mercredi 30 mars 2011

Soyons fous!

Je vais avoir 40 ans, voila, c'est dit, et j'aime toujours faire la fêtes, simplement, j'ai passé l'âge des goûters d'anniversaire avec gâteau en forme d'Hello Kitty dégoulinant de coulis de fruits rouges. Je préfère prendre un Campari orange, j'aime le bitter, l'amer.

Et en parfum, ça pourrait donner Yuzu Fou de Parfum d'Empire qui tourne autour des agrumes, plutôt zest que pulpe, avec le coté pétillant, léger, mais surtout le coté amer, presque aigre par moment, qui rafraîchit, donne envie de faire la fête et de dire, effectivement, "soyons fou." Là ou on aurait pu avoir une eau fraîche, quelque chose de léger et fugace, la bonne surprise est de trouver une vraie eau de parfum avec une bonne tenue et un léger sillage. C'est un vrai bonheur de le sentir jaillir comme un petit diablotin, un peu souffré, dans son joli costume, il pétille semble nous dire qu'il est temps de danser avec son petit coté menthe, ses nuances un peu vertes. J'aime bien sa façon de s'assagir avec les muscs, un peu graves, alors que la tentation aurait été de le maintenir vert et frais, ce qui n'est jamais une bonne idée car les parfums ainsi bâtis deviennent un peu grinçant, trop acerbe. Ce Yuzu devient juste plus tendre et son amertume joyeuse se fait nostalgique...

Un parfum, pas facile finalement, étonnant, alliant fraîcheur et maturité, qui évite les clichés. Un parfum intelligent.

Yuzu Fou, Parfum d'Empire, 2008

lundi 28 mars 2011

Quand Serge Lutens nous materne.

Jeux de peau à générer un vrai débat, certains l'aimant, d'autres pas: j'ai envie de dire comme toujours avec Lutens, ce qui prouve qu'il a réussi à créer une vraie marque avec un univers, une marque cohérente qui crée des attentes. Et qui dit attente, dit souvent déception. La tache est rude pour Serge Lutens, s'il reste dans son univers, on risque de le taxer de redite, ce qui n'est pas entièrement faux, et presqu'obligatoire au vu du nombre de parfums crées sur assez peu de temps finalement, soit on l'accuse de trahison s'il nous surprend trop. Un peu le même genre de débat qu'avec l'univers Guerlain. (U,nivers en perdition selon moi, mais c'est un autre débat) Au moins, Lutens est une marque forte, une marque qui compte.

Le communiqué de presse connu longtemps avant la sortie était alléchant: une odeur baguette, boulangerie, etc. avec tout un petit discours poétique, le genre de chose que je n'aurais pas du connaître car l'odeur des boulangerie est l'un de mes fantasmes olfactifs. (Petit, j’habitais entre une boulangerie et un fleuriste) En même temps, ai-je vraiment envie de sentir le pain frais collé sur moi toute la journée? Je ne suis pas certain en grand allergique aux senteurs alimentaire utilisée en parfumerie.

Sur la peau, c'est un départ grillé, une ambiance pain et petit déjeuner dans lequel il me semble appercevoir des graines de sésame. Une ambiance chaude, chaleureuse et rassurante qui évolue, bouge assez vite, effleurant d'autres motifsLutensiens, pour faire place à Santal Blanc que j'ai retrouvé avec plaisir, onctueux, crèmeux, très doux et bien intégré à cette ambiance . Oui, c'est du déjà vu, comme un écrivain reprend inlassablement les mêmes thèmes et les mêmes motifs et là, forcément, je pense à Proust, à son thême de l'amour maladivement jaloux, incarné dans la seule Recherche par Gilberte, Odette, Morel, Albertine etc...


Raffael

Santal Blanc m'avait séduit par sa douceur me faisant une impression de sein maternel, mais m'avait semblé un peu lassant par son coté monolithique, plan fixe. Jeux de peau accentue cette douce et chaleureuse impression de sein maternel dans un contexte plus nourricier. Le parfum  a vraiment quelque chose du cocon familiale, de ces moments effectivement "déjeuner" ou on se sent bien, encore dans un demi sommeil, les paupières lourdes de  la nuit passée, avec la présence réconfortante de maman. On n'est pas encore prêt à affronter le monde, mais on se sent tellement bien qu'on va tenter de faire durer un peu cet instant. 

