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mardi 17 avril 2012

Flanker Sportif


Un bonbon à la menthe glacée, un pschitt de déodorant qui sent bon le propre et le frais sur le fond d'a*men et vous voilà prêt pour aller faire du sport. Le nouveau flanker estival du masculin Mugler est impeccable, blanc et brillant comme un survêtement de polyamide. Les amateurs de lycra vont adorer.

A*MEN pure shot, Jacques Huclier pour Thierry Mugler, 2012

jeudi 2 février 2012

différent?

Portons tous le même parfum et soyons tous différents: le concept n’est pas neuf, il descend en droite ligne de CKone, dont le succès planétaire a visiblement fait rêver Hugo Boss qui le reprend une fois de plus. Toujours pas de Kate Moss, mais Jared Leto. Pour ce qui est de l’odeur, on donne dans la fraîcheur masculine, rappelant à peu près tout ce qui s’est fait dans ce domaine depuis l’Aqua di Gio d’Armani jusqu'à Bleu de Chanel, en le dépersonnalisant au maximum. Les gens qui aiment sentir le propre vont peut-être l’acheter pour les beaux yeux de Jared Leto: il me semble plus simple de prendre une douche quand je veux me sentir propre et je me demande toujours ou est la différence…

Triste et ennuyeuse histoire.

Hugo, just different, Hugo Boss, 2011

mercredi 20 juillet 2011

Je ne suis pas Égoïste

Le temps ne change peut-être pas tant les choses que notre façon de les voir…En 1990 Egoïste était un enchantement typiquement Chanel qui pouvait paradé au bras de la belle Coco, garçonne au longue jambe qui savait si bien arborer gouaille et paillettes dans un esprit terriblement "chic parisien" comme les japonais aiment le prendre en photo. Égoïste démarrait fraîchement, imposait son bouquet de fleur rapidement avant de s’alanguir en bois, le tout dominé par des épices, cannelle en tête. C’était très joli, délicieusement androgyne et il y avait un poil de sucre qui le rendait irrésistible bien avant l’air du bonbon hypercalorique cher à tant de maisons actuelles.


Et puis…

Et puis, j’ai connu Bois des Îles, si terriblement Chanel, si proche du N°5 en fleuri aldéhydé, si parisiennement exotique avec son joli santal peau de pêche. Subitement aujourd’hui, j’ai eu envie de ressentir cet Égoïste qui m’avait laissé un bon souvenir après que je sois passé à autre chose. Oui, il a quelque chose de Chanel, indubitablement, mais il est agressif là ou l’autre est assuré, il semble presque aigre, aigris, là ou Bois des Îles est toute douceur. L’Egoïste est du genre à faire l’amour en vitesse alors que la langueur de Bois des Îles prend tout son temps. Ou est la richesse de l’accord floral, la douceur du santal à effet de peau exotique ? Cet Égoïste-là n’est qu’un cadre dynamique et pressé ! Je reprendrai plutôt l’invitation au voyage et tant pis pour la modernité ! Je ne suis pas un Égoïste, c'est plutôt une bonne nouvelle, non?

Confirmation de la vendeuse qui me le faisait tester: à coté de l'exclusif, l'Égoïste ne tient pas vraiment le coup. Mais alors, pourquoi lui? Besoin de nouveauté et volonté de sortir un produit clairement labellisé "masculin" chez Chanel qui n'avait que l'ancien, mais joli, Chanel pour Monsieur. C'est donc cela être un homme? Durcir le ton?

François Demachy et Jacques Polges pour Chanel, 1990.

mardi 21 juin 2011

Néo classique ou déjà vu ?

Le classique de Gaultier a semblé moderne à toute une jeune génération qui ne connaissait pas ses classiques et a rappelé quantité de bons souvenirs aux plus âgés. Rien ne semblait neuf dans ce parfum : une odeur à l’ancienne fleurie poudrée vanillés bien faite qui semblait reprendre une ancienne formule Guerlain en la modernisant comme si Estée Lauder était passée par la en lissant le parfum pour le rendre plus svelte, plus mince puisque,en dépit des efforts de Jean-Paul, les femmes ne portent plus de corset mais vont à la gym… Un flacon quasi copié-collé du Shocking d’Elsa Schiaparelli. Si Schiapp s’était inspirée de Mae West, Gaulhier peut revendiquer le patronage de Madonna, la sainte patronne du dessus-dessous, qui s’est empressée d’arborer ses corsets.

Le moins que l’on puisse dire c’est que JPG a payé de sa personne faisant la tournée des émissions de télé comme une pop star pour son premier album, fidèle à lui-même , jovial, sympathique, un peu excentrique mais si sympathique dans son uniforme kilt et marinière (un uniforme bien trouvé : assemblage inédit de deux vêtement vieux comme le monde…), invoquant sur chaque plateau de journal télévisé le souvenir de la boîte à maquillage de sa chère grand-mère qui l'initia à la mode.

