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samedi 10 novembre 2012

intimités


Je l’ai déjà dit à propos de l’Air du Temps, mais j’aime les œillets, l’aspect chiffonné échevelé de la fleur sur sa grêle tige toute raide et son parfum entre fleur et épice. On n’en offre plus beaucoup de nos jours, mais je continue d’en orner mes jardinières et d’en fleurir mon appartement. Forcément, il fallait bien qu’un jour je tombe sur Bellodgia, l’autre grand classique, le rétro, celui qui est signé Caron.

Bellodgia se pose sur ma peau en douceur, cet œillet-là n’est pas un œillet de sillage comme le Ricci, c’est un œillet intime et sombre, qui épouse d’autres fleurs, mais reste au centre de la composition, passant du poudré au crémeux. Bellodgia est parfait pour l’intimité du boudoir, il se réchauffe et s’adouci sur la peau, traîne sur les vêtements, s’offrirait presque des langueurs. Old fashioned et rétro, peut-être, mais avec cette petite touche hors du temps qu’as la beauté : il est aussi fascinant que les vamps de mélo des années ’30, les femmes fatales des polars des années ’40. La beauté se suffit à elle-même et transcende les modes. L’œillet signé Caron est intemporel.

Bellodgia, Ernest Daltroff, Caron, 1927

vendredi 2 novembre 2012

Rétro futurisme


En 1970, Caron, maison déjà déclinante, tentait l’aventure des grands espaces et visait l’Infini dans un parfum. Je suppose que le but était d’évoquer quelque chose comme les coursives de 2001, la dérive de Solaris, ou quelque chose d’aussi futuriste, mi figure-je peut-être naïvement. Le résultat fut un parfum typique des années ’70, un floral vert qui n’était pas aussi audacieux qu’il voulait le paraître.

Infini démarre sur quelques aldéhydes avec un effet un peu "Calandre" mais moins acerbe et vert, on croirait presque une cologne. Se dégage une jolie note de coriandre et le parfum se fait vert mais relativement doux, floral, très lié, très lisse. On distingue vaguement une note un peu foin de narcisse, mais adouci, c’est fleuri, mais à peine : abstrait avec des fleurs pour matériaux serait plus correct ! Tout cela se termine de façon très naturelle dans une ambiance boisée, une pointe de vétiver discernable, et légèrement fumée, là ou Calandre prenait soin de calmer le jeu en se patinant, en misant sur des notes savonneuses et cosmétique, Infini mise sur une jolie balade en forêt avec un rendu qui reste de l’ordre de l’idée, de la sensation plutôt que du naturalisme. Infini s’inspire de la nature mais ne la cite pas.

Stéphane Audran, Michel Bouquet
Juste avant la nuit de Claude Chabrol
Le parfum est joli, très bien fait, sans être un chef d’œuvre. Mais une nostalgie me prend : il semble ramener à moi une foule de souvenirs de ces années là, non pas que je l’ai jamais senti mais parce qu’il leur correspond tellement bien. Loin des patchoulis hippies, ou des parfums de grande dame couture à la Rive Gauche, il évoque les shampooings aux 7 herbes, les envies de retours à la natures et de weekends à la maison de campagne, les appartements modernes  décorés de fleurs séchées, etc. En fait, il me fait penser aux films de Chabrol de cette époque, Stéphane Audran en élégante bourgeoise, souvent habillée par Karl Lagerfeld… Infini n’est pas une œuvre d’art à contempler, mais plutôt une photo ancienne qu’on aime garder sur un coin de bureau parce qu’elle rappelle de bon moments…

Une belle époque pour la parfumerie, ou démocratisation ne voulait pas dire facilité, vulgarité. Une époque qui est discrètement à la mode chez ceux qui déteste les patchoufruits et autres fruitchoulis parce que le mainstream ’70 est diamétralement à l’opposé du nôtre : vert contre fruits rouges, subtilité contre arme de destruction massive. Le luxe se déclinait en eau de toilette, offrait les codes aristocratiques à la rue alors qu’aujourd’hui, il semble bien que la rue impose sa vulgarité au luxe qui réinterprète de façon plus onéreuse les tendances les moins raffinées…  

Infini, Gérard Lefort pour Caron, 1970.