mercredi 10 octobre 2012

Nuit blanche pour Une Voix Noire


Par Nez-Lik, votre conseillère Bon goût & Art de vivre



Pour son dernier-né dans la collection exclusive, Serge Lutens se serait inspiré de Billie Holiday, qui avait pris l’habitude de disposer dans sa coiffure des fleurs de gardénia.
Cette fleur blanche opulente, avec ses accents « mat », vert, champignon / gazoline, constitue le point de départ de la fragrance qui se révèle très évolutive et très différente selon la peau qui la porte.

Certaines laissent exprimer des facettes boisées sombres, ou bien développent la note verte / champignon, me rappelant parfois la dualité tubéreuse / boisé cannelle que l'on retrouve dans Cèdre. Sur moi, le parfum s’éclaire peu à peu jusqu’à prendre un éclat fruité et lumineux de fleurs et de fruit jaune, délicatement confituré et parfumé, où l’on sent poindre un léger effet fumé.

A mes yeux, c'est ce fruit, ce fruit étrange chanté par Billie, qui constitue la trame de la fragrance : opposition entre le départ presque amer et légèrement toxique du gardénia et la clarté fruitée de la note de fond, faisant écho à la mélodie sombre de la chanson et à la luminosité de la voix perçant à travers le piano. A écouter sans modération dans l'humeur mélancolique des dimanches soirs, lové dans un canapé Chesterfield avec un verre à la main,  un nuage de Voix Noire dans la pièce, et pourquoi pas, un gardénia dans les cheveux...



Une voix noire, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, Salons du Palais Royal, 2012

vendredi 5 octobre 2012

aldéhydes pauvres


J’ai fait mes devoirs et me suis emparé d’un flacon vintage de Cléa d’Yves Rocher. Ouvert à toutes les expériences, prêt à l’extrême et à admettre mon flagrant délit de snobisme  au cas où…

Lancé en 1980, Cléa reprenait les codes du chic des décennies précédentes et offrait à toutes les femmes la chance de porter de l’aldéhydé grand genre. L’ouverture est séduisante : la bouffée d’aldéhydes poudreux-savonneux évoque clairement Madame Rochas que j’adore. C’est très joliment et finement réalisé, moi qui adore ce genre, j’avoue, j’aime beaucoup. Hélas, sans surprise, tout se gâche assez vite, une fois la tête envolée, ne reste sur peau qu’une odeur de savon assez sèche. Où sont les fleurs ? Où est le fond ? On retombe de haut ! Certes, ça sent le propre, mais franchement cheap ! Le côté sec peut faire penser à Calèche, je veux bien, mais là ou Hermès donne de la retenue aristocratique à son parfum avec un fond boisé-sale, Yves Rocher fait franchement figure de parent pauvre, de cousine nécessiteuse alors justement qu’il s’aventure sur le domaine du parfum bourgeois par excellence. Quand on a qu’une robe rapiécée à offrir en spectacle, on ferait mieux de s’abstenir et de ne paraître dans le monde.

Je suis le premier à admettre que mes goûts sont ceux d’une cocotte, plus encore que ceux d’une bourgeoise, mais être une cocotte, ça ne supporte pas la médiocrité, ça doit être joué  grand genre ! Garder loin de moi ces bijoux de pacotille, ces oripeaux mal coupés, je veux du luxe, du vrai et jamais une pâle imitation ne pourra me convenir ! OK, je suis snob.

Cléa, Yves Rocher, 1980.

mardi 2 octobre 2012

Scènes de ménage: quel parfums porter?


Parce que la vie du couple n’est, hélas, pas un long fleuve tranquille mais se révèle être souvent pleine de remous, il me faut, dans un sincère désir de bien vous conseiller, aborder le douloureux chapitre de la dispute avec l’envie, bien entendu, que tout cela se termine au mieux ! Voyons les différentes situations au cas par cas.

J’ai tort et tout le monde le sais. 

(Mais jamais je ne l’avouerai !)

Honnêtement, dans ce genre de situation un peu désespérée, je pencherais volontiers pour un parfum innocent et modeste qui permettent de jouer les évaporées, de ne rien admettre sans trop nier les évidences. Une violette me parait un choix judicieux, particulièrement une violette timide dans un contexte vert. Dans son sous-bois, essayez la violette de Fahrenheit de Dior qui fut quand même novateur en son temps en reprenant une note devenue typiquement féminine. Plus aqueuse, le Verte Violette de l’Artisan Parfumeur est à essayer aussi. Si votre âge vous l’autorise vous pouvez aussi tenter la violette Lolita d’Insolence entre bonbon et tradition Guerlain, elle est charmeuse et faussement innocente. Cela se voit, mais plait tellement si vous savez vous y prendre, qu’on vous pardonnera.

J’ai raison. (Et je ne céderai pas !)

Misez sur du vert, une bonne dose de galbanum, un peu de jacinthe, un iris un peu froid, voilà qui peut faire se traîner à vos pied l’amant repentant, l’amoureuse humiliée. Le N°19 de Chanel, inflexible et intellectuel ou, plus radical, le Bas de Soie de Lutens sont sans concession. Si vous ne vous sentez pas d’envie de cruauté, voyez plutôt du côté de Balenciaga Essence, iris élégamment froid, ou de la Bluebell de Penhaligon’s, jacinthe terreuse et feuillue.

Et si tout ça dans le fond n’était que plaisants préliminaires ?

Oui, il y a des couples comme ça, ou les disputes ne sont qu’un piment, un ingrédient nécessaire à l’amour ou les cris de rage ne sont que préludes aux morsures de la passion et aux râles du plaisir frénétique… Alors, il faut oser les épices : Bang de Marc Jacobs qui nous sert le poivre ou le Noir Epice de frédéric Malle, muscade, cannelle, girofle et poivre. Ça s’enflamme, ça brûle et c’est tellement bon…

Illustrations: Katherine Heburn et Spencer Tracy dans Adam's Rib de G Cukor