Le Mâle reprenait l’exercice dans un flacon qui faisait couple avec le féminin : une fougère capiteuse ou la lavande est fortement réchauffée, oui, ça rappelle des choses entre Jicky de Guerlain, Pour un Homme de Caron et le moins chic Brut de Fabergé. L’idée de génie était d’orienté la campagne publicitaire vers le public gay dans une ambiance Pierre& Gilles rencontre Fassbinder, car comme toute fille à PD le sait depuis longtemps, le look de l’hétéro de demain, c’est celui du gay d’hier.

J’avoue que Gaultier n’a pas vraiment réussi à me toucher. Peut-être parce que je ne suis pas du coté Guerlain, même modernisé de la force. Ou peut-être que d’avoir saisi immédiatement les codes ne m’a pas fait rêver contrairement à beaucoup d’autres qui étaient moins averti. Cependant, si la créativité est moindre que les fans ne le pensent, il faut reconnaître que la qualité était au rendez-vous pour des parfums finalement assez séduisants dans leurs genre tellement convenu qu’ils en paraissaient nouveaux.

(Dans le cas du Mâle, il faut dire que je n’ai jamais été sensible au travail de Francis Kurkdjian )

Jean-Paul Gaultier Classique, Jacques Cavalier pour Jean-Paul Gaultier, 1993
Le Mâle, Francis Kurkdjian pour jean Paul Gaultier, 1995

Illustrations: N&B Madonna, couleurs: extrait de Querelle de Fassbinder.

mardi 17 mai 2011

Déclaration, Ellena et moi. Ou plutôt et pas moi.


Claude le Lorrain

J’a ai passé la journée d’hier en Déclaration (Jean-Claude Ellena pour Cartier, 1998) et assez vite, je me suis senti assez mal, déguisé dans ce parfum que j’aime pourtant tellement et depuis si longtemps qu’il ne peut plus vraiment me surprendre. Cela m’a rendu presque triste, mais en dépit de sa grande beauté, Déclaration n’est pas pour moi, ne me correspond pas. Déclaration est classique, magnifiquement, comme une toile de Claude le Lorrain, équilibré et beau, comme souvent le travail de Jean-Claude Ellena. Oui, je sais qu’il est plus souvent question d’aquarelles que de grands paysages à l’huile pour commenter son travail, mais j’aurais aussi bien pu le comparer à l’acropole d’Athènes, je ne veux pas dire que les deux choses sont équivalentes en termes de format, je parle de mon ressenti et de l’esprit de la chose. Je ne veux pas dire, en usant du mot classique, traditionnel car ce parfum est beaucoup plus moderne que moi.

Fragonard

Moi, comme on me l’a dit une fois d’un ton chargé du plus grand mépris, je suis Pompadour. Je peux aussi bien le revendiquer, comme la marquise n’avait pas honte d’être née Poisson : oui, je suis bourgeois et conventionnel, sous des dehors de fantaisie qui peuvent sembler modernes : Ne me conviennent que les choses à l’ancienne, un peu mignardes. Pas les grands drames baroques, plutôt le Rococo dans sa recherche de grâce, le légèrement déséquilibré. Le chic with a twist ? Pour reprendre une expression de modeuse. Voila, autant pour mon "genre", mais ça me désole et secrètement, je rêverai sans doute toujours de cette beauté classique et moderne à la fois. 

(C'était la minute narcissique: trouver son style)

samedi 30 avril 2011

Retour à la Terre

Terre d'Hermès consiste pour moi en la superposition de deux notes comme Jean-Claude Ellena sait si bien le faire: je pense notamment à Déclaration de Cartier et à Bigarade concentrée aux Editions Malle. Ici, je sens une marmelade d'orange amère, thin cut, de celles que seuls les anglais savent faire (avec une pointe de whisky) et un accord de bois, sec, austère, un poil poussiéreux. (terreux?)

Steeve McQueen
Ces deux accords reste bien distincts, ne se fondent pas, ne se succèdent pas mais semblent plutôt dialoguer, l'orange amère baissant la voix, laissant toujours plus de place au cèdre et à sa sensualité. La formule peut sembler simple, mais pourquoi faire compliqué? Terre possède un vrai "chic sportif" à la Steeve McQueen qui le place effectivement du coté viril de la force. Attention donc: jeunes espoirs chichiteux, dandy efféminés, s'abstenir! Il convient à ceux qui s'assument, ce qui explique son succès auprès des plus âgés. (ça et le fait que la clientèle traditionnelle d'Hermès ne soit pas exactement jeune, jeune, jeune.) Du coup, il est à essayer en contre emploi sur une femme jeune et jolie, faussement négligée, qui pique l'after-shave et la montre de son homme parce que ça fait bien ressortir qu'elle est une fille. 

Tenue et sillage impeccables. Que cela fait du bien de voir qu'un parfum de qualité peut trouver sa place et rencontrer le succès auprès du grand et large public.

Terre, Jean-Claude Ellena pour Hermès, 2006

mardi 5 avril 2011

If the look is masculine the name is...

