Avez-vous remarqué comme ces deux mots vont bien ensemble ? Comme ils semblent fait l'un pour l'autre, dans une rime parfaite, musicale, presqu'un mantra, une incantation. À croire que la langue française est allée chercher l'anglais pour le seul profit d'Arpège... (Et je précise que, très diffèrent, le Arpège actuel n'est pas mal du tout. C'est juste qu'il n'a pas grand-chose à voir)
Arpège est le classique des classique. Né à la fin des années folles, il préfigure le néo-classicisme des années '30. Au misérabilisme de luxe de Chanel, au tape à l'œil lamé or des garçonnes Art Déco, Jeanne Lanvin opposait une élégance plus conventionnelle qui séduisait les riches élégantes avec ses lignes adoucies, ses robes de style inspirées des costumes d'époques plus anciennes, sa palette de couleurs subtiles dont le célèbre bleu Lanvin. La muse, l'inspiratrice, l'objet de tous les hommages, de toutes les attentions, c'était Marie-Blanche, la fille chérie, pour laquelle s'était bâti un empire. Lanvin faisait déjà des parfums, mais le chef d'œuvre, la pièce rare, ce fut Arpège en 1927. Pour Arpège, on alla voir du côté des grands floraux aldéhydés dont la mode avait été lancée par le N°5, mais à l'éclat tapageur de celui-ci, à sa splendeur dorée, un peu parvenue, on allait substituer une patine automnale.
J'ai toujours perçu les aldéhydes comme un halo doré : Arpège tire les siens vers des tonalités d'or bruni, une chaleur de soleil couchant qui font osciller discrètement le parfum entre poudreux et savonneux, avant d'enchaîner avec le bouquet ultra-classique rose-jasmin. La rose domine, mais selon les versions, on perçoit plus ou moins le jasmin. La version eau de parfum des années '80 était la plus jasminées selon moi. Le tout est très lié, fondu, pas en une masse compacte mais semble plutôt couler de façon soyeuse sans les pénibles et brutales transitions que beaucoup de parfums actuels nous imposent. Arpège continue sa balade automnale en mêlant les bois à un fond traditionnel ambré animalisé, se donnant des airs de fourrure toute douce. Au final, Ce parfum sent véritablement la grande dame, il est toute élégance, raffinement sans tapage, avec cette assurance innée, cette présence des gens bien nés qui n'ont jamais fréquenté que le meilleur monde, qui savent tenir leur rang, le premier.
Arpège, André Fraysse pour Lanvin, 1927