Il y a selon moi une vraie démarche d'auteur chez Lutens, on est dans la variation, mais pas dans la redite, je parlerais même de perfectionnement, d'affinement. Et j'avoue être séduit par cette douce chaleur, ce parfum de peau qui reste présent longtemps. Instinctivement, je l'associe plus à l'été et je le trouve facile à porter, à s'approprier, ce qui n'est pas toujours le cas des Lutens. Et c'est bien agréable d'avoir un parfum pour les jours "sans" qui soit quand même bien fait et très signé sans aucun des aspects confiseries orientalisantes qui m'écoeurent toujours un peu.

dimanche 27 mars 2011

Jean Santeuil, roman inachevé

Je ne délaisse pas celui dont je ne parle qu'en l'appelant "mon cher Marcel" ce qui devrait probablement me valoir une psychothérapie, mon père, auquel je n'ai plus parlé depuis 15 ans, s'appelant aussi Marcel. Le thême de la famille et des parents étant à ce point important chez Proust, je suppose qu'il doit y avoir un lien inconscient ou quelque chose du genre. Je ne sais pas pourquoi je raconte ça, peut-être juste pour dire à quel point la lecture de Proust est importante dans ma vie, allez savoir...

Toujours est-il qu'il n'y a pas que la Recherche, mais d'autres oeuvres, bien que tout semble un peu tourner autour de cette Recherche-aboutissement. Jean Santeuil, roman inachevé, inabouti, commence à raconter cette histoire de façon précise, construite mais différemment. 

Première différence: Jean, il, au lieu de Je. C'est énorme: on se sent beaucoup plus extérieur et tout a un petit climat d'artificialité alors que dans la Recherche, malgré tous ses développement, je me suis immédiatement plus senti "chez moi". (Formulation un peu malheureuse, mais je n'en trouve d'autre) Il se dégage une impression étrange et je comprends que Proust ai renoncé pour entreprendre autre chose, recommencer, ce n'est effectivement pas la forme qui convient le mieux que ce regard extérieur, comme si l'auteur n'osait encore se livrer entièrement comme il l'a fait par après. C'est quand même un peu dur de donner un avis sur quelque chose d’inachevé, surtout dans le cas de Proust qui n'en finissait pas de corriger, perfectionner, raffiner. 

Autre différence majeure: la rapidité de l'action qui est assez perturbante. Alors que je me suis habitué à la lenteur de la Recherche, ici, les choses vont vite, sans digression, sans analyse. Certains seront peut-être soulagés (mais ne lisez pas Proust si vous aimez les histoires rapidement conclues!), mais c'est véritablement une perte: le roman semble à la limite sec.

Si c'est très plaisant de retrouver les épisodes déjà connus sous un autre jour: le baiser, la petite amie aux Champs... C'est surtout fascinant de découvrir les épisodes qui ne figurent pas dans la Recherche et qui laissent des questions par leur absence: dans le récit si détaillé d'une vie, comment ne pas s'interroger sur le collège, les premières amitiés, les apprentissages? En particulier dans un roman qui est le récit d'une vocation, d'une découverte de soi. Jean Santeuil que j'ai mis du temps à aborder répond en partie à ces questions. Et voila qui rend la chose bien passionnante. Oui, un Proust collégien à travers ses personnages, faisait partie des choses que j'avais envie de connaître.

Pourrais-je le lire en soi, s'il n'y avait cette filiation à la Recherche? Non, probablement pas car tout ça manque un peu de cohérence, le roman n'est qu'une suite de passages ou manquent les transitions, on sait que Proust n'écrivait pas d'une manière linéaire en se racontant son histoire du début à la fin et c'est un peu perturbant. Heureusement que la Recherche est là pour éclairer Jean: l'explication de l'un par l'autre fonctionne dans les deux sens. Mais je suis bien content, après hésitations, des années d'hésitations, d'avoir entrepris cette lecture qui ne me déçoit point.

Jean Santeuil, Marcel Proust.