Mon adolescence a été hantée par un masculin: Azzaro pour homme, le parfum qui m'a presque dégoûté à tous jamais des fougères. Azzaro  a une formule basique assez limpide, notes aromatiques fraîches, lavandées, un peu citronnées sur une base sombre entre cuir, bois et baumes... Azzaro a aussi une puissance peu commune pour un masculin "antique" et dégage une virilité évidente, agressive, massive et un peu bourrine.

Ross Taylor
Voila un parfum subtil comme un dialogue de film porno. (Probablement le genre préféré du porteur de base.) Pourtant, avec le temps, j'ai appris à apprécier son mélange indélicat d'ambiance barbier et de menton mal rasé-torse velu et chaîne en or. Je n'en reviens pas à chaque fois que de constater qu'il est toujours en vente, fidèle à lui-même, mais j'ai une certaine sympathie pour lui finalement. Il n'est pas mauvais bougre et ce n'est pas franchement sa faute s'il n'a pas d'éducation. Il faut le prendre comme il est: braillard et tapageur, se plaisant à l'exhibition de sa virilité en bon bear qui parade sur le char d'un bar cuir à la gay pride. Finalement, même si c'est sans le vouloir, il est assez drôle. Lorsque je le sens, je ne peux m'empêcher de penser au slogan du studio (très spécialisé) Colt: 

If the look is masculine, the name is Colt AZZARO pour Homme


Azzaro pour hommes, 1978

vendredi 17 décembre 2010

Sécrétions pas si Magnifiques....

J'aime bien l'avant-garde et le concept d'odeur plus que de parfum, c'est pourquoi malgré mon coté très "grande bourgeoise" olfactif, j’apprécie beaucoup Comme des Garçons en parfums alors qu'en terme de vêtements, je suis plus réservé: le concept tombe mal sur moi et je ne sais pas le porter autrement que "chiffon mal coupé" ce que je regrette amèrement, j'adorerais faire partie de l’intelligentsia austère du concept au chic codé pour initié.

Etat Libre d'Orange me laisse assez sceptique bien que j'apprécie la démarche de renouvellement par dynamitage intérieur et humour mais, simplement, j'ai tendance à ne voir souvent que des parfums relativement classiques plutôt mal exécuté même si certains ne sont pas sans évocations plaisantes. Putain des Palaces est une odeur de vamp classique, plutôt bâclée, Vraie Blonde voudrait renouveler en rendant hommage aux aldéhydes et à Marilyn mais est tout juste plat et acceptable comme bain mousse etc. J'avoue que Charogne ne me plait pas vraiment mais propose quelque chose d’intéressant, un semblant de piste bien que le coté "explorons le coté sombre" me paraisse un peu surfait. Etc. 

Sécrétions Magnifiques va un peu plus loin et semble vouloir battre la Marque de Rei Kawakubo sur son propre terrain en osant l'odeur et annonce ce qu'il y a de pire: sang, salive, sperme... La provocation étant habituelle chez ELO, on ne s'attend pas forcément au pire. Peut-être à tort cette fois...

Le parfum démarre sur une note métallique intense et glacée qui évoque le goût du métal en bouche, peut-être le sang, effectivement mais avec toute la barre métallique qui l'a fait couler... Et cette barre de métal, il semble que l'on doive la lécher et la savourer pendant des heures aussi pénible que ça puisse être. On pourra reprocher bien des choses à Sécrétions, mais pas de manquer de tenue ou de sillage. Juste quand j'étais sur le point de craquer et envisageais la douche comme remède est apparu le "fond" sale qui ne m'a pas particulièrement évoquer la plongée dans un slip usagé barbouillé de sperme comme l’intitulé, la publicité et la ravissante étiquette collée sur le flacon pouvaient le laisser présager mais je n'en ai pas soupiré d'aise pour autant: ce que j'ai découvert ne valait pas mieux, n'étant pas plus propre ou appétissant, juste moins sexuel puisque sous ce métal qui n'en finissait pas est finalement apparu ce qui m'a évoqué la chaussure pourrie, trop portée par un pied trop sujet à la transpiration. 
J'avoue que ce coté sordide brut de décoffrage m'a un peu laissé dans le doute une fois de plus. Bien sûr, l'idée de départ est intéressante mais en même temps, quoi de vraiment neuf au pays du sent bon? La note métallique, on la perçoit depuis longtemps depuis Calandre il me semble.  Très présente et reconnaissable, je pense à Odeur 71 de Comme des, justement, ou elle est entourée, réchauffée par des comparses aussi étranges qu'elle, poussières, plastiques qui évoquent le bureau et le site industriel  dans une version portable et assez séduisante pour l'entourage. Le fond sale? Mais il me semble que c'est l'un des pilier de la parfumerie française la plus classique, perceptible dans mon cher N°5, dans Shalimar ou Jicky et... et... et... (liste sans fin) Je ne dirais pas que Sécrétions manque d'enrobage, c'est juste qu'il n'a pas de construction, tout simplement et que l'idée amusante de départ tourne court parce qu'Antoine Lie n'a pas crée un parfum, juste assemblé une note de tête envahissante et une note de fond repoussante en oubliant que pour être délicieuses elles devaient faire un bon mariage. Et c'est vraiment cette incomplétude qui me dérange. J'aurais tant aimé être bousculé par quelque chose qui serait une vraie oeuvre pas juste une piste, une idée de... Un parfum sorti trop tôt et qui se serait plus justement appelé "éjaculation précoce" comme souvent chez ELO?

