jeudi 29 mars 2012

Rétro 2.0


Je n'ai compris que très récemment Love Chloé en écoutant l'album de Lana Del Rey : tous les deux partagent en effet la même esthétique directement pompée d'un blog à la page sur Tumblr. Il y a là un aspect vintage, un ensemble de références à des choses connues, un faux côté rétro, des couleurs saturées et réchauffées via Instagram, pour mettre en scène une adolescente d'aujourd'hui, un peu boudeuse, un peu sexy, qui prends des pauses d'autrefois dans ses fringue Forever 21. On est à la fois en terrain connu, tout en ayant ce vague frisson de nouveauté. Lana n'aurait pas sorti les mêmes musiques, terriblement produites et formatée, il y a 20, 30, 40, etc. ans. Chloé n'aurait pas sorti le même parfum, à la production tout aussi soignée, non plus.

Love Chloé joue sur l'effet aldéhyde-poudre, salle de bain chic et cosmétique de luxe, d'un propre rétro et de bon ton, se donne des airs d'anciens à la fleur d'oranger… Pourtant pas un parfum vintage ne sent comme lui, il est bien de 2010, on ne s'y trompe pas. Des parfums actuels, il a la présence légère, la clarté. Il fait seulement penser à maman et à Lauren Bacall, la jeune fille qui rêve en feuilletant de vieux magazines de mode. Chloé surfe sur la vague, réussi encore une fois à exprimer mieux que quiconque l'air du temps, mais prend aussi le risque de la démode car finalement ni le parfum éponyme, ni celui-ci n'ont vraiment autre chose à dire que refléter leur époque, c'est risquer de se laisser dépasser, oublier… Ce qui serait dommage car Love Chloé est un joli parfum.

Love Chloé, Louise Turner et Nathalie Gracia-Cetto pour Chloé, 2010




PS : plusieurs fois sur Tumblr, je me suis d'ailleurs fait la réflexion : Chloé a vraiment réussi ses flacons, terriblement photogéniques.

mercredi 28 mars 2012

Politiquement incorrect


 Ce weekend, j'ai dû assister à un baptême et comme tous les jours, je ne savais pas quoi me mettre jusqu'à ce que l'évidence s'impose : il me fallait My Sin de Lanvin. À cause du nom, bien sûr, les cérémonies religieuses me faisant toujours me sentir un abominable pêcheur. Lisez le Catéchisme de l'Eglise Catholique, cela devrait suffire à vous convaincre que vous aussi, tant l'Eglise cherche à voir la paille dans l'œil de tous. Mais je m'égare. Bref, pour me sentir Satan dans un bénitier, le parfum de Lanvin, signé Madame Zed en 1924 était parfait.


My Sin démarre par des aldéhydes à la pelle et des fleurs en abondance, doré, opulent, empli d'un orgueil qui dit « voyez ma beauté, voyez ma richesse » insolent, et provocant, défit de la grande cocotte qui mène la grande vie à l'heure ou la petite bourgeoise s'ennuie chez elle. Ensuite, les choses se corsent, sous la patine affleure la bête, le sombre, mais attention « always with style » : il est question de peau nue sous manteau de fourrure, pas de sueur et de mal lavé comme c'est souvent le cas avec les parfums modernes lorsqu'il est question d'animalité. Relisez la Venus à la fourrure de Sacher-Masoch pour comprendre. My Sin chante avec sa belle rondeur, dorée et vicieuse, les joies de l'interdit, les charmes de l'adultères, les plaisirs du triangle amoureux, le vice facile et hédoniste, à l'instar de Gloria Swanson, la plus grande star de ces années-là qui sur les portraits que nous avons conservés d'elle semble s'être adonnée à tous les fétichismes et à tous les luxes. Le parfum fini en laque de Chine, absolument noire, intense et pourtant terriblement brillante.


Gloria Swanson
My Sin n'est pas un de ces parfums doudous comme les affectionne notre parfois bien triste époque, mais un parfum qui se porte comme un défi. Il y a celle qui font la moue, les niaiseuse en sucraillons, qui essayent de vous avoir en vous faisant du charme, en étant mignonnes, trop mignonnes pour qu'on puisse leur en vouloir, My Sin vous rit au nez, vous nargue. My Sin, c'est Mon Péché, pas votre avis, un parfum qui s'assume.

My Sin, Madame Zed pour Lanvin, 1924.
discontinué (chienne de vie!)

lundi 26 mars 2012

Cheap Beauty

À tant photoshopper ses parfums, Calvin Klein les dépersonnalise, comme ces stars invitées des journaux télévisés qui à force de surexpositions n’ont plus de ride, ni de nez, à peine une trace d’eye-liner et de rouge à lèvre au milieu de la tache lumineuse et floue qui leur tient lieu de visage. Assez effrayant.

Beauty by Calvin Klein, floral, ultra lissé, était une daube infâme et sans personnalité évoquant vaguement, de loin, de très loin, le lys, Sheer Beauty fait encore pire, évoquant de loin, de très loin, un désodorisant bon marché pour toilettes.

J’ai été horrifié qu’on ose m’en envoyer un échantillon. Si quelqu’un me l’offre, je pleure. (Et je ne lui adresse plus JAMAIS la parole)

Sheer Beauty,Sophie Labbé pour Calvin Klein, 2012