la Xème fois et ce fut la révélation...


J'ai été projeté dans un décor exotique à la Gauguin ou j'ai goûté un encens-fruit incroyablement juteux et frais, d'habitude, je mange proprement, mais cette fois ça dégoulinait sur mon menton... Vous ne saviez pas que l'encens était un fruit? Moi non plus, je l'avoue. Merci à l'Artisan Parfumeur de me l'avoir révéler. Autre surprise, cet encens m'était servi par M. Vétiver. D'habitude, j'ai du mal avec lui, il me donne l'impression que je vais subir un sermon en raison de mon incroyable futilité mais dans ce décor de vacances paradisiaque, il était détendu et rieur, drôle, et je me suis rendu compte que finalement, on pouvait s'entendre et s'amuser lui et moi.

D'habitude, je ne suis pas trop porté sur l'exotisme que je trouve souvent forcé, comme ces décor hôtels construits à la chaîne, faussement typique, sans risque pour le touriste qui n'y est jamais vraiment dépaysé, sans âme. Avec ce parfum, j'ai été conquis, je ne sais pas s'il est vraiment plus authentique, mais tout d'un coup, j'y étais. Transporté. Dépaysé. Incroyablement bien. 

Tant qu'il y aura des parfums comme celui-là, je pourrai rester optimiste.

Timbuktu, Bertrand Duchaufour pour L'Artisan Parfumeur, 2004

mardi 16 novembre 2010

Réflexions parfumées désabusée en passant...

Il m’arrive d’avoir des pensées monstrueuses. Cet après-midi, j’ai envisagé la disparition de la maison Guerlain. Et ça ne m’a pas traumatisé. Je n’en ai pas été plus bouleversé que cela. Je sais que pas mal d’aficionados vont hurler au scandale ; mais elle ne me manquerait pas plus que cela. Je regretterais un beau patrimoine, mais Guerlain a perdu la faculté de m’émerveiller, de m’enchanter. Non, je n’attends plus ses nouveautés avec impatience, je ne mise plus sur cette maison avec espoir, elle m’indiffère, est devenue pour moi une marque banalisée qui n’apporte plus grand-chose depuis des années. Je le regrette. Et j’en suis à me demander maintenant s’il y a vraiment une marque sur laquelle je mise. J’aime beaucoup l’Artisan Parfumeur et Annick Goutal, mais…

Finalement, peut-être que j’ai dépassé ce stade et que seul l’odeur m’intéresse ? Je n’en suis pas persuadé car certaines maisons me semblent toujours infréquentables, mais je laisse quand même de plus en plus d’apriori derrière moi ; ce qui n’est peut-être pas une mauvaise chose.

C’est tout un pan de mythologie qui s’effondre dans un coin de ma tête, mais peut-être la part belle au créateur? Cet inconnu absolument pas médiatisé auquel on ne pense quasiment jamais. Finalement, mon attachement à l’Artisan vient peut-être aussi du fait qu’il le laisse s’exprimer ? Peut-être même que seule la création reste, seule l’odeur ayant survécu à la publicité, au commerce, qui prétendent m’imposer un imaginaire, fascinant et beau parfois, certes, mais qui m’est étranger ?

lundi 11 octobre 2010

Le sillage d'un absent, toujours inconnu mais profondément aimé.

Certaines choses gagnent à être évoquées plus qu’à être représentées dans toute leur splendeur.

Passage d’enfer me transporte dans un ailleurs mystérieux ou tout semble briller par l’absence et le mystère. Ce parfum est habité, mais je n’ai jamais réussi à rencontrer l’inconnu qui se dérobe sans cesse, je perçois l’odeur de l’encens qui s’est accrochée à ses vêtements,  un soupçon de lys et du benjoin, mais tout cela semble décanté, évanescent, j’ai beau me retourner, chercher, appeler, questionner; mon inconnu à toujours invariablement disparu. Peut-être sa splendeur me brûlerait-elle comme lorsque Jupiter s’est dévoilé à Sémélé? Peut-être n’existe-t’il que sous la forme d’une calligraphie au mur? Est-ce une belle de l’ère Heian, une divinité païenne ou un prêtre catholique? Je ne sais. Je ne connais que sa trace sur ma peau.
in the mood for love
Olivia Giacometti a réussi là un parfum intensément poétique et délicat, terriblement évocateur mais facile à porter. Le mot de l’Artisan, une eau d’encens est incroyablement juste. Mon Dieu mais que de merveilles dans le catalogue de cette marque qui sait être rare, originale, inspirée tout en demeurant confortable et élégante à des prix raisonnable.

Passage d’enfer, Olivia Giacobetti pour L’Artisan Parfumeur,1999

dimanche 5 septembre 2010

La mûre et le musc chez l'Artisan Parfumeur

32 ans déjà pour ce parfum et pas une ride. Je trouve qu’il donne très bien le ton des créations de l’Artisan Parfumeur qui sont presque toutes hyper faciles à porter. Pour moi, en parfumerie, c’est la marque bohème chic par excellence qui nous fait des jolies choses, luxueuses, sophistiquées, mais qui ont l’air faciles, simples, évidentes.

Un coté Cologne qui se remarque à peine, des muscs blanc très propres et de la mûre gourmande: voila qui pourrait donner quelque chose qui aujourd’hui serait banal, voir un peu commun et cheap puisque Mûre et Musc a été beaucoup imité, mais reste inégalé…

Les muscs pourraient évoquer le propres façon T-shirt en coton blanc tout juste sorti du séchoir comme dans beaucoup de parfums frais qui en abusent, mais ici, on ressent plutôt une impression de légèreté comparable à de la mousseline blanche. Souvent, l’Artisan s’est resservi de cette signature des muscs. Et la mûre, loin d’évoquer un sirop est en fait très discrète, bien que très présente. Elle a ce coté réaliste du fruit qui se cache sous les buissons et se laisse découvrir de temps en temps. Elle est bien là, mais j’ai constamment l’impression de la perdre de vue, qu’elle disparait, s’éloigne et puis tout d’un coup, de la retrouver, mais par hasard, pas en me concentrant, plutôt comme si elle s’offrait en une bouffée généreuse d’un seul coup. C’est très troublant et très réussi surtout pour moi qui ne suis pas amateur de fruités. 

Si c’était un film, ce serait le Marie-Antoinette de Sofia Coppola: les passages à Trianon.  C’est un parfums qui semble fait pour évoquer les jours heureux et légers. Il porte en lui une vraie nonchalance qui le rend incroyablement cool aussi: une vraie assurance d’attitude qui proclame "je suis peut-être sublime mais je ne l’ai pas fais exprès."

Plusieurs versions sont disponibles, mais l’originale eau de toilette est celle qui m’a le plus convaincu, l’eau de parfum me semblait trop confite et n’apportait pas grand-chose de plus au rayon tenue et sillage: il dure longtemps et si il semble n’avoir pas de sillage, coller à la peau (c’est une critique qu’on fait souvent à l’Artisan) il faut se méfier; alors que j’était persuadé qu’il ne sentait plus, il a été parfaitement identifié par des gens qui ignoraient tout de mon parfum du jour. Comme la plupart des créations de l'Artisan, je le porte les jours ou je n'ai pas vraiment envie de faire un effort pour me mettre à la hauteur d'un parfum bien que je veuille toujours sentir bon et un minimum de sophistication autour de moi.