Détat Libre d'Orange, j'ai envie de dire en citant Shakespeare "beaucoup de bruit pour rien" mais ce serait un peu injuste. "Beaucoup de bruit pour pas grand chose" est non seulement plus fair play, mais plus exact. Je trouve qu'il faut laisser une chance à la marque: après tout Guerlain par rapport au nombre de produits lancés sur le marché depuis sa création ne compte qu'un petit nombre d' oeuvres capitales! Et ELO essaye vraiment de faire quelque chose de diffèrent. Si simplement, ils délaissaient un peu les effets d'annonce au profit d'une vraie créativité, d'un véritable travail sur le parfum.

Sécrétions Magnifiques, Antoine Lie pour Etat Libre d'Orange, 2006

lundi 13 décembre 2010

Goûter chez Gauguin

Il y a des parfums à coté desquels on passe parce que ce n'est pas le bon moment, exactement comme on passe à coté de certains livres. J'ai lu la Princesse de Clèves trop jeune, ou trop romantique: elle m'énervait, je ne lui voyais aucune noblesse, juste de la bêtise. Pour Timbuktu, je suis incapable de dire ce qui s'est passé, mais l'autre jour, je l'ai recroisé pour la Xème fois et ce fut la révélation...


J'ai été projeté dans un décor exotique à la Gauguin ou j'ai goûté un encens-fruit incroyablement juteux et frais, d'habitude, je mange proprement, mais cette fois ça dégoulinait sur mon menton... Vous ne saviez pas que l'encens était un fruit? Moi non plus, je l'avoue. Merci à l'Artisan Parfumeur de me l'avoir révéler. Autre surprise, cet encens m'était servi par M. Vétiver. D'habitude, j'ai du mal avec lui, il me donne l'impression que je vais subir un sermon en raison de mon incroyable futilité mais dans ce décor de vacances paradisiaque, il était détendu et rieur, drôle, et je me suis rendu compte que finalement, on pouvait s'entendre et s'amuser lui et moi.

D'habitude, je ne suis pas trop porté sur l'exotisme que je trouve souvent forcé, comme ces décor hôtels construits à la chaîne, faussement typique, sans risque pour le touriste qui n'y est jamais vraiment dépaysé, sans âme. Avec ce parfum, j'ai été conquis, je ne sais pas s'il est vraiment plus authentique, mais tout d'un coup, j'y étais. Transporté. Dépaysé. Incroyablement bien. 

Tant qu'il y aura des parfums comme celui-là, je pourrai rester optimiste.

Timbuktu, Bertrand Duchaufour pour L'Artisan Parfumeur, 2004

mardi 30 novembre 2010

la vanille change de registre

J’aime la vanille en dessert, nettement moins en parfum, probablement parce que je n’apprécie pas le coté alimentaire gourmand : olfactivement, je suis plutôt anorexique. La vanille, pour arrondir, poudrer, j’adore, mais dès qu’on entre dans le sirupeux, le gras, la compensation pour gloutonne immature en phase de régime, je préfère passer mon tour, je n'ai aucune envie de me transformer en crème brûlée géante. Exit donc, les vanilles en solo…

L’Eau Duelle a réussi à me séduire parce que Diptyque a réuni autour de la vanille un supporting cast très discret mais franchement à la hauteur pour en faire la vedette d’une comédie sentimentale légère. Le même genre de surprise que Garbo dans Ninotchka dont toute la promo était « elle rit. » Pas une superproduction, mais un petit film de studio bien fait ou l'actrice principale change enfin de registre, ce qui lui réussi bien et semble lui plaire autant que nous: Mademoiselle Vanille en avait probablement marre de ses rôles habituels.

Ninotchka
La vanille ici se fait légère au départ, fraîche et transparente, puis s’épice et se veloute, se poudre, mais pas dans un registre cocotte capiteux, plutôt brumeux comme la poussière de la route qui brille dans le soleil par une belle journée, petit tourbillon de paillettes d’or dans l’air doux qui empêche de voir la voiture qui s’en va disparaître dans le lointain. Ce n’est pas un parfum inoubliable ou indispensable, c'est même plutôt décevant de la part de Diptyque dont on attend autre chose, plutôt un petit plaisir, mais un joli plaisir, ni enfantin, ni boulimique que j’aime personnellement beaucoup et que je prendrais plaisir à porter quelle que soit la saison quand on a juste envie de sentir bon. (Bien que… pas au printemps finalement.)



Attention, peut faire de l’effet sur le sexe opposé !

Eau Duelle, Fabrice Pellegrin pour Diptyque, 2010

dimanche 28 novembre 2010

muscs infernaux

Longtemps, je me suis cru amoureux du musc, avant de me rendre compte que finalement, non, ce n’était pas pour moi ces magnifiques délires animaux. Mes deux plus belles explorations ont été le Musc Ravageur de F Malle et le Musc Koublaï Khan de S Lutens. Les deux m’ont renvoyé à un imaginaire orientalisant et un peu décadent.
Delacroix, La mort de Sardanapale


Musc Ravageur, le plus lascif des deux, tourne autant autour de la vanille et de l’ambre que du musc. Véritable réincarnation moderne et non poudrée, ou si peu, de Shalimar, bijou de senteur dorée pour cocotte XIXème, il me fait penser à l’Esther de Balzac, la belle juive de Splendeurs et misères des courtisanes, tantôt brune, tantôt blonde, femme fatale et amoureuse maudite, dont la psychologie n’est pas vraiment nécessaire à l’économie du roman, tant elle n’est qu’un objet de désir, miroir des hommes qui l’entourent, la convoitent et l’utilisent tour à tour. Indubitablement, il a des relents de harem tel que fantasmé par les romantiques et les décadents.

Nijinsky, 1910.

Musc Koublaï Khan est plus franchement animal, plus épicé, plus sombre, autre genre de bijou, à la monture barbare, dont on peut penser qu’il orna la poitrine de vaillants conquérants. Il m'évoque les ballets russes, véritable choc culturel pour l’occident belle époque, qui évoquait  un orient fait de raffinement et de sauvagerie, de sensualité et de cruauté, faisant claquer les couleurs et les motifs, enchevêtrant les corps dans une danse d’amour ou un combat.

Sombres, soyeux et veloutés, je n’ai jamais réussi à choisir entre les deux, les envisageant plutôt comme un couple infernal, terribles divinités chthoniennes, priées parce que craintes, dont on se fait des alliées, mais dont il convient de se méfier.

Les deux allient tenue et sillage, franchement difficiles à porter, définitivement pas destinés à un usage quotidien, à moins d’assumer  cette violente sensualité et les réactions qu’elle peut générer. Le musc n'est définitivement pas social, ni consensuel, vous voila prévenus.

Musc Koublaï Khan, Serge Lutens et Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salon du Palais Royal, 1998
Musc Ravageur, Maurice Roucel pour les Editions de ParfumS Frederic Malle, 2000

mardi 23 novembre 2010

Draps propres et sueur

Déclaration pourrait être décrit comme un boisé épicé avec des notes d'agrumes et ça ne voudrait rien dire... 
Colton Ford
Colton FordPour moi, déclaration est avant tout la rencontre de deux notes, deux univers, diamétralement opposés. D'un coté, des senteurs fraîches, d'agrumes juteux qui évoquent le propre d'une façon crissante, presque cassante comme des draps trop amidonnés qui vous donnent cette sensation de froid  qu'on éprouve toujours dans les hotels; de l'autre, avec une note boisée blonde qui les relie, une note épicées (cumin) qui évoque de façon très nette le sale en général, et la sueur en particulier. Tout cela aurait pu donner un parfum qui évoquerait un déodorant bon marché sur un macho mal lavé, mais l'ensemble au lieu d'être simplement superposé ou de laisser découvrir une note après l'autre, est absolument fondu et donne une odeur qui a les qualités des deux autres tout en étant unique et absolument lisse. C'est un effet totalement fluide et sans aspérité, d'une belle sobriété. Minimaliste, peut-être, mais sans pauvreté, Déclaration semble évident comme la chemise blanche ou la petite robe noir avec sa sensualité sans lourdeur. Il m'a immédiatement donné cette sensation de classique, doux et élégant, même si je peux comprendre que l'aspect "aisselle" puisse déranger.

Déclaration, Jean-Claude Ellena pour Cartier, 1998

dimanche 14 novembre 2010

À chacun ses madeleines…

Plus je fréquente Comme des Garçons, et tout particulièrement la série synthétique, plus j’apprécie le travail effectué. Oui, c’est déconcertant, mais je trouve que c’est résolument actuel et novateur. Le coté chimique est parfaitement assumé et l’inspiration radicalement contemporaine peut véritablement toucher le pur urbain que je suis. Je n’ai pas connu des vacances à la campagne, chez une grand-mère tant aimée qui portait l’Heure Bleue, passant des heures à jouer à chat avec ma petite cousine habillée de vichy rose d’une façon très  petites filles modèles…  Mon imaginaire est autre, un peu moins aristocratique, un peu moins bourgeois. Ou peut-être suis-je juste lassé des éternels mêmes clichés. 

Original
Tar me parle. Résolument orienté "bleu de travail", il évoque le goudron de façon très directe, jusqu’au malaise, tant on perçoit la réalité de la matière: noire, dense et luisante. C’est une odeur de route des vacances, au moment de l’embouteillage pour cause de réparation de la route: les fenêtres de la voiture sont ouvertes et sur la banquette arrière, accablé de chaleur, je regarde,un peu nauséeux, troublé par l’odeur qui envahi l’habitacle sans comprendre qu’il s’agit de sensualité, les ouvriers qui réparent la chaussée, sans vraiment les voir, rêvant à demi. Assez vite, le parfum gagne de la vitesse et l’odeur, quittant l‘embouteillage, se fait plus transparent et voilé d’un nuage de poussière, évoluant vers une tonalité un peu plus caoutchouteuse. Je parle de poussière, parce que le contexte n’admet pas vraiment des termes comme poudreux ou soyeux, mais c’est pourtant bien dans le même ordre d’idée…

C’est assez fascinant. Terriblement inhabituel mais au final, pas plus dérangeant ou importable qu’un autre parfum lourd. La plupart des gens ne vont pas directement reconnaître l’odeur de l’asphalte et, si la tenue est bonne, surtout sur les vêtements, on ne peut pas franchement parler de sillage, ce goudron étant plutôt un parfum de peau.


Tar, Series6, Comme des Garçons, 2004

lundi 1 novembre 2010

S'en aller tous les deux, voir le sud de l'Italie...

Fermer les yeux, détendez-vous et sentez l'eau d'Hadrien... Respirez...

Vous êtes sur une terrasse avec des amis après un fou rire. Tout est subitement calme, apaisé. vous profitez du soleil en contemplant le paysage toscan. On vous sert un verre de limoncello. Au loin, le vent agite les cyprès. Vous êtes bien. Vous vous dites que c'est ça le bonheur, la vraie vie...

Voila pour moi, tout le charme de l'eau d'Hadrien, dont je n'ai jamais vraiment établi le lien avec les Mémoires. Un pur moment de bien-être, quelque chose de rare. Oui, ça sent le citron, comme le disent certains en un résumé facile, un très beau citron, sucré et juteux, gorgé de soleil, pas une chose acide de limonade ou de liquide vaisselle. Le citron plus un très beau contexte paysager. C'est une Cologne réinventée, naturelle, terriblement évocatrice et, Hélas!, terriblement fugace. Un plaisir éphémère, mais renouvelable à l'infini, Dieu merci!

Pas un parfum du mois de novembre. Alors, justement, portons-le et souvenons-nous des beaux jours, puisque tout est gris.

dimanche 31 octobre 2010

Minuit à Paris

A force de lire du bien de Midnight in Paris, j'ai fini par me précipiter sur l'échantillon, malgré mon refus des nouveauté senties au moment même ou elle sortent. J'ai bien compris l'engouement : quelque chose de sombre et doux qui équilibre bien ses notes de baumes, vanille et poudre par un départ tout en douceur qui marie bergamote et une note thé avec un coté floral discret mais intéressant. Muguet noir? Oui, moi je veux bien, même si ça n'existe pas, c'est la senteur qu'on lui imagine. Muguet timide puisqu'on est chez les hommes mais bien présent. Enfin, chez les hommes sur papier... C'est léger et subtil avec une discrétion de bon aloi: plus d'intensité aurait été plaisant mais un peu tape à l'oeil; là, c'est juste parfait d'autant que le parfum est fondu et lissé pour donner une impression de stabilité alors qu'il évolue tout en douceur. 

Pour beaucoup, c'est un souvenir de Bulgari Black, moi, il évoquait quelque choses de connu, mais pas Bulgari que j'ai assez peu connu et ce n'est qu'après avoir cherché beaucoup que j'ai fini par trouvé: Tea for Two de l'Artisan Parfumeur: la même sensation de thé fumé et de douceurs.  Mais ici, nous sommes au régime: gâteaux secs sans l'aspect confit. C'est moelleux et confortable, je devrais l'aimer, pourtant rien à faire, je le trouve assez banal et ne peux m'empêcher de penser qu'il trouve de bons échos parce que les autres sorties du moment sont affligeantes. La vérité, c'est qu'il m'ennuie.


Au même moment sort le Woody Allen du même titre, celui avec la Crala, et je ne peux que me dire dans les deux cas: pas pour moi, j'aime mieux redécouvrir une vieillerie! Les autres feront ce qu'ils veulent à minuit, moi, j'irai dormir. 


Midnight in Paris,Domitille Bertier &; Olivier Polges pour Van Cleef & Arpels, 2010

mercredi 27 octobre 2010

Get Dirty!

Comme des Garçons ose. Le premier parfum pouvait passer pour classique, les anti-parfums Odeur 53 et Odeur 71 étaient partis dans des directions nouvelles : les odeurs du quotidien, l’inorganique, créant la surprise, mais finalement sans trop choquer : l’effet était intriguant, déroutant mais assez séduisant. Ces deux parfums, surtout le premier, sont relativement inconnu mais à l’usage assez populaire auprès de l’entourage qui globalement trouve que « ça sent bon ! »

La marque de Rei Kawakubo a depuis dépassé les limites du parfum, ou de l’odeur à porter pour s’aventurer vers l’expérimental franchement difficile à assumer. La série Synthetic6 présente quelques œuvres passionnantes à sentir dont on se dit cependant qu’elles sont plus dignes du musée destinées à orner les décolletés.

Garage évoque le gasoil, l’huile de moteur, une crasse noire et grasse, avec des accents qui vont du poussiéreux au caoutchouc brûlé en passant par du métal chauffé. C’est un peu passer, après l’accent animal des parfums fourrures à l’accent minéral du parfum doudoune, dans une vision futuriste plus proche de Mad Max ou Blade Runner que de 2001 Odyssée de l’espace. Curieux et dérangeant dans son réalisme, l’effet est radical : vous haïrez ou vous adorerez cette odeur, de même que certains aiment l’odeur de l’essence ou la détestent. Garage m’a donné l’impression d’être malmené à la façon d’une Blanche Dubois violentée par un Stanley Kowalsky rentrant de l’usine dans a Streetcar named Desir. En portant Garage, on se sent sale, souillé. C’est assez troublant parce que j’ai aimé et détesté l’odeur sans parvenir à savoir si ce qui me dégoûtait, c’était cet aspect sale ou que je puisse aimer me sentir sale. Pourtant, l’odeur, débarrassée de toutes connotation et référence pourrait être jugée comme ronde et chaleureuse

La portabilité de la chose est quasiment nulle : Qui a vraiment envie de sentir comme un garagiste après une journée de travail ? Même pas les garagistes, je pense. Mais c’est à essayer, voir à posséder.

Garage, Series6 : Synthetic, Comme des Garçons, 2004

lundi 11 octobre 2010

Le sillage d'un absent, toujours inconnu mais profondément aimé.

Certaines choses gagnent à être évoquées plus qu’à être représentées dans toute leur splendeur.

Passage d’enfer me transporte dans un ailleurs mystérieux ou tout semble briller par l’absence et le mystère. Ce parfum est habité, mais je n’ai jamais réussi à rencontrer l’inconnu qui se dérobe sans cesse, je perçois l’odeur de l’encens qui s’est accrochée à ses vêtements,  un soupçon de lys et du benjoin, mais tout cela semble décanté, évanescent, j’ai beau me retourner, chercher, appeler, questionner; mon inconnu à toujours invariablement disparu. Peut-être sa splendeur me brûlerait-elle comme lorsque Jupiter s’est dévoilé à Sémélé? Peut-être n’existe-t’il que sous la forme d’une calligraphie au mur? Est-ce une belle de l’ère Heian, une divinité païenne ou un prêtre catholique? Je ne sais. Je ne connais que sa trace sur ma peau.
in the mood for love
Olivia Giacometti a réussi là un parfum intensément poétique et délicat, terriblement évocateur mais facile à porter. Le mot de l’Artisan, une eau d’encens est incroyablement juste. Mon Dieu mais que de merveilles dans le catalogue de cette marque qui sait être rare, originale, inspirée tout en demeurant confortable et élégante à des prix raisonnable.

Passage d’enfer, Olivia Giacobetti pour L’Artisan Parfumeur,1999

mercredi 29 septembre 2010

Apollon au bain: Prada infuse l'homme

Miuccia Prada a réussi a faire un succès d’une mode basée sur un paradoxe: luxueusement bourgeoise et intellectuelle de gauche. C’est fin et subtil, loin du tapage, du battage, du racolage. J’aime beaucoup mais ce n’est pas exactement mon style. Comment dire? Il semble que Prada implique des cheveux lissé et impeccables alors que les miens sont constamment ondulé et décoiffé. Vous voyez ce que je veux dire? Donc, j’ai un peu traîné avant de découvrir les parfum de la griffe et je m’en veux d’avoir perdu du temps!


L’Infusion d’homme porte un nom un peu étrange et déconcertant: testostérone en sachet façon Lipton ou eau du bain dans lequel un homme a fait trempette? La deuxième impression est plus juste puisque l’Infusion en question, directement dérivée du féminin Iris, évoque le propre, le sortir de la douche, le coton blanc etc.

L’ouverture est très Cologne , presque acide: citron, mandarine et un néroli qui fini par de faire reconnaître avant que ne vienne en scène l’iris d’abord vert et frais, ensuite, de plus en plus blanc et savonneux, à peine poudré avec en fond, quelque chose de plus sombre, un peu boisé, fumé baumé… L’étiquette annonce encens, vétiver et benjoin. Tout ça casse un peu le coté propre et si cela reste discret, c’est pourtant bien affirmé! Ce serait naïf de penser que ce parfum est juste une impression de propre, socialement acceptable, il va quand même, quoique discrètement, un peu plus loin que son odeur de salle de bain très luxueuse. Il est moderne et pas du tout vieillot alors qu’il fait référence a des choses déjà connues, Rive Gauche, White Linen ou, et cette allusion me touche particulièrement, une fraction du N°5, ce moment propre et savonneux de l’extrait et son petit fond malgré tout un peu sale. Il est aussi selon mon goût un iris pour homme beaucoup plus réussi que le Dior Homme; tout ouverture celui-là, et  a assez peu de rivaux dans son genre: son pendant féminin, et l’incomparable Iris Silver Mist de Lutens beaucoup plus froid, et beaucoup moins facile à porter, il déplaît beaucoup car trop poudré. Les fans du genre passeront volontiers de l’un à l’autre.

Si c’était un personnage de Proust, ce serait Albertine dans les jeunes filles en fleurs. Un visage entrevu, une identité dont on est d’abord incertain, mais qui sait se faire obsédante, refuse de se faire oublier. Pour ce qui est du sillage et de la tenue, le parfum de Prada pourrait vous surprendre: on le redécouvre à l’improviste, alors qu’on le pensait évanoui, une bouffée subite, un compliment inattendu, une trace nette sur les vêtements, oui, il s’accroche bien, alors qu’on croyait l’avoir oublié! D’Albertine, il a le coté enjoué et facile de la vie de bord de mer, l’élégance facile et sportive, très blanche, de la jeune fille en bicyclette conseillée par Elstir. Il a ce même coté mouvant et insaisissable que la petite bande, qui va et vient. D’Albertine, il a aussi par ses évocations de peau nue et humide, une espèce de sensualité moi tapageuse que des notes animalisées mais qui parle à l’imagination et lui laisse faire le plus gros du travail. Qu’il suffise qu’on vous ai dit qu’Apollon a pris sa douche, à vous de recomposer le tableau.

 Infusion d’homme, Daniela Roche Andrier pour Prada, 2008

jeudi 23 septembre 2010

Mise au vert

L’Eau de Campagne fait partie de ces parfums que je traîne depuis plus de 20 ans. Des rares dont je ne me lasse pas et dont j’ai besoin de savoir qu’ils sont à portée de la main pour me sentir rassuré. Pourtant dans mon entourage, elle ne suscite que des « ce n’est pas toi, tu détestes la campagne! »  Ce qui n’est pas faux, mais pas vrai non plus car si je ne peux supporter la compagne réelle, j’adore me balader dans celle de Jane Austen et c’est plutôt à cette campagne que la création d’Ellena, qui a fait des merveilles,  il est décidément parmi mes compositeur préférés, me fait penser.

Il y a le galbanum, bien vert, très « petits pois et gazon »,  marié à la feuille de tomate comme accord principal qui place d’emblée dans un contexte très potager. Au départ, un peu de basilic et de bergamote plus une pointe de citron, en cœur quelques fleurs et en fond, du vétiver, de la mousse, mai le tout très discret pour ne pas troubler cette visite de l’héroïne dans la fraiche campagne anglaise. C’est très civilisé comme nature, peut-être pas aussi travaillé et aristocratique que le parc de Versailles, mais diablement élégant et séduisant quand même dans un genre réaliste avec touche de romantisme et de poésie. Le vert le plus sympathique de la palette.

Indispensable quand on vit en ville et qu’on ressent le besoin d’une petite villégiature. Sans âge et vraiment chic.  Toujours séduisante parce que vraiment différente et à part.

Eau de Campagne, Jean-Claude Ellena pour Sisley, 1974

samedi 18 septembre 2010

Bang, le retour du parfum poilu. (Bonne nouvelle!)

Il y a du nouveau sur le front des parfums de mecs qui aiment se la jouer viril et pour une fois, le résultat est emballant: Bang!

Les parfums de Marc Jacobs s’adressaient à ses clientes et leur ressemblaient: collégiennes, aisées, aimant la mode à condition que ce soit sans risque, le sexe, la drogue et le rock n’roll avec plus de risques à condition que ça ne se voit pas.  Marc  offre maintenant à Daisy un meilleurs ami qui ressemble terriblement à son créateur préféré: musclé, assumé, tatoué, sexy, avec lequel elle pourra s’amuser comme une petite folle lors de ses virée shopping: ragots bitchy et reluquage de jolis garçons au programme. 

Bang, avec son imagerie éminemment gay, nous offre un plat de poivre noir intense soutenu par des notes boisées et un petit fond de résine qui ne l’adoucit pas vraiment.  C’est viril, fort et sec comme un antidote aux excès de douceurs toutes en sucre et fruits de ces dernières années. Fini les sirops de grenadine, les coulis de framboise, on passe à des choses fortes et sans compromis. 

Et honnêtement, c’est bien fait, très réussi. Enfin, une nouveauté, quelque chose qui dans le monde du parfum pour homme quitte la route balisée. Ça renvoie effectivement aux parfums macho façon Azzaro pour homme, avec retour du poil, de la sueur et de la testostérone, mais c’est servi avec humour. Ne pas le prendre au sérieux. Il sera pathétique sur un clone de Freddie Mercury, mais ravageur sur un émule de Jamie Oliver.  Et forcément, irrésistible sur une femme.

Si c'était un personnage de Proust? un des prostitués du bordel de Jupien dans le temps retrouvé: un innocent qui joue un jeu qu'il ne comprend et ne maîtrise pas vraiment. Il plait, sera vite remplacé si on veut quelque chose de plus sérieux, de plus authentique mais en le prenant pour ce qu'il est: rien d'autre qu'une pose sexy (et un peu racoleuse), mensongère mais bien exécutée, il y a moyen de s'amuser avec lui.

Bang, Yann Vasnier pour Marc Jacobs, 